lundi 28 janvier 2013

Brahms par les Berliner 2/8


3 Comms'
Salle Pleyel - dimanche 21 octobre 2012, 16h
Musiciens du Philharmonique de Berlin : Guy Braunstein (violon), Yulia Deyneka (alto), Ludwig Quandt (violoncelle), Stefan Dohr (cor), Ohad Ben-Ari (piano)
---
Brahms : Sonate pour piano et violon n°1 op.78, Trio pour violon, cor et piano op.40, Quatuor pour piano et cordes n° 1 en sol mineur op.25
---
Ce jour-là, j'ai réalisé avec stupéfaction que l'association dimanche après-midi + Philharmonique de Berlin + musique de chambre + Brahms ne faisait pas vendre suffisamment de billets pour remplir la salle Pleyel. Et moi qui m'étais abonnée des mois à l'avance pour être sûre d'avoir des billets. Les absents ont peut-être raison, allez savoir, le gigantisme de la salle Pleyel ne peut préserver l'intimité de ce genre de répertoire. Enfin bon... Je profite sans ambages des rangs clairsemés de la salle Pleyel et m'installe à la place de mes rêves, au deuxième rang, à un gros mètre des chaussures de Guy Braunstein.

La sonate, c'était mon cadeau d'anniversaire. Ou de Noël en avance. Depuis que j'avais écouté (oui mais sur Youtube) Guy Braunstein jouer Brahms avec ses collègues berlinois, il me fallait absolument l'écouter en vrai. C'était le moment de réaliser ce rêve (hiii) et les premières minutes de la sonate sont passées à m'esbaudir de petits riens : oh, les mouvements (bien surprenants) du coude droit de Guy Braunstein ! Oh, les petits coup de pied dans le vide à la fin des phrases ! Oh, les adorables grimaces et sourires qui viennent égayer son visage de nounours patibulaire ! Après quelques agréables minutes de régression, je me rends enfin compte de la richesse du jeu de Guy Braunstein, de la finesse et de l'efficacité de ses phrasés, jamais gratuits, toujours au service de l'oeuvre (exemple ici). Quel privilège d'être introduite à cette oeuvre par de tels musiciens. Je regretterais même qu'ils ne l'aient pas jouée deux-trois fois d'affilée, j'aurais ainsi pu m'imprégner de la moindre miette de musique.

Le sommet du concert est cependant pour moi, le Trio pour cor, violon et piano :
  • d'une, je suis assise environ un mètre du pavillon du cor de Stefan Dohr, à deux mètres et demi environ de Guy Braunstein. Qui, d'ordinaire, est assis à cette distance de ces deux musiciens, qui ? Un second violon du Philharmonique de Berlin, pardi ! Alors, pendant quelques bienheureuses minutes, j'ai fait semblant avec délices d'être un second violon du Philharmonique de Berlin. 
  • de deux, à un mètre de Stefan Dohr, je peux enfin commencer à comprendre pourquoi tous les cornistes de ma connaissance pâlissent avec un effroi teinté d'admiration quand on dit devant eux 'Stefan Dohr'. Quoique jouant d'un instrument notoirement injouable, son jeu dégage une impression de sérénité, de facilité tout bonnement sidérante. Manifestement, il peut jouer dans tous les registres, dans toutes les nuances inimaginables, sans sourciller. Et quand il se met à cuivrer et à souffler un peu vigoureusement, on se demande s'il n'a pas caché le reste du pupitre de cors derrière le piano (après tout, ils sont tout à fait capables de ce genre de gags)
  • la formation cor/piano/violon ne devrait pas marcher. Physico-acoustiquement, le son acide, pointu du violon ne devrait pas pouvoir se marier avec le son large et diffus du cor, le cor et le piano ensemble devraient se mettre à glouglouter confusément... Et pourtant, ça marche. Eberluée, il me semble entendre le cor adopter le phrasé perlé du piano, le piano faire semblant de jouer des pizz de violon, et Guy Braunstein choisir de manière quasi-instinctive le timbre qui viendra compléter le mieux celui du cor. C'est à se demander si Brahms n'avait pas ces trois musiciens en tête quand il a composé le trio.
  • Parce que j'ai ri, aussi. Quand une mamie d'un âge plus que vénérable choisit de quitter les lieux au beau milieu du trio, faisant paisiblement résonner ses talons bruyants pendants de longs et interminables instants, le temps de trouver la sortie, je ne peux m'empêcher d'éclater de rire devant le regard assassin de Guy Braunstein et celui, malicieux, de Stefan Dohr (qu'il a accompagné d'une moue-risette des plus divertissantes) qui accompagne ladite mamie.
  • Et il y a eu ce moment inoubliable dans le mouvement lent, je crois, où Stefan Dohr et Guy Braunstein ont négocié les méandres d'une phrase richement rubatisée, sans se quitter des yeux, s'aidant parfois d'une légère ondulation de la volute du violon ou du cor, pour effectuer exactement le même descrescendo puis couper le son, rigoureusement ensemble, au pouillième de seconde près. En me permettant d'être témoin d'une telle complicité musicale, j'ai eu l'impression de recevoir un précieux cadeau. 
Ainsi, vous comprendrez sans peine qu'à l'entracte, alors que Stefan Dohr se faufilait à l'anglaise dans le hall de la salle Pleyel, je n'ai pas pu m'empêcher de bondir toutes griffes dehors dans sa direction, mettant fin à sa tentative de départ discret. Il aurait pu se contenter de grommeler un vague 'merci' en réponse à mes balbutiements éperdus, or j'ai eu droit à un splendide autographe, à la petite-blague-spéciale-groupie ("tout va bien, Mme Dohr n'est pas là, j'ai le temps de signer un autographe") et un éblouissant sourire de lutin malicieux*.

Quand à la fin du concert, nous allons, avec deux-trois autres groupies, attendre les musiciens à la sortie des artistes, nous obtenons un aperçu bien déprimant de l'autre côté de la médaille de la vie de musicien : il fait froid, sombre, ils ont un avion à prendre, et la foule en délire qu'on penserait venue acclamer les musiciens n'est en tout et pour tout constituée que de cinq personnes : nous quatre, les Groupies Anonymes et Ivry Gitlis, tiens donc, qui passait par là. Les musiciens sont épuisés (la tête de déterré de Guy Braunstein laisse songer qu'il a assuré le concert avec une grippe carabinée - je n'y ai vu que du feu) et les héros de la soirée ont à peine le temps d'échanger quelques mots avec nous qu'ils se font aussitôt prier de dégager le chemin par un chauffeur de camion de livraison....

* je crois que je suis un peu énamourée de Stefan Dohr. Ceci dit, qui ne le serait pas : quel homme extraordinaire, capable d'apprendre à un chien à jouer du cor.

3 Comms':

{ Gamacé } at: 28 janvier 2013 à 02:38 a dit…

Ouais non donc c'était à CE concert que j'aurais pu venir à la place de l'expo. Mais l'expo était bien hein.
La vidéo du chien qui joue du cor m'a fait éclater de rire, principalement à cause de la mine réjouie de Herr Dohr lui-même je dois dire :o)

{ Klari } at: 28 janvier 2013 à 02:45 a dit…

Ton commentaire me fait réaliser que j'ai oublié de mettre la date du concert en début de chronique !! Il s'agissait là des concerts du mois d'octobre.

Les deux concerts de ce week-end étaient tout relativement manquables, très relativement, n'est-ce-pas : c'était d'une part l'occasion de faire connaissance avec l'un de mes nouveaux altistes préférés, Amihai Grosz. Pardon. Amihaiiiiii Grosz. Et d'écouter par ailleurs, une des plus belles versions, si ce n'est la plus belle version jamais jouée du sextuor n°2 !

{ Klari } at: 28 janvier 2013 à 02:46 a dit…

ps : elles sont magnifiques, hein, les mines réjouies du Herr Dohr ?!

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White