jeudi 11 octobre 2012

Orchestre de Paris, Blomstedt - Bruckner


2 Comms'
Jeudi 27 septembre 2012, 20h - Salle Pleyel
Orchestre de Paris, Herbert Blomstedt.

Bruckner, Symphonie n°8

La dernière fois qu'Herbert Blomstedt était venu diriger l'Orchestre de Paris, ça avait été bigrement compliqué de se procurer une place. Cette année, j'avais astucieusement inclus son concert parisien dans mon abonnement, laissant aux équipes administratives de l'orchestre le soin de se dépêtrer avec leur outil de billetterie si mignon et si ergonomique. Coïncidence ou non, me revoilà à l'arrière-scène, non plus derrière un conclave de percussionnistes, mais derrière une haie d'honneur de très nombreux cornistes dont un nombre significatif est muni de Wagnertuben.

Les cornistes étaient ainsi fort nombreux, pas suffisamment toutefois pour réveiller le monsieur épuisé dont on entendra les doux ronflements dans l'Adagio, ni même pour masquer les petits bruits que fomentent avec perversité les Voisins de l'Enfer, à l'aide de divers accessoires judicieusement choisis : sacs à main, horaires de train papier, gorges enrouées, étui à lunettes à aimant, journaux, bonbons, etc. Comment une simple feuille de papier peut couvrir un escadron de cornistes, ce phénomène me reste incompréhensible, pourtant, on l'observe chaque soir de concert.

Ces petits inconvénients mis à part, être à l'arrière-scène n'en reste pas moins un plaisir : le plaisir de pouvoir envoyer des coups de coude à mon altiste de voisin, un des piliers de l'arrière-scène parisienne, le plaisir d'observer de tout près les couleurs  chaudes des instruments à cordes égayées par les scintillement des cuivres. Alors que des balcons, on ne distinguerait que des silhouettes noires, on lit sur les visages des musiciens la joie de retrouver un de leurs chefs préférés - à en croire l'applaudimètre intra-orchestre. Mon voisin et moi recueillons quelques indices révélateurs (pas mes voisins de droite, qui eux, sont plongés dans les horaires des TER Ile-de-France) : les sourires et le son des cordes sont plus larges et généreux que d'habitude, il nous semble intercepter au détour d'un coup d'archet malicieux un clin d'oeil du Contrebassiste-Préféré-du-Public-S'il-Vous-Plait-Interdisez-Lui-de-Partir-à-La-Retraite à l'attention de son collègue au basson.

Les plus rayonnants sont, je crois, l'alto solo, qui joue à en casser un archet (mais serait-ce donc lui, le modèle révéré par mon apprenti altiste de voisin ?) et le tubiste, qui, comme toujours, semble se régaler. J'y avais naïvement longtemps cru, avant d'apprendre de source sûre qu'il compense l'ennui du concert en se réfugiant dans ses souvenirs d'enfance, ces "paisibles heures de solfège pendant lesquelles il a appris à s'abstraire du caractère ludique de la musique. Quel crève-coeur.

Petite ombrinette au tableau, je ne ressens pas cette fois l'effet "Cathédrale" de Bruckner, cette sensation d'émerveillement comparable à la première fois où, tout gamin, on visite une cathédrale en voyage de classe, impressionné, un peu écrasé par la hauteur vertigineuse de la nef, le cou tordu en arrière le plus loin possible pour observer les entrelacs des voûtes, les vitraux, les statues, sans pouvoir imaginer que de simples mortels soient capables de bâtir un pareil édifice. Ma "Cathédrale", c'était la 4è de Bruckner dirigée par Haitink, il y a deux ans. Peut-être n'a-t'on droit qu'à une seule "Cathédrale" dans sa vie de concertophage ? Ni cathédrale ni terre-qui-bouge cette fois-ci, mais il ne m'en reste pas moins de beaux souvenirs, surtout dans le Finale, alors que Blomstedt ajoute un petit peu d'huile sur le feu : les contrebasses font une dernière entrée fracassante, les vents et le violon solo s'acquittent avec brio de leurs derniers solos, puis l'orchestre se charge de nous mitonner un finale magnifique (je ne résiste pas au plaisir de vous signaler que le dictionnaire me propose le synonyme 'supercoquentieux', et que le cnrtl renchérit avec 'superlicoquelicanticqué' (sublime, exalté)). Osons. Le Finale était magnifique, superlicoquelicanticqué, même.

Si j'en étais capable, j'essaierais de décrire l'élégance des gestes avec lesquelles Herbert Blomstedt mime les instruments des solistes qu'il fait saluer séparément, avant de nous proposer - dans un français parfait - un bis, le Scherzo de la 2è Symphonie "si, si, ce sera très court, qui donnera aux altos une dernière occasion de s'illustrer sur un superbe solo qu'il leur fait jouer quatre ou cinq fois de suite. A moins qu'il ne s'agît des mini-violoncelles, je ne sais plus que croire, moi.
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Aussi : Zvezdo, Altamusica, Laurent, Christian Merlin ("Cathédrale" avec Haitink, pour lui aussi)

2 Comms':

{ Le pilier de l'arrière-scène } at: 11 octobre 2012 à 01:37 a dit…

Après tout ce qu'on me fait dire dans cette chroniquette, il n'est plus nécessaire que j'en rédige une. Ça tombe bien, j'avais la flemme ! Merci.

{ Klari } at: 11 octobre 2012 à 01:41 a dit…

Mais je ne te fais rien dire ! Je me contente de mentionner quelques anodins coups de coude :-)

Hop, à ton clavier !

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