mercredi 23 janvier 2013

The Shining One de G. Connesson, par l'Orchestre Colonne (et un peu de Ravel aussi)


2 Comms'
Salle Pleyel - dimanche 13 janvier, 19h
Orchestre Colonne, Laurent Petitgirard (direction), Jean-Philippe Collard (piano)
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Guillaume Connesson, The Shining One (mini-concerto pour piano)
Maurice Ravel : Concerto pour la Main Gauche, Daphnis et Chloé.
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Le soir où devait se donner ce concert, je n'étais pas disponible. J'étais bougrement embêtée de manquer ce programme, en particulier le mini-concerto pour piano de G. Connesson, dont on m'avait dit tant de bien. Une seule solution : faire adroitement jouer mon réseau pour obtenir l'autorisation d'assister à la générale. C'était chose faite, et j'étais au beau milieu de la salle Pleyel, vide coté spectateurs, un peu décontenancée à l'idée de devoir choisir un siège parmi les centaines de fauteuils vides qui s'étendent à perte de vue.

The Shining One valait amplement le détour : c'est une oeuvre magnifique, exubérante, un brin acide toutefois, qui gambade, trottine, batifole sans relâche, mais avec mesure, car il y a toujours une ligne apaisée de quelque chose - de cuivres, par exemple, qui fait contrepoids à la meute surexcitée de vents et de cordes (ou l'inverse). Ce mini-concerto d'une dizaine de minutes nous emmène, là où il y aurait un second mouvement s'il était réglementairement découpé en mouvements, dans un délicieux intermède à la Rachmaninov (qui a ses fans et ses détracteurs, moi, j'aime beaucoup, "mon réseau", moins) où, au lieu de chanter, les cordes se mettent à ricaner avec malice. Simplement quelques glissandi bien trempés sur leurs partitions, je suppose. Puis, sans qu'on ait très bien compris comment ni pourquoi, les épanchements rachmaninoviens laissent sans regrets la place à un trottino-trottinat endiablé, ce qui ne va pas sans provoquer quelques petites frayeurs à certains pupitres de cordes (que voulez-vous, avec ces mesures en fractionnièmes de demi-rondes mutilées), mais aucunement à mon pied gauche ni au compositeur, qui tout en battant la mesure et tournant avec détermination les pages de son immense partition, hoche la tête avec véhémence à quelques mètres de moi.
Il est difficile de se retenir d'applaudir ou bravoter à la fin de l'oeuvre, pour ne pas troubler la répétition. Mais, en compensation, l'orchestre et la pianiste jouent à nouveau une généreuse portion du concerto : hourrah.

Ensuite, c'était au tour du concerto pour la main gauche de Ravel. Qui, depuis que j'aime Schumann, est mon nouveau "compositeur-beurk". Dix jours après cette soirée, il m'est impossible de retrouver des souvenirs de l'oeuvre, il me reste uniquement des impressions du pianiste. Heureusement ses mains se trouvent dans mon champ de vision, mes oreilles peinent à croire que seuls cinq doigts produisent autant de choses. J.-P. Collard est un de ces musiciens oxymoriques qu'on se retrouve obligés de décrire par une ribambelle d'adjectifs dépareillés (vigoureux mais pas exubérant, précis mais pas tatillon, le son est riche mais ni trop, ni pas assez, ni ceci cela, et quelle énergie, le reste à l'avenant...). En fin de compte, je me contente de me réjouir de l'arrivée, entre temps, des choristes, qui, eux, installés sur les banquettes derrière l'orchestre, n'ont aucun scrupule à applaudir chaleureusement quand cela s'avère indispensable, et je me joins très volontiers à eux.

Pas de bis, et en guise d'entracte, une "pause" d'une dizaine de minutes, où je savoure l'insigne honneur de visiter les toilettes "musiciens" et de faire la connaissance de la machine à café des coulisses. Gentil-Prof lui-même y a bu des cafés, et peut-être même Leonidas Kavakos et Bernard Haitink aussi ?

Retour de la pause pour Daphnis et Chloé. Deux fois d'affilée. Daphnis et Chloé, est une oeuvre qui me plonge dans un ennui terrible (il parait que c'est subtil, gnagnagna, l'orchestration, gnagnagna, les couleurs, patatipatata, je me permets de ne pas souscrire à la propagande), sauf quand des danseurs proposent une diversion visuelle, auquel cas, je me régale. L'Orchestre Colonne n'a pas engagé de danseurs pour me soulager de ma torpeur, mais ils disposent d'un excellent contrebassiste solo, qui, avec ce mélange de décontraction et de sérieux qu'on ne trouve que chez les contrebasses (ou les cuivres (ou certains altos (et au fond des seconds violons))) propose une chorégraphie alternative à base de moulinets d'archets, de ploums déclamatoires et de coups de pieds bien accentués. Si la chorégraphie n'est pas trop édulcorée en concert, l'Orchestre Colonne a là un remplacement enthousiasmant au contrebassiste-chéri-de-toute-la-blogosphère, le fameux Bernard C. de l'Orchestre de P., parti beaucoup, beaucoup, trop tôt à la retraite.
Un restant d'honnêteté intellectuelle m'oblige par ailleurs à signaler que certains musiciens ont su temporairement vaincre ma ravelophobie par le biais de superbes interventions, tout particulièrement la petite clarinette (on m'avait si souvent dit que c'était criard et laid, une petite clarinette, que j'avais fini par y croire, à tort), la flûte en sol, la mini-flûte, et la flûte tout court, surtout quand ces dernières se passent l'une à l'autre un petit motif musical sans qu'on entende le moindre petit point de couture.

Conclusion : le concerto de Connesson valait-il la peine d'écouter deux heures de Ravel ? Oh oui ! (voyez plutôt)

2 Comms':

{ Joël } at: 23 janvier 2013 à 12:28 a dit…

Il semble que ces jours-ci les auditeurs soient obligés par les programmateurs d'écouter du Ravel pour avoir la chance d'écouter ce concerto de Connesson, puisque l'Orchestre Lamoureux vient aussi de le jouer dimanche dernier dans un programme Debussy/Ravel/Connesson. Grâce à mes archives, je me rends compte que j'ai entendu ce concerto il y a deux ans avec Jean-Yves Thibaudet et l'ONF dirigé par Yutaka Sado et mes archives me disent que j'avais plutôt aimé, ce qui est confirmé à la réécoute, merci d'avoir mis un lien vers Youtube :-)

{ Klari } at: 28 janvier 2013 à 01:09 a dit…

Oui, j'avais vu cette jolie symétrie de programmation.

Tu vois, rétrospectivement, j'imagine beaucoup mieux Collard que Thibaudet dans ce job. Collard , une force de la nature en terme de son, de rythme, je trouve, est tout simplement scotchant sur ce concerto !

(faudra le reprogrammer souvent !)

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