lundi 28 janvier 2013

Vivaldi par Il Pomo d'Oro, Riccardo Minasi et Dmitry Sinkovsky


7 Comms'
Salle Gaveau, mercredi 23 janvier, 20h30
Ensemble Il Pomo d'Oro, Riccardo Minasi & Dmitry Sinkovsky (violons, direction)
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Vivaldi : Concerto per due violini in do mirore (RV 509)
Concerto in si b maggiorre 'Per Pisendel' (RV 370)
Concerto per due violini in g minore (RV 517)
Giovanni Platti : Concerto in re minore con violoncello obbligato (WD 655)
Vicaldi : Concerto in mi minore 'Il Favorito' (RV 277)
Concerto per due violini in la minore (RV 253)
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Le concert n'avait pas encore vraiment commencé que le ton était donné : Riccardo Minasi, rejoignant sur scène une douzaine de musiciens munis d'instruments, de clavecins et d'archets plus baroques les uns que les autres, annonçait malicieusement, l'accent délicieusement italien, qu' "il allait y avoir un tout petit changement de programme et que nous allons plutôt jouer une symphonie de Brahms", avant d'avouer, après nous avoir accordé quelques instants pour rire, qu'il nous faisait marcher, et que la pièce n°x se contenterait de prendre la place de l'oeuvre n°y.

(Brahms à 12 musiciens avec un clavecin... Un jour, il faudra essayer pour de bon).

Fini de rire, place au premier des trois concertos pour deux violons de la soirée. "Bataille de violons" était intitulé le concert, nous promettant un combat sans merci :  "Voici réunis deux des plus grands violonistes baroques de la nouvelle génération qui (...)  vont s’affronter dans les plus spectaculaires concertos". Publicité heureusement mensongère, tant mieux, car je n'ai pas si souvent vu des solistes et un mini-orchestre aussi complémentaires, si complices. C'est raté pour les jeux du cirque, mais quel régal musical.

Chacun des deux solistes a toutefois l'occasion de jouer un concerto "tout seul", je me réjouis de les écouter chacun leur tour, tout en craignant d'inévitablement, en préférer un au détriment de l'autre... Mais ils sont suffisamment différents pour ne pas porter ombre l'un à l'autre :

Le premier, Dmitry Sinkovsky, qui s'engouffre sur scène en quelques bonds joyeux, est une personnalité plus grande que nature. S'il n'avait choisi de devenir violoniste baroque, il serait devenu pilote de F1, acteur, ou rock star, pas l'ombre d'un doute ne plane sur la question. Il ne doit pas exister beaucoup de musiciens plus virtuoses : quand la main de l'archet va si vite qu'on ne voit plus qu'un halo cartoonesque, que les doigts de la main gauche ont l'air de disputer la finale du 100m sur le manche du violon, mais que pas une fraction de croche n'est savonnée ou seulement approximativement juste, on a manifestement affaire à un grand virtuose, même si l'Escogriffe bougonne que ce n'est pas le plus difficile à jouer. Les bariolages les plus hystériques restent insolemment détendus, finement phrasés, on n'y entend jamais un cafouillis injouable de notes, que de la musique. Ca parait si facile, joué ainsi...

Dans le mouvement lent du concerto Per Pisendel, il s'avère tout bonnement prodigieux, négociant avec aisance et sérénité les multipuples croches qui menaceraient de briser la tranquillité de ce mouvement, poussant encore un tout petit peu plus loin les limites du pianississimo, juste quelques infimes crins loin, loin, loin, sur la touche, histoire de prouver qu'il peut stopper le souffle de quelques centaines d'auditeurs si le coeur lui en dit.
A l'entracte, à la mini-boutique, je supplie qu'on me mette un CD de Dmitry Sinkovsky de côté, le temps de tirer quelques sous au distributeur : j'ai bien fait, quelques minutes plus tard, la pile de CD a déjà diminué de moitié. Oui, il a rejoint le panthéon de mes violonistes préférés, tout là-haut avec Leonidas Kavakos et Guy Braunstein, dans un genre un peu différent.

Après l'entracte, au tour de Riccardo Minasi de jouer un concerto, Il Favorito : un peu moins surnaturellement virtuose que son confrère russe, il produit un son plus rond, un peu plus contemplatif (toutes proportions gardées, nous sommes tout de même chez Vivaldi) qui me touche plus. Ne pouvant pas immédiatement se lancer dans le concerto, le claveciniste étant bien occupé à accorder son instrument, il prend le temps de nous donner quelques petites explication sur le pourquoi du comment de l'accord, les tempéraments, les la dièse qui ne sont pas joués avec la même key, ah, comment dit-on en français, touche ? merci ! que le si bémol mais ne vous inquiétez pas c'est l'accordeur le plus rapide du monde cela ne prendra à peine 45 minutes, une broutille. Ah, il en est au deuxième registre, çà, là, c'est une chanson traditionnelle japonaise (tsouing, tsouing, japonise un des violonistes de l'orchestre) et il a presque fini et on peut y aller ! L'accord de l'instrument et l'intermède comique sont salués par une vigoureuse ovation. Là où Dmitry Sinkovsky m'avait éblouie, Riccardo Minasi m'émeut, il me faut ainsi lutter contre une petite boule suspecte dans la gorge dans le mouvement lent du Favorito.

Forcément, à la fin du concert, on ne veut plus laisser partir les musiciens, alors ils s'amusent comme des petits fous, à faire mine de mélanger les partitions, de s'échanger les pupitres, mener de grands conciliabules stratégiques avant de concéder, entre deux éclats de rire du public, qu'après mûre réflexion, leur choix s'est porté sur des Concerto per due violini, en veux-tu en revoilà.

J'ai (stupidement, bêtement, impardonnablement) omis de lire la note de programme pendant le concert, et ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai réalisé que le concert était suivi d'une séance de dédicaces. Zut, zut, zut et rezut. Mais pas d'inquiétude, Dmitry Sinkovsky revient à Paris la semaine prochaine pour diriger du violon l'ensemble Il Complesso Barocco, aux côtés de Joyce DiDonato. Youpi ! (en plus, on sait d'ores et déjà que ça va être très bien)

Avant d'aller cliquer ailleurs, prenez le temps de regarder Riccardo Minasi faire exploser quelques tomates :

avant de passer au Favorito (avec jardins fleuris, regards mélancoliques, sous-bois ombragés et tout le toutim)

Magnifique, non ?

7 Comms':

{ Joël } at: 29 janvier 2013 à 11:33 a dit…

Humm... on dirait que ma chanteuse préférée choisit soigneusement les interprètes avec qui elle chante :-) Je regrette donc doublement moins d'avoir payé si cher ma place pour le récital de Joyce DiDonato au TCE...

{ Klari } at: 29 janvier 2013 à 12:11 a dit…

"si cher" ? glups ! tu as pris une place de quelle catégorie ?

{ Joël } at: 29 janvier 2013 à 13:52 a dit…

Pour Joyce, je prends de la troisième catégorie parce que je n'ai vraiment pas envie d'avoir à faire des contorsions pour la voir et étendre. (En catégorie 4, il m'est arrivé d'avoir à me mettre debout pour apercevoir Jonas Kaufmann lors d'un de ses récitals au TCE.)

{ Klari } at: 29 janvier 2013 à 21:10 a dit…

La 3è catégorie, ça va être du second balcon, je suppose. Elle projette bien jusque là ?

{ Joël } at: 30 janvier 2013 à 08:12 a dit…

La 3è catégorie, ça va être du second balcon, je suppose. Elle projette bien jusque là ?
Au TCE, j'ai toujours été un peu plus bas lors de ses récitals. A priori, elle ne chante pas pour la moitié de la salle... Je crois qu'elle est plutôt connue pour se faire bien entendre de tout le monde !

{ Joël } at: 9 février 2013 à 01:02 a dit…

Il est effectivement génial ce violoniste (Dmitry Sinkovsky) qui semble avoir sublimé Il Complesso Barocco (que j'avais trouvé un peu mou quand je l'avais entendu dirigé par Alan Curtis). J'ai été plus qu'épaté par cet ensemble ; j'ai rarement vu un orchestre baroque aussi enthousiasmant.
Le plus amusant, c'est que si jamais Joyce DiDonato avait été souffrante, le premier violon/chef aurait sans doute pu la remplacer !

{ Klari } at: 10 février 2013 à 22:57 a dit…

Cet homme est parfait, c'est tout.

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