mardi 16 octobre 2012

Vienne


10 Comms'
Vienne. La capitale du chocolat, de la valse, de la psychanalyse, du downtempo (?), aux mille et un musées. La seule ville au monde où sont programmés le même jour deux de mes chouchoux musicaux, les frères Koncz et Nikolaus Harnoncourt. Et où, pour faire bonne mesure, on programme mon troisième chouchou le surlendemain : Leonidas Kavakos (hiii), en sonate avec Emanuel Ax. Voilà pourquoi j'y étais partie, toutes affaires cessantes.

Je savais que la musique était un sujet d'importance pour les Viennois. Mais j'en sous-estimais l'importance : plus qu'un simple art de vivre, la musique est une obsession. Toutefois trois obsessions, régissent le quotidien des Viennois :

La musique. La peinture. La bonne bouffe.

De l'art ! Des gâteaux ! (zoo de Schönnbrunn)

Point n'est besoin de quitter l'aéroport pour s'en rendre compte. A l'aéroport, vous pouvez vous procurer du chocolat par quintal :
Stand Milka, aéroport de Schwechat
mais aussi un alto de poche (tailles 5,10 et 15 cm), si vous éprouviez une envie subite d'égrener quelques gammes. Pas de panique, si vous omettiez d'acheter un mini-violon ou un mini-alto, vous aurez la possibilité de vous en procurer auprès des bons papetiers, magasins de souvenirs, et luthiers du centre-ville.

Vos emplettes faites, vous récupererez vos valises tout en admirant des reproductions immenses des plus belles toiles exposées à Vienne :
Schwechat, tapis à bagages.
Vous entasserez lesdits bagages sur un chariot tout en révisant les détails de la partition de la Chauve-Souris.

Aéroport de Schwechat, chariots à bagages
Vous voilà fin prêts pour rejoindre le centre-ville - par la navette toute mignonne, confortable et rapide qui vous dépose en plein centre en un minuscule quart d'heure.

*** En ville***

Où que vous vous trouviez dans Vienne, la probabilité que vous arpentiez une rue nommée d'après un compositeur est extrêmement proche de 1. Si vous regardez par terre, autour de vous, vous verrez que les trottoirs sont parsemés d'étoiles à la gloire des plus grandes institutions musicales du cru (et des pays avoisinants).


Si vous levez le nez et observez les mollets des passants, vous verrez de temps en temps dépasser d'un manteau une paire de célèbres pantalons gris rayés des Wiener Philharmoniker. En une après-midi, j'en ai vu trois. Pas de photo ni d'autographe, je souhaitais éviter de me rendre ridicule auprès d'un musicien des Wiener Philharmoniker (ce que j'ai pourtant réussi à faire avec brio le lendemain, mais gardons ceci pour une autre chroniquette)

Faisons quelques pas, nous voilà rue Mahler, par exemple, entre un magasin Bösendorfer et un atelier de lutherie, évidemment, la Haus der Musik à quelques mètres. Quelques encablures plus loin, levons les yeux , et nous voici pile entre deux plaques de rue. A droite, la maison de Salieri. A gauche, celle de Schubert.

C'est à se demander si on trouve des non-musiciens à Vienne. Je pense en effet qu'il n'y en a pas, tout Vienne étant au concert le soir, sur scène ou dans le public.

Cette omniprésence de musique est fascinante, mais elle peut s'avérer perturbante. Ayant acheté trois billets de concert, j'avais un peu peur de m'emmêler les pinceaux : voyez-vous, le premier soir, je devais écouter du Beethoven à la Mozartsaal du Konzerthaus, desservi par l'arrêt Schubertring du tram, mais attention ! Dans le même bâtiment demeurent également une Schubertsaal, une Schönbergsaal ainsi qu'une Beriosaal.
Les salles de concert du Konzerthaus
Récapitulons : du Beethoven dans la Mozartsaal. Le lendemain, du Debussy et du Beethoven par des Wiener Philharmoniker et un transfuge des Berliner Philharmoniker (toutefois déguisé en Wiener Philharmoniker) dans la Mahlersaal de l'Opéra - qui se trouve, heureuse coïncidence, sur la Philharmonikerstrasse (le jour où les concerts de l'Orchestre de Paris se tiendront rue de l'Orchestre de Paris à Paris, ce sera tout de suite plus pratique). Quant à Nikolaus Harnoncourt, c'était dans la Grosses Saal du Musikverein qu'il dirigerait du Haydn. La vigilance était de mise, je souhaitais éviter de finir prisonnière d'un récital d'oeuvres pour piano de Schumann dans une Schumannsaal. Mais Vienne est une ville exceptionnelle, sans Schumannstrasse, ni Schumannsaal, uniquement un Schuhmann tout court, un magasin de chaussures : voilà une ville selon mon coeur.

*** Le Miam***

Entre deux fabuleux concerts, il faut se sustenter. Le Viennois, en plus d'être un ardent mélomane, est un bon vivant (et je crois m'être adaptée sans peine aux coutumes viennoises). Vous trouverez toujours un café ou un boui-boui à saucisses entre deux musées et/ou salles de concert.

Que mange-t'on à Vienne ? De délicieux gâteaux, tout mignons :
Pâtisseries, rue Wollzeile
... de préférence dans de la vaisselle toute mignonne :

A l'autre extrémité du spectre, mais tout aussi efficaces, les stands à saucisses et leurs assortiments de Bratwurst, Käsekrainer (ma préférée), etc.

Il me parait d'autant plus important de mentionner ces fabuleux kiosques à saucisses qu'à chaque fois que j'ai été écouter Nikolaus Harnoncourt, j'y ai fait un arrêt-ravito : à Berlin, la Currywurst (blurp) à un jet de pierre de la Philharmonie. Quand j'ai été en Harnoncourt-pélerinage à Graz, c'est au boui-boui de la Hauptplatz que j'ai été me ressourcer en excellente compagnie, quelques instants après un inoubliable Stabat Mater de Dvořák. A Vienne, c'est une Käsekrainer (blurp) qui a précédé de quelques heures le concert d'Harnoncourt.
Pourtant, on sait tous, depuis que le Chamber Orchestra of Europe a vendu la mèche, qu'Harnoncourt est plutôt du genre salami.

*** La peinture***

La peinture est omniprésente : à l'aéroport, dans les 35 123 musées de la ville, sans oublier les globes à neige pour touristes :
Le Baiser de Klimt, dans son globe à neige.
Vous trouverez aussi des reproductions de Klimt dans les vitrines d'une pâtisserie en face de l'Opéra, hé oui, car ce que les Viennois ne sont jamais plus heureux que quand ils combinent leurs trois amours, les beaux-arts, la musique ET la bonne bouffe :

Ainsi que vous pourrez vous procurer dans la chaîne de pâtisseries Aïda des Mozart-Torte (ça fait désordre, je trouve) illustrées de jolies gravures :

Par ailleurs entre l'Albertina, qui abrite un bon gros million de gravures et quelques dizaines de milliers de dessins et le Staatsoper, on trouve.. je vous le donne en mille : un kiosque à saucisses, qui, d'après le gratin musical de Vienne, serait le meilleur de la ville !


Gâteaux, arts, musique, comme le résume si bien l'enseigne de la pâtisserie Gerstner.

Bon, parfois, ça dérape :

Le touriste pressé peut se soulager dans les toilettes situées dans le passage piéton sous l'Opéra, au son de Valses de Strauss braillés par des haut-parleurs de qualité douteuse mais enthousiastes.

En attendant, je songe sérieusement à m'expatrier à Vienne. Qui vient ?
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Aussi : mes aventures klariscopiques à Graz.

10 Comms':

Hugo at: 16 octobre 2012 à 01:35 a dit…

Laisse-moi réviser mon allemand et j'arrive !

{ Klari } at: 16 octobre 2012 à 09:17 a dit…

Musik. Konzert. Wurst (mit Senf und Semmel). Heiße Schokolade. Mehr Musik. Grüß Gott (ça me fait bizarre, de Grüßgotter les gens, je t'avoue)

De quoi d'autre aurais-tu besoin ?

Allez, on y va !

{ Klari } at: 16 octobre 2012 à 09:20 a dit…

ps : je ne résiste pas au plaisir de copier-coller un extrait de l'article Wikipedia sur le sujet

"Grüß Gott (literally 'Greet God', see explanation below) is a greeting, less often a farewell, in the Upper German Sprachraum especially in Switzerland, Bavaria, Franconia, Swabia and Austria. The greeting was publicized in the 19th century by the Catholic clergy and along with its variants has long been the most common greeting form in Southern Germany and Austria. The salutation often receives a sarcastic response from Northern (and thus mainly Protestant) Germans such as "When I see Him" ("Wenn ich ihn sehe") or "Hopefully not too soon" ("Hoffentlich nicht so bald")."

Heheheh, quels chenapans, ces allemands du Nord :-)

{ Joël } at: 16 octobre 2012 à 10:21 a dit…

Et été, les pantalons gris rayés traînent du côté de Salzbourg, n'est-ce pas ?

{ Klari } at: 16 octobre 2012 à 10:31 a dit…

Ils ont des pantalons gris,
Vive les Viennois !
Ils ont des vestes noires,
Vive les Viennois !

(sur un air connu)

{ Thebluepiglet } at: 16 octobre 2012 à 14:45 a dit…

Je déteste ce genre d'articles qui me montrent de manière bien trop évidente que tant que je n'habiterai pas Vienne, je n'atteindrai pas la plénitude à la recherche de laquelle j'erre depuis de trop nombreuses années.

Bref, AAAAHHH MOI AUSSI JE VIENS AAAAHHH !!!!

Pour tout ce que t'as dit mais aussi le Café Sacher dont on ne peut oublier le règne éminent sur la gastronomie de luxe universelle, et puis pour dire Grüß Gott aux gens et me voir répondre "Hoffentlich nicht so bald" par des Nord-Deutschen qui me penseraient Viennoise !

Vielen Dank!

{ Klari } at: 16 octobre 2012 à 19:52 a dit…

Héhéhé. Viens donc ! J'y retournerai probablement autour du 6 avril.

Pour les Kaufmannophiles qui passent par là, Jonas Kaufmann donne un Liederabend le 6 au soir au Konzerthaus (Winterreise).
Bon, moi, j'irai au Musikverein.

Maintenant.

Mais n°1 :
Ouais, Vienne, ça a l'air génial. Mais des gens croisés au concert et/ou dans la rue ont toutefois eu l'air d'insinuer que le public était assez conservateur (genre, y jouer le quatuor de Debussy, c'est osé. ou encore, ne pas jouer de bis, c'est insulter le public).

En même temps, il y a du public, tu me diras..

Mais n°2 :
Le retour est difficile. Après mon expédition d'octobre dernier à Berlin, après le pélerinage Wagner à Budapest en juin dernier, après l'échantillonnage de concerts viennois ce week-end, le retour aux conditions de concert françaises est franchement difficile.
Que ce soit au niveau de la qualité (écouter le "le seul choeur professionnel permanent à vocation symphonique" deux jours après avoir écouté le Rundfunkchor Berlin, ça fait un choc. Je m'attendais à une différence de qualité, certes, mais pas à un écart stratosphérico-galactique (la même chose vaut malheureusement pour notre orchestre préféré aussi). Même chose pour le public : quand je vois que le premier concert de la série de musique de chambre par les gus du Philhar' de Berlin ne se vend quasiment sur le site de la salle Pleyel, je me pose de sérieuses questions. Sérieusement, on ne trouve pas dans une ville de 10M d'habitants 1900 personnes pour écouter les berlinois jouer *leur* compositeur ?!).

Ceci dit, en vrai, si un jour j'en ai la possibilité, je déménage sur-le-champ à Berlin. Et irai passer *tous* mes week-ends à Vienne.

En attendant, je vais rafraîchir mon allemand.

{ Klari } at: 16 octobre 2012 à 22:57 a dit…

pps : (c'est pas grave du tout de ne pas être stratosphériquement-génialement-bon, le plus grave est de ne pas être conscient de ne pas être stratosphériquement-génialement-bon)

(ça me paraissait importnat de préciser, quand même)

Camille at: 20 octobre 2012 à 02:21 a dit…

Je reconnais pas mal de lieux et de particularités, mais pour ma part je ne parlerais pas d'obsession de la musique, loin de là. Certes, lors de mes vacances je n'ai pas eu l'occasion d'assister à un concert, la société musicale étant soit en vacances, soit quelque peu présomptueuse quant au tarif des places.

Par conséquent je m'en suis mis plein les mirettes pour ce qui est des arts visuels, de l'histoire, de la science, de la technique et de ce type de plaisir des yeux qui prépare celui des papilles (je recommande le peu connu Techniksmuseum). Néanmoins, après avoir savouré nombre de chocolats et de bières, je me suis dit qu'au bout d'une semaine je n'avais toujours pas entendu la moindre mélodie gracieuse d'un enfant du pays ou je ne sais quel tzim ploum-ploum. Ah si, la valse d'ascenseur en entrant dans l'avion. D'ailleurs j'ai eu la même pensée lors du vol de retour, avec la même valse.

Bref, Vienne l'été s'est révélée d'un calme aussi reposant que désespérant ! Du coup cette année j'ai écumé les pubs irlandais et je me rattrape tous les jours à la fontaine Saint Michel, entre les cornemuses, chansons et autres concours de piano (authentique).

{ Klari } at: 20 octobre 2012 à 16:07 a dit…

Bonjour et bienvenue Camille !

pour ma part je ne parlerais pas d'obsession de la musique
Ah, c'est que je n'ai pas proposé suffisamment d'arguments ! Je mets alors aussitôt en lien le petit parcours de monuments aux compositeurs, quant aux plaques de musiciens/compositeurs en étoiles sur le trottoir et sur les quais du métro, j'aurais pu passer mon week-end le nez par terre à les compter, photographier, etc..

Ah oui, j'ai eu l'impression que les tarifs pouvaient monter très très haut. Je te recommande sans réserves de prendre des places pas chères pour le Konzerthaus et/ou au Musikverein, ma place de "podium" (sur scène, tout près tout près des musiciens) a été un régal, tant visuel qu'acoustique.

Pour l'opéra, ce blog chaudement recommandable donne de bonnes idées pour obtenir des places raisonnablement tarifées.

De mon côté, je note précieusement sur mon calepin de choses à voir le Techniksmuseum - merci ! - (j'ai eu de furieuses envie de visiter les musées farfelus de Vienne (musée du fiacre, par exemple) qui ont malhreusement tendance à n'être ouverts que le mardi ou sur RDV.. Ah, il faudra y retourner, n'est-ce-pas ?

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