mardi 8 janvier 2013

Carmen - Compagnie Antonio Gades


2 Comms'
Palais des Congrès, Paris - Mercredi 26 décembre, 15h
Compagnie Antonio Gades

Je crois que l'adjectif qui pourrait décrire l'état dans lequel m'a mise ce spectacle n'existe pas. Comment appelle-t'on le mi-enchantement, mi-exaspération ?

Difficile de réprimer mon agacement quand les danseurs et chanteurs de la troupe font autre chose que du flamenco. La dramaturgie ? Bof, bof, bof. Fallait-il chercher à raconter quelque chose ? La musique ? Les inserts du Carmen de Bizet m'arrachent de l'univers sonore dépouillé, intense, que nous proposent les deux-trois guitaristes-chanteurs de la compagnie. La direction d'acteurs ? On a mis la malheureuse Carmen dans une robe en polyester rouge, avant de lui donner pour toute consigne :  'Séduis ! Flirte ! Aguiche !'. Alors, elle fait de son mieux, et puise dans son répertoire de sourires, de moues qui, parfois, confinent au rictus. A côté, les visages fermés, hautains, de ses collègues s'avèrent autrement plus envoûtants.

C'est dans les tableaux d'ensemble, quand les danseurs oublient qu'ils sont censés raconter une histoire, et qu'ils se laissent aller à danser, tout simplement, qu'on touche au sublime. Quand les sourires des hommes ou les regards farouches des femmes ne sont plus un élément du décor, mais la manifestation d'une joie de danser sincère et irrésistible.

Leur sens du rythme donne le vertige. Manifestement, la séquence de tapage-du-plat-de-la-main-sur-table en tutti de trente danseurs, en crescendo, ne leur a pas posé de problème particulier. Ont-ils seulement eu besoin de le répéter ? Applaudir, tous en chœur, avec nuances et accelerando subito ? Mais c'est qu'ils font ça tous les matins avant même de boire leur café, semblent suggérer leurs sourires réjouis. Ainsi, quand la danse exige de ces danseurs qu'ils tapent du talon, qu'ils marquent un temps, l'impact du son est doublé de cette puissante force de conviction rythmique.

Autre instant des plus touchants, cette femme d'âge plus que mûr, emmitouflée dans un châle défraîchi, au corps et à la voix éraillés, qui chante avec cette voix si rauque, si abîmée, qu'elle ne peut plus qu'être bouleversante, avec cette justesse acérée qu'on ne connaît plus dans notre univers tempéré bien grisâtre.

Cependant, l'image que je retiendrai le plus volontiers est celle de ce monsieur bedonnant et rigolard, qui, tout en parodiant le style, ne réussit pas à en dénaturer l'essence : la grâce austère, la dignité toute en tension de ces ports de bras et de mains.

En somme, un spectacle que je ne retournerai pas voir, mais qui me donne follement envie de voir du flamenco, sans le prétexte d'une histoire à raconter, ni de petits bouts de musique classique dans les recoins.
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Aussi : Palpatine, Grignotages, Aymeric, Impressions danse.
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Astuce idiote : alors que je ne m'étonnais de ne pas voir sur la scène de l'opéra les jets coniques de transpiration qui jaillissent depuis les chevelures des danseurs à la moindre pirouette, on m'explique que les quantités conséquentes de laque sur les cheveux des danseurs classiques empêchent cet effet arrosoir de se manifester.

2 Comms':

Philippe[s] at: 14 janvier 2013 à 11:46 a dit…

Moi je suis tombé dans le flamenco quand j'étais tout petit (vers mes 18 ans, quoi) grâce à une émission de radio (la regrettée Claude Maupomé et Michel del Castillo). Cette musique me fait un effet considérable, mais j'y supporte assez mal le cross-over ou le métissage

{ Klari } at: 15 janvier 2013 à 15:25 a dit…

Veinard. Je me fait un petit mémo de venir te demander des conseils/astuces sur le sujet.

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