vendredi 7 décembre 2012

Que ferez-vous ce soir, ou dimanche après-midi ?


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Ce soir (ou à la rigueur dimanche après-midi), vous irez écouter ceci :


Parce que : ces concerts s’annoncent excessivement bons. "Orchestre des Concerts Gais + Gentil-Prof en soliste + The Korovitch + Haydn + Tchaïkovsky", voilà la recette d’un concert mémorable, dont on se rappelle des années durant. Mais hier à la générale, je suis restée médusée. Excessivement bons, mémorable ? Les mots sont faibles.

D’une, le concerto de Tchaïkovsky. A ma charge, je dois avouer avoir une certaine tendance à sous-estimer les capacités violonistes de mon auguste professeur, connu de mes lecteurs sous le nom de Gentil-Prof, puisque quand il joue en ma présence, c’est essentiellement pour me montrer comment se dépêtrer d’un passage piégeux du Wohlfahrt ou du Kayser (petites choses pour violonistes pas très bons. pas complètement débutants, mais.... pas très bons). Ainsi, j’en oublie par moment qu’il est tout à fait capable d’enchaîner d’improbables et redoutables galipettes concerto-tiques.

En plus, on joue dans une salle relativement petite. Pas besoin de pousser l'instrument dans ses retranchements pour atteindre les dernières rangées de la salle, j’ai ainsi l’impression qu’il peut profiter de cette liberté pour fignoler des phrasés, chercher des couleurs plus riches, plus diverses qu’un mode de jeu ‘tout le temps sur le chevalet à plein volume’ ne permettrait pas (enfin, il faudrait lui demander, je m'avance peut-être).

Et donc, hier soir, en répétition, je ne l’écoutais que d’une oreille (il fallait bien jeter un œil sur le chef, un œil sur la partition, une des oreilles sur les voisins de gauche et de droite, fermer une autre oreille pour éviter de se laisser submerger par les cuivres et les bois, qui, forcément, jouent trop fort– c’est dans leur nature, voyez-vous) et je suis restée pantoise. Hier, il a sorti le jeu des très très grands soirs. J’ai perdu le fil quelques mesures dans le premier mouvement, tout éblouie par cet improbable hybride de phrasés à la Kavakos et de son dense et riche à la Tibor Varga. Vous penserez s'il vous-plait à sortir le kleenex de son bruyant emballage avant le début du concert pour en faire usage pendant le deuxième mouvement : vouivouivoui, j’ai eu la larme à l’œil, en répétition, ça ne m’arrive d’habitude pas. Et le troisième mouvement, ah, le troisième mouvement….

(par contre, en concert, vous n’aurez pas droit à Gentil-Prof faisant semblant de diriger dans le dos du chef, vous ne le verrez pas non plus murmurer ‘A vos souhaits’ au musicien enrhumé pendant une acrobatique cadence, sans louper une note de ladite cadence)

Pour eux qui n’aiment pas le concerto de Tchaïkovsky, venez après l’entracte écouter la 104è de Haydn. C’était un bel hommage, de la répéter-généralement le jour de l’anniversaire de Nikolaus Harnoncourt, hier soir, non ? C'est que Harnoncourt n’aurait pas renié cette 104è : même si, objectivement, nous sommes un tantinet moins bons que les Inventeurs du Haydn Bien Joué (le Maître et son Concentus Musicus Wien), Le Korovitch et l’Orchestre du Concentus Musicus Gai, on vous propose une superbe version de barbares à peine dégrossis, à faire tourner le lait des vaches, à terrifier la bê-bête des Dents de la Mer. Du Haydn. Du vrai. Pas du Haydn de salon tout mignon.

Si je devais n’en retenir qu’un mouvement, ce serait le 4è (même si les trois précédents sont fa-bu-leux), en particulier le moment où le chef regarde les violoncelles d’un air méchant, forçant ces derniers à se venger avec un « graou » rauque à réveiller les morts, avant que les choses ne partent très vite en biberine : c’est du proto-Bartók avec toutes les fabuleuses bartókeries : les accents qui tombent là où on ne les attend pas, de vilaines cordes à vide qui vrillent les oreilles (c’est si bon !), et une énergie, oh mais quelle énergie ! C’est une de ces (trop rares) musiques capables de faire rentrer un orchestre en fusion et il ne faudra pas s’étonner de voir certains d’entre nous péter un petit plomb les uns après les autres : fumée qui sort des oreilles, les genoux-tout-fous-sous-le-pupitre, nos pieds mus par une volonté propre qui esquissent une danse de saint-guy sous la chaise. Pas d’inquiétude, ce n’est que la 104 de Haydn. Ca arrive aussi aux meilleurs.



A tout à l'heure ?

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