Mercredi 1er mai : Rainer Schmidt, second violon du quatuor Hagen, donnait une master-class à la Cité des Arts. Quand j'ai vu l'annonce sur le fil twitter de ProQuartet, j'ai poussé un glapissement de joie. Mon second violon préféré d'un de mes quatuors préférés ! J'y suis allée, j'ai ouvert grand mes oreilles et je crois avoir appris plein, plein, plein, plein de choses. Merci ProQuartet, merci M. Schmidt.
Lundi 13 mai - Cité de la Musique : l'occasion tant attendue d'écouter le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen. Au violon, Akiko Suwanai (c'est en partie à cause d'elle que je me suis mise au violon), à la clarinette, Michel Portal. Inutile de dire que j'en attends beaucoup, de ce concert.
Mardi 14 mai - Cité de la Musique : Lisa Batiashvili et l'orchestre de son hautboïste de mari (le COE !!) jouent le concerto pour violon n°2 de Prokofiev. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter Lisa Batiashvili jouer Prokofiev, si on exclut les deux-trois minutes de répétition que les Berliner Philharmoniker avaient mis en ligne à l'automne dernier, que j'ai écouté religieusement, en boucle, en frissonnant.
Jeudi 16 mai - salle Gaveau : l'Orchestre Colonne joue ma Pastorale bien-aimée, avec un chef qui leur réussit bien, Arie van Beek. Youpi ! Quant au concerto pour piano de Massenet, ma foi, on verra..
Mardi 23 mai - Cité de la Musique : retour à la Cité (où je suis destinée à passer mon mois de mai ?) pour le concert des Dissonances. En particulier, pour les Lachrymae de Britten jouées par David Gaillard, a.k.a. l'alto solo de l'Orchestre de Paris.
Jeudi 30 mai - Cité de la Musique : je suis absolument écoeurée à l'idée de manquer ce concert, où l'excellentissime Choeur de la Radio Lettone chante le Scardanelli-Zyklus de Heinz Holliger, sous la direction du compositeur. Mais je manque ce concert pour d'excellentes raisons, puisqu'au même moment se tient la générale de............... :
Avez-vous réservé ? Vous remarquerez qu'exceptionnellement, nous avons troqué notre Chef-Bien-Aimé pour un certain Julien Vanhoutte, qui n'est rien moins que l'assistant de Marc Minkowski aux Musiciens du Louvre-Grenoble. (les répés du Lucio Silla à Salzburg ? c'était lui !).
jeudi 11 avril 2013
Trois concerts Viennois
par
Klari
Rangé dans chroniquette de concert, Koncz Bros, Musikverein, ORF-RSO Wien, Wiener Philharmoniker 13 Comms'
Rangé dans chroniquette de concert, Koncz Bros, Musikverein, ORF-RSO Wien, Wiener Philharmoniker 13 Comms'
Le week-end dernier, c'était camping au Musikverein de Vienne.
Vendredi soir, l'ORF-Radio Symphonie Orchester Wien rejouait l'effroyable et terrorisant Skandalkonzert, dont les ouvreurs en activité fin mars 1913 se rappellent encore avec effroi. Seconde école de Vienne, quand tu nous tiens. Le lendemain, le Philharmonique de Vienne (dans son antre mythique, la Grosses Saal du Musikverein) proposait un programme Schoenberg/Brahms/Brahms & Schoenberg. Quelques heures plus tard, toujours au Musikverein, mais dans une autre salle du bâtiment, la Brahmssaal, le concert des familles musiciennes Koncz et Ottensamer. Quant à la visite guidée (dont j'aurais eu grand besoin, je n'ai pas arrêté de me perdre dans ce bâtiment démesuré), je l'ai manquée à deux minutes près.
Ainsi :
C'est ainsi qu'un Philharmoniker affamé ne peut plus faire la queue incognito au stand à saucisses le plus raffiné du monde - à mi-chemin de l'Albertina et du Staatsoper, excusez du peu :
(stand qui propose des Käsekrainer exceptionnelles - des saucisses au fromage !)
Lesdits godillots aux pieds, je pouvais escalader sans grimacer de douleur les escaliers du Musikverein (l'architecte du Musikverein a également dessiné les escaliers de Hogwarts, je crois) : le premier soir, j'ai descendu une volée de marches, grimpé une autre, me suis frayé un chemin au travers d'une horde de violonistes, traversé un couloir de service, monté deux-trois étages, longé un couloir au plancher grinçant, et enfin, emprunté un escalier vermoulu, qui, mène non seulement à mon siège d'Orgelbalkon, mais aussi au toit du Musikverein (la porte était verrouillée).
Ce qui devait arriver arriva, je me paumai à l'entracte et du me résoudre à suivre la faction hongroise des musiciens de l'ORF-RSO Wien, qui s'en allait prendre air frais et nicotine. Le samedi après-midi, je manquai de peu mon escalier vers la Galerie. Après que les ouvreurs du Musikverein m'ont refusé l'accès à demi-douzaine d'escaliers différents, je trouve enfin le mien : juste derrière un escalier secret près de la sortie principale, se niche une discrète volée de marches, qui, elle, mène à la galerie. Inévitablement, encore une Klari en perdition à l'entracte.
Le Philharmonique de Vienne. La Rolls des orchestres (je préfère les Aston Martin, j'avoue). Le Schoenberg est sublime, évidemment, le Brahms aussi, c'en deviendrait vexant. Et soudain, le miracle : le début de l'Andante du concerto pour piano n°2. J'ai longtemps cru qu'il y avait là un solo de violoncelle : erreur ! disent ces musiciens. Pas un solo, oh non, de la musique de chambre. Certes, le violoncelle est exposé, mais les altos, juste à côté, les oreilles grandes ouvertes, assurent un délicat arrière-plan, leur son complètement, délibérement, fondu avec celui du violoncelle solo. Le hautbois approche à pas de loup, se met à jouer, sans qu'on le réalise, c'est qu'on a du mal à le distinguer du violoncelle qu'il accompagne avec tant de prévenance. Et quand le pianiste les rejoint, les yeux rivés sur ses partenaires, il confère à son piano une arrière-couleur de hautbois viennois. A ce niveau-là, ce n'est même plus de l'orchestre ..
Les Philharmonikerin. Et moi qui pensais que seuls les non-Autrichiens s'amusaient à compter les femmes de l'orchestre, à la télé, pendant le concert du nouvel an, mais non, mes voisins de derrière s'adonnent eux aussi à ce petit jeu. Ils ont dénombré une Bratschistin, je proteste, c'est une seconde violonne ! Total, 4-5 violonistes, 2 violoncellistes, 1 flûtiste, et une préposée à la grosse caisse.
Les altos du Philharmonique de Vienne. Ils jouent dans la plus belle acoustique du monde connu, ils le savent, en sont fiers, alors qu'on les entende ! Il y en a, des premiers pupitres de cordes d'orchestres 'normaux', qui devraient jouer avec l'engagement des derniers pupitres d'alto de cet orchestre.
Quant aux non-altistes, le Rondo alla Zingarese avec lequel s'est achevé le concert (pas besoin de bis après un morceau aussi réjouissant, joué ici par la concurrence) s'est chargé de les faire briller : les cordes, les vents, les cuivres, les solistes des cordes et la clarinette solo en particulier, qui se jette sous son pupitre pour changer illico son anche, avant de se lancer dans un magnifique solo pré-gershwinien que je n'aurais jamais osé imaginer chez Schoenberg.
La faction Berlino-Vienno-Philharmoniquienne. Un des moments forts du week-end, le concert des familles Ottensamer et Koncz, fils et pères, pères qu'on pourrait sans peine imaginer tenir la conversation suivante :
"Mes fistons sont devenus respectivement clarinette solo du Philharmonique de Berlin et de Vienne, et toi, quoi de neuf à la maison ?
"Oh rien... Tu sais, j'en ai un qui est passé par le Philharmonique de Vienne ET par celui de Berlin, l'autre est chef d'attaque des seconds à Vienne".
Mais, aussi talentueux et attachants fussent-ils, ils ont osé commettre l'inexcusable : retirer au dernier moment le duo pour violon et violoncelle de Kodály du programme. La remplacer par du Massenet remouliné pour clarinettes et cordes. Du Massenet, bon sang de bonsoir. Je me suis retenue in extremis de partir en hurlant " Mon Kodály ?! Vandales ! Je viens de loin, moi, pour l'écouter !", et suis restée. En bougonnant.
Bien m'en a pris, car la sonate de Poulenc pour deux clarinettes valait le déplacement. Les deux Ottensamer ont cabotiné un instant, faisant mine de se chamailler sur la hauteur idéale du pupitre. Quelques chutes de partitions - au beau milieu du morceau - n'ont pas réussi à troubler quelques minutes de musique extraordinaire. Les deux frères jouent la sonate comme un seul homme, même son, même respiration, même gestes, avec un petit côté rentre-dedans qui donne à la sonate un superbe relief.
La sonate de Ravel aussi, pour violon et violoncelle, valait le détour. Je ne suis pas sûre de l'orthodoxie des pizzs-tiens-et-si-on-découpait-une armoire-normande-à-la-hache, peu importe, tant pis, ou tant mieux, le Ravel perd son petit coté photo sépia empoussiéré (qui m'énerve au plus haut point) et retrouve de fringantes couleurs technicolor. Et quand je ferme les yeux pour mieux les écouter, j'ai presque l'impression d'entendre un mini-Chamber Orchestra of Europe : même énergie, même irrésistible impact sonore et surtout, la même joie de jouer.
Quant à Cornelius Meister, je me réjouis de le revoir l'année prochaine à Pleyel. De le voir, serait-il plus exact d'écrire, car de derrière mon tuyau d'orgue, je n'apercevais guère que le haut de son crâne.
Cette salle - en plus d'être de toute beauté - tolèrerait n'importe quoi. Vous êtes assis derrière l'orchestre ? Pas de problème, on entend superbement l'orchestre, et même les solistes ! Vous voyez le gigantesque crescendo pour un bataillon percussions très bruyantes dans l'une des 6 Pièces pour orchestre de Webern ? Un crescendo apocalyptique qui fait trembler ma chaise (imprudemment située à deux-trois mètres seulement au-dessus de la grosse caisse), et m'évoque des sensations guère différentes de celle qu'une innocente taie d'oreiller peut ressentir au milieu du cycle essorage. La grande salle du Musikverein ne bronche pas. Elle encaisse le plus terrifiant des crescendos tout en garantissant la lisibilité d'une orchestration éhontément touffue, sans faire mine de saturer. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si Schoenberg aurait orchestré différemment s'il s'était fait les oreilles dans une autre salle de concert..
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CONCERT n° 1 : ORF RSO WIEN (vendredi 5 avril)
ORF RSO Wien, Cornelius Meister (dir), Christiane Oelze (sop), Iris Vermillion (mezzo)
„Skandalkonzert“ vom 31. März 1913
Anton Webern : Sechs Orchesterstücke, op. 6
Alexander Zemlinsky : Vier Gesänge nach Texten von Maurice Maeterlinck, op. 13 ; Die Mädchen mit den verbundenen Augen, op. 13/2 ; Und kehrt er einst heim, op. 13/5 ; Lied der Jungfrau, op. 13/3 ; Die drei Schwestern, op. 13/1
Arnold Schönberg : Kammersymphonie Nr. 1 E-Dur, op. 9; Fassung für Orchester (1913)
Alban Berg : Zwei Orchesterlieder nach Ansichtskartentexten von Peter Altenberg, op. 4 ; Sahst du nach dem Gewitterregen den Wald?!?!, op. 4/2 ; Über die Grenzen des All blickest du sinnend hinaus, op. 4/3
Gustav Mahler : Kindertotenlieder nach Gedichten von Friedrich Rückert
CONCERT N°2 : WIENER PHILHARMONIKER
Michael Tilson Thomas (direction), Yefim Bronfman (piano)
Schoenberg : Thème et Variations pour Orchestre, op 43b
Brahms : Concerto pour piano n°2,
Brahms : Quatuor pour piano n°1, op.25, orchestration d'Arnold Schönberg
CONCERT n°3 : Ensemble Ottensamer-Koncz
Bach : Triosonate Es-Dur, BWV 525; Fassung für zwei Klarinetten und Bassklarinette
Händel : Passacaglia aus der Cembalosuite g-moll, HWV 432; bearbeitet von Johan Halvorsen
Vanhal : Triosonate für Violine, Klarinette und Basso continuo (Klavier und Violoncello) Es-Dur, op. 20/5
Poulenc : Sonate für zwei Klarinetten
Ravel : Sonate für Violine und Violoncello
Koreny : „The Pinky Clarinotts“ für drei Klarinetten
Kreutzer : Trio für zwei Klarinetten und Viola (Violoncello) Es - Dur
Gál : Serenade für Klarinette, Violine und Violoncello, op. 93
Schagerl : Potpourri für drei Klarinetten (Rossini, Massenet, Gardel)
Staar : „3R1S“ für drei Klarinetten, Violine, Violoncello und Klavier, op. 26/1
Vendredi soir, l'ORF-Radio Symphonie Orchester Wien rejouait l'effroyable et terrorisant Skandalkonzert, dont les ouvreurs en activité fin mars 1913 se rappellent encore avec effroi. Seconde école de Vienne, quand tu nous tiens. Le lendemain, le Philharmonique de Vienne (dans son antre mythique, la Grosses Saal du Musikverein) proposait un programme Schoenberg/Brahms/Brahms & Schoenberg. Quelques heures plus tard, toujours au Musikverein, mais dans une autre salle du bâtiment, la Brahmssaal, le concert des familles musiciennes Koncz et Ottensamer. Quant à la visite guidée (dont j'aurais eu grand besoin, je n'ai pas arrêté de me perdre dans ce bâtiment démesuré), je l'ai manquée à deux minutes près.
Ainsi :
LES BILLETS
Les billets du Musikverein sont ma-gni-fi-ques : gris et blancs, une police en relief légèrement dorée. De petites oeuvres d'art qui feront de beaux marques-pages, de beaux souvenirs. Les billets du Philharmonique de Vienne sont, eux, décevants : deux-trois mentions imprimées sur du papier de caisse enregistreuse. Mais peu importe, tant que j'en aie un en ma possession. A vrai dire, la chasse au billet-pour-le-Philharmonique-de-Vienne a considérablement égayé mon week-end.
LES PANTALONS GRIS DES WIENER PHILHARMONIKER
Tradition oblige, veste noire, veston gris clair et pantalons gris à rayures sont de rigueur pour les musiciens. En traversant un banc de Philharmoniker pour rejoindre le concert du samedi après-midi, je constate avec effroi que les pantalons sont dépareillés : gris hétéroclites, rayures d'inégales épaisseur. Les traditions se perdraient-elles ?C'est ainsi qu'un Philharmoniker affamé ne peut plus faire la queue incognito au stand à saucisses le plus raffiné du monde - à mi-chemin de l'Albertina et du Staatsoper, excusez du peu :
(stand qui propose des Käsekrainer exceptionnelles - des saucisses au fromage !)
LES CHAUSSURES
Mes loyales chaussures, censément confortables et suffisamment élégantes pour un concert, m'ont lâchée le premier jour du week-end. Petite déchirure du cuir du contrefort. Bim, ampoules. L'opération Compeed n'a pas suffi, il a fallu investir dans une paire de godillots vendus pré-éculés. Aller en baskets au Musikverein ? Plus jamais. Ma dignité a difficilement résisté à l'assaut d'escarpins brodés, de sandales délicates, et de souliers vernis. Les Viennois s'habillent pour aller au concert, vous savez.
ESCALIERS
Lesdits godillots aux pieds, je pouvais escalader sans grimacer de douleur les escaliers du Musikverein (l'architecte du Musikverein a également dessiné les escaliers de Hogwarts, je crois) : le premier soir, j'ai descendu une volée de marches, grimpé une autre, me suis frayé un chemin au travers d'une horde de violonistes, traversé un couloir de service, monté deux-trois étages, longé un couloir au plancher grinçant, et enfin, emprunté un escalier vermoulu, qui, mène non seulement à mon siège d'Orgelbalkon, mais aussi au toit du Musikverein (la porte était verrouillée).Ce qui devait arriver arriva, je me paumai à l'entracte et du me résoudre à suivre la faction hongroise des musiciens de l'ORF-RSO Wien, qui s'en allait prendre air frais et nicotine. Le samedi après-midi, je manquai de peu mon escalier vers la Galerie. Après que les ouvreurs du Musikverein m'ont refusé l'accès à demi-douzaine d'escaliers différents, je trouve enfin le mien : juste derrière un escalier secret près de la sortie principale, se niche une discrète volée de marches, qui, elle, mène à la galerie. Inévitablement, encore une Klari en perdition à l'entracte.
L'ACCENT AUTRICHIEN
"siesäaahrrrtzzenzwèè ?" me dit d'un air interrogateur mon voisin d'Orgelbalkon. Je hoche la tête, subodorant qu'il me demande si j'étais assise à côté. Le lendemain, eurêka ! Zwèèèè signifie bien évidemment "deux", le numéro du siège qui m'était attribué.
LES MUSICIENS
ORF RSO Wien : à les écouter jouer les Kindertotenlieder, j'ai réalisé que je n'avais jamais écouté de vrai Mahler auparavant. Ces musiciens ont appris à jouer Mahler avant d'apprendre à marcher, non ? Le son, les phrasés, les accents, sont d'une évidence, d'un naturel bouleversants. Sans affectation, au contraire, on croirait entendre la filiation avec les shtetl et les verts alpages du Tyrol. Oui, je les aurais volontiers kidnappés, qu'ils me jouent à la maison une intégrale des symphonies.Le Philharmonique de Vienne. La Rolls des orchestres (je préfère les Aston Martin, j'avoue). Le Schoenberg est sublime, évidemment, le Brahms aussi, c'en deviendrait vexant. Et soudain, le miracle : le début de l'Andante du concerto pour piano n°2. J'ai longtemps cru qu'il y avait là un solo de violoncelle : erreur ! disent ces musiciens. Pas un solo, oh non, de la musique de chambre. Certes, le violoncelle est exposé, mais les altos, juste à côté, les oreilles grandes ouvertes, assurent un délicat arrière-plan, leur son complètement, délibérement, fondu avec celui du violoncelle solo. Le hautbois approche à pas de loup, se met à jouer, sans qu'on le réalise, c'est qu'on a du mal à le distinguer du violoncelle qu'il accompagne avec tant de prévenance. Et quand le pianiste les rejoint, les yeux rivés sur ses partenaires, il confère à son piano une arrière-couleur de hautbois viennois. A ce niveau-là, ce n'est même plus de l'orchestre ..
Les Philharmonikerin. Et moi qui pensais que seuls les non-Autrichiens s'amusaient à compter les femmes de l'orchestre, à la télé, pendant le concert du nouvel an, mais non, mes voisins de derrière s'adonnent eux aussi à ce petit jeu. Ils ont dénombré une Bratschistin, je proteste, c'est une seconde violonne ! Total, 4-5 violonistes, 2 violoncellistes, 1 flûtiste, et une préposée à la grosse caisse.
Les altos du Philharmonique de Vienne. Ils jouent dans la plus belle acoustique du monde connu, ils le savent, en sont fiers, alors qu'on les entende ! Il y en a, des premiers pupitres de cordes d'orchestres 'normaux', qui devraient jouer avec l'engagement des derniers pupitres d'alto de cet orchestre.
Quant aux non-altistes, le Rondo alla Zingarese avec lequel s'est achevé le concert (pas besoin de bis après un morceau aussi réjouissant, joué ici par la concurrence) s'est chargé de les faire briller : les cordes, les vents, les cuivres, les solistes des cordes et la clarinette solo en particulier, qui se jette sous son pupitre pour changer illico son anche, avant de se lancer dans un magnifique solo pré-gershwinien que je n'aurais jamais osé imaginer chez Schoenberg.
La faction Berlino-Vienno-Philharmoniquienne. Un des moments forts du week-end, le concert des familles Ottensamer et Koncz, fils et pères, pères qu'on pourrait sans peine imaginer tenir la conversation suivante :
"Mes fistons sont devenus respectivement clarinette solo du Philharmonique de Berlin et de Vienne, et toi, quoi de neuf à la maison ?
"Oh rien... Tu sais, j'en ai un qui est passé par le Philharmonique de Vienne ET par celui de Berlin, l'autre est chef d'attaque des seconds à Vienne".
Mais, aussi talentueux et attachants fussent-ils, ils ont osé commettre l'inexcusable : retirer au dernier moment le duo pour violon et violoncelle de Kodály du programme. La remplacer par du Massenet remouliné pour clarinettes et cordes. Du Massenet, bon sang de bonsoir. Je me suis retenue in extremis de partir en hurlant " Mon Kodály ?! Vandales ! Je viens de loin, moi, pour l'écouter !", et suis restée. En bougonnant.
Bien m'en a pris, car la sonate de Poulenc pour deux clarinettes valait le déplacement. Les deux Ottensamer ont cabotiné un instant, faisant mine de se chamailler sur la hauteur idéale du pupitre. Quelques chutes de partitions - au beau milieu du morceau - n'ont pas réussi à troubler quelques minutes de musique extraordinaire. Les deux frères jouent la sonate comme un seul homme, même son, même respiration, même gestes, avec un petit côté rentre-dedans qui donne à la sonate un superbe relief.
La sonate de Ravel aussi, pour violon et violoncelle, valait le détour. Je ne suis pas sûre de l'orthodoxie des pizzs-tiens-et-si-on-découpait-une armoire-normande-à-la-hache, peu importe, tant pis, ou tant mieux, le Ravel perd son petit coté photo sépia empoussiéré (qui m'énerve au plus haut point) et retrouve de fringantes couleurs technicolor. Et quand je ferme les yeux pour mieux les écouter, j'ai presque l'impression d'entendre un mini-Chamber Orchestra of Europe : même énergie, même irrésistible impact sonore et surtout, la même joie de jouer.
LES CHEFS
Michael Tilson Thomas. Il m'a fait une impression déplorable à Pleyel, il y a deux ans. Re-belote cette année. Goûts, couleurs, peu importe. De toute façon, je soupçonne les Wiener Philharmoniker de se débrouiller comme des grands quelque soit le monsieur sur l'estrade.Quant à Cornelius Meister, je me réjouis de le revoir l'année prochaine à Pleyel. De le voir, serait-il plus exact d'écrire, car de derrière mon tuyau d'orgue, je n'apercevais guère que le haut de son crâne.
LA SALLE
Melle Nekkonezumi la Violoniste a bien résumé la chose à son retour de Vienne : "Le Musikverein est plus qu’une salle, c’est comme conduire une Rolls alors que d’habitude tu marches à pied".Cette salle - en plus d'être de toute beauté - tolèrerait n'importe quoi. Vous êtes assis derrière l'orchestre ? Pas de problème, on entend superbement l'orchestre, et même les solistes ! Vous voyez le gigantesque crescendo pour un bataillon percussions très bruyantes dans l'une des 6 Pièces pour orchestre de Webern ? Un crescendo apocalyptique qui fait trembler ma chaise (imprudemment située à deux-trois mètres seulement au-dessus de la grosse caisse), et m'évoque des sensations guère différentes de celle qu'une innocente taie d'oreiller peut ressentir au milieu du cycle essorage. La grande salle du Musikverein ne bronche pas. Elle encaisse le plus terrifiant des crescendos tout en garantissant la lisibilité d'une orchestration éhontément touffue, sans faire mine de saturer. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si Schoenberg aurait orchestré différemment s'il s'était fait les oreilles dans une autre salle de concert..
ET AUSSI :
Les gâteaux, les mignons petits singes 'Franz Liszt' de la Haus des Meeres, les Bruegel l'Ancien et les gigantesques canapés du KHM, les cafés, au lait, sans lait, à la crème fouettée, les Strudel au fromage blanc ... !--------------------
CONCERT n° 1 : ORF RSO WIEN (vendredi 5 avril)
ORF RSO Wien, Cornelius Meister (dir), Christiane Oelze (sop), Iris Vermillion (mezzo)
„Skandalkonzert“ vom 31. März 1913
Anton Webern : Sechs Orchesterstücke, op. 6
Alexander Zemlinsky : Vier Gesänge nach Texten von Maurice Maeterlinck, op. 13 ; Die Mädchen mit den verbundenen Augen, op. 13/2 ; Und kehrt er einst heim, op. 13/5 ; Lied der Jungfrau, op. 13/3 ; Die drei Schwestern, op. 13/1
Arnold Schönberg : Kammersymphonie Nr. 1 E-Dur, op. 9; Fassung für Orchester (1913)
Alban Berg : Zwei Orchesterlieder nach Ansichtskartentexten von Peter Altenberg, op. 4 ; Sahst du nach dem Gewitterregen den Wald?!?!, op. 4/2 ; Über die Grenzen des All blickest du sinnend hinaus, op. 4/3
Gustav Mahler : Kindertotenlieder nach Gedichten von Friedrich Rückert
CONCERT N°2 : WIENER PHILHARMONIKER
Michael Tilson Thomas (direction), Yefim Bronfman (piano)
Schoenberg : Thème et Variations pour Orchestre, op 43b
Brahms : Concerto pour piano n°2,
Brahms : Quatuor pour piano n°1, op.25, orchestration d'Arnold Schönberg
CONCERT n°3 : Ensemble Ottensamer-Koncz
Bach : Triosonate Es-Dur, BWV 525; Fassung für zwei Klarinetten und Bassklarinette
Händel : Passacaglia aus der Cembalosuite g-moll, HWV 432; bearbeitet von Johan Halvorsen
Vanhal : Triosonate für Violine, Klarinette und Basso continuo (Klavier und Violoncello) Es-Dur, op. 20/5
Poulenc : Sonate für zwei Klarinetten
Ravel : Sonate für Violine und Violoncello
Koreny : „The Pinky Clarinotts“ für drei Klarinetten
Kreutzer : Trio für zwei Klarinetten und Viola (Violoncello) Es - Dur
Gál : Serenade für Klarinette, Violine und Violoncello, op. 93
Schagerl : Potpourri für drei Klarinetten (Rossini, Massenet, Gardel)
Staar : „3R1S“ für drei Klarinetten, Violine, Violoncello und Klavier, op. 26/1
lundi 8 avril 2013
La soirée Roland Petit
Opéra Garnier - Mercredi 27 mars 2013, 19h30
Orchestre Colonne, Yannis Pouspourikas, direction musicale
Etoiles et corps de ballet de l'Opéra de Paris
Un jour, j'apprendrai à regarder un ballet correctement, en observant la scène, sans laisser mon regard batifoler en fosse, s'attarder dans le public, en oubliant que des danseurs s'affairent sur scène. Mais ce soir-là, il se passait trop de choses passionnantes ici et là dans la grande salle de l'Opéra Garnier.
Sans la présence hypnotique de mon Nicolas Le Riche adoré sur scène (c'était le cas la dernière fois que j'ai vu le même ballet, en 2009 ou 2010), j'ai du mal à détacher mes yeux et mes oreilles de la fosse. L'orchestre est dans une forme magistrale, notamment les cordes, radieuses (j'imagine que le régime alimentaire à base de lion des chefs de pupitre des altos et des seconds violons n'y est pas pour rien).
Un ballet qui se finit mal est inévitablement prétexte à de langoureux et bouleversants solos de violon. Je me surprends à presque-siffloter la mélodie, mais, bon sang mais c'est bien sûr : les Feuilles Mortes ! J'apprends alors que de la musique de scène du Rendez-Vous est issu ce tube interplanétaire, avec lequel ce violoniste était déjà bien familiarisé. Violoniste qu'il faudra réinviter souvent, et à qui il faudra faire jouer beaucoup de concertos, je vous prie.
Pendant les deux-trois premières minutes du ballet, je ne peux pas m'empêcher de me demander si la dentition de loup (de vampire ?) dont est affublé le danseur soliste ne gêne pas sa respiration. Manifestement les danseurs de l'Opéra en ont vu d'autres.
Sur scène, la fraîcheur, la joie de vivre qui se dégages des gestes de l'héroïne (Emilie Cozette) et de son canidé de soupirant (Stéphane Bullion) sont communicatives. Il n'était pas prévu que les choses se finissent bien, loin de là, et c'est l'orchestre, en particulier le basson, qui me fera frissonner pendant la mort du malheureux loup.
Y aura t'il une étoile de plus ?
Très exceptionnellement, je n'ai pas regardé Nicolas Le Riche/Don José danser, alors qu'il était là, sur scène, en chair et en os. Je l'ai royalement ignoré pour me gorger du son velouté de la flûte solo dans l'Intermède. A son entrée, je n'ai même pas daigné lui jeter un oeil, lui préférant les solos de trompette et du formidable violon solo dans la Habanera. Le son de hautbois redoutablement dense, velouté, épicé, andalou en somme, de la Seguedille. Et les très jolies interventions de clarinette (un peu partout).
Nicolas Le Riche insiste. Il assassine sa dulcinée ? Peu me chaut. Du pas de trois pour deux danseurs et timbales, je retiens les 43 coups de timbale en mode fortissississimo, bientôt rejointe par la grosse caisse, et me gausse des mines torturées des musiciens, recroquevillés sur leur chaise, les doigts enfoncés dans les oreilles. Au beau milieu d'un pupitre d'alto à l'agonie, se dresse une tête, hilare. Ma Copine du Front de l'Est ! (un jour je me suis retrouvée assise à côté d'elle, à l'orchestre (le mien) et on lui avait férocement réglé son compte, à l'Orage de la Pastorale. Mémorable.). Ce n'est pas quelques malheureux coups de timbale qui vont l'effrayer.
Pendant ce temps, sur scène... Le rouquin bondissant, je n'ai pas pu le quitter des yeux. François Alu, je présume ? Quant à Carmen/Eleonora Abbagnato, et bien, ... sa danse ne m'a pas touchée. J'y ai senti, ou ai cru y sentir trop de nervosité, et peu importe, en fin de compte. C'était sa soirée, puisqu'après les deux-trois baissers-levers de rideau d'usage, un lutrin attendait sur scène que le Directeur de l'Opéra la nomme Etoile. La nomination faite, elle fond en larmes, le public vocifère, applaudit, mais c'est qu'une autre étoile doit la pousser vers le devant-de-scène pour qu'elle ose enfin saluer seule ! En contrebas, un des altos de l'Orchestre Colonne était en catimini nommé alto co-soliste (il se dit qu'il a joué un concerto de Bartók pas piqué des hannetons au concours, quelques mois plus tôt). Quelle soirée...!
Orchestre Colonne, Yannis Pouspourikas, direction musicale
Etoiles et corps de ballet de l'Opéra de Paris
Un jour, j'apprendrai à regarder un ballet correctement, en observant la scène, sans laisser mon regard batifoler en fosse, s'attarder dans le public, en oubliant que des danseurs s'affairent sur scène. Mais ce soir-là, il se passait trop de choses passionnantes ici et là dans la grande salle de l'Opéra Garnier.
LE RENDEZ-VOUS
Joseph Kosma (Musique), Roland Petit (chorégraphie, sur un argument de Jacques Prévert), Pablo Picasso (rideau de scène), Brassaï (décors), Mayo (costumes)Sans la présence hypnotique de mon Nicolas Le Riche adoré sur scène (c'était le cas la dernière fois que j'ai vu le même ballet, en 2009 ou 2010), j'ai du mal à détacher mes yeux et mes oreilles de la fosse. L'orchestre est dans une forme magistrale, notamment les cordes, radieuses (j'imagine que le régime alimentaire à base de lion des chefs de pupitre des altos et des seconds violons n'y est pas pour rien).
Un ballet qui se finit mal est inévitablement prétexte à de langoureux et bouleversants solos de violon. Je me surprends à presque-siffloter la mélodie, mais, bon sang mais c'est bien sûr : les Feuilles Mortes ! J'apprends alors que de la musique de scène du Rendez-Vous est issu ce tube interplanétaire, avec lequel ce violoniste était déjà bien familiarisé. Violoniste qu'il faudra réinviter souvent, et à qui il faudra faire jouer beaucoup de concertos, je vous prie.
LE LOUP
Argument de Jean Anouilh et Georges Neveu, Dutilleux (musique), Roland Petit (chorégraphie), Carzou (décors et costumes)Pendant les deux-trois premières minutes du ballet, je ne peux pas m'empêcher de me demander si la dentition de loup (de vampire ?) dont est affublé le danseur soliste ne gêne pas sa respiration. Manifestement les danseurs de l'Opéra en ont vu d'autres.
Sur scène, la fraîcheur, la joie de vivre qui se dégages des gestes de l'héroïne (Emilie Cozette) et de son canidé de soupirant (Stéphane Bullion) sont communicatives. Il n'était pas prévu que les choses se finissent bien, loin de là, et c'est l'orchestre, en particulier le basson, qui me fera frissonner pendant la mort du malheureux loup.
L'ENTRACTE
Ambiance électrique à l'entracte. Une rumeur de nomination d'Etoile circule. Chacun y va de son indice irréfutable : la hauteur des talons de tel ou telle officiel(le). La proportion d'étoiles, ou de footballeurs, dans le public.Y aura t'il une étoile de plus ?
CARMEN
Georges Bizet (musique), Roland Petit (chorégraphie, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée)Très exceptionnellement, je n'ai pas regardé Nicolas Le Riche/Don José danser, alors qu'il était là, sur scène, en chair et en os. Je l'ai royalement ignoré pour me gorger du son velouté de la flûte solo dans l'Intermède. A son entrée, je n'ai même pas daigné lui jeter un oeil, lui préférant les solos de trompette et du formidable violon solo dans la Habanera. Le son de hautbois redoutablement dense, velouté, épicé, andalou en somme, de la Seguedille. Et les très jolies interventions de clarinette (un peu partout).
Nicolas Le Riche insiste. Il assassine sa dulcinée ? Peu me chaut. Du pas de trois pour deux danseurs et timbales, je retiens les 43 coups de timbale en mode fortissississimo, bientôt rejointe par la grosse caisse, et me gausse des mines torturées des musiciens, recroquevillés sur leur chaise, les doigts enfoncés dans les oreilles. Au beau milieu d'un pupitre d'alto à l'agonie, se dresse une tête, hilare. Ma Copine du Front de l'Est ! (un jour je me suis retrouvée assise à côté d'elle, à l'orchestre (le mien) et on lui avait férocement réglé son compte, à l'Orage de la Pastorale. Mémorable.). Ce n'est pas quelques malheureux coups de timbale qui vont l'effrayer.
Pendant ce temps, sur scène... Le rouquin bondissant, je n'ai pas pu le quitter des yeux. François Alu, je présume ? Quant à Carmen/Eleonora Abbagnato, et bien, ... sa danse ne m'a pas touchée. J'y ai senti, ou ai cru y sentir trop de nervosité, et peu importe, en fin de compte. C'était sa soirée, puisqu'après les deux-trois baissers-levers de rideau d'usage, un lutrin attendait sur scène que le Directeur de l'Opéra la nomme Etoile. La nomination faite, elle fond en larmes, le public vocifère, applaudit, mais c'est qu'une autre étoile doit la pousser vers le devant-de-scène pour qu'elle ose enfin saluer seule ! En contrebas, un des altos de l'Orchestre Colonne était en catimini nommé alto co-soliste (il se dit qu'il a joué un concerto de Bartók pas piqué des hannetons au concours, quelques mois plus tôt). Quelle soirée...!
mercredi 3 avril 2013
Avril, ne te découvre pas d'un fil (!)
April in Paris, ce n'est plus ce que c'était, alors direction Vienne - où, parait-il, il fait encore plus froid qu'à Paris - pour inaugurer la série de concerts du mois :
* Vendredi 5, Musikverein. Pour occuper cette soirée, j'ai hésité entre la Veuve Joyeuse au Volksoper et le Skandalkonzert, une réedition du concert du Skandalkonzert du 31 mars 1913, concert fort mouvementé à côté duquel la création du Sacre fait pâle figure (imaginez ! les ouvreurs ont attaqué ceux des spectateurs qui osaient applaudir). J'aurais éventuellement préféré un programme un brin plus accessible que Zemlinsky/Webern/Schoenberg/Berg, mais ce soir-là, à Vienne, il faut choisir entre opérette et seconde école de Vienne.
* Samedi 6 : toujours au Musikverein, le concert des deux maisons régnantes sur la vie musicale berlino-viennoise (a fortiori mondiale) : d'un côté la maison Koncz, dont la mainmise sur les pupitres de cordes des Philharmoniques de Vienne et de Berlin n'est plus à prouver, de l'autre, la famille Ottensamer, détentrice du monopole de fabrication de clarinette solo. Je fais le déplacement d'abord et avant tout pour la sonate de Kodaly, quelque chose me dit qu'on ne la joue pas tous les jours si bien.
* Dimanche 7 : croisons les doigts, je me tente le Philharmonique de Vienne en revente à la sauvette / place de dernière minute. Je ne me fais guère d'illusions. Mais les Wiener Sängerknaben à la Hofurg, et les Sachertorte au café Sacher sauront me consoler si besoin.
* Jeudi 11 : Thomas Hengelbrock dirige l'Orchestre de Paris sur un programme Bartók-Schumann. Un bruit cour selon lequel Hengelbrock serait le nouvel Harnoncourt, pourvu que ce soit le cas, sinon je risque de ne pas résister à une symphonie entière de Schumann (ah mais beurk)
* Samedi et dimanche 14-15 avril : Demi-intégrale des quatuors de Beethoven par le quatuor Hagen. J'aime les quatuors de Beethoven, je vénère les Hagen, je suis ravie, mais pourquoi cette intégrale est programmée dans le gigantesque hangar à avions et pas dans une salle à taille humaine, pourquoi ?
* Mercredi 17 : L'Orchestre de Paris propose un programme rigolo, à forte coloration hispano-russe : un Capriccio Russo-Espagnol, des Danzas Fantasticas, un Tricorne : vivement les solos de basson ! Au beau milieu, comme un (magnifique) cheveu sur la soupe, Nikolaï Lugansky joue le concerto n°2 de Chopin.
* Jeudi 18, Cité de la Musique : Concert du quatuor Meta4. J'y vais par pur Chamber Orchestra of Europe - groupiesme, car, si vous suivez bien, vous n'êtes pas sans savoir que mon violoncelliste chouchou de l'orchestre est aussi le violoncelliste de ce quatuor.
* Jeudi 18, Cité de la Musique : Concert du quatuor Meta4. J'y vais par pur Chamber Orchestra of Europe - groupiesme, car, si vous suivez bien, vous n'êtes pas sans savoir que mon violoncelliste chouchou de l'orchestre est aussi le violoncelliste de ce quatuor.
* Samedi et dimanche 20-21 avril : mes Berlinois préférés, dont Guy Braunstein (mais qu'il joue bien), sont de retour à Paris. Comme toujours, ils jouent Brahms. Un peu de jonglette sera nécessaire pour assister au concert du dimanche, le concert coïncidant avec une répétition d'orchestre : en effet, le concert bisannuel de l'orchestre des Concerts Gais s'approche à grands pas !
* Lundi 22 : Concerto pour Orchestre. Bartók. Ivan Fischer. Budapest Festival Orchestra. En résumé, l'orchestre du siècle joue le compositeur du siècle. J'en rêvais, le Southbank Centre l'a programmé. Revers de la médaille : l'Eurostar de 5h du matin et la réunion à 9 heures du lendemain matin. Tout se mérite...
* Mardi 23, si j'ai le courage, j'irai écouter John Eliot Gardiner, que j'ai quelque peu délaissé au profit d'Harnoncourt ces dernières années, diriger un autre orchestre que j'affectionne particulièrement, le London Symphony, sur un programme 100% Stravinsky.
* Et le 24, pour conclure en beauté ce mois bien (trop) rempli, mon Leo ! Leo ! Mon Leo adoré joue le concerto de Sibelius !
Des idées ? Des remarques ? Des suggestions ?
* Mardi 23, si j'ai le courage, j'irai écouter John Eliot Gardiner, que j'ai quelque peu délaissé au profit d'Harnoncourt ces dernières années, diriger un autre orchestre que j'affectionne particulièrement, le London Symphony, sur un programme 100% Stravinsky.
* Et le 24, pour conclure en beauté ce mois bien (trop) rempli, mon Leo ! Leo ! Mon Leo adoré joue le concerto de Sibelius !
Des idées ? Des remarques ? Des suggestions ?
mardi 2 avril 2013
Le London Symphony joue John Williams
Salle Pleyel - vendredi 15 mars 2013, 20h
London Symphony Orchestra, F. Strobel (direction), Carmine Lauri (violon), Christopher Richards (clarinette)
Extraits de musiques de films célébrant la relation John Williams / Steven Spielberg - avec projection d'extraits de films :
Jurassic Park / Thème
Les Dents de la Mer (Suite) / Thème du requin / En mer & Fugue de la cage du requin
La Liste de Schindler / n°2 Ville Juive / n°1 Thème
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Suite) / extraits n°1, 3, 4
Les Aventures de l'Arche perdue / La marche des aventuriers
Hook / Vol vers le Pays Imaginaire
La Guerre des Mondes / La fuite de la ville / Epilogue
Rencontres du Troisième Type (extraits)
L'Empire du Soleil / La nouvelle vie de Jim
Le Terminal / L'histoire de Viktor Navorski
E.T. / Aventures sur terre
Radieux, les mélomanes parisiens avaient découvert lors de la présentation de saison 2012/13 que le plus cinématographique de tous les orchestres, le London Symphony Orchestra, viendrait jouer les plus grands chefs d'oeuvre (et tubes) de John Williams. Star Wars aussi, forcément, non ? Avant de se rendre compte, tout déconfits, que Star Wars brillait par son absence dans la liste des oeuvres inscrites au programme. Un malheur ne venant jamais seul, à quelques heures du concert, mon compagnon de concert attitré me fait faux bond. Le hasard de la petite annonce sur réseau social fait que son remplaçant est LE expert mondialement reconnu ès-John Williams, le fan parmi les fan, l'Erudit. Un Erudit volubile et formidablement enthousiaste.
"Le cor ! Regarde le cor, il se prépare !" me rugit-t'il sotto voce à l'oreille, quelques millisecondes avant le début de l'injouable solo inaugural - de cor - de Jurassic Park, soulignant son propos d'un vigoureux coup de coude. Mais il pouvait bramer tant qu'il voulait, je ne l'écoutais plus. J'étais sous le charme. Envoûtée par la magie de l'orchestration à la Williams, où toujours un petit détail d'orchestration, d'harmonie vient en faire bien plus qu'un bête papier-peint-musical-pour-images. Subjuguée par l'orchestre, cet orchestre décidément rêvé pour cette musique, incapable de jouer une note à moitié. Dans chaque note jouée par cet orchestre churchillien, il y a du sang, des larmes, de la sueur, qui font de la musique un personnage à part entière du film, souvent bien plus efficace que les images qu'elle est censée accompagner.
(ce qui, traduit en 'Erudit', donnait quelque chose comme "Tu as vu ? Ils doublent l'archet pour toutes les valeurs longues ! Ils ne chipotent pas... ")
Pas besoin de me montrer des ailerons de requins pour que je me mette à trembloter de peur dès le début le thème du Requin. Avant même que les cordes ne se mettent à grincer de l'archet, on perçoit un bourdonnement sourd, oppressant, noyé d'ordinaire sous le bruit de la ventilation de l'ordinateur, ou de la télévision.Un escadron de tank serait-il en train de descendre l'avenue Hoche ? Un tremblement de terre ?
"Clarinette basse et grosse caisse", me rassure l'érudit.
"Grosse caisse ??"
"Héhé"
Sans transition, on passe à la Liste de Schindler, l'occasion d'écouter Carmine Lauri, co-soliste du LSO, et de découvrir un son, peut-être un soupçonninet moins puissant que les grands solistes qui traînent leur guêtres à Pleyel , mais très beau, touchant, qui fait merveille dans ce solo mélancolique. Je me réjouis de le voir vigoureusement et longuement applaudi, puis l'Erudit et moi envisageons un concept de concert où ne joueraient que nos violons solos d'orchestre préférés.
A nouveau choc des cultures, on passe de l'Europe Centrale à l'Amérique Latine : Indiana Jones ! L'Erudit, à gauche, s'esclaffe :
"Mais il cite l'Ouverture Académique de Brahms dans la scène de la bibliothèque ! Ah, mon salaud !"
Après l'entracte, une légère baisse de tension m'empêche de profiter pleinement, même s'il me faut lutter contre une envie dérangeante de découper quelques pirates en rondelles, puis retenir quelques larmes pendant l'épilogue de la Guerre des Mondes - l'intervention poignante des violoncelles - et essayer de faire le moins de chahut possible tout en montrant du doigt à l'Erudit mes chouchoux et anti-chouchoux de l'orchestre.
Le Terminal. Cela faisait deux heures que l'Erudit me répétait que j'allais a-do-rer. Un petit quelque chose d'Europe Centrale, ni tout à fait klezmer, ni hongrois, ni slave. De la musique krakozienne, en somme. Le clarinette solo de l'orchestre s'est somptueusement acquitté de sa tâche, mais ses phrasés contrôlés manquaient un soupçon de gouaille et de paprika (à 7'01") pour que j'y trouve mon compte. Mais quelle musique splendide.
Quelques temps minutes plus tard, toujours pas de Star Wars à l'horizon, alors que, les paumes endolories, on réclame un bis. On en obtient enfin un :
Quoi ? A Prayer for Peace (Munich). L'écriture est faussement simple, masquant une redoutable densité (un coup de coude de l'Erudit me fait remarquer que les violoncelles sont divisés, avant qu'il ne m'explique l'impact que cela a sur le timbre de l'orchestre et l'harmonie du morceau. A mon tour de lui envoyer des coups de coude, et lui indiquer les quartiers de Budapest que je reconnais à l'écran). Mais ce n'est pas Star Wars...
On insiste un peu, et exigeons un deuxième bis. Quoi ? March from 1941 ? Les premiers instants de déception mis à part, je me régale de cette pièce délicieusement kitsch et somptueusement orchestrée. Qui deviendra, je n'en doute pas, mon hymne anti-blues du dimanche soir. Toujours pas de Star Wars à l'horizon..
Ce n'est qu'après moult hurlements qu'enfin, les musiciens semblent se préparer à attaquer un ultime bis.
L'Erudit rugit: "Les trompettes se préparent ! C'est tout bon !!!". Inutile de peaufiner les détails, dès que les premières notes du thème de Star Wars retentissent, elles sont couvertes par un vagissement sauvage : le cri des joie des starwarsophiles enfin satisfaits. Sur cette note irrésistiblement jouissive, le concert s'achève, les musiciens s'en vont sans même nous laisser le temps de finir d'applaudir, et on reste plantés là, un sourire béat aux lèvres, le flanc endolori.
Aussi : Laurent, Palpatine, Toutelaculture.fr,
London Symphony Orchestra, F. Strobel (direction), Carmine Lauri (violon), Christopher Richards (clarinette)
Extraits de musiques de films célébrant la relation John Williams / Steven Spielberg - avec projection d'extraits de films :
Jurassic Park / Thème
Les Dents de la Mer (Suite) / Thème du requin / En mer & Fugue de la cage du requin
La Liste de Schindler / n°2 Ville Juive / n°1 Thème
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Suite) / extraits n°1, 3, 4
Les Aventures de l'Arche perdue / La marche des aventuriers
Hook / Vol vers le Pays Imaginaire
La Guerre des Mondes / La fuite de la ville / Epilogue
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L'Empire du Soleil / La nouvelle vie de Jim
Le Terminal / L'histoire de Viktor Navorski
E.T. / Aventures sur terre
Radieux, les mélomanes parisiens avaient découvert lors de la présentation de saison 2012/13 que le plus cinématographique de tous les orchestres, le London Symphony Orchestra, viendrait jouer les plus grands chefs d'oeuvre (et tubes) de John Williams. Star Wars aussi, forcément, non ? Avant de se rendre compte, tout déconfits, que Star Wars brillait par son absence dans la liste des oeuvres inscrites au programme. Un malheur ne venant jamais seul, à quelques heures du concert, mon compagnon de concert attitré me fait faux bond. Le hasard de la petite annonce sur réseau social fait que son remplaçant est LE expert mondialement reconnu ès-John Williams, le fan parmi les fan, l'Erudit. Un Erudit volubile et formidablement enthousiaste.
"Le cor ! Regarde le cor, il se prépare !" me rugit-t'il sotto voce à l'oreille, quelques millisecondes avant le début de l'injouable solo inaugural - de cor - de Jurassic Park, soulignant son propos d'un vigoureux coup de coude. Mais il pouvait bramer tant qu'il voulait, je ne l'écoutais plus. J'étais sous le charme. Envoûtée par la magie de l'orchestration à la Williams, où toujours un petit détail d'orchestration, d'harmonie vient en faire bien plus qu'un bête papier-peint-musical-pour-images. Subjuguée par l'orchestre, cet orchestre décidément rêvé pour cette musique, incapable de jouer une note à moitié. Dans chaque note jouée par cet orchestre churchillien, il y a du sang, des larmes, de la sueur, qui font de la musique un personnage à part entière du film, souvent bien plus efficace que les images qu'elle est censée accompagner.
(ce qui, traduit en 'Erudit', donnait quelque chose comme "Tu as vu ? Ils doublent l'archet pour toutes les valeurs longues ! Ils ne chipotent pas... ")
Pas besoin de me montrer des ailerons de requins pour que je me mette à trembloter de peur dès le début le thème du Requin. Avant même que les cordes ne se mettent à grincer de l'archet, on perçoit un bourdonnement sourd, oppressant, noyé d'ordinaire sous le bruit de la ventilation de l'ordinateur, ou de la télévision.Un escadron de tank serait-il en train de descendre l'avenue Hoche ? Un tremblement de terre ?
"Clarinette basse et grosse caisse", me rassure l'érudit.
"Grosse caisse ??"
"Héhé"
Sans transition, on passe à la Liste de Schindler, l'occasion d'écouter Carmine Lauri, co-soliste du LSO, et de découvrir un son, peut-être un soupçonninet moins puissant que les grands solistes qui traînent leur guêtres à Pleyel , mais très beau, touchant, qui fait merveille dans ce solo mélancolique. Je me réjouis de le voir vigoureusement et longuement applaudi, puis l'Erudit et moi envisageons un concept de concert où ne joueraient que nos violons solos d'orchestre préférés.
A nouveau choc des cultures, on passe de l'Europe Centrale à l'Amérique Latine : Indiana Jones ! L'Erudit, à gauche, s'esclaffe :
"Mais il cite l'Ouverture Académique de Brahms dans la scène de la bibliothèque ! Ah, mon salaud !"
Après l'entracte, une légère baisse de tension m'empêche de profiter pleinement, même s'il me faut lutter contre une envie dérangeante de découper quelques pirates en rondelles, puis retenir quelques larmes pendant l'épilogue de la Guerre des Mondes - l'intervention poignante des violoncelles - et essayer de faire le moins de chahut possible tout en montrant du doigt à l'Erudit mes chouchoux et anti-chouchoux de l'orchestre.
Le Terminal. Cela faisait deux heures que l'Erudit me répétait que j'allais a-do-rer. Un petit quelque chose d'Europe Centrale, ni tout à fait klezmer, ni hongrois, ni slave. De la musique krakozienne, en somme. Le clarinette solo de l'orchestre s'est somptueusement acquitté de sa tâche, mais ses phrasés contrôlés manquaient un soupçon de gouaille et de paprika (à 7'01") pour que j'y trouve mon compte. Mais quelle musique splendide.
Quelques temps minutes plus tard, toujours pas de Star Wars à l'horizon, alors que, les paumes endolories, on réclame un bis. On en obtient enfin un :
Quoi ? A Prayer for Peace (Munich). L'écriture est faussement simple, masquant une redoutable densité (un coup de coude de l'Erudit me fait remarquer que les violoncelles sont divisés, avant qu'il ne m'explique l'impact que cela a sur le timbre de l'orchestre et l'harmonie du morceau. A mon tour de lui envoyer des coups de coude, et lui indiquer les quartiers de Budapest que je reconnais à l'écran). Mais ce n'est pas Star Wars...
On insiste un peu, et exigeons un deuxième bis. Quoi ? March from 1941 ? Les premiers instants de déception mis à part, je me régale de cette pièce délicieusement kitsch et somptueusement orchestrée. Qui deviendra, je n'en doute pas, mon hymne anti-blues du dimanche soir. Toujours pas de Star Wars à l'horizon..
Ce n'est qu'après moult hurlements qu'enfin, les musiciens semblent se préparer à attaquer un ultime bis.
L'Erudit rugit: "Les trompettes se préparent ! C'est tout bon !!!". Inutile de peaufiner les détails, dès que les premières notes du thème de Star Wars retentissent, elles sont couvertes par un vagissement sauvage : le cri des joie des starwarsophiles enfin satisfaits. Sur cette note irrésistiblement jouissive, le concert s'achève, les musiciens s'en vont sans même nous laisser le temps de finir d'applaudir, et on reste plantés là, un sourire béat aux lèvres, le flanc endolori.
Aussi : Laurent, Palpatine, Toutelaculture.fr,





