Le Quatuor Kelemen à l’Auditorium du Louvre

Je n’avais pas prévu d’assister à ce concert. Après tout, à peine trois semaines plus tôt, je revenais de Budapest où les même Kelemen avaient joué ce même quatuor n°5 de Bartók. Mais, quand même… Kelemen ? Bartók ? Oh puis zut. Vite, vite une place ! Comment réserve-ton à l’Auditorium du Louvre ? En ligne ? Courrier ? Téléphone ? Vite, vite !! Mon royaume pour un billet !!!

C’était aussi l’occasion de faire connaissance avec l’Auditorium du Louvre, discrètement tapi dans un recoin de l’esplanade sub-pyramidale, surprennament intimiste pour un auditorium plutôt volumineux. De savourer l’élégante traversée des cours du Louvre, à la tombée de la nuit, dans une ambiance d’un glamour que le carrefour engorgé en face de la salle Pleyel ne saurait émuler.

Le quatuor de Haydn n’était peut-être là que pour jouer les amuses-gueules. Regardez la qualité de notre son collectif, de nos articulations, semble sussurer le quatuor. La cohésion de nos phrasés. L’homogénéité de notre son. Vous n’avez presque jamais entendu parler de nous, mais vous voilà déjà impressionnés ! Passons aux choses sérieuses, maintenant.

Le plat de résistance, c’était le quatuor n°5 de Bartók. Le quatuor, élégamment retenu dans Haydn, se meut en horde sauvage en quelques secondes qui n’auraient pas du leur laisser le temps de monter des cordes en boyaux d’ours de Transylvanie enragé sur leurs instruments.

On peut y entendre ce qu’on veut, dans ce quatuor. J’en connais qui y entendent l’inflation galopante des années 20, ou encore la montée du nazisme … Quand j’y pense, c’est vrai que la ritournelle de boîte-à-musique rouillée du dernier mouvement a un petit air de Daladier de retour de Munich. Je me contente de savourer l’association rêvée d’une oeuvre et de musiciens dans leur élément. Ca dissone, ça bondit de façon insoutenablement organique, comme du café, un peu brûlé, sans sucre. C’est idiomatique, évident comme une paire de taloches sur les oreilles. De toute façon, ils ne pouvaient pas se permettre de passer à côté du quatuor. Après tout, les Kelemen sont élèves de Kurtág, lui-même élève de Veress, lui-même élève de Bartók. La filiation est directe. Puis ils sont hongrois, et toc.

Peu après, en bis, la version pour quatuor de la Danse du Renard du Divertimento n°1 de Leó Weiner. Mêmes phrasés pulsés, mêmes rythmes. Mais Weiner dissone courtoisement, lui, et les rythmes sont plus gracieusement endiablés qu’impitoyablement méphistophéliques. Du Bartók de bonne humeur, en somme.

Travaux pratiques :

1. Ecouter un extrait du quatuor n°5 par les Kelemen :

2. Puis la Danse du Renard (…) de Leó Weiner par le quatuor Anima :

Et aussi :

Zvezdo, Resmusica

Mercredi 27 février 2013 – Auditorium du Louvre ; Quatuor Kelemen (Barnabás Kelemen, Gábor Homoki, Katalin Kokas, Dóra Kokas)
Haydn, Quatuor en si bémol majeur Hob.III.78, Lever de soleil
Bartók, Cinquième quatuor Sz 102
Beethoven, Quatuor en mi mineur opus 59 n°2, Razoumovsky

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