mardi 2 avril 2013

Le London Symphony joue John Williams


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Salle Pleyel - vendredi 15 mars 2013, 20h
London Symphony Orchestra, F. Strobel (direction), Carmine Lauri (violon), Christopher Richards (clarinette)
Extraits de musiques de films célébrant la relation John Williams / Steven Spielberg - avec projection d'extraits de films :
Jurassic Park / Thème
Les Dents de la Mer (Suite) / Thème du requin / En mer & Fugue de la cage du requin
La Liste de Schindler / n°2 Ville Juive / n°1 Thème
Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Suite) / extraits n°1, 3, 4
Les Aventures de l'Arche perdue / La marche des aventuriers
Hook / Vol vers le Pays Imaginaire
La Guerre des Mondes / La fuite de la ville / Epilogue
Rencontres du Troisième Type (extraits)
L'Empire du Soleil / La nouvelle vie de Jim
Le Terminal / L'histoire de Viktor Navorski
E.T. / Aventures sur terre

Radieux, les mélomanes parisiens avaient découvert lors de la présentation de saison 2012/13 que le plus cinématographique de tous les orchestres, le London Symphony Orchestra, viendrait jouer les plus grands chefs d'oeuvre (et tubes) de John Williams. Star Wars aussi, forcément, non ? Avant de se rendre compte, tout déconfits, que Star Wars brillait par son absence dans la liste des oeuvres inscrites au programme. Un malheur ne venant jamais seul, à quelques heures du concert, mon compagnon de concert attitré me fait faux bond. Le hasard de la petite annonce sur réseau social fait que son remplaçant est LE expert mondialement reconnu ès-John Williams, le fan parmi les fan, l'Erudit. Un Erudit volubile et formidablement enthousiaste.

"Le cor ! Regarde le cor, il se prépare !" me rugit-t'il sotto voce à l'oreille, quelques millisecondes avant le début de l'injouable solo inaugural - de cor - de Jurassic Park, soulignant son propos d'un vigoureux coup de coude. Mais il pouvait bramer tant qu'il voulait, je ne l'écoutais plus. J'étais sous le charme. Envoûtée par la magie de l'orchestration à la Williams, où toujours un petit détail d'orchestration, d'harmonie vient en faire bien plus qu'un bête papier-peint-musical-pour-images. Subjuguée par l'orchestre, cet orchestre décidément rêvé pour cette musique, incapable de jouer une note à moitié. Dans chaque note jouée par cet orchestre churchillien, il y a du sang, des larmes, de la sueur, qui font de la musique un personnage à part entière du film, souvent bien plus efficace que les images qu'elle est censée accompagner.
(ce qui, traduit en 'Erudit', donnait quelque chose comme "Tu as vu ? Ils doublent l'archet pour toutes les valeurs longues ! Ils ne chipotent pas... ")

Pas besoin de me montrer des ailerons de requins pour que je me mette à trembloter de peur dès le début le thème du Requin. Avant même que les cordes ne se mettent à grincer de l'archet, on perçoit un bourdonnement sourd, oppressant, noyé d'ordinaire sous le bruit de la ventilation de l'ordinateur, ou de la télévision.Un escadron de tank serait-il en train de descendre l'avenue Hoche ? Un tremblement de terre ?
"Clarinette basse et grosse caisse", me rassure l'érudit.

"Grosse caisse ??"
"Héhé"

Sans transition, on passe à la Liste de Schindler, l'occasion d'écouter Carmine Lauri, co-soliste du LSO, et de découvrir un son, peut-être un soupçonninet moins puissant que les grands solistes qui traînent leur guêtres à Pleyel , mais très beau, touchant, qui fait merveille dans ce solo mélancolique. Je me réjouis de le voir vigoureusement et longuement applaudi, puis l'Erudit et moi envisageons un concept de concert où ne joueraient que nos violons solos d'orchestre préférés.

A nouveau choc des cultures, on passe de l'Europe Centrale à l'Amérique Latine : Indiana Jones ! L'Erudit, à gauche, s'esclaffe :

"Mais il cite l'Ouverture Académique de Brahms dans la scène de la bibliothèque ! Ah, mon salaud !"

Après l'entracte, une légère baisse de tension m'empêche de profiter pleinement, même s'il me faut lutter contre une envie dérangeante de découper quelques pirates en rondelles, puis retenir quelques larmes pendant l'épilogue de la Guerre des Mondes - l'intervention poignante des violoncelles - et essayer de faire le moins de chahut possible tout en montrant du doigt à l'Erudit mes chouchoux et anti-chouchoux de l'orchestre.

Le Terminal. Cela faisait deux heures que l'Erudit me répétait que j'allais a-do-rer. Un petit quelque chose d'Europe Centrale, ni tout à fait klezmer, ni hongrois, ni slave. De la musique krakozienne, en somme. Le clarinette solo de l'orchestre s'est somptueusement acquitté de sa tâche, mais ses phrasés contrôlés manquaient un soupçon de gouaille et de paprika (à 7'01") pour que j'y trouve mon compte. Mais quelle musique splendide.

Quelques temps minutes plus tard, toujours pas de Star Wars à l'horizon, alors que, les paumes endolories, on réclame un bis. On en obtient enfin un :

Quoi ? A Prayer for Peace (Munich). L'écriture est faussement simple, masquant une redoutable densité (un coup de coude de l'Erudit me fait remarquer que les violoncelles sont divisés, avant qu'il ne m'explique l'impact que cela a sur le timbre de l'orchestre et l'harmonie du morceau. A mon tour de lui envoyer des coups de coude, et lui indiquer les quartiers de Budapest que je reconnais à l'écran). Mais ce n'est pas Star Wars...

On insiste un peu, et exigeons un deuxième bis. Quoi ? March from 1941 ? Les premiers instants de déception mis à part, je me régale de cette pièce délicieusement kitsch et somptueusement orchestrée. Qui deviendra, je n'en doute pas, mon hymne anti-blues du dimanche soir. Toujours pas de Star Wars à l'horizon..

Ce n'est qu'après moult hurlements qu'enfin, les musiciens semblent se préparer à attaquer un ultime bis.
L'Erudit rugit: "Les trompettes se préparent ! C'est tout bon !!!". Inutile de peaufiner les détails, dès que les premières notes du thème de Star Wars retentissent, elles sont couvertes par un vagissement sauvage : le cri des joie des starwarsophiles enfin satisfaits. Sur cette note irrésistiblement jouissive, le concert s'achève, les musiciens s'en vont sans même nous laisser le temps de finir d'applaudir, et on reste plantés là, un sourire béat aux lèvres, le flanc endolori.

Aussi : Laurent, Palpatine, Toutelaculture.fr,

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