dimanche 10 février 2013

Brahms par les Berliner 3/8


11 Comms'
Membres (la plupart) des Berliner Philharmoniker : Guy Braunstein, Christoph Streuli (violon), Amihai Grosz (hiii) (alto), Olaf Maninger, Zvi Plesser (violoncelle), Wenzel Fuchs (clarinette), Yuja Wang (piano)

Brahms : Sonate pour clarinette n° 2 op. 120, Trio pour piano et cordes n° 3 op. 101, Quintette pour piano et cordes op. 34

Ce concert aurait vraisemblablement du trouver sa place sur l'étagère des Concerts InoubliablesTM s'il n'y avait pas eu deux petites erreurs de casting.

La première erreur de casting, c'est l'immmmense salle Pleyel, trop grande pour de la musique de chambre, si bien que les musiciens paraissent bien esseulés au milieu de la scène. Du fait de la distance, j'ai un peu de mal à me sentir concernée par ce que me raconte le clarinettiste Wenzel Fuchs tout là-bas, au loin. Et les inévitables crachouillis, feuilletis et grinçouillis (relativement peu fréquents, mais ne serait-ce qu'une infime proportion de 2-3‰ despectateurs souffrants ou stressés appliquée à une jauge d'environ 1900 personnes provoque forcément plus de brouhaha que dans une salle de musique de chambre à la jauge plus raisonnable), s'ils ne couvrent pas réellement les musiciens, viennent régulièrement briser le fil ténu qui reliait mes oreilles aux musiciens. Bref, je passe complètement à côté de la sonate pour clarinette.

La deuxième erreur de casting, c'était Yuja Wang. Si elle me fait une impression plutôt favorable en tant que pianiste (elle tire du piano un son tout joli, maîtrisé, sa technique assurée est impressionnante, par ailleurs le personnage est foncièrement attachant), elle ne passe pourtant pas le Test Brahms : chez Brahms, si des musiciens font seulement semblant d'avoir envie de jouer ensemble, s'ils ne savent pas ce que vient faire telle ou telle note à tel endroit de la partition, c'est le gloubiboulga assuré.

Et donc, dans le trio, le contraste est saisissant entre Yuja Wang le duo Guy Braunstein / Olaf Maninger. Les phrasés des deux Berlinois sont parfaitement étudiés, chaque note parait si évidente, superbement à sa place dans une histoire qu'ils nous déroulent soigneusement du début du premier instant jusqu'à la toute fin du Trio, mais de temps en temps, de derrière les deux Berlinois, proviennent des petits bouts de phrases décousus, des accords plaqués avec enthousiasme "klonk !", si joliment joués certes, mais qui pourraient être issus de n'importe quel concerto un tantinet virtuose, et ne cherchent pas à s'insérer dans l'histoire qu'on nous raconte.

A ceci s'ajoute le problème du son : Yuja Wang conserve de bout en bout le même type de son : graves rugissants, aigus métalliques, soigneusement articulés, medium un peu bourbeux, qui contraste à son désavantage avec l'invraisemblable palette de couleurs des deux autres musiciens. A vrai dire, j'ai par instants l'impression d'écouter deux stations de radio simultanément. Impression manifestement pas le moins du monde partagée par les propriétaires des multiples paires d'yeux transis que je croise à l'entracte. Je ne suis guère convaincue par la casquette chambriste de Yuja Wang, mais on m'assure qu'en soliste, pourquoi pas ? Soit, l'occasion de l'écouter en soliste se présentera quelques semaines plus tard, avec l'Orchestre de Paris.

Au retour de l'entracte, notre petite pianiste ne peut plus rien contre la force de frappe berlinoise. Ils sont revenus en masse : ils sont quatre, ce qui  en terme d'impact sonore, de présence équivaut à peu près à un orchestre de chambre normalement constitué. J'ai le privilège, du haut de mon recoin de second balcon, d'être orientée directement en vis-à-vis de l'alto d'Amihai Grosz (je dirais même ' Amihaiiii Grosz'), et de découvrir ce son d'alto prodigieux, qui ressemble, quand ça lui chante, à un violoncelle, ou à un son de violon - mais en plus beau. Et à chaque fois qu'Amihai Grosz pose son archet sur une corde, il se passe quelque chose, il ralentit un peu le cours du temps, insuffle une nouvelle énergie dans le quintette. Essayez-le vous-même dans Chostakovitch, c'est saisissant :



J'imagine que le pari des têtes pensantes de la salle Pleyel était de faire venir à Brahms les Yujiteux les plus notoires, c'est particulièrement bien réussi dans le cas d'Andante con Anima, ressorti de ce concert brahmsophile convaincu, et même de Palpatine42, qui avouera en catimini que le clou du week-end Berlin-Brahms était le sextuor dans lequel sa Yuja Wang adorée... ne jouait pas. Quant au pari l'inverse, faire apprécier Yuja Wang à la Braunsteino-Groszeuse que je suis ? Hum, pas gagné.


*Par contre, le test orchestral ultime, c'est Haydn. Tu crois être un bon orchestre ? Tiens, joue-moi une symphonie de Haydn, qu'on rigole un peu. Jean-Pierre Rousseau en parle si bien ici.

11 Comms':

{ mimylasouris } at: 10 février 2013 à 10:48 a dit…

Les deux stations de radio simultanées : c'est exactement ça, l'impression que j'ai eue dans le concerto de Prokofiev !

{ Klari } at: 10 février 2013 à 22:56 a dit…

Oups ! C'est quand même une des pires injures qu'on puisse adresser à un musicien !

(c'est qu'on est un peu odieuses, ces temps-ci, toutes les deux !(honteuse))

Andanteconanima at: 11 février 2013 à 09:46 a dit…

J'allais justement dire que pour une "petite erreur de casting", miss Yuja se prend quand même un gros tacle...

Autant dire que j'attends avec appréhension le prochain volet de ta série brahmso-berlinoise mais je le lirai avec beaucoup de plaisir ! ;-)

{ giovanni radivo } at: 13 février 2013 à 15:57 a dit…

Avez vous lu cette critique de la série précédente ? Délire du critique ou mauvaise soirée de musiciens??
http://www.resmusica.com/2012/10/26/du-brahms-en-pieces-detachees-a-la-salle-pleyel/

{ Klari } at: 13 février 2013 à 22:31 a dit…

Bonsoir Giovanni, et bienvenue pour votre premier commentaire.

Oui, je l'avais lue à l'époque et j'avais bien failli m'étrangler de stupéfaction.
"public, plein de mansuétude", "le violoncelle de Ludwig Quandt est particulièrement désastreux" (pour moi, il s'agit d'un des meilleurs violoncellistes du monde), "c’est surtout son incompréhension de la musique qui étonne" (c'est celui qui dit qui y est, j'imagine !!)
Quant à imaginer qu'ils soient incapables de jouer sans chef. Bon.

Pour répondre à votre question,délire de critique, évidemment. Les deux concerts d'octobre avaient été somptueux, j'ai eu la chance d'écouter les deux.

Certes, il arrive parfois, je dis bien parfois que Guy Braunstein fasse crisser son archet, ou qu'une petite note fantôme se fasse entendre. Mais une fois par oeuvre, pas plus. Je comprends que ça puisse surprendre momentanément quelqu'un trop habitué à écouter des enregistrements immaculés, mais ça ne justifie en rien cette volée de bois vert.

Bref, c'est une critique très condescante, et pour citer mon Debussy adoré (que je préfère en tant que critique pluytôt que compositeur, pardonnez-moi ce crime de lèse-majesté), "..... la critique, celle-ci ressemblant trop souvent à des variations brillantes sur l'air de "vous vous êtes trompés parce que vous ne faites pas comme moi" ou bien "vous avez du talent, moi je n'en ai aucun, ça ne peut pas continuer plus longtemps..." (Mr. Croche)

Bonne soirée,
Klari.

{ Klari } at: 13 février 2013 à 22:32 a dit…

(mais surtout, il aurait du entendre, ce monsieur, et pas que chercher à voir, l'extraordinaire qualité de son, collectif, l'écoute réciproque (à ce niveau, c'est stupéfiant) des ces musiciens)

(en plus, il raconte des bêtises, j'ai intercepté plusieurs coups d'oeil magnifiquement émouvants entre les musiciens)

(pffff)

{ Joël } at: 13 février 2013 à 23:26 a dit…

Je penche également pour le délire du critique... C'est à se demander si j'ai assisté au même concert que lui, vu ce qu'il dit sur leur sextuor #1, une de mes toutes meilleures expériences en matière de musique de chambre.

{ Klari } at: 14 février 2013 à 00:52 a dit…

@ACA : J'allais justement dire que pour une "petite erreur de casting", miss Yuja se prend quand même un gros tacle...
Tu me trouves trop dure ? Qui, quoi, comment, quand ? J'ai essayé de ne pas l'être, mais la chroniquette pas-contente-mais-pas-condescendante est un exercice encore trop subtil pour moi, je crois !

Autant dire que j'attends avec appréhension le prochain volet de ta série brahmso-berlinoise mais je le lirai avec beaucoup de plaisir ! ;-)
Merci ! Tu vois, j'ai fait light. Une piquounette contre les collants à trous et je suis passée à autre chose. Même si, j'avoue, le miracle du sextuor m'échappe encore.

(mais j'ai les autographes d'Ulrich K., Olaf M. et CHristoph S., nananère ! dans 121 autographes, j'ai tout Berlin, olé !)

{ Klari } at: 14 février 2013 à 00:53 a dit…

@Joël : ouais. Des fois, il ne faut pas chercher à comprendre..

Andanteconanima at: 14 février 2013 à 20:56 a dit…

"Trop dure" ? Non pas, non pas. D'une pertinence aiguisée, plutôt. Mordante, et qui vise juste, sans complaisance ou condescendance. En un mot, avec toutes les vertus qu'on aimerait trouver sous la plume des critiques "autorisées".

Mais c'est ma faute, je me suis mal exprimé. Il faut dire que j'étais en plein opus 18 avec Braunstein, Plesser & Co au moment où j'ai écrit mon commentaire. Imagine un peu mon état...

{ klari } at: 15 février 2013 à 11:01 a dit…

Ta bonté te perdra (merci pour ta remarque, et n'hésite pas à critiquer, je sais que tu le formuleras habilement) !

Toi aussi, tu passes tes journées là-bas ? On aurait dû se croiser ! Je m'évanouis à chaque fois que j'entends Ori Kam inaugurer le mvt 2, je t'avoue...

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