mardi 12 mars 2013

Le Quatuor Kelemen à l'Auditorium du Louvre


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Mercredi 27 février - Auditorium du Louvre
Quatuor Kelemen (Barnabás Kelemen, Gábor Homoki, Katalin Kokas, Dóra Kokas)


Haydn, Quatuor en si bémol majeur Hob.III.78, Lever de soleil
Bartók, Cinquième quatuor Sz 102
Beethoven, Quatuor en mi mineur opus 59 n°2, Razoumovsky


Normalement, je n'aurais pas du acheter de billets pour ce concert. Après tout, à peine trois semaines plus tôt, je revenais de Budapest où les même Kelemen avaient joué ce même quatuor n°5 de Bartók. Mais... Kelemen ? Bartók ? Vite, vite une place ! Comment réserve-ton à l'Auditorium du Louvre ? En ligne ? Courrier ? Téléphone ? Mon royaume pour un billet.

C'était ainsi l'occasion de faire connaissance avec l'Auditorium du Louvre, discrètement tapi dans un recoin de l'esplanade sub-pyramidale, surprennament intimiste pour un auditorium d'un tel volume. Et de savourer la traversée des cours du Louvre, élégamment éclairées, à la tombée de la nuit, dans une ambiance hollywoodo-parisienne que le carrefour engorgé en face de la salle Pleyel ne saurait émuler.

Il me semble bien que le quatuor de Haydn n'était là que pour jouer les amuses-gueules. Regardez la qualité de notre son collectif, de nos articulations, semble-me sussurer le quatuor. La cohésion de nos phrasés. L'homogénéité de notre son. Vous n'avez presque jamais entendu parler de nous, mais vous voilà impressionnés ! Passons aux choses sérieuses, maintenant.

Les choses sérieuses, c'était le quatuor n°5 de Bartók. Le quatuor, élégamment retenu dans Haydn, se meut en horde sauvage, le temps d'une minuscule pause, qui n'aurait théoriquement pas du leur laisser le temps de monter des cordes en boyaux d'ours de Transylvanie enragé sur leurs instruments.

On peut y entendre ce qu'on veut, dans ce quatuor. J'en connais qui y entendent l'inflation galopante des années 20, la montée du nazisme (ça doit être le rythme). Quand j'y pense, c'est vrai que la ritournelle de boîte-à-musique rouillée du dernier mouvement a un petit air de Daladier de retour de Munich. Plus prosaïquement, je me contente de savourer l'association rêvée d'une oeuvre et de musiciens dans leur élément. Le rythme n'est plus seulement un phénomène mécanico-acoustique, mais un personnage à part entière, qui vous envoie des coups de pieds dans les genoux et des chiquenaudes sur la nuque. Dissoner, oui, que ferait-on d'autre chez Bartók ? Mais ni dissoner-contemporain, ni dissoner-conceptuel. On dissone organique, chez les Kelemen. Délicieusement insoutenable, comme un savoureux café, un peu brûlé, sans sucre. Forcément, c'est idiomatique, évident comme une paire de taloches sur les oreilles. Aurait-ce pu être moins que génial ? J'en doute. Après tout, les Kelemen sont élèves de Kurtag, lui-même élève de Veress, lui-même élève de Bartók. La filiation est directe.

Peu après, en bis, la version pour quatuor de la Danse du Renard du Divertimento n°1 de Leó Weiner. Mêmes phrasés pulsés, mêmes rythmes. Mais Weiner dissone courtoisement, et les rythmes sont plus endiablés que véritablement féroces. Du Bartók de salon, en somme.

Travaux pratiques :

1. Ecouter un extrait du quatuor n°5 par les Kelemen :


2. Ecouter la Danse du Renard (...) de Leó Weiner par le quatuor Anima :


(Et cette altiste. Ah mais quelle tigresse ! Un autre jour, je vous parlerai de B. Kelemen, qui a gagné, il y a quelques années, le concours d'Indianapolis. Histoire de donner une petit idée du niveau)

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