jeudi 8 novembre 2012

Le Chamber Orchestra of Europe peut-il guérir une Schumannophobie aïgue ? Chapitre 1.


18 Comms'
Bonjour, je m'appelle Klari. Je suis schumannophobe depuis six ou sept ans.

Les premiers symptômes sont apparus vers 2005, dès la toute première écoute en concert. Il s'agissait des Kreisleriana, jouées par Alfred Brendel. Bigre que c'est pénible et répétitif, la musique classique, m'étais-je dit, au trentième retour du thème principal. Ce n'est que quelques années plus tard que je compris que la faute n'en revenait pas à Alfred Brendel, mais à la Schumannophobie, maladie dont je ne connaissais pas encore l'existence.

J'ai ensuite appris petit à petit à reconnaître les signes cliniques de cette affection : l'endormissement soudain, lors d'un concerto pour violoncelle joué par l'Orchestre Colonne (ou était-ce l'orchestre de Paris ?) : impossible de résister, je me suis endormie comme une masse dès la fin de la première phrase du soliste, pour me réveiller fraîche et dispose (et un peu honteuse) pile à temps pour les applaudissements.

Ceci s'avère particulièrement utile quand je ne dispose pas du programme du concert. Lors d'un récital de Khatia Buniatishvili, il apparait qu'une des oeuvres éveille irrésistiblement en moi l'envie de m'arracher les oreilles à la cuillère à pamplemousse. Le piano tourne en rond, se lamente, rigole bêtement, se lamente, rigole bêtement, se lamente, rigole bê.. Prise d'un soupçon affreux, je prie ma voisine de me prêter son programme : bingo. Schumann. Fantasiestücke.

La maladie suivant son petit bonhomme de chemin, mon organisme développe au fil du temps des défenses immunitaires musclées pour m'empêcher d'ingérer auditivement du Schumann. Pour exemple, ce concert de Philippe Herreweghe, au programme duquel figurait une dose généreuse de Schumann. Deux petites heures avant le concert, je suis prise d'un mal de ventre épouvantable, et quand, m'écroulant sur l'accueillant canapé, je supplie l'escogriffe de me préparer une bouillotte bien chaude, il me rit au nez : il est persuadé que je fais semblant. Qu'y puis-je ? La schumannophobie est une maladie psycho-somatique.

Il y aurait encore bien d'autre exemples à relater, mais vous avez compris l'idée générale : mon trouble est incurable. Ainsi, au printemps dernier, quand l'Incomparable Directrice Marketing et RP du Chamber Orchestra of Europe (prononcez Cihohi) annonça aux membres de la branche française de la CIHOHI Appreciation Society que leur orchestre préféré reviendrait en novembre donner une intégrale des oeuvres symphoniques de .. Schumann, je ne sus qu'émettre un grognement mécontent, vite dissimulé derrière un sourire figé.

Ah. Schumann.

Sérieusement ? Schumann ?

J'ai acheté, la mort dans l'âme, mes billets pour ladite intégrale, sachant que si je manquais un seul des concerts parisiens de mon orchestre préféré, le remords me hanterait jusqu'à mon dernier soupir. Par ailleurs, comment pouvais-je savoir que mon orchestre adoré mitonnerait entre-temps un remède miraculeux à la schumannophonie : un PLAN DIABOLIQUE DE CIHOHEDUCTION EN TROIS ETAPES.

Etape 1. Faire rire. 

La musique classique, ce n'est pas drôle. Schumann, encore moins. Errrrrreur ! Le C.O.E. nous dit qu'on peut rire des choix capillaires du sieur Schumann.

De shampooing en coups de ciseaux, le C.O.E. s'interroge sur la vraie vocation de Yannick Nézet-Séguin, est-ce seulement un vrai métier, chef d'orchestre, allons ? Ainsi, entre deux répétitions, ils mènent l'enquête dans les rues de Paris, et quelques jours plus tard, annoncent triomphalement leur trouvaille sur twitter :

De là à conclure que le Schumann de Yannick Nézet-Séguin est formidablement ébouriffant, il n'y a qu'un pas à franchir, et que nous franchirons allègrement, mais un petit peu plus tard.

Après avoir bien ri, c'est le questionnement : Qui peut bien être derrière ces bons mots rigolos ? Quelqu'un de l'équipe administrative ? Un musicien ? Après la devinette du 31 octobre, le doute n'est plus permis : c'est un des trombones. Probablement vexé par les épithètes dont l'affuble Yannick Nézet-Séguin en répétition :


Il faut bien avouer que Notre Grand Maître à Tous, Nikolaus Harnoncourt, a une vision bien plus fine des caractères trombonistiques que son confrère, Y. Nézet-Séguin :

Mais le résultat était là : samedi dernier au soir, je me dirigeais vers la Cité de la Musique, le sourire aux lèvres, pourtant tout à fait consciente d'être à quelques minutes seulement d'une dose massive de Schumann. Qui l'eût cru.

Très bientôt : les étapes 2 et 3 du Plan Diabolique de Schumannophilie du C.O.E.

18 Comms':

{ DavidLeMarrec } at: 9 novembre 2012 à 00:10 a dit…

Et, si tout simplement, tu admettais que Schumann, c'est de la bonne musique ? Ca t'économiserait quelques chroniquettes à la bonne foi tortueuse, non ?


(Voilà à quoi peuvent mener des sévices brendeliens subis dans la petite enfance, Mesdames et Messieurs. Perte du sens des valeurs esthétiques et morales, endurcissement envers la beauté, comportements antisociaux comme censurer d'honnêtes commentateurs...)

{ Klari } at: 9 novembre 2012 à 00:20 a dit…

comportements antisociaux comme censurer d'honnêtes commentateurs...
Tu avais triché !

tu admettais que Schumann, c'est de la bonne musique ?
Gah ! JAMAIS !

(il est très gentil, Brendel. Si tu mets encore sévices et Brendel dans la même phrase, je te censure ;-p )

{ DavidLeMarrec } at: 9 novembre 2012 à 01:19 a dit…

Je proteste avec la dernière vigueur, ce n'est pas l'explication qui m'a été donnée en privé par le Service Juridique du Klariscope !

Et maintenant, de mieux en mieux, tu veux me faire des sévices parce que tu n'aimes pas Schumann à cause de Brendel !

{ Klari } at: 9 novembre 2012 à 12:34 a dit…

Le klariscope se refuse à commenter.

(par contre, si tu consultais des sources proches de la rédaction, elles te diraient que je n'aime pas Schumann à cause de Schumann, pas à cause de Brendel (tu vois, tu me lis en diagonale!!)

le pauvre Brendel, il n'y peut pas grand'chose lui, pas plus que Khatia B, qu'Hélène G (quoique, son concerto pour piano avec le LSO était assez.. Euh. Moche), pas plus que le mystérieux chef qui a dirigé le concert-dodo susmentionné, pas plus que le même COE il y a un an et demi/deux ans environ à Dijon, etc, etc).

Schumann, c'est du caca. Un point c'est tout.

(je pense que nous sommes à un ou deux commentaires du point Godwino-Schumannien de la conversation ;-) )

{ Coralia Galtier } at: 9 novembre 2012 à 13:43 a dit…

L'Incomparable (mais pas trop quand même!) Directrice Marketing et RP du Cihohi se permet de témoigner de son admiration pour l'inventrice de la discipline inédite qu'est le 'commentaire comparé' (réminiscences de Première et de Prépa HEC) appliqué à Twitter! Bravo à notre blogueuse préférée et on attend la suite avec impatience!

{ DavidLeMarrec } at: 9 novembre 2012 à 13:45 a dit…

Hm.Je reste dubitatif à propos de Brendel ; les traumatismes de la petite enfance ont beau paraître anodins, ils ont souvent un impact profond sur la psyché des petits innocents.

Ecoute, j'ai beau placer Schumann à la droite du Père (peu ou prou sur les genoux de Jésus), si c'est pour écouter Schumann par Brendel au paradis, je m'en vais tourmenter quelque petite vieille pour aller écouter Wagner par Karajan en bas.

J'ai dit.

Ugolino Le Profond at: 9 novembre 2012 à 18:57 a dit…

Fait attention Klari, je suis moi-même Schumannophobe au plus haut degré, ce n'est jamais bon signe.

Quant au COE, est-ce que j'en ai déjà dit du mal ? Si non, il faudra que je remédie à cela.

{ Klari } at: 9 novembre 2012 à 21:51 a dit…

@Coralia. Sisisi, 'Incomparable'. Si le klariscope le dit, c'est que ça doit être vrai. J'espérais également qu'un peu de flagornerie nous apporte la réponse à la mystérieuse question 'mais que joueront le COE et Harnoncourt cet été ?!?' :-)

La suite arrive, pas de pression indue, hein.

@David : mais tu me crois plus jeune que je ne le suis? J'ai pourtant un bon souvenir, flou mais bon, de ce concert, en particulier de la conf' d'avant concert, où il nous avait régalé d'anecdotes tussiques, de bons mots brendeliens tout farfelus, en constraste avec la gourme de l'interviewer, et avait autographé ma petite méthode de violon #Relique !!

@Ugolino : Oh, ça faisait longtemps ! Que deviens-tu ?

Tu es schumannophobe, toi aussi ? Dans mes bras !

Non, ne te presse pas pour venir dire du mal du COE ici. D'une, tu vas me transformer en Gremlin, de deux, j'aimerais faire durer encore un peu l'euphorie post-concert.

{ DavidLeMarrec } at: 10 novembre 2012 à 07:17 a dit…

Ah, mais je ne doute pas une seule seconde que Brendel soit très drôle. Le problème, c'est qu'il joue du piano aussi. On ne peut pas être bon partout.

(J'exagère un peu, mais n'étant déjà pas spontanément attendri par l'esthétique Brendel, l'acquisition d'un coffret contenant notamment ses Etudes symphoniques a durablement abîmé ma psyché. Je tenais à partager cette expérience douloureuse avec vous.)

{ Klari } at: 12 novembre 2012 à 00:02 a dit…

Pauvre lutin. Ne bouge pas, je vais te chercher des mouchoirs et une tasse de chocolat chaud.

Philippe[s] de l'escalier at: 18 novembre 2012 à 10:47 a dit…

"la réponse à la mystérieuse question 'mais que joueront le COE et Harnoncourt cet été ?!?'"
Mais on la connaît la réponse, non ?

"De même, j'aimerais énormément pouvoir travailler Le Château de Barbe-Bleue de Bartók."

Philippe[s] de l'escalier at: 18 novembre 2012 à 10:51 a dit…

Le Quintette avec piano de Schumann est un des chefs-d'oeuvre de la musique de chambre occidentale , un point c'est tout (sans compter les lieder qui sont aussi au sommet).
Et j'aime beaucoup Brendel dans Schumann.

{ Klari } at: 19 novembre 2012 à 23:04 a dit…

Ah, je ne vois pas du tout de quoi tu parles. J'ai le droit de enfin faire semblant de quoi tu parles vendredi (ah, ouh, hein !)

Mais, sans savoir de quoi on parle, je songe organiser une virée salzbourgo-grazoise la dernière semaine de juillet. J'hésite entre Harnoncourt-Wiener Phil et Harnoncourt - Concentus Musicus. Peut-être serait-il sage de se contenter de celui pour lequel j'arriverai à me dégoter une place ?

Le Quintette avec piano de Schumann est un des chefs-d'oeuvre de la musique de chambre occidentale , un point c'est tout (sans compter les lieder qui sont aussi au sommet).
Très bien, très bien. Si tu le dis (soupir résigné)
Mais c'est déjà bien, de s'être réconciliée, enfin, conciliée avec Manfred et la Symphonie n°2, non ?

{ Klari } at: 19 novembre 2012 à 23:05 a dit…

Pardon : J'aurai le droit de enfin faire semblant de savoir de quoi tu parles vendredi (ah, ouh, hein !)

(longue journée...)

{ Joël } at: 20 novembre 2012 à 00:31 a dit…

Mais, sans savoir de quoi on parle, je songe organiser une virée salzbourgo-grazoise la dernière semaine de juillet. J'hésite entre Harnoncourt-Wiener Phil et Harnoncourt - Concentus Musicus. Peut-être serait-il sage de se contenter de celui pour lequel j'arriverai à me dégoter une place ?
Apparemment, les ventes commencent le 2 avril. Idéalement, j'esserais d'aller à Salzbourg entre la Création et les Saisons dirigées par Harnoncourt pour voir les deux, mais a priori, j'irais voir les Saisons avec un peu plus d'enthousiasme que la Création. (Idéalement, il y a même moyen de faire un crochet par Munich pour voir Written on Skin.) Il y aura quoi à Graz, au fait ? (Sinon, je ferai comme d'habitude, j'irai à Kolkata...)

{ Klari } at: 20 novembre 2012 à 00:37 a dit…

J'étais restée sur l'impression que tu n'avais pas aimé le Haydn d'Harnoncourt à Pleyel ?

{ Joël } at: 20 novembre 2012 à 01:03 a dit…

C'était son Bach, c'est pour ça que quand tu hésitais entre les programmes Bach ou Haydn dirigés par Harnoncourt à Vienne, je crois que je penchais plutôt pour Haydn.
(Cela dit, j'aime beaucoup l'enregistrement de La messe en si de Bach par Harnoncourt/Concentus Musicus Wien.)

{ Klari } at: 21 novembre 2012 à 00:20 a dit…

Moui. Je ne suis pas sûre cependant, que ce soit une bonne idée de dépenser des mille et des cents pour un chef qui ne t'a pas satisfait à chaque fois. (enfin, ce n'est que mon opinion, hein, tu fais ce que tu veux avec tes soussous)

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