mardi 8 janvier 2013

Blablascopie : Mathieu Rolland (3è et dernier épisode)


7 Comms'
Voici enfin le troisième et dernier (c'est qu'il était bavard...) épisode de la blablascopie de Mathieu Rolland, altiste de son état. Dans le premier épisode, on a répondu à la question 'mais comment peut-on être altiste', avant de se pencher sur la condition d'alto solo (ou co-solo) dans le deuxième épisode.

Mathieu participe avec enthousiasme à de nombreux projets amateurs. Ce troisième et dernier volet de la blablascopie s'attachera donc à comprendre les motivations qui l'amènent à sacrifier de précieux dimanches afin de faire du crin-crin avec d'humbles mais enthousiastes musiciens amateurs.
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Klari. Maintenant qu'on a passé au peigne fin la partie glamour-prestige, l'alto, l'orchestre, passons aux choses sérieuses : les amateurs. Qu'est ce que tu fais avec des amateurs, toi qui a été à la fois tuttiste et soliste du pupitre d'alto de l'Orchestre du Chantier de 2008 à 2009, puis, depuis 2010, alto solo et homme à tout faire des Concerts Gais (et Beaux).

Mathieu. Tu oublies que j'ai aussi été soliste à l'OCUP, pendant deux ans et demi. Par ailleurs, il faut préciser que c'est un orchestre amateur qui m'a fait commencer l'alto : l'orchestre universitaire de Montpellier II, pendant mes études. J'étais au violon, mais j'ai rencontré un apprenti luthier qui venait de faire un alto, et comme on n'avait jamais assez d'altos ...

K. .... à qui le dis-tu. (NDLR : on recrute des altos à l'orchestre)

M. .... on ne pouvait jamais faire de musique de chambre. Même pour l'orchestre, ça manquait un peu d'altos. J'ai demandé par hasard à l'ami luthier s'il avait un alto, il venait de fabriquer son tout premier alto, voilà, c'est parti.

K. Mais tu t'es mis à l'alto par opportunisme, ma parole !

M. Absolument pas, par ouverture d'esprit, curiosité, et esprit de provocation. Question suivante.

K. Qu'est ce que ça t'apporte de jouer avec des amateurs, sachant que ça te prend énormément de temps, que ce n'est quasi-pas rémunéré, que tu es corvéable à merci, et que, musicalement, ce n'est pas aussi, j'imagine, gratifiant qu'avec tes collègues professionnels.

M. Ce qui est gratifiant, malgré tout...

K. malgré tout ? Comment ça, "malgré tout" ?!?

M. C'est vrai que musicalement, ce n'est pas aussi abouti, solide, que chez des pros. Par ailleurs, ce n'est pas forcément payé, en effet. Mais, D'UNE, les amateurs dégagent un enthousiasme, une énergie, qu'on ne retrouve pas nécessairement chez les professionnels. En général. C'est vrai, que, en tant que pro, le poids de la routine se fait sentir..

K. .. il est plus facile de rester émerveillé quand on fait deux concerts par an que quand on en donne deux par semaine ?

M. Bien sûr. Et il y a tous ces petits à-côtés conviviaux de la musique amateur. Forcément, quand on s'installe dans une routine professionnelle, on peut toujours clamer haut et fort, "ouaaaaiis, la passion, l'art", mais concrètement, humainement, on ne peut pas avoir la gniâk tous les jours, c'est humain. Même si, manifestement, chez certains professionnenls, il y a un problème. Qu'un pro se montre un soupçon plus blasé qu'un amateur, car le rythme est plus soutenu, car il voit passer beaucoup plus d'oeuvres (dont certaines pas très intéressantes), soit. C'est normal. Mais ça ne peut ni expliquer ni justifier le je-m'en-foutisme, la fonctionnarisation, si tu veux, de certains. Et malheureusement, il y a trop de musiciens dans ce cas-là. Les amateurs ont conservé intacte cette énergie, cette envie, c'est requiquant, revivifiant de partager ça.

De DEUX, apporter son expérience, et de voir les fruits que ça porte, c'est très gratifiant aussi.

K. Par exemple ?

M. Les coups d'archet ! Rien que de se taper des coups d'archet !

K. héhéhéhéhé (NDLR : on fera une autre blablascopie sur ce mystérieux concept, patience)

M. Oui, bon, bravo. Ou proposer des indications : comment réaliser techniquement tel ou tel passage, quelle solution mettre en oeuvre..

K. Tu peux donner un exemple de "solution miracle" ?

M. Ohlala. Pfff. Nan méh euh. Par exemple dans le Haydn, dans les croches rapides, euh attends, non ça ne marche pas. Ah si, tu as les véhun* qui essaient de se dépatouiller à la pointe, mouais, cet exemple n'est pas très parlant. Ah. Première phrase de la 104. Paf, rien d'écrit, hein ! Comment la phraser, cette phrase : il n'y a rien d'écrit, à part un piano. Ah, flûte, c'est plutôt le rôle du chef, ça.

(réfléchit)

M. mais c'est des trucs à préparer à l'avance. Grmblbl.

(réfléchit)

M. oui, voilà !

K. Où ça ?

M. On s'en fiche ! Les violoncelles, tiens. On parlait du rôle des violoncelles dans du Haydn, tout à l'heure. Tout ce qui est noire détachée : ploum, ploum, ploum. Et bien, il faut savoir le faire. Il ne suffit pas de jouer des noires toutes bêtes. Un amateur a priori va jouer une noire, une autre noire, puis une autre noire. Sans se poser de questions. Ca va donner quelque chose d'un peu lourd, de trop lourd pour le contexte, pourtant on ne pourra certainement pas lui reprocher de ne pas avoir joué ce qui est écrit.

On va donc lui demander de jouer une noire, mais une noire spéciale, avec certains gestes de l'archet, avec une certaine vitesse d'archet. D'abord, il ne faut pas jouer la noire complète, sur toute une durée de noire, elle est plus courte que ça, la noire-de-violoncelle chez Haydn. Et surtout, il faut de la vitesse d'archet sur le début de la noire, puis relâcher et enfin laisser vibrer le violoncelle quand on a soulevé l'archet. Si les violoncelles jouent leurs noires comme ça, ça va complètement métamorphoser le passage. Tout d'un coup, au lieu d'avoir un sac de briques qui plombe un peu le rythme de tout l'orchestre, d'un coup, on a un truc énergique, dynamique, qui va de l'avant. Et comme les amateurs ont envie de jouer, ils vont appliquer ce genre d'instruction à 130%. Tu vois, c'est un exemple tout bête, juste sur des noires, ce n'est pas grand'chose, mais sur du Haydn, c'est ça qui fait la différence entre du Haydn-bof un peu lénifiant et du Haydn pêchu.

Les amateurs vont avoir besoin d'autre choses aussi, tout simplement, des astuces de mise en place rythmique vraiment précise, des conseils pour développer l'écoute, pour jouer vraiment ensemble. Ce qui n'est pas toujours le réflexe le plus développé, il y a déjà suffisamment de problèmes à régler rien que pour jouer ses notes au bon moment..

K. ..je ne te le fais pas dire..

M. dire des choses, donner des conseils et voir le résultat s'améliorer, c'est une des gratifications, donc.

K. Merci pour tout Mathieu ! Et maintenant, une page de pub :

Les Concerts Gais (si bien encadrés) donneront leurs prochains concerts les 31 mai et 2 juin 2013 ! Au programme, le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy, L'Ouverture de la Fiancée du Tsar de Rimsky (peut-être), Pélléas et Mélisande de Fauré (peut-être), le Concerto pour violoncelle de Dvorak (youpi mais peut-être), le Stabat Mater de Gouvy (?!?), le choix définitif des oeuvres étant soumis à des considérations logistiques qui me passent bien au-dessus du képi, si vous me passez l'expression.

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* véhun : premier violon => violon 1 => V.1=> à prononcer "véhun".

7 Comms':

{ DavidLeMarrec } at: 9 janvier 2013 à 00:44 a dit…

Flûte, s'il y a du Gouvy (et a fortiori du Gouvy rare), je vais être obligé de venir. En plus le reste du programme est chouette.

{ Klari } at: 9 janvier 2013 à 10:35 a dit…

De toute façon, quel que soit le programme, tu es obligé de venir !

Ceci dit, avec ce commentaire, tu prouves joliment avoir lu la blablascopie jusqu'au bout :-)

{ Automates korrigans } at: 9 janvier 2013 à 16:22 a dit…

Ah non, je ne l'ai pas lue, c'est seulement mon automate chargé de trouver automatiquement les citations de Gouvy, Bliss et Cartellieri qui a fait le travail.

Pourquoi, elle est intéressante ? Je croyais que ça allait encore parler de gros violon, moi...


[Désolé, mais si tu remplaces le rare Stabat de Gouvy par le Gloria de Vivaldi et l'exaltante ouverture de la Fiancée par le Vol du Bourdon, si je viens, ce sera avec tomates mûres. Je meurs d'envie d'essayer, ce doit être une sacrée expérience !]

{ Nekkonezumi } at: 9 janvier 2013 à 18:05 a dit…

Oui ben pour les coups d'archet, on en reviendra invariablement à la même conclusion : heureusement qu'il n'y a que deux sens !! :-)

{ Klari } at: 9 janvier 2013 à 23:16 a dit…

@Nekkonezumi : ah oui ? Selon les consignes de Gnetil-Prof, je me suis enfilé en début de soirée une bonne demi-heure de Sevcik (op. 2 cahier 4 si tu veux tout savoir) et mon cerveau compoté jurerait qu'il y a au moins une demi-douzaine de sens d'archet différents :-p

@ Les Korrigans : grâce à toi, je wikipédie chaque jour de nouveaux compositeurs, et je découvre ainsi l'existence d'un gus qui a joué en quatuor avec Haydn et Mozart, et a fait partie de l'orchestre qui a créé l'Heroique. Je dis "wouah".

Viens comme tu veux, avec ou sans tomates, on accepte tous les spectateurs dans leur diversité :-)

{ Krazy Kitty } at: 16 janvier 2013 à 21:33 a dit…

Ouais, y a que deux sens. Mais si tu joues ne serait-ce que 4 notes, avec deux sens par note, tout de suite, ça te fait 16 possibilités...

(Nous aussi on recrute des altistes. On part de 1 pour le prochain semestre, et ce 1, c'est moi, qui ne suis même pas entièrement sûre d'être là.)

{ Klari } at: 17 janvier 2013 à 14:52 a dit…

Et si tu commences à combiner avec les liaisons et types de coups d'archet possibles..... (

(et là, tu comprends comment Sevcik fait 40 pages avec do-mi-sol ;-) )

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