lundi 8 avril 2013

La soirée Roland Petit


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Opéra Garnier - Mercredi 27 mars 2013, 19h30
Orchestre Colonne, Yannis Pouspourikas, direction musicale
Etoiles et corps de ballet de l'Opéra de Paris

Un jour, j'apprendrai à regarder un ballet correctement, en observant la scène, sans laisser mon regard batifoler en fosse, s'attarder dans le public, en oubliant que des danseurs s'affairent sur scène. Mais ce soir-là, il se passait trop de choses passionnantes ici et là dans la grande salle de l'Opéra Garnier.

LE RENDEZ-VOUS
Joseph Kosma (Musique), Roland Petit (chorégraphie, sur un argument de Jacques Prévert), Pablo Picasso (rideau de scène), Brassaï (décors), Mayo (costumes)

Sans la présence hypnotique de mon Nicolas Le Riche adoré sur scène (c'était le cas la dernière fois que j'ai vu le même ballet, en 2009 ou 2010), j'ai du mal à détacher mes yeux et mes oreilles de la fosse. L'orchestre est dans une forme magistrale, notamment les cordes, radieuses (j'imagine que le régime alimentaire à base de lion des chefs de pupitre des altos et des seconds violons n'y est pas pour rien).

Un ballet qui se finit mal est inévitablement prétexte à de langoureux et bouleversants solos de violon. Je me surprends à presque-siffloter la mélodie, mais, bon sang mais c'est bien sûr : les Feuilles Mortes ! J'apprends alors que de la musique de scène du Rendez-Vous est issu ce tube interplanétaire, avec lequel ce violoniste était déjà bien familiarisé. Violoniste qu'il faudra réinviter souvent, et à qui il faudra faire jouer beaucoup de concertos, je vous prie.

LE LOUP
Argument de Jean Anouilh et Georges Neveu, Dutilleux (musique), Roland Petit (chorégraphie), Carzou (décors et costumes)

Pendant les deux-trois premières minutes du ballet, je ne peux pas m'empêcher de me demander si la dentition de loup (de vampire ?) dont est affublé le danseur soliste ne gêne pas sa respiration. Manifestement les danseurs de l'Opéra en ont vu d'autres.

Sur scène, la fraîcheur, la joie de vivre qui se dégages des gestes de l'héroïne (Emilie Cozette) et de son canidé de soupirant (Stéphane Bullion) sont communicatives. Il n'était pas prévu que les choses se finissent bien, loin de là, et c'est l'orchestre, en particulier le basson, qui me fera frissonner pendant la mort du malheureux loup.

L'ENTRACTE
Ambiance électrique à l'entracte. Une rumeur de nomination d'Etoile circule. Chacun y va de son indice irréfutable : la hauteur des talons de tel ou telle officiel(le). La proportion d'étoiles, ou de footballeurs, dans le public.
Y aura t'il une étoile de plus ?

CARMEN
Georges Bizet (musique), Roland Petit (chorégraphie, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée)

Très exceptionnellement, je n'ai pas regardé Nicolas Le Riche/Don José danser, alors qu'il était là, sur scène, en chair et en os. Je l'ai royalement ignoré pour me gorger du son velouté de la flûte solo dans l'Intermède. A son entrée, je n'ai même pas daigné lui jeter un oeil, lui préférant les solos de trompette et du formidable violon solo dans la Habanera. Le son de hautbois redoutablement dense, velouté, épicé, andalou en somme, de la Seguedille. Et les très jolies interventions de clarinette (un peu partout).

Nicolas Le Riche insiste. Il assassine sa dulcinée ? Peu me chaut. Du pas de trois pour deux danseurs et timbales, je retiens les 43 coups de timbale en mode fortissississimo, bientôt rejointe par la grosse caisse, et me gausse des mines torturées des musiciens, recroquevillés sur leur chaise, les doigts enfoncés dans les oreilles. Au beau milieu d'un pupitre d'alto à l'agonie, se dresse une tête, hilare. Ma Copine du Front de l'Est ! (un jour je me suis retrouvée assise à côté d'elle, à l'orchestre (le mien) et on lui avait férocement réglé son compte, à l'Orage de la Pastorale. Mémorable.). Ce n'est pas quelques malheureux coups de timbale qui vont l'effrayer.

Pendant ce temps, sur scène... Le rouquin bondissant, je n'ai pas pu le quitter des yeux. François Alu, je présume ? Quant à Carmen/Eleonora Abbagnato, et bien, ... sa danse ne m'a pas touchée. J'y ai senti, ou ai cru y sentir trop de nervosité, et peu importe, en fin de compte. C'était sa soirée, puisqu'après les deux-trois baissers-levers de rideau d'usage, un lutrin attendait sur scène que le Directeur de l'Opéra la nomme Etoile. La nomination faite, elle fond en larmes, le public vocifère, applaudit, mais c'est qu'une autre étoile doit la pousser vers le devant-de-scène pour qu'elle ose enfin saluer seule ! En contrebas, un des altos de l'Orchestre Colonne était en catimini nommé alto co-soliste (il se dit qu'il a joué un concerto de Bartók pas piqué des hannetons au concours, quelques mois plus tôt). Quelle soirée...!

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