mercredi 25 janvier 2012

Beethoven, Strauss


9 Comms'
Salle Pleyel, mercredi 18 janvier
Orchestre de Paris, Sergei Kachatryan (violon), Andris Nelsons (direction)

Beethoven, Concerto pour violon,
Strauss, Alpensinfonie
***
Mille milliards de tabarouettes en bois. J'avais promis à mes oreilles, la semaine précédente, de ne plus jamais écouter de Strauss depuis l'arrière-scène. En aucun cas depuis le premier rang de l'arrière-scène, si près de terrifiants et très nombreux cuivres et percussions. Évidemment, ma place d'abonnement était... au premier rang de l'arrière-scène.

Ceci dit, ça me convenait tout à fait pour le concerto de Beethoven. Officiellement, il s'agit d'un concerto pour violon (Beethoven n'était pas idiot, il savait que le répertoire pour violon se marketait bien). Nous sommes toutefois quelques uns, assurément très peu nombreux, à savoir. L'opus 61 est un concerto pour basson.
A l'arrière-scène, on est ainsi aux toutes premières loges pour guetter le Pon!-pon!-pon!-pon! du cor solo (version raccourcie du pied pentasyllabique qui hante le 1er mouvement du concerto) qui inaugure ce sublimissime passage où le violon solo se fait tout petit pour mieux accompagner le magnifique motif descendant joué plusieurs fois par le basson. Boucle bouclée avec un deuxième  "po-po-po-po-poom", apaisé, de cor. Que n'ai-je regretté l'absence d'une barre de reprise à cet endroit.
Beethoven nous console dans les toutes dernières mesures du premier mouvement : retour du basson, qui conclut le premier mouvement avec un petit motif ascendant (à '28) qui semble faire écho au précédent.

Écoutez deux-trois fois d'affilée les deux premières minutes du second mouvement puis cet extrait de la B.O. du Soldat Ryan. N'y voyez-vous pas un petit air de parenté ? En insistant un peu ? Ces longues phrases de cordes ? L'air un peu martial et mélancolique des cors ?  Tolérez avec amusement que le second mouvement du concerto m'évoque irrésistiblement des débarquements spielbergiens en Normandie, explosions de mines au ralenti, ordres déformés que la musique du film ne masque pas totalement. La ressemblance est parfaite par les mugissements du régisseur qu'on entend via le casque d'un des cameramen filmant le concert.

Et qui joue de beaux solos dans le deuxième mouvement (31'30 environ) ? Dans le troisième mouvement, que viennent accompagner les gazouillis aigus du violon solo ? Le basson. Désormais, vous savez. Le concerto pour violon de Beethoven est un concerto pour basson.

La série de ploums, somptueux, parfaitement ensembles, ronds et ouatés, (pas un plic! ne dépasse) qui avait salué la fin de la première cadence du soliste m'avait mis la puce à l'oreille. Ce genre de ploum n'arrive pas par hasard. Plus généralement, l'accompagnement - pas uniquement le basson, est superbe. L'orchestre dégage de plus ce petit machin-chose en plus que je n'avais pas perçu depuis la saison dernière. L'influence du chef ?

La gestique d'Andris Nelsons mériterait une chroniquette dédiée. Du moins un Ig-Nobel, catégorie direction d'orchestre ("la direction qui fait rire, puis fait réfléchir"). Avec tout ce temps passé au concert, je commence tout doucement à trouver une certaine logique dans les gesticulations des chefs que je vois s'affairer. Parfois même une certaine corrélation avec ce que mes oreilles perçoivent.
Mais dans le cas d'Andris Nelsons.. Je vois ce grand gabarit au visage poupin se dandiner, bayer aux corneilles, balayer le pupitre de sa baguette, et je ne comprends pas. Que signifient ses vols planés au dessus de sa partition ? Pourquoi se ratatine-t'il sous son pupitre en faisant mine de planter la baguette dans l'estrade ? Quid de ces sauts de chats, bras dans les nuages, patauds et étrangement grâcieux ? (Joël les imite très bien). N'importe quel autre chef serait irrémédiablement ridicule, Andris Nelsons, lui, interloque puis entraîne, peut-être parce que son arsenal de sourires (ça va du petit sourire taquin au sourire ébahi, yeux exorbités, de celui qui a découvert un pot de Nutella de 5kg dans un placard) ne dégage qu'un enthousiasme sincère et irrépressible.
Et les oreilles ne mentent pas. Ce concerto est superbe.

En deuxième partie, la Symphonie Alpestre, que j'ai tour à tour entendu appeler le pudding, la symphonie alpine, le gros machin. Comment voulez-vous prendre au sérieux un compositeur qui, à la suite d'un monstrueux tutti de grosse caisse, caisses plus ou moins claire, machines diverses (vvvrrrouuuuiiiiiii), cuivres à volonté, triangle, harpe(s?) enchaîne peu après sur un accord tonitruant à .... l'orgue. Sérieusement. S'il n'y avait pas le concerto pour hautbois...

Quoi qu'il en soit, derrière l'arsenal d'au moins neuf cors (il s'en cache d'autres sous la scène), le triangle, la maxi-crécelle, la grosse caisse, que sais-je encore, je perds au bout de quelques minutes l'usage de mes oreilles. Je regarde dès lors avec envie les pare-sons et les boules quiès de compétition que des musiciens prévoyants ont enfoui dans leurs oreilles.

Malheureux corniste, victime d'un incident technique pendant une accalmie alpine -  une partie de son instrument prend la poudre d'escampette avec un joyeux drelin-drelin sonore que personne n'aurait entendu quelques instants plus tôt ou plus tard.

Je suis depuis longtemps d'avis que les vrais et authentiques concertivores se trouvent à l'arrière-scène. Preuve en est faite ce soir : en plus de quatre ou cinq musiciens amateurs, il s'y trouve un extraordinaire pupitre de bronchiteux, qui, plutôt que de gâcher un silence, profitent opportunément du premier grand tutti du concerto (pa-pa-pa-pa PLIF! PLOUF! PLAM!) pour soulager leurs voies respiratoires endolories, faisant preuve d'une connaissance de l'oeuvre et d'un contrôle de leur fonctions expectoratives admirables. De plus, il y règne une ambiance bon enfant, et ceux que la présence d'un gigantesque rouleau de tissu sur pattes intrigue peuvent discrètement demander à un des musiciens :
"- C'est quoi, le, euh, enfin, votre, le, la..?
- Une machine à vent !"

Aussi : Joël, Andante con Anima, Palpatine, 
mardi 24 janvier 2012

Janáček aux Bouffes du Nord


5 Comms'
Théâtre des Bouffes du Nord, lundi 23 janvier 2012, 20h30
Alain Planès (piano), David Grimal et Hans Peter Hofmann (violons), David Gaillard (alto), Xavier Phillips (violoncelle) = Mini-Dissonances

Concert "Janáček"

Quel magnifique décor que cette salle, légèrement délabrée - ce qui lui confère un charme d'autant plus séduisant, dont les murs rouges mettent en valeur les beaux tons marrons et rouge des instruments à cordes. (je n'étais encore jamais venue, j'ai très très honte)

Quatuor n°1 "Sonate à Kreutzer"
Mélancoliquement euphorique ou sereinement résignée, la musique se cale sur les longues lignes sinueuses d'une partie du quatuor, pendant que le violon 2 joue les grillons. Une accalmie avant que le violon 2 ne se transforme en grenouille, le violon 1 en pic-vert.

Prohadka (violoncelle et piano)
Les pizz' discrets mais insistants du violoncelle perturbent délicatement l'introduction du piano, tendre comme une berceuse, faisant pressentir une histoire mouvementée, au suspense haletant. Le violoncelle s'anime peu à peu, puis traverse le mouvement 2 à toute vitesse d'archet, mû par une volonté farouche (une mission urgente ? une princesse morave à sauver ?). Après un mini-chant triomphal (la princesse est sauvée des griffes du méchant !), le piano et le violoncelle se lancent dans une joyeuse farandole puis une conclusion apaisée.

Dans les brumes (piano)
Magnifique morceau qu'Alain Planes tient à dédier à Gustav Leonhardt. Hommage d'autant plus poignant que le dernier concert du Maître a eu lieu dans cette même salle. J'y entends les gouttes de rosée qui tombent délicatement sur le clavier, les feuilles qui frémissent doucement, agitées par la brise. Un chien s'ébroue joyeusement après avoir pataugé un peu trop longuement dans la boue. Je me demande si les notes aigues du piano ne sont pas censées évoquer les cloches des vaches qui paissent non loin. Janáček est un compositeur insoutenablement poétique.

Sonate pour violon et piano
David Grimal est tout simplement fascinant d'intensité contrôlée dans le mouvement lent, la Ballada. Peut-être est ce si émouvant parce qu'il ne cherche pas à trop vibrer, trop phraser ? Ballada qui me laisse la gorge un brin serrée avant que les lutins sautillants du mouvement 3 ne me dérident avec leurs clins d’œil malicieux à Bartók. Le tout dernier mouvement m'évoque Piazzolla. Les grognements rythmiques du premier violon, peut-être ? Pendant le concert, Janáček m'a tour à tour rappelé Mendelssohn, Copland. Piazzolla aussi, donc. Ah.

Quatuor n°2 "Lettres intimes"
Un téléphone s'est invité. On patiente le temps qu'il se rendorme. Le violoncelle adresse un silencieux "on y va?" à ses collègues et...
...Janáček jongle adroitement entre mélancolie, lyrisme, joie (mais teintée de chagrin) sans prévenir l'auditeur. A peine a t'on ébauché un sourire que bim!, la paupière s'humidifie (la phrase d'alto accompagnée par de discrètes notes aigues de violons) les musiciens ne nous ont pas attendus, ils se dandinent déjà sur des rythmes adorablement rustiques. Janáček est un maître de l'oxymore musicale: registre lyrico-clownesque alors que l'alto s'obstine à chanter un thème sublime contrecarré par les pom-pom! moqueurs du violoncelle. Les cordes aiguës bruissent comme un essaim de moustiques (du Lachenmann, maintenant ? voilà autre chose), on crèverait d'envie d'en écraser un contre un mur, blam! un grand accord final et, ça tombe bien, on peut enfin applaudir à tout rompre.

Une fois n'est pas coutume, j'ai très peu parlé des musiciens, qui ont si bien servi la musique qu'ils n'ont que peu attiré l'attention sur eux-mêmes. Que dire de plus ?
(peut-être pourrait-on mentionner les tibias très très énergiques du violon 2 ?)

Aussi : Joël (moins verbeux, mais on ne peut plus pertinent)
jeudi 19 janvier 2012

Vie de héros


21 Comms'
Salle Pleyel - mercredi 11 janvier (20h)
Orchestre de Paris, Till Fellner (piano), Herbert Blomstedt (direction)

Beethoven, concerto pour piano n°4
Strauss, Une Vie de héros
***
La veille de ce concert, j'ai reçu un texto :
"Concert d'anthologie en vue !! Et ce génie ayant 84 ans, on ne sait jamais, même s'il a encore deux séries programmées avec [l'Orchestre de Paris]."
J'aurais du répondre :
"Tu veux que je vienne ? Soit, tu me prends une place."
J'ai répondu :
"Chouette ! Je vais réserver"
Pourquoi n'ai-je pas regardé l'heure ? Il était 17 heures passées. Le standard de l'Orchestre de Paris était d'ores et déjà fermé. Aucune issue possible, hormis réserver par Internet. Par INTERNET.

Je vois à vos mines dubitatives que vous ne prenez pas la mesure de la situation. Revenons quelques mois en arrière. La plupart des maisons parisiennes utilisaient encore le logiciel de billetterie Rodrigue. Avec Rodrigue : deux-trois clic, un numéro de carte bleue, et quelques jours plus tard de beaux billets faisaient leur apparition dans la boîte aux lettres. Un jour, l'Opéra de Paris fit appel à un autre prestataire pour son système de billetterie. La mode était lancée. Pleyel, la Cité de la Musique et l'Orchestre de Paris lui emboîtent le pas. Dès septembre, Secutix est partout.

Depuis, les agents de billetterie pleurent.
Les spectateurs se lamentent.
Les responsables informatiques pleurent.
Le tout Paris sanglote.

La mort dans l'âme, je m'embarque dans l'épopée herculéenne de la réservation en ligne. Vous aimez les petits schémas ? Suivez les flèches jaunes.


Il faut rendre à Secutix ce qui appartient à Secutix : 
Secutix, la seule 'solution billetterie' qui garantit que 100% des spectateurs ayant commis un achat en ligne sont authentiquement motivés.


Foin de jérémiades, j'étais là pour la musique ! Ca valait la peine d'insister, il y avait tant de bonnes raisons qui justifiaient assister à ce concert: R. Daugareil en soliste, un ex- du Gewandhausorchester Leipziiig à la direction, du Beethoven au programme..

Concerto pour piano :
Till Fellner m'intrigue. Chaque fois que je l'écoute en concert, je ne sais pas quoi en penser, et ce soir ne fait pas exception. Moins rentre-dedans que les poids-lourds du circuit, ce n'est certainement pas un pianiste à la Luganski, qui ferait se dresser les cheveux sur la tête. Son jeu est sobre et discrètement élégant, pas cabotin pour deux sous comme [insérer le nom d'une pianiste roumaine reconnue coupable de mozarticide] ou [insérer le nom du pianiste que vous adorez détester]. Il ne manque pas d'humour, s'amusant en juin dernier à donner en rappel un Liszt délistifié que la moitié des spectateurs a pris pour du Beethoven. Il a des choses fines et pertinentes à raconter en interview. On dirait ce genre de personnes discrètes, presque effacées, qu'on peut côtoyer pendant des mois, si ce n'est des années, avant de réaliser que, ciel, X parle très peu, mais jamais pour ne rien dire. On ne se lasse pas du charme discret de ces personnalités. Till Fellner est probablement un pianiste 'long-terme' que je pourrai écouter et réécouter sans risquer de me lasser. Et, qualité suprême, Till Fellner prend le temps de réfléchir à ce qu'il fait.
Un bis surprenant : du Schumann (beuuuurk), un extrait des Kinderszenen, Kind im Einschlummern, que je trouve d'une beauté très touchante, j'avoue l'avoir réécouté une fois ou deux à la maison. Pianiste très intriguant, assurément.

Ballet pour techniciens:
Demeurant à ma place d'arrière-scène pendant l'entracte, je peux admirer à loisir le ballet des techniciens chargés de transformer un petit salon intimiste beethovenien en palais des congrès straussien. Les pupitres et les chaises arrivent par brouettées entières via des portes secrètes. Le silence est parfait, pas un pupitre n'émet de petit "clonk!", pas une chaise ne s'entrechoque avec une autre. Les partitions trouvent leur port d'attache, comme par magie. Quand tout le matériel installé, de gros vérins sous la scène surélèvent doucement des tronçons de plancher, donnant à la scène son relief d'amphithéâtre grec. Ce n'est qu'alors que je me retrouve nez à nez avec la grosse caisse. Mais aussi deux tubas, ladite grosse caisse, le tam-tam (ne vous fiez pas au nom inoffensif du bestiau), les timbales et deux caisses claires, entassées côté cour . Non loin de là, les trombones montent la garde. Je me console comme je peux:  les "jardin"-iers de l'arrière-scène contemplent les pavillons rutilants de neuf cors, leur tympans y survivront-ils ?

Une vie de héros. Poème symphonique, poème symphonique. Moui. Poème concerto-tique, oui !
=> d'abord et avant tout, un concerto pour violon. Roland Daugareil en soliste. Année faste pour le premier violon solo de l'orchestre, qui après de superbes concerts en tant que soliste (Schéhérazade en septembre) ou en tant que luthier (Concerto de Mendelssohn en novembre dernier) a à nouveau l'occasion de briller. J'avais été un peu déçue par un concerto de Prokofiev - un brin lisse - qu'il avait joué il y a quelques années avec l'Orchestre de Paris. Qu'il me soit permis de retirer tout ce que j'ai pu écrire de rien moins qu'élogieux à son égard. A chaque occasion de l'écouter, je suis à chaque fois un peu plus admirative de ce musicien, que je trouve plus fin, plus solide et plus émouvant que beaucoup d'autres, plus réputés (la notoriété est une chose toute relative, n'est-ce pas?)
=> concerto pour deux tubas, dont les pom-pom-pom, via un savant effet de cryptographie harmonico-solfégique signifieraient quelque chose comme "Jean-foutre, Turlupin de critique" (oups)
=> Concerto pour pupitre massif de percussions : par prudence, je tiens le cymbalier à l'oeil. Dès que je le vois se lever et empoigner un objet contondant, je rentre les oreilles dans les épaules et me prépare psychologiquement à l'impact. Le plus souvent, il joue qu'un délicat "pssshwouah". Je me détends, et suis prise par surprise par le Grand Ramdam : le passage où tous les percussionnistes (tous ? tous.) tapent comme des sourds sur leur(s) instrument(s) respectif(s). L'arrière-scène tremble. Une à une, je sens mes vertèbres se remettre en place. J'aimerais quand même que le grossecaissier arrête de me taper sur l'estomac, s'il-vous-plaît. Même avec une mailloche en peluche toute mignonne.

En somme, Strauss depuis l'intérieur du réacteur, c'est une expérience assez ébouriffante. A ne pas réiterer trop souvent, toutefois.

Aussi : Héroïquement vôtre (Andante con Anima),
mercredi 18 janvier 2012

Et si on censurait mes chroniquettes, hein ?


0 Comms'
Si j'avais une chroniquette prête aujourd'hui, je l'aurais publiée en blanc sur blanc, tiens. Ou en noir sur noir. Ou en adoucissant les propos trop durs :les violons de *biiiiiiiip* sont des gros *buuuup* incapables de jouer la Symphonie de Mozbiiiiiiiiiiiipart* sans faire de *biiiiiiip* notes.

Wikipedia au 18 janvier 2011
A lire :
Bon mercredi à tous, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
mardi 17 janvier 2012

Prades aux Champs-Elysées


26 Comms'
Théâtre des Champs-Elysées, jeudi 12 janvier 2012
"Prades aux Champs-Elysées" Stefan Vladar (piano), Olivier Charlier (violon), Bruno Pasquier (alto), François Salque (violoncelle), Jurek Dybal (contrebasse), Jacques Zoon (flûte), Jean-Louis Capezzali (hautbois), Philippe Berrod, Michel Lethiec (clarinette), André Cazalet (cor), Giorgio Mandolesi (basson)
***
Quand j'avais vu la page de ce concert sur le site du Théâtre des Champs-Elysées, j'avais émis un chapelet de petits gloussements de plaisir : oooh, mon bassoniste préféré ! hiiii, le meilleur flûtiste du monde ! un de mes clarinettistes favoris ! Tout ensemble sur scène, pour un prix, de plus, nettement inférieur aux productions habituelles du TCE. Un programme engageant: Beethoven, Mozart, Brahms, que demander de plus ?

J'avais essayé de rallier à la cause quelques amis : novices, mélomanes, une pincée de musiciens professionnels, pour toujours entendre:
"Jacques Qui ? Zone? Zoune ? Zoon ? Tu es sûre que c'est le meilleur flûtiste du monde ?! Jamais entendu parler."
"Prades" ? Si on s'amuse à rechercher sur google.fr "Prades à Paris", les premiers résultats obtenus sont des horaires de train.  Les résultats sont heureusement plus probants dès qu'on google "Prades aux Champs-Elysées".

Bref. J'en avais tiré le constat désolant que les musiciens de ce concert, pourtant reconnus dans leur milieu, comme l'atteste leur présence au festival Pablo Casals de Prades, souffrent d'un déficit de notoriété assez inquiétant. Si les chanteurs d'opéras et les chefs d'orchestre font les gros titres de la presse, du moins, les gros titres de la page "Culture", le critique musical ne débouchonne pas son stylo pour un flûtiste ou un simple bassoniste. Je suppose que tous les clarinettistes de France et de Navarre peuvent lister les 12 meilleurs clarinettistes français, à froid je ne peux pas en citer un seul, moi. Je n'ai tout simplement pas accès à cette information. Embêtant pour nous autres humbles mélomanes : laissés à nous-mêmes, nous ne pouvons, pour identifier puis réecouter nos musiciens préférés, que nous appuyer sur nos oreilles inexpérimentées, passer beaucoup de temps au concert et espérer bénéficier d'un peu de chance. Mais avant de parler du concert, prenons quelques minutes pour mesurer l'ampleur de la non-notoriété des musiciens, ni tout à fait Grands Globe-Trotters Solistes Internationaux ni tout à fait Musiciens d'orchestre anonymes, avec des chiffres et des graphes - vous savez que j'aime ça !

DES CHIFFRES ! DES CHIFFRES !

Protocole expérimental :
* Recherches des noms d'un échantillon de musiciens : "prénom nom" - avec guillemets, sur google.fr et news.google.fr, (recherches effectuées le 14/01/2012)
  • Postulat n°1 : le nombre d'occurrences de la recherche "prénom nom" sur google.fr donnerait une idée de la notoriété 'grand public' du musicien, reflétée par la présence de son nom sur des forums, des pages consacrées à la musique classiques, des blogs, des chroniquettes de concert, etc. 
  • Postulat n°2 : le nombre d'occurrences de la recherche "prénom nom" du musicien sur news.google.fr donne un ordre de grandeur de la médiatisation du musicien, parait-il beaucoup dans des articles de journaux ? (la réalité est certainement plus complexe, car le nombre de résultats sur news.google.fr va également donner une idée de l'actualité du musicien en question - plus ou moins de concerts/enregistrements autour du moment où la recherche a été effectuée). Peu importe, admettons que ce chiffre ne reflète que la 'médiatisation' du musicien.
Questions :
  • Y'a t'il des tendances, selon l'instrument joué ? Par exemple, un corniste est-il en général plus connu qu'un flûtiste ? Quel instrument pratiquer si on veut devenir riche et célèbre ?
  • Quelle est la notoriété relative des musiciens participant à ce concert "Prades aux Champs-Elysées" par rapport à un échantillon de leurs confrères ?
  • Y a-t'il une corrélation entre le talent perçu (tel que je le perçois, disons) et la notoriété du musicien ?
  • ...
Allons-y (et n'oubliez pas que ce ne sont que des chiffres, et qu'on leur fait dire tout et n'importe quoi, aux chiffres)

Tableau 1 : Nombre d'occurrences sur google.fr et sur news.google.fr pour un échantillon de musiciens et prix d'un concert parisien en catégorie 1 (variété, chefs d'orchestre, violonistes,  et une musicienne amateur)

Constats :
  • Vous voulez devenir riche et célèbre ? Apprenez à chanter et teignez vous en blond. Je répète, ne vous lancez surtout pas dans l'étude d'un instrument. Vous pouvez éventuellement songer à une carrière dans le chant lyrique comme Anna Netrebko, mais soyez rigoureusement vigilants quant à votre ligne (pour préserver votre notoriété, annulez de nombreux concerts et veillez à épouser un des plus beaux barytons-basse disponibles sur le marché)

  • Vous préféreriez travailler plus et montrez un réel intérêt pour la musique classique? Soit, mais vous gagnerez moi (et serez moins célèbres). La pratique d'un instrument en bonne et due forme est peu rentable, il est préférable d'ambitionner la direction d'orchestre. Avant de commencer à agiter la baguette, vous devrez probablement montrer patte blanche et prétendre jouer d'un instrument (mais vous pourrez opter pour un instrument facile, comme Simon Rattle (Philharmonique de Berlin), ex-percussionniste ou Andris Nelsons (City of Birmingham Symphony Orchestra), ex-trompettiste. Le trombone pourra aussi faire l'affaire). Plus vous serez jeune (de préférence beau garçon avec tout vos cheveux), plus vous serez célèbre : par conséquent, vous rapportez plus de $ou$ aux salles qui vous programmeront d'autant plus volontiers : c'est ainsi que les concerts parisiens de Bernard Haitink, Grand Gourou et Vieux Sage de la direction d'orchestre - mais octogénaire chauve, sont bradés par rapport à ceux de Gustavo Dudamel (Los Angeles Phil'), trentenaire à la mine avenante.

  • Vous envisagez sérieusement l'étude d'un instrument injouable : violon, hautbois, cor ? A vos risques et périls. Vous passerez vos journées à vous exercer/gratter du roseau/ produire des couacs . Vous ne serez jamais reconnu à votre juste valeur, fussiez-vous l'expert international du tuba. Au point que même les taxis refuseront de s'arrêter pour vous.

  • Au fond, vous avez une âme de pigeon ? Devenez musicien amateur! Vous ne gagnerez rien, vous paierez pour jouer, bénéficierez d'un illustre anonymat, et ne pourrez même pas vous consoler par un niveau d'instrument honorable, vous serez trop occupés à gagner votre croûte autrement pour dégager suffisamment de temps libre pour vous exercer. Peut-être même devrez-vous soudoyer vos amis pour qu'ils viennent écouter votre concert annuel
Figure 1 : Notoriété - même échantillon de musiciens que sur le tab.1 (chanteurs pop et lyriques, chefs d'orchestre, sélections de musiciens
(attention, deux axes : à gauche, celui du nombre de résultats sur google.fr, à droite, celui du nombre de résultats après une recherche sur news.google.fr)

LE CAS PARTICULIER DES VIOLONISTES :

Avant de parler du concert de jeudi (ça vient, ça vient), attardons-un peu sur le cas des violonistes. Le tableau 1 laisse supposer qu'en termes de notoriété, Leonidas Kavakos (mon chouchou) et Roland Daugareil (violon solo de l'Orchestre de Paris) ne concourrent pas tout à fait dans la même catégorie (même si, en comparaison avec Justin Bieber, ce ne sont que de misérables poussières dans la narine d'un mulet). Voyons-voir ce qui se passe chez les violonistes, sur la base d'un échantillon modérément large composé de violons solistes +++ (i.e. mes préférés), de solistes (eux aussi caracolent de ville en ville jouer des concertos injouables, mais ceux-ci ne font pas partie de mes préférés), des premiers violons de quatuor à cordes, des premiers violons solo d'orchestre, deux violonistes amateurs (Co-pupitre et moi), et quelques inclassables, que j'appelerai les "Hou-la-la" pour les besoins de l'analyse.

Et ça donne :

Figure 2 : Notoriété d'un échantillon réduite de violonistes (recherches google.fr et news.google.fr)

Les violonistes sont manifestement soumis à une hiérarchie sans appel. Recherchons les chiffres révélateurs de notoriété pour un échantillon d'une trentaine de violonistes de musicotype différent :
  • Cinq Houlala: David Garrett, André Rieu, Vanessa Mae, Nigel Kennedy et Lara St-John (oui, celle du célèbre massacre Tchaïkovskien)
  • Deux Jazzeux : Jean-Luc Ponty et Stephane Grappelli,
  • Trois solistes +++ : le dessus du panier, soit Janine Jansen, Hilary Hahn et, last but not least, Leonidas Kavakos. (le +++ signifie simplement qu'il s'agit de mes préférés)
  • des solistes : Joshua Bell, Viktoria Mullova, Lisa Batiashvili, Akiko Suwanai, Renaud Capuçon et Olivier Charlier.
  • Les premiers violons de quatuor à cordes : soit Guillaume Sutre (quatuor Ysaye), Ruben Aharonian (Quatuor Borodine), Pavel Hula (Prazak) et Lukas Hagen (Hagen)
  • Trois premiers violons d'orchestre : Roland Daugareil de l'Orchestre de Paris, Svetlin Roussev du Philharmonique de Radio-France et Roman Simovic du London Symphony Orchestra.
Je vous épargne les tableaux de chiffres, les graphiques compliqués. Allons droit au but : chers lectrices et lecteurs, je vous présente la Chaîne Alimentaire du Monde Violonistique :

Figure 3 : la Chaîne Alimentaire du violon, dominée par David Garrett et Andre Rieu

Décortiquons ensemble ce graphique :
  • Dans le monde relativement anonyme des violonistes, les Houlala sont rois. Leur notoriété est toute relative, certes (pour rappel, ils sont 100 fois moins googlement connus que Justin Bieber ou Lady Gaga), mais gagnent très bien leur vie et monopolisent l'actualité. Le prix à payer pour accéder à cette élite très select est le ridicule : comme David Garrett, vous devrez réduire en miettes un Stradivarius, jouer de l'air-violin dans votre bain comme Lara St-John (mécréante), ou vous spécialiser dans les valses de Johann Strauss, comme André Rieu, qui fut un élève d'André Gertler, grand pédagogue et ami de Bartok. Bref, le ridicule, mais à vous la gloire, la fortune et la célébrité !
  • Le Très-très-très grand soliste : vous travaillerez comme un chacal (même si vous prétendez le contraire en interview) et jouirez d'une notoriété bien méritée. Vous vivrez dans l'avion et n'aurez pas d'amis, à part ça, tout ira bien.
  • Le Premier violon de Quatuor : le sacerdoce. Marié avec ses petits collègues de quatuor, le premier violon de quatuor doit ingurgiter un répertoire monstrueux en peu de temps : alors qu'un soliste peut tourner avec trois concertos et deux bis sur quelques mois (précisons au passage que les Solistes +++ comme Leonidas Kavakos et Hilary Hahn tournent sur beaucoup plus de répertoire sur une saison, eux), le premier violon de quatuor doit ingurgiter des dizaines et des dizaines d'oeuvres différentes. Lui aussi vit seul (il n'a pas le temps d'entretenir ni liens familiaux ni amicaux), foin de bouquets de fleurs tendus par de rougissantes jeunes filles à la sortie des artistes. Pour les bouquets de fleurs, il fallait devenir Soliste ++.
  • Premier violon solo d'orchestre : même chose, mêmes compétences requises, avec le privilège d'être à la tête d'un orchestre d'une centaine de personnes dont le passe-temps favori est certainement de râler contre la hiérarchie. Le premier violon solo d'orchestre assume les sales rôles : immenses solos (dans Schéhérazade, par exemple), mini-quatuors à cordes au milieu d'oeuvres symphoniques, à quoi s'ajoutent le job habituel de premier violon solo, de luthier, de garde-chiourme, etc. Les plus malchanceux d'entre eux se font récupérer par de vils amateurs pour encadrer et/ou renforcer des orchestres amateurs (parlez-en à Gentil-Prof)
  • l'Amateur est anonyme, et content de l'être. L'Amateur bosse beaucoup, lui aussi, mais en six mois, il ne dégurgitera pas une quinzaine de quatuors et deux concertos, simplement les deux tiers de la partie de second violon d'une symphonie de Beethoven (une courte, hein), mais c'est déjà très bien.

Figure 4 : Joli graphique en bubulles que je n'arrive plus à m'expliquer. La taille des bubulles est proportionnelle au ln(nbe de résultats sur google.fr) au cube, l'ordonnée est le nombre de résultat sur news.google.fr, la couleur de la bubulle indique dans quelle catégorie (jazzeux, amateurs, solistes+++) se classe le musicien. Ce graphique montrera essentiellement qu'un graphique surchargé ne sert strictement à rien.

Prenez le temps d'admirer l'extrême insignifiance des amateurs :

ET LES VENTS ?

Le graphique suivant a été établi la base d'un échantillon de trois ou quatre musiciens par instrument. Pour chaque instrument, le musicien du concert, deux ou trois confrères d'orchestres prestigieux (Concertgebouw, London Symphony, Berliner Philharmoniker, Chicago Symphony..). Vous trouverez le détail des musiciens googlés et des chiffres en annexes.

Figure 5 : Notoriété  d'un échantillon d'instrumentistes à vent de haut niveau (médiane des chiffres obtenus sur des échantillons de 3 ou 4 instrumentistes par discipline)
 
On en déduit que :
  • Pour atteindre fortune, gloire et célébrité, il faut jouer du hautbois ! Drôle de sacerdoce que le vie de hautboïste (grat'-grat', coin-coin, grat'grat', coin-coin), mais vous serez récompensé à la hauteur ! Prenez l'exemple d'Albrecht Mayer, hautbois solo du Philharmonique de Berlin, qui caracole avec ses 377 000 résultats sur google.fr loin devant Leonidas Kavakos. Peut-être usurpe-t'il les stratégies des Houlala (cf. supra) avec sa vidéo marketing marinière-baguette de pain-béret.
  • Les instruments à vents traditionnellement assis en orchestre au deuxième rang de la section des vents - cors, clarinettes et bassons sont uniformément inconnus. Fascinant de voir que Marco Postinghel, charmant bassoniste à l'Orchestre de la Radio Bavaroise (et au Chamber Orchestra of Europe (hiiii) obtient péniblement 11 000 résultats, très très loin derrière Viktoria Mullova (342 000) dont il a pourtant guidé les premiers pas en musique baroque.
Et le meilleur flûtiste du monde ?

Figure 6 : Notoriété de quelques flûtistes 

Et bien tout le monde s'en fout, du Meilleur Flûtiste du Monde. Sans surprise, le fait d'être flûte solo du Philharmonique de Berlin semble renforcer la notoriété d'un flûtiste, comme l'atteste la longueur d'avance d'Emmanuel Pahud et Andreas Blau. Comment expliquer que les media font leur choux gras du moindre concert d'E. Pahud (33 résultats) mais ignorent superbement son collègue Andreas Blau (plus âgé et barbu. peut-être l'explication est là ?).

Jacques Zoon est donc - sur Internet du moins, un inconnu. Peu importe, Claudio Abbado, la commission de recrutement du Concertgebouw et du Boston Symphony,  le Chamber Orchestra of Europe (hiiii) et moi savons à quoi nous en tenir.
(ca prouve qu'Internet n'est pas une ressource suffisante quant à la musique classique).

Avant de parler du concert (mais si, mais si, ça vient), j'aurais voulu m'attarder sur le cas des altos. En gros, l'alto a l'impact médiatique d'une clarinette - loin derrière son cousin le violon. Pour vous donner un ordre de grandeur, Kim Kashkashian, immenssissime altiste, ne génère guère que 190 k résultats sur google.fr et 3 actualités sur news.google.fr, dont une qui mentionne une certaine "Kim Kashkashian, violinist". Ouch. Si des altistes doivent se faire passer pour des violonistes pour un peu de gloire, que devient-on ?.. J'oubliais : surtout, ne vous amusez pas à viser le poste de cor anglais (Dominik Wollenweber) ou d'alto solo au Philharmonique de Berlin (Maté Szűcs). Avec à peine 3000 résultats, vous serez à peine plus connu qu'un violoniste amateur de seconde zone...


Et le concert ?
(j'avais préparé un paragraphe qui prouvait, schémas à l'appui, la présence de confrères, amis, famille et élèves dans la public par déduction d'après le taux de remplissage par catégories, je vous l'épargne, vous avez mangé suffisamment de chiffres et de graphiques comme ça)

Beethoven  Trio avec piano n° 5 op. 70 n° 1
J'avoue avoir succombé à un tout petit coup de barre suite à une journée un peu fofollinette. Le mouvement lent est d'une beauté, mais d'une beauté !  qu'il en est spontanément applaudi, qu'importe le protocole.

Mozart  Quintette pour piano et vents K. 452
Je ne sais pas par quel bout l'attraper, celui-ci. J'ai du un peu trop m'habituer aux oeuvres symphoniques (les cordes fournissent le gros œuvre, les vents les jolis solos, les cuivres ponctuent les passages grandiloquents) si bien que je ne sais pas du tout comment écouter le quintette. Manifestement, le hautbois a un rôle comparable à celui d'un premier violon. Pour le reste, il suffit de suivre le basson : il se penche vers le piano ? Ecoutons le piano. Vers le hautbois ? Un sourire réjoui à l'attention du cor ? Le barycentre du quintette se déplace vers le cor.  Très très beau son de hautbois, moins esbaudissant que celui de mon François Leleux adoré peut-être, mais très émouvant, et qui réussit plusieurs fois, sur des notes tenues, à donner cette impression de temps suspendu.
A l'entracte, pendant que le personnel de scène installe une sorte de tee pour contrebasse, Monsieur H. et moi se débriefons:
"-Tu savais qu'un cor pouvait jouer aussi fin, aussi doux ?
- Non.
- Moi non plus"

Penderecki  Hore, duo pour violon et contrebasse  (création française)
Petite pièce fringante, toute punchy qui met en valeur les beaux aigus de la contrebasse. Mes pieds se mettent à frétiller doucement sur le rythme irrésistible de la pièce quand, blam!, le contrebassiste envoie un coup de genou bien assené dans la contrebasse.

Ce qui explique peut-être pourquoi il revient avec une autre contrebasse pour l'oeuvre suivante :
Brahms  Sérénade pour cordes et vents n° 1 op. 113
J'en attendais beaucoup, et damned, que je suis déçue. Peut-être sommes-nous trop ou pas assez loin, trop de côté. Peut-être qu'avec huit musiciens, on dépasse le seuil au delà duquel la présence d'un chef d'orchestre devrait être obligatoire ? Des cordes un brin trop motivées ? Un peu de toutes ces choses ? A la place de ma sérénade pour (cordes un peu) et vents (beaucoup), il me semble écouter un concerto pour violon et discret accompagnement de cordes et de vents.
Lors de quelques accalmies, on discerne toutefois de magnifiques choses chez les vents. Le Meilleur Flûtiste du Monde, fidèle à lui-même, tire un son insolemment beau de son instrument en bois. Les phrasés sont somptueux, on dirait qu'il fait délibérément durer l'approche de la note suivante dans la phrase (comme s'il s' s'attardait sur un palier un pouillième de ton trop haut ou trop bas ?) jusqu'à ce qu'on ressente viscéralement le besoin de *la* note ainsi suggérée.
Il s'amuse comme un petit fou avec son voisin de droite, Philippe Berrod (clarinette), avec qui il joue à fusionner les sons de flûte et de clarinette jusqu'à ce qu'ils soient indissociables. Très contents d'eux, ils continueront d'échanger de grands sourires satisfaits pendant les saluts.

Annexes :
Chiffres détaillés - violons
 
Chiffres détaillés, vents :
 

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