mardi 13 juillet 2010

Un dernier LSO avant l'été

16 juin 2010, 20h - Salle Pleyel
P. Eötvös, direction ; M. Pollini, piano
Johann Sebastian Bach / Anton Webern : Ricercare - Fugue pour six voix BWV 1079/5
Helmut Friedrich Lachenmann : Double
Johannes Brahms : Concerto pour piano n° 1

Depuis septembre dernier, traîne dans mon inbox le ticket électronique pour ce concert, tout en bas de la page, tenant compagnie à des messages antédiluviens auxquels je n'ai pas répondu, mais qu'un sentiment de culpabilité diffus m'empêche d'archiver. Je suis donc extrêmement soulagée de l'imprimer, enfin, mais un peu triste d'assister au dernier (ouin!) concert de la saison parisienne du LSO.

***

Je n'apprécie guère les tickets électroniques. Avec raison :

¤A l'entrée de la salle de concert, 19h40 : " Désolée Madame, le lecteur de code-barres ne fonctionne pas, pouvez-vous demander l'édition d'un ticket en bonne et due forme à l'accueil invités ?"
¤A l'accueil invités , 19h45 (il pris d'assaut par des invités , je dois patienter) "Ce n'est pas ici, c'est au guichet places payées"
¤Au guichet 'places payées', 19h53 (idem) : "Mais Madame, je n'ai pas besoin de vous éditer un ticket, ma collègue peut entrer manuellement le numéro qui figure sur le ticket électronique". Cloué sur place par mon terrifiant regard de sorcière, ce jeune homme n'insiste pas et m'imprime derechef un ticket. Je me dirige enfin vers la salle de concerts, mortifiée, avec la désagréable sensation d'être le dindon de la farce. J'imagine que M. Boulez (assis au milieu du rang G) n'a pas eu ce genre de petits soucis, lui, on ne le fait galoper comme une poule sans tête dans le hall. Humpf.

***
J'attends le début du concert en grommelant. Soudain, je sursaute. Sur scène, les chaises ne sont pas disposés comme d'habitude. Une estrade à chef, au milieu, côté parterre. Jusque là, tout va bien. Entourée d'un rang d'une demi-douzaine de chaises. Soit, pourquoi pas. Par contre, entre le premier et deuxième rang de l'orchestre, une gigantesque zone démilitarisée de plusieurs mètres de large. En fin de compte, je ne comprends pas très bien pourquoi. Les solistes - des vents, cherchent-ils à se venger des cordes et les reléguer le plus loin possible ? Mystère. En attendant, je constate que je ne suis pas mûre pour la musique contemporaine : le Ricercare est meilleur que du Webern pur jus, mais moins attachant que du vrai Bach. A réessayer plus tard.

La disposition des chaises est encore plus étrange pour le Double de Lachenmann. Le chef trône, seul, au beau milieu du praticable, éloigné de cinq ou six mètres des musiciens, assis sur deux rangées de chaises (la zone bleue du schéma disparaît). Quant au Double, mon oreille de béotien ne perçoit guère qu'une succession de "Crouic ! Frrrrrrrrrrrr ! Tgadazouip ! Plop ! Cronch !" que définit ainsi dans la note de programme : "La musique d’Helmut Lachenmann met en crise les conventions et les habitudes d’écoute avec une radicalité sans précédent. Il édifie un univers unissant son et bruit dans une conception nouvelle d’une surprenante beauté, exploitant des aspects cachés du matériau sonore. Avec Double, (...) un seul corps sonore réagissant aux mauvais traitements avec toute sa corporéité : résonance, frémissement, respiration, pression." Ne trouvez vous pas cette description délicieusement mallarméenne ?

Plus sérieusement, les sons émis par les instruments -maltraités en effet, sont d'une beauté rugueuse étrangement fascinante, mais, après une page ou deux, toutefois, je me lasse - je jette un coup d'oeil indélicat sur la partition des seconds violons : le morceau fait trois pages (un mouvement allègre mais pas trop d'une symphonie de Beethoven fait deux-trois pages, pour comparaison). La fin approche. L'espoir m'envahit. Horreur et damnation ! Les partitions s'avèrent scotchées en accordéon ! La partie de second violon ne fait pas trois pages, mais cinq ! Non ! Sept ! Heureusement, l'oeuvre s'achève sur un vigoureux Scronch! salvateur avant une éventuelle huitième page - soit l'équivalent d'une bonne symphonie, assez dodue.

La direction de Péter Eötvös est néanmoins impressionnante : dans ce magma de criiiic, dzing et tigadaplouf, il a une gestuelle extrêmement précise, fluide, où chaque changement de mesure, chaque piège est indiqué sans risque de confusion. Impossible pour les pupitres de manquer leurs entrées. Le chef est manifestement dans son élément. Du coup, je m'interroge : va t'il savoir diriger du Brahms ?

Oui et non. Personnellement, j'adorerais jouer sous sa direction : les gestes sont clairs, les entrées lipides. Le rêve. Ceci dit, je peux affirmer sans grand risque de me tromper que 95% des musiciens du LSO sont capables de jouer le concerto en dormant, yeux bandés, et pourquoi pas à l'envers, pour pimenter un peu l'exercice. Bref, je doute que le pupitre de violoncelles ait réellement besoin qu'on lui indique les entrées, surtout sur ce concerto.

On a trois protagonistes sur scène, nez dans le guidon, pédalant chacun dans sa direction : P. Eötvös dirige comme si le LSO était un orchestre amateur, Maurizio Pollini me semble jouer le concerto avec un certain détachement, voire un soupçon de second degré, pas déplaisant, mais en totale opposition avec l'orchestre, à fond les ballons, entraîné par son (génial) premier violon : les musiciens manquent s'envoler de joie sur les fortissimo, et jouent les parties d'orchestre avec une passion ébouriffante. Pour la part, je suis déçue par ce mélange un peu trop expérimental, mais le public ne partage pas mon opinion : les musiciens sont récompensés par une chaleureuse standing ovation. Pendant ce temps, je me drape dans mon mécontentement et me dirige vers la station de métro, tout en me maudissant jusqu'à la cinquième génération pour avoir omis de réserver des billets pour le concert du lendemain - complet : le concert des gamins, encadrés par des musiciens de mon LSO adoré, dirigés par mon Sir John Eliot vénéré !

lundi 5 juillet 2010

Quand les arts s'en mêlent, Auditorium Saint-Germain

Mardi 29 juin - 19h30
Auditorium Saint-Germain
Entre autres : Ensemble Millésime, Marc Korovitch (direction), Lionel Speciale (cor)

Il y a quelques jours, nous étions quelques uns à recevoir un mail de mon chef d'orchestre préféré, non pas pour nous suggérer de bosser la Pastorale, mais pour nous suggérer d'assister à la création de l'Aigle de la Providence. Vous remarquerez l'habileté du personnage, qui s'est délicatement abstenu de nous préciser que cette création s'inscrivait dans un programme 100% contemporain, à l'indice de Boulez dangereusement élevé.

Le concept de la soirée est particulièrement astucieux : pratiquement tous les compositeurs des pièces jouées sont vivants, la plupart sont même dans le public. Quant aux musiciens, beaucoup sont de (très bons) amateurs, encore au conservatoire, certains sont toutefois des proto-pros, ou de très jeunes pros. C'est l'occasion rêvée pour découvrir de nouvelles têtes - un peu avant tout le monde.

En vie et présents, quelques compositeurs disent quelques mots à propos de leur œuvre. Dans certains cas, c'est extrêmement intéressant et enrichit l'écoute de l'œuvre ; mais d'autres compositeurs, c'est réellement dommage, ne résistent pas à l'appel du pipeau.

J'ai particulièrement aimé le poème mis en musique par Tatiana Catanzaro, pour un trio soprano, flûte et violoncelle, en particulier pour l'utilisation à la fois forte et saugrenue de la voix chantée, ainsi que la Disco Toccata de Guillaume Connesson pour violoncelle et clarinette, délicieusement guillerette et inventive. Et franchement, qui peut résister à l'association de deux instruments au son aussi chaleureux ?

Mais nous étions là (en formation trio, d'ailleurs : un pianiste, un altiste, une violoniste) pour acclamer le chef d'orchestre préféré des Concerts Gais, évidemment, avec son ensemble Millésime. Ensemble peu orthodoxe, certes, puisque ce n'est ni une raisonnable formation Mozart, ni une pléthorique formation Mahler, mais une formation Stravinsky. Plus précisément, une formation Histoire du Soldat. Un jour, j'avais demandé naïvement pourquoi Stravinsky avait choisi ces instruments en particulier : je m'attendais à de grandes théories d'orchestration, et non pas à cette réponse laconique 'Stravinsky était radin comme un écossais'.
En attendant, l'association violon-clarinette-basson-trompette-trombone-contrebasse-percussions sonne excellemment bien. Ce qui ne gâche rien, A. Girard est un orchestrateur doué et semble exploiter à merveille les sonorités des instruments à disposition : il n'a toutefois pas pu résister au plaisir d'ajouter un corniste, il a bien raison.

La pièce est en six mouvements (si je me souviens bien), et, nous explique le compositeur, joue sur l'opposition entre un aigle de la providence atemporel, détaché et le tohu-bohu du quotidien. De fait, certains passages me font penser à Gerschwin, et je m'attends plus ou moins consciemment à entendre l'un ou l'autre des instruments klaxonner.

Je savoure le plaisir de pouvoir écouter ces très talentueux musiciens avant qu'ils ne deviennent connus : je me sens privilégiée comme si j'avais pu écouter Bob Dylan (en vrai) en 1960.. Mais il faut se rendre à l'évidence : après deux heures de musique contemporaine, je sature un tantinet : il est temps de chercher où grignoter et se désaltérer (ou superviser l'avancement du match du soir pour d'autres).

mercredi 30 juin 2010

Chaurasia à Branly // Je raconte ma vie.

Musée du Quai Branly, dimanche 6 juin 2010, 17 h
Hariprasad Chaurasia, bansuri accompagné de Rakesh Chaurasia & Henri Tournier, bansuri
+ tabla & pakhawaj

Je dois à Hariprasad Chaurasia d'être revenue d'Inde avec quelques flûtes ou bansuri dans mes valises: après tout, elles ne coûtaient guère que 100 ou 200 roupies, et ces flûtes ont un son beaucoup plus rond, plus chaleureux, que les flûtes en métal. Si les instruments en métal sonnaient mieux que les instruments en bois, il y a longtemps d'aileurs que l'on auraient industrialisé la production de violons en acier.

Première étape, se procurer un instrument : mission accomplie dans un petit commerce près de la station Dadar. Après enquête, j'avais identifié un professeur de flûte dans les environs, un peu plus au Nord. Je me rappelle bien plus des jus de pommes que j'achetais à un jus-de-pomme-wallah avant les cours que de mes leçons : un truc délicieux, entre le smoothie et la "kompot" russe. En tout cas, avec beaucoup de patience, mon prof m'avait exceptionnellement autorisé à prendre des notes pendant ses cours, et souriait avec commisération alors que je lui massacrais une version simplifiée de Hanswadhani (ou Hansdhwani, l'orthographe n'est pas figée)

Certaines de mes connaissances indiennes s'étaient persuadées (à force de me voir fréquenter assidûment les salles de concert du coin, je suppose) que j'étudiais avec Hariprasad 'Hari-ji' Chaurasia. Ainsi j'ai du en détromper plus d'un :" non, non, je n'étudie pas avec Hari-ji". Toujours est-il que j'ai une affection particulière pour ce vieux monsieur, que je n'ai jamais rencontré, mais auprès de qui j'aurais étudié dans une vie parallèle, apparemment. Ceci dit, que l'on croie que je sois l'élève de Chaurasia, c'est un immense compliment, je trouve.

Ainsi, il me paraît criminel de manquer un de ses concerts. Bien que je n'aie pas réussi à mettre le bout du nez dehors pour sa master-class de la veille, c'est avec émotion que je m'approche du musée Branly. Je salue l'instinct marketing de Flo Comment-Naik, professeur de chant hindoustani, qui distribue ou fait distribuer, des flyers à l'entrée du jardin du musée. Je grogne quelques instants contre la note de programme, grandiloquente et vague "musique sacrée & bambou céleste" et puis quoi encore ??

Quelques ralouilleries plus tard, le concert commence, par un raga dont je ne suis pas sûre d'avoir saisi le nom. Djac, de son côté, s'amuse à identifier les cycles rythmiques ("oh! du teental ! euh... un cycle à 10 temps. 11 et demie peut-être. humpf. pas tout compris"). Plus tard, Chaurasia s'amuse à nous faire deviner le Raga qu'il s'apprête à jouer "vous allez tous le reconnaître, sisi, c'est très connu !" glousse-t'il. En tout cas, il s'agit de Haswadhani, raga que je crois, il affectionne particulièrement.

Hariprasad Chaurasia, qui fête ses 72 ans demain, est un immensissime musicien. Mais, l'âge venant, sa maîtrise du souffle s'érode un peu: quelques frottements et crachouillis se laissent entendre, certes, mais il reste un sens du phrasé, une musicalité ! Mes aïeux ! Chaque note est parfaitement à sa place, chaque phrase est énoncée avec une justesse, un phrasé, qui me laissent pantois. Malgré leur son nettement supérieur, ni Rakesh Chaurasia ni Henri Tournier ne me paraissent posséder à ce point ces qualités de musicien. Pour l'anecdote, à un moment, ils reprendront une phrase jouée par Chaurasia en ... tierces parallèles ! Je n'ai pas l'habitude d'entendre des accords en musique indienne, j'en suis toute chose. Brrr, c'est extrêmement dépaysant.

A la sortie du concert (comme chaque année à la même époque), je me dis qu'il faut absolument que je 'inscrive aux cours de tabla dispensés à la Cité de la Musique. Depuis le temps que j'en parle..

A lire aussi : Le Monde, Débloque-Notes, Bisogna Morire

jeudi 24 juin 2010

Mirandolina à la MC93

Jeudi 24 juin 2010 - MC93 Bobigny
Mirandolina, Martinu

Solistes de l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris : Olivia Doray (Mirandolina), Alexandre Duhamel (le Chevalier misogyne), Vincent Delhoume (le comte), Damien Pass (le marquis de Forlimpopoli), Stanislas de Barbeyrac (le gentil Fabrizio), Carol Garcia (Ortensia), Aude Extremo (Deianira) et Manuel Nunez Camelin ( le malicieux larbin du chevalier).
Atelier-Orchestre Ostinato.
(je ne mentionne pas le reste de l'équipe, la chroniquette est suffisamment longue comme ça)

---
C'est la toute première fois que je viens à la MC93 : comme beaucoup de parisiens, même d'adoption, je souffre du syndrome je-ne-passerai-pas-le-périph. Et c'est dommage : la MC93 est agréablement située sur une place ombragée, d'appétissantes effluves émanant du bar-restaurant traversent le hall jusque la mini-librairie. Le staff me paraît plus détendu et souriant que dans les salles que je fréquente d'ordinaire. Le café, moins onéreux (1€10) - et excellent. La salle, plus intimiste.

J'étais venue avec des a priori positifs, et j'en ressors deux heures plus tard enchantée, ayant passé un excellent moment. De manière générale, je n'ai pas eu l'impression de simplement écouter de la musique, mais vraiment d'assister à un spectacle complet, aussi divertissant et captivant qu'un roman de cape et d'épée ou qu'un blockbuster (bien fait). Il faut souligner que le matériau de base est succulent - je veux lire la pièce dare-dare, les chanteurs s'en donnent à cœur joie, leur enthousiasme est communicatif, et les décors et costumes ne sont pas en reste.

La pièce est enthousiasmante : Goldoni connaissait son métier, et Martinu a très bien su exploiter son matériau de base. Pour faire simple, Mirandolina (charmeuse et très contente de l'être) prend un malin plaisir à rendre chèvre son entourage masculin, dont son employé, le sympathique Fabrizio, et les clients de son auberge : le désargenté et touchant Marquis de Pomdapi, un riche comte, et le Cavaliere, qui ne parvient pas à m'être antipathique malgré sa misogynie, alors qu'il affirme à qui veut l'entendre que les femmes ne sont que des 'infirmità insupportabile' (aïe). Ceci dit, le traitement que lui réserve Mirandolina lui donne raison.
A l'opéra, il m'arrive assez souvent d'avoir l'impression que le texte n'est guère qu'un prétexte oiseux pour faire chanter à la soprano de service de longs et volubiles arias, ce n'est absolument pas le cas ici : l'intrigue avance, hop hop hop, inutile de s'attarder un quart d'heure sur un détail de l'intrigue, ou sur une demi-phrase. Le texte est pétillant et drôle ("je te porterais de l'eau avec les oreilles" assure Fabrizio). Mon attention est complètement happée, je suis presque déçue quand les spectateurs sont lâchés à l'entracte, j'ai terriblement hâte de connaître la suite et découvrir comment cette chipie de Mirandolina va se dépêtrer des ennuis dans lesquels elle s'est fourrée.

La musique, le jeu des acteurs, les costumes sont complètement au service de l'histoire, les costumes, par des détails bien choisis soulignent sans emphase, mais efficacement, les particularités des caractères : le pyjama et les pantoufles du marquis de Perlimpipino sont ternes et élimées, au contraire des vêtements du comte - qui ne manque de rien. L'arrivisme de l'une des roturières cherchant à passer pour une grande dame est soulignée par de surprenantes mais magnifiques bottines roses à brides (je veux les mêmes !). Quand au valet, il ne chante que très peu, se rattrape par des mimiques un peu chapliniennes qui font bien rire le public.

Pas de surcharge en ce qui concerne les décors : une porte de service avec hublots côté jardin, une porte-tambour d'hôtel côté cour. Il serait certes plus simple de passer à coté de ces portes (puisqu'il n'y a pas de mur de part et d'autre desdites portes), mais les chanteurs empruntent héroïquement ces portes, ce qui donnera lieu à quelques gags (le pauvre valet coincé dans la porte-tambour avec ses valises), y compris quand ils ont les bras chargés de mobilier, de vaisselle, de soupe, de divers éléments de décor.

Le fait de devoir manger, boire, boxer, pousser des transats ou servir des bières / kir /verres de vin rend le spectacle vivant, mais ne semble pas empêcher les chanteurs de chanter leur rôle. Leurs voix sont plus magnifiques les unes que les autres, et singulièrement bien adaptées aux personnages joués. Pas d'affectation, pas de cabotinage, l'opéra est chanté et joué avec une spontanéité, un naturel rare. Ayant un faible pour les voix graves, j'ai été particulièrement émue par le baryton chaud et très légèrement rocailleux -juste ce qu'il faut - d'Alexandre Duhamel (le chevalier), le baryton-basse de Damien Pass (le marquis débonnaire sans-le-sou), ainsi que par la merveilleuse voix d'Aude Extremo, dont j'ai regretté la concision du rôle. Soit dit en passant, Stanislas de Barbeyrac (Fabrizio) a une voix à chanter des Dalla sua Pace à retourner l'estomac. Olivia Doray a une voix merveilleuse et assure un rôle costaud sans faillir, sauf les récitatifs, qui contrastent avec ceux des ses collègues, plein de naturel et d'aisance. Un petit souci d'accent tonique, peut-être ?

La musique de Martinu est de celles qui détraqueraient le célèbre cher-et-tendro-mètre de Zvezdo, autrement dit, elle a un indice de Boulez à peu près égal à zéro*. Néoclassique, certes, proprement orchestrée (pas d'instruments barbares aperçus dans la fosse), elle évolue organiquement pour mieux souligner les moment cruciaux de l'intrigue ou les émotions des personnages, sans jamais tomber dans le caricatural ou le facile (pas de zim-boum-boum bayadérisants).
A force de me rincer les oreilles avec de généreuses doses de LSO et d'Orchestre de Paris, je suis entre temps devenue un peu difficile : de ce que j'entends de la fosse, le niveau individuel des musiciens est très bon, par contre l'orchestre dans son ensemble manque un tantinet d'homogénéité (quelques aigus un peu criards) et souffre de petits soucis de mise en place et d'équilibre. Pas assez de répétitions, peut-être? La partition de Martinu renferme peut-être plus d'embûches qu'il n'y paraît depuis mon fauteuil ? Mystère et boule de gomme. Ceci dit, ce type de structure professionnalisante est archi-intéressant, et si l'existence d'orchestre comme celui-ci peut contribuer à développer les productions d'opéras à tarif accessible, je n'ai qu'un mot à dire : youpi.

Dans mon métro du retour, je me demande pourquoi un opéra aussi divertissant, fin et économique (peu de changements de décors, 7 chanteurs, orchestre raisonnable) n'est créé en France que 50 ans après son écriture. Y'a vraiment des choses qui m'échappent.

En tout cas, filez le voir fissa. (rappel : tarif réduit à 15€ pour les lecteurs du klariscope).

* L'indice de Boulez mesure la non-écoutabilité d'une oeuvre : Flûte Enchantée : 0/10, la plupart des compositeurs ircamiens : entre 9 et 10 /10. C'est complètement subjectif, je sais. M'en fous.

jeudi 10 juin 2010

Quelques premières fois

Cette année, pratiquement tous mes week-ends ont une thématique musicale. Certains sont remplis à craquer de mémorables moments musicaux, d'autres se sont avérés d'authentiques ratages : comme celui où je suis restée à la maison avec pour toute compagnie de violents maux de tête, ratant ainsi l'intégrale des morceaux de violon les plus injouables interprétés par Gentil-Prof, ainsi qu'un Menu Plaisir mémorable dans une maison avec jardinet et puits - très pratique pour y jeter des piccolos.

Le week-end dernier, le fil conducteur a été 'La Première Fois'. Une première fois laisse toujours un souvenir impérissable.

Jouer du crin-crin dans un château idyllique
La formation 'musique de chambre' des Concerts Gais avait été réquisitionnée pour accompagner un pique-nique bio en banlieue parisienne. Après avoir déjoué les embûches du Transilien (comment peut-on honnêtement prétendre se repérer à Gare du Nord?!), nous sommes arrivés dans un petit coin de verdure paradisiaque autour d'un petit château délicieusement bordélique et chaleureux : des pianos à porte-chandelles dans les couloirs ! Nous avons été nourris, rafraîchis, dorlotés, applaudis, re-nourris (oooooh, cette anchoïade), en contrepartie de quoi nous avons joué un extrait d'un Brandebourgeois, du Mozart aux chandelles, et du Vivaldi.

Mon premier concert-déchiffrage.
Ceci représente un véritable rite de passage dans la vie d'un musicien amateur, je pense : jouer une œuvre en concert sans jamais l'avoir regardée. Je me rappelle encore le premier contrôle d'histoire où je suis arrivée les mains fermement enfoncées dans les poches. Ce jour-là, j'ai ré-écrit la célèbre bataille Napoléon-Bismarck, et ses conséquences terribles sur les relations franco-allemandes au XXè siècle. Ce jour-là, pas de risques inutiles : il s'agit de concert-déchiffrer un petit Vivaldi, pas trop de dièses, de bémols, pas de galopades à la main gauche, pas de risques inutiles, et un co-pupitre solide (ouf). Mais quand même, l'irrésistible plaisir d'avoir bravé un interdit et pris quelques risques. Wouh !

Répétition de musique contemporaine
Djac et moi sommes réquisitionnés pour accompagner des petits apprentis-guitaristes sur Dust in the Wind de Kansas. Astucieusement, j'assigne à Djac la partie de violon (plus fournie), et me garde la partie d'alto, plus facile. La première répétition a lieu samedi matin, et bingo! Djac n'est pas disponible. Au bord de la panique (on va m'entendre ! je n'ai pas de co-pupitre! Y'a des doubles-croches! des trucs à contre-temps!), je songe sérieusement à faire faux bond, sans réussir à trouver d'excuses suffisamment convaincantes pour manquer cette répétition.
Quel choc culturel !
" On reprend à SUS4!" dit le guitareux.
" euh? " répond le violoneux.

" On reprend xxx mesures après le petit encadré "PONT"?" suggère le violoneux
" On reprend après deux tours de pont", traduit le guitareux.

En tout cas, je jouais un morceau postérieur à 1925 ET sans le support d'un co-pupitre au son suffisamment ample pour me couvrir pour la toute première fois. Brrr.

En contrepartie, le concert de l'orchestre Colonne de mardi dernier est complet (arg! c'est la première fois que je n'arrive pas à avoir de place. Tant mieux pour eux, certes, mais j'aurais bien aimé y assister, il paraît que c'était super). Et vendredi soir, j'aurais dû écouter un concert dirigé par Claudio Abbado : concert annulé. Tout se paie, tout se paie..

vendredi 4 juin 2010

Mirandolina ! (Création française ! Tarif très très réduit !)

Un opéra, donné pour la toute première fois en France, à un tarif accessible, sans qu'il y ait besoin de réserver 15 mois à l'avance. J'oubliais : une distribution de qualité, accompagné par un orchestre des plus intéressants.

Nope, ce n'est pas un canular. Parlons peu, parlons bien:

QUI, QUOI :
Mirandolina de Martinů.(le synopsys est délicieux et marivaldien à souhait) par l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris, avec l'Orchestre-Atelier OstinatO. Martinů est à la mode ce printemps ; personnellement, je ne m'en plains pas car le peu que je connais est splendide. Quant à l'Orchestre-Atelier OstinatO, je ne peux qu'en dire le plus grand bien - mais d'autres le font bien mieux que moi (une sorte de Concerts Gais pour jeunes pros, en somme). De jeunes chanteurs, accompagnés par de jeunes musiciens.

OU :
à la MC93 de Bobigny (sur la ligne 5, à un jet de pierre de Paris), cf. plan.

QUAND :
les 24, 26, 28 et 30 juin 2010 à 20h.

COMBIEN :
Tout d'abord, adressons tous en chœur un grand merci à l'énergique équipe de communication de la MC93, qui vous propose un tarif réduit pour Mirandolina : 15€ au lieu de 25€ (!!!), l'équivalent d'une place pour Avatar et un Coca-light. Pour cela, il suffit d'appeler la MC 93 ( 01 41 60 72 72 du lundi au samedi de 11h à 19h ) et de signaler que vous bénéficiez du tarif réduit en tant que lecteur du klariscope, puis de vous munir d'un justif pour retirer vos places.*

POURQUOI :
- parce que ce sont de jeunes professionnels qui ont monté ce spectacle (non pas des routards blasés avec 612 Traviata-s dans les pattes),
- parce qu'on ne sait pas quand sera donnée la prochaine Mirandolina à Paris. Et quand elle le sera, ce ne sera pas à Bobigny, mais à Bastille, peut-être, il faudra réserver un an à l'avance et multiplier par 5 ou 8 le tarif. Ou travailler dans une entreprise où le CE est dynamique - et mélomane.
- Martinu, c'est bien. Très bien. Très très bien.
- Goldoni aussi.
- parce que c'est bientôt l'été (i.e. la fermeture de nos salles de concerts préférés), et qu'il faut faire le plein de concerts avant la traversée du désert.

MAIS ENCORE :
- le pdf à télécharger qui explique tout,
- tout sur Mirandolina sur le site de la MC93.


* on propose d'imprimer ce billet, qui fera ainsi office de justif'. Faites donc, mais n'oubliez pas de préciser à votre imprimante de n'imprimer qu'une page !

mardi 1 juin 2010

Deux personnes qui écrivent tellement mieux

Il y a quelques mois, j'ai ébauché une mini-râlouillerie contre le Modèle Standard de la Biographie de Musicien. Depuis, Jeremy Denk a écrit une note brillantissime, qui décortique le pourquoi du comment de la médiocrité du Modèle Standard de la Note de Programme. Drôle, pertinent et divinement bien écrit (mais quand revient-il à Paris?).

Sinon, je voulais écrire un peu à propos de ceci et de cela, mais Maître Eolas vous épargne les affres ce jeu de l'oie juridique ici. Pour faire court, mon blog est n'est que passablement anonyme, mais il est important pour moi que mon nom complet n'y figure pas. J'aurais l'air de quoi, si mes collègues pouvaient trouver ce blog, hein ? D'autant plus que certains d'entre eux pensent que 'mettre des coups d'archet' est une pratique sexuelle déviante ? Je tiens à ma réputation ! (oups, au fait)

vendredi 21 mai 2010

Chambre Philharmonique & D. Guerrier - Cité de la Musique

La Chambre Philharmonique, Emmanuel Krivine (direction), D. Guerrier (cor)
Cite de la Musique - jeudi 20 mai - 20h

Carl Maria von Weber, Ouverture du Freischütz
Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour cor n° 4
Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 6 "Pastorale" (oui, celle-ci!)*

Je vais voir pour la toute première fois la Chambre Philharmonique qui, dit-on, fonctionne selon un 'système démocratique quasi chinois' (ce n'est pas moi qui le dit), un peu comme ces loustics-ci, je suppose.

Je me réjouis de revoir, de réécouter plutôt, des têtes connues : chez les premiers violons en particulier, L. Paulik, l'excellent premier violon solo d'Orfeo, LE orchestre baroque hongrois** (qui, il y a très longtemps, m'avait régalé d'un Don Giovanni dont je me rappelle avec délices), chez les cors, le cor solo de l'Orchestre de Paris, connu pour ses interventions à l'Orchestre du Chantier. Et d'autres que j'ai l'impression d'avoir vu ici-et-là, en formation orchestre ou musique de chambre, à force de rôder dans des salles de concert. Manifestement, il s'agit d'un orchestre de solistes et/ou chambristes de haut-vol. Certains musiciens sont munis d'instruments modernes, d'autres de choses plus anciennes, en particulier les vents et les cuivres.

David Guerrier (une sorte de légende ambulante) a choisi de jouer le concerto avec un instrument qui pourrait bien être un cor naturel (si je ne m'abuse, pas de pistons, pas de palettes, autrement dit, un être humain normalement constitué doit pouvoir en tirer au maximum quatre notes, dont trois fausses). Je le vois de dos depuis mon siège, et c'est réellement impressionnant de le voir jouer de la main droite pour ajuster la hauteur des notes - d'ordinaire, un corniste ne se sert de sa main droite que pour mettre/ôter la sourdine/feuilleter son magazine***. Le timbre de l'instrument varie - la note de programme précise que c'est une des caractéristiques du cor naturel.

Chaleureusement acclamé, David Guerrier rejoue une généreuse partie du dernier mouvement - et pourtant, il y a de la note ! C'est toujours aussi parfait, même si parfois cela me semble être l'équivalent cornistique d'une piste noire abondamment boisée, verglacée et pentue. Je laisse traîner mes oreilles à droite et à gauche pendant la pause - beaucoup de cornistes dans l'assistance, évidemment.

Pour la Pastorale, le soliste revient dans l'orchestre, ayant troqué son cor pour une trompette - Gentil-Prof, si vous vous rappelez, avait refusé de jouer la 4è symphonie de Schubert avec nous après le concerto de Beethoven, préférant distraire son élève depuis le public avec moult pitreries (évidemment). A sa décharge, il faut mentionner que la partie de trompette de la Pastorale n'est pas monstrueuse, contrairement aux parties de violons de la 4è de Schubert : n'est-ce pas, Richard ?

Je suis là pour faire du repérage - en particulier ce qui concerne la partie des seconds violons, bien sûr. Les cordes - en effectif raisonnable, contrairement à la veille, ronronnent, les vents gazouillent - il y a une énergie surprenante pour un effectif aussi réduit. Mais bon, c'est un orchestre de solistes (c'est d'ailleurs assez rigolo de voir les violons du fond donner, eux aussi, les départs). C'est magnifique, enthousiasmant, et un peu inquiétant. Il y a manifestement beaucoup, beaucoup de notes. Arg. Mais qu'est-ce qu'on va se faire plaisir à la jouer !

* ce n'est pas une coïncidence, je profite en effet de ce concert pour faire du repérage. Verdict : les seconds sont gâtés - on a une partie aussi (si ce n'est plus) importante que les premiers. Na. Revers de la médaille : ca tricote de partout. Je crois que je connais désormais mon programme pour cet été. "Tu pars en vacances ? Nan. Je bosse ma pastorale."
** Comment peut-on être étourdi au point de nommer un orchestre baroque 'Orfeo' ?? C'est introuvable sur google. D'ailleurs, je suggèrerais volontiers à la personne qui décrochera ce poste de créer un module 'Comment nommer intelligemment son orchestre/quatuor/ensemble de musique de chambre'.
*** je caricature..