vendredi 22 juin 2012

Le Ring de Budapest


28 Comms'
(lutté contre une furieuse envie d'intituler ce billet "Hungaroring" ou "Bayreuth am Donau",ahem).

Művészetek Palotája, Budapest • du 12 au 18 juin 2012,
Orchestre symphonique de la Radio Hongroise, Adam Fischer (direction)

Wagner : der Ring des Nibelungen
***
Ça faisait longtemps que je songeais à faire un petit tour à Budapest, sans jamais le concrétiser. Jusqu'à ce que cette ville indécemment charmante ne me fasse une opération-séduction personnalisée : "Klari, Viens à Budapest, tu atterriras à l'aéroport F. Liszt, crècheras non loin du rond-point Kodály et écouteras pour la première fois le Ring de Wagner en entier, d'une traite, à la salle Bartók du Palais des Arts. Ne manque pas l'occasion d'être à 500 mètres - et ainsi de rater - du mini-mini-concert de ton Orchestre du Festival de Budapest adoré. Par ailleurs, on mange bien, chez nous. Et le tout te coûtera moins cher qu'un Ring parisien."


Que pouvais-je faire ? Prenez le temps de regarder l'adorable bande-annonce de ce "concert le plus court de l'histoire de l'orchestre", en ouverture de la Nuit des Musées, qui se tenait samedi dernier entre la troisième et la vingt-et-unième marche du Musée des Beaux-Arts de Budapest. On y raconte notamment qu'un concert se compose de cinq ingrédients :
- la musique,
- l'orchestre,
- le chef,
- un lieu,
- le public, (peut-on dire du fakir qui chante tout seul dans sa forêt qu'il a une belle voix, hein? Hein, nous demandent-ils)

J'ai passé quelques jours mémorables à Budapest, et le fait que les 5 ingrédients constitutifs du Ring de Budapest étaient de qualité supérieure, n'y est certainement pas pour rien.

Un lieu quatre étoiles !
La magnifique salle Bartók du Palais des Arts parait pensée d'abord et avant tout pour assurer le bien-être des spectateurs. Leur confort : on y est bien, nos genoux aussi et les foyers, certains prolongés par des terrasses extérieures, permettent aux spectateurs de s'éparpiller paisiblement pendant les entractes sans se retrouver tassés les uns sur les autres. Des petits malins ont même apportés couverture et panier pique-nique pour passer agréablement le temps.

Je m'amuse avec délices à essayer tour-à-tour les stands, cafés, buffet, mini-biergarten et restaurants mis à disposition du public. il me reste un souvenir ému de la Eszterházy-torta, du Szamorodni doux ainsi que d'un gigantesque café-au-lait servi dans un grand verre fort élégant.


Et le confort acoustique, ah, l'acoustique ! Enfin percevoir - sans avoir à tendre l'oreille, les empilements basse-violoncelle-altos-violons, et non un gloubiboulga de violons suraigus d'où, de temps en temps, émergent des grognements de basses.

Une foule de petits détails bien pensés me ravissent : les chaises pliantes mises à disposition des ouvreurs, les petits bonbons en libre-service disposés aux entrées de la salle. Et les caméras quasi-invisibles !

(de la science-fiction, quand on est habitué aux conditions de concert parisiennes, je vous le garantis)

Un public quatre étoiles !
Une petit toux discrète pendant le dernier acte de la Walkyrie, une seule. Ça vous en bouche un coin, non ? Et le désormais célèbre applaudissement à la hongroise : applaudissements simultanés, auxquels on imprime un léger accelerando, arrivés à une certaine vitesse, on n'applaudit plus qu'une fois sur deux, la transition se fait en trois-quatre claps à peine, et on se retrouve libre d’accélérer à nouveau.
Comment gèrent-ils les changements de braquet sans se concerter ? Je n'en sais rien.

La mise en scène
La mise en scène est discrète, il doit s'agir de la cousine un peu plus dodue de la mini-mise-en-scène du Mini-Ring : une estrade, un écran vertical qui permet de projeter des images et des vidéos, un talus oblique et des chaises de part et d'autre de l'estrade, qui servent tour-à-tour de cercueil pour dragon occis, de salle d'attente pour musiciens et chanteurs, voire de point-ravito (de petites bouteilles d'eau - qui font aussi office de philtre magique - ont été disposées avec prévenance sous les chaises).

Certaines trouvailles sont magnifiques : l'arrivée du chœur (ah, ce chœur) depuis l'arrière de l'écran ne manque pas de faire son effet, le Dragon-Disney-à-Runes est particulièrement bien trouvé, mariant avec humour mignonneté et pertinence, d'autres idées se sont par contre avérées dispensables, comme ce gros poing bleu en carton mâché - très bruyant à installer - qui vient s'abattre sur Fasolt.

Le chef ! L'orchestre ! (hors catégorie)
J'espérais retrouver les émotions du Wagner que l'Orchestre de Festival de Budapest était venu jouer l'année dernière. Je n'y croyais pas tout à fait, l'Orchestre du Festival avait mis la barre très haut. Or j'ai été comblée.

Si au premier entracte de l'Or du Rhin je me contentais de hululer avec enthousiasme que l'orchestre n'était pas tout à fait parfait, mais quelle énergie ! Quelle rage de jouer ! Ohlala ! Quelques jours plus tard, la simple mention des mots 'Orchestre symphonique de la Radio Hongroise' (entre temps catapulté dans la liste de mes orchestres préférés) me mettait dans tous mes états : ces cuiiiivres, ces vents (oh, les hautbois), ces cordes, ces percussions.

Ces cordes somptueuses qui n'y vont pas avec le dos de l'archet (ce qui ne les empêche pas de jouer délicat et intimiste, si besoin) et qui révèlent une vision follement réjouissante des utilisations possibles d'un archet : en cravache (oh, ces accents ! mais pourquoi flagellent-ils leur violoncelle?), en plume, en bâton, en drapeau de ralliement (ces contrebasses !). Si leur son est peut-être (et encore, ça se discute) moins élégant que certaines formations de chez nous, quel impact ! Ces trémolos de cordes qui font vibrer le plancher.. (soupir nostalgique)

Le corollaire est qu'on risque de temps à autres des chutes de pupitre, quand les basses s'amusent à faire des "pizz-à-décrocher-des-cordes".

Dites-vous que ces musiciens se sont enfilés, en mode "je-joue-à-fond-ou-rien" un Ring, soit 15 heures de musique injouable, en moins d'une semaine, puis un Tannhäuser en dessert deux jours plus tard, et vous aurez une idée de la férocité des fauves qui s'affairaient en fosse. Non mais, quel orchestre.

Et la musique .. 
En vrac, mes instants préférés (même si, à vrai dire, j'ai tout préféré)
Rheingold :
* la fanfare ! Et oui, avant chaque acte, un groupe de cuivres de l'orchestre jouent les chiens de berger, afin que le public regagne sa place,

* l'accord majeur du début. L'écouter à la maison ne m'avait pas préparée à l'émotion générée par cet accord qui émerge progressivement d'un grognement de contrebasses et de bassons,  
*le hautbois solo, grâce à qui je comprends que Rheingold n'est qu'un concerto pour hautbois géant.

La Walkyrie, le lendemain (mais comment font les musiciens et les chanteurs pour tenir le rythme ?)
* le prélude de l'acte I. C'est à ce moment que je suis tombée amoureuse du pupitre de violoncelles : je peine à imaginer un Prélude plus "stürmisch" - en comparaison, ça, c'est une brise printanière toute délicat,
* Sieglinde et Siegmund : LA scène du Ring qui d'ordinaire m'énerve " le printemps ! les joies de l'inceste ! Oh, ma soeurette, allons nous rouler dans le foin !", or, ce soir-là, Sieglinde est superbement émouvante, pendant que de la fosse s'élève un des plus beaux solos de violoncelle que j'ai jamais entendus.
* notre place de choix, à la proue du premier balcon, nous permet d'observer minutieusement la fosse : si je reconnais visuellement les Wagnertuben à leur forme d'escargot oblong, je peine à les identifier à l'oreille. Enfin, le tilt se fait : c'est l'instrument dont le son a la beauté du cor (encore plus rond peut-être) et la noblesse impérieuse du trombone. Quelle trouvaille, ces tuben.
* une dialogue de vents, à la fin du troisième acte, je crois, qui montre que les vents de l'Orchestre de la Radio Hongroise n'ont pas grand chose à envier en terme d'homogénéité de son, de phrasé, à des harmonies d'orchestres plus connus à l'international,

Siegfried
* l'adorable concerto pour enclume, joué par un musicien plié en huit sur sa chaise pour frapper l'enclume posée au sol et les staccatos intrépides des altos (pense-bête: enclume : main gauche - marteau : main droite) dans la forge,
* l'entracte avant l'acte II. La clarinette solo profite de ces instants de calme pour réviser un trait particulièrement enchanteur. Hypnotisés, nous nous attardons à nos fauteuils, tout ouïe. Après quelques minutes de sublimetés de clarinette, le cor anglais, qui tripatouillait silencieusement ses anches dans un coin, humecte son anche, embouche son instrument et prend la parole : " frrrr-KRRRRROOOOÄÄRREEEEUH". Eberlués, nous éclatons de rire. Jusqu'à ce que nous réalisons être fixés par trois paires d'yeux mi-amusées, mi-vexées dans la fosse. Nous prenons prudemment la poudre d'escampette.
* le cor anglais révisait en fait son intervention sur scène de l'acte II (dans le rôle du vilain roseau dans lequel Siegfried essaie de souffler) : et pour la plus grande joie du public, qui s'esclaffe sans retenue, le cor anglais enchaînera grognements, borborygmes divers, entrecoupées de petites guirlandes alors que Siegfried menace de le jeter dans la fosse.
* Place au cor (pour lequel Siegfried a manifestement plus d'appétence que pour le roseau mal taillé) : place au cor solo, qui dans un silence religieux (quelle présence) enchaîne trait sur trait avec une assurance confondante. Ne pourrait-on pas garder l'acte III de Siegfried pour plus tard et écouter un concerto pour cor à la place ?
* Non, tant mieux, les musiciens et les chanteurs ayant fait de l'acte III un moment inoubliable : je suis complètement sous le charme de Wotan, dont la voix, un brin usée, illustre parfaitement ce personnage à la fois digne et chancelant sous le poids de ses erreurs, et ses Adieux me bouleversent. L'orchestre est déchaîné, le public conquis, et ce qui devait arriver arriva : standing ovation.

Les deux jours d'attente avant le Crépuscule des Dieux paraissent interminables. D'autant plus qu'il s'agit de mon 'chapitre' préféré de la Tétralogie, alors que le style de Wagner s'est étoffé, enrichi et est devenue cette écriture si somptueuse où les leitmotifs sont quasi-invisibles, on les intuite plus qu'on ne les perçoit : le rythme de l'un imbriqué avec l'harmonie du deuxième, la mélodie d'un troisième venant parachever le discours.

Si le premier acte est un peu mou (je soupçonne Adam Fischer d'économiser l'orchestre avant de le lancer à toute vapeur dans les actes II et III) jusqu'à l'entrée de Waltraute, les deux derniers actes sont une accumulation de réjouissances musicales, à l'exception de l'indécent clic d'appareil photo de la photographe, qui ose perturber le "o" de 'Heil dir, Sonne', un de ces stupéfiants exemples d'accord parfait modulant (Gentil-ProfTM):
* le duo de clarinettes,
* le tout petit solo de l' "autre" hautbois solo de l'orchestre, les solos du hautbois solo, salués par un sourire approbateur par l' "autre hautbois solo", temporairement hautbois 3,
* l'entente quasi-télépathique du violoncelle solo et de la clarinette ('Vergäß ich alles' ?),
* les cors, galvanisés depuis le retour au premier entracte de leur cor solo,
* Hagen, terrifiant, malgré son adorable bouille ronde de Père Noël,
* le chœur d'hommes de la Radio, dont l'homogénéité et la précision de la prononciation ( pourtant, elles sont traîtres, ces consonnes!) me fait sursauter. Mon voisin et moi hochons la tête, incrédules et perplexes - aurait-t'on rêvé ?

Le début de la marche funèbre, où Adam Fischer et son équipe mettent tout la "chair et le sang" que Philippe Jordan nous avait refusé à Bastille (qu'il accorderait pourtant à son public viennois, que c'est vexant) me pétrifie. L'immolation de Brünnhilde est orgiaque, tant grâce à Irene Theorin, bouleversante, que grâce à cet orchestre en ébullition, que j'observe, en transe. Mon voisin me débriefe par la suite des quelques choses et autres qui se sont entre temps passées sur scène (même les sur-titres ont pris feu !), que j'ai allègrement manquées, hypnotisée par l'orchestre.

Que dire d'autre ? Ah oui, nous avons déjà réservé pour l'année prochaine. Oh, que j'ai hâte.

Aussi : Laurent (Rheingold, Walküre, Siegfried, Götterdämmerung), Joël, Reuters,
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Distribution
Orchestre symphonique de la Radio hongroise, Ádám Fischer. Mise en scène : Hartmut Schörghofer. Avec Juha Uusitalo (Wotan), Christian Franz (Loge), Harmut Welker (Alberich), Annamária Kovács (Erda), Gábor Bretz (Fasolt), Walter Fink (Fafner), Judit Németh (Fricka), Tünde Szabóki (Freia), Oskar Hillebrandt (Donner), Ladislav Elgr (Froh), Gerhard Siegel (Mime), Eszter Wierdl (Woglinde), Lúcia Megyesi Schwartz (Wellgunde), Viktória Mester (Floßhilde).
 

Christian Franz (Siegmund), Michaela Kaune (Sieglinde), Juha Uusitalo (Wotan), Iréne Theorin (Brünnhilde), Walter Fink (Hunding), Judit Németh (Fricka), Tünde Szabóki (Gerhilde), Gertrúd Wittinger (Helmwige), Dóra Érsek (Waltraute), Annamária Kovács (Schwertleite), Beatrix Fodor (Ortlinde), Éva Várhelyi (Siegrune), Kornélia Bakos (Grimgerde), Viktória Mester (Rossweisse).

Christian Franz (Siegfried), Gerhard Siegel (Mime), Juha Uusitalo (Wotan), Harmut Welker (Alberich), Matti Salminen (Fafner), Erika Gál (Erda), Iréne Theorin (Brünnhilde), Gabi Gál (Waldvogel).

Avec Iréne Theorin (Brünnhilde), Christian Franz (Siegfried), Matti Salminen (Hagen), Oskar Hillebrandt (Gunther), Erika Markovics (Gutrune), Harmut Welker (Alberich), Judit Németh (Waltraute), Erika Gál, Judit Németh, Tünde Szabóki (les Nornes), Eszter Wierdl, Lúcia Megyesi Schwartz, Viktória Mester (les Filles du Rhin).

28 Comms':

{ la souris } at: 22 juin 2012 à 11:57 a dit…

J'ai bugué sur le gâteau-clé de sol et la reprise annoncée par les cuivres. Il y aurait quelques importations à faire pour Paris. Et/ou un petit voyage à prévoir.

{ Klari } at: 22 juin 2012 à 12:11 a dit…

"un petit voyage à prévoir"
Viens !

(tu sais que j'ai oublié de dire que les cuivres nous ont gratifiés , L., J. et moi d'un salut spécial - petite inclinaison du buste & remerciements - alors que nous continuions à les applaudir comme des idiots avant qu'ils ne rejoignent la fosse ?

Aaaah.
J'ai le cafard :-)

{ Joël } at: 22 juin 2012 à 18:03 a dit…

(lutté contre une furieuse envie d'intituler ce billet "Hungaroring" ou "Bayreuth am Donau",ahem).
Tiens, on a choisi indépendamment le même titre pour nos billets (à ceci près que je n'ai pas envisagé de faire un jeu de mots).
Viens !
Oui !

{ Tizenegyes (sur sol) } at: 23 juin 2012 à 18:48 a dit…

Kaune-Theorin-Franz !!

On m'aurait mandaté pour la distribution, j'aurais pu faire plus bizarre, mais certainement pas mieux. Heureusement que ce n'est qu'un Ring, sinon j'en aurais fait une jaunisse.

{ Klari } at: 24 juin 2012 à 01:30 a dit…

Ah ce point ? Je ne me rendais pas compte, tu sais, moi, les voix, hein. C'est surtout l'idée d'écouter le Ring par Adam Fischer et un orchestre hongrois qui me faisait saliver.

Philippe[s] a eu une réaction dans la veine de la tienne "ah, mais on se croirait presque à Bayreuth".

Pas mieux
en effet, le premier acte de la Walkyrie était somptueux, et quant au Crépuscule.. ah, ce Crépuscule. Note aussi Judit Németh, sa Fricka était bouleversante (pas du tout dans le genre mégère auquel j'étais habituée (bref)).

Sinon, pourquoi trouves -tu ces choix "bizarres" ?

en faire une jaunisse
Il y a de quoi ! Ne serait-ce que pour le prix d'un billet-Ring :-)

{ Klari } at: 24 juin 2012 à 01:32 a dit…

@Joel
Tiens, on a choisi indépendamment le même titre pour nos billets (à ceci près que je n'ai pas envisagé de faire un jeu de mots).
Oui, il paraissait s'imposer :-)

Viens !
Oui !

Ben oui, viens !

{ Bayerisches Heinzelmännchen } at: 24 juin 2012 à 09:49 a dit…

C'est surtout l'idée d'écouter le Ring par Adam Fischer et un orchestre hongrois qui me faisait saliver.
C'est aussi à lui que je dois de thésauriser l'un des plus beaux Ring jamais donnés par un orchestre (pour trouver aussi bien, il y a Haenchen après, mais avant, il me faut remonter jusqu'à Kempe).
Donc oui, on pouvait être vaguement hystérisé à bon droit.

Philippe[s] a eu une réaction dans la veine de la tienne "ah, mais on se croirait presque à Bayreuth".
Sauf qu'à Bayreuth, Kaune n'a pas les premiers rôles jusqu'à présent (je crois, je ne vérifie pas tous les ans), et Franz n'est plus très présent (a-t-il rechanté Siegfried depuis 2001, avec Herlitzius et Fischer précisément ?).


Sinon, pourquoi trouves -tu ces choix "bizarres" ?
Pas du tout bizarres, je voulais simplement dire que pour trouver une distribution qui m'exalte davantage, il faudrait que j'aille fouiller dans les replis inavouables de mon mauvais goût. (Quelque chose du genre Véronique Gens en Brünnhilde dans la traduction de Wilder...)
Mais sur le marché des distributions wagnériennes, tout au plus pourrait-on proposer l'alternative Herlitzius-Bernardy-Andersen-Haenchen, pour faire aussi bien.


Il y a de quoi ! Ne serait-ce que pour le prix d'un billet-Ring :-)
Pour un Schoeck, un Schreker ou un Stephan, OK, j'aurais été très jaloux. Là, ça reste cher pour du Wagner dont on nous gave (à juste titre au demeurant) à longueur d'année à Paris.

{ Klari } at: 24 juin 2012 à 23:47 a dit…

C'est aussi à lui que je dois de thésauriser l'un des plus beaux Ring jamais donnés par un orchestre
Ooooh. J'ai rapidement regardé sur diverses officines de ventes de disques en ligne, et n'ai rien trouvé : j'imagine qu'il s'agit manifestement d'un enregistrement-bas-de-laine-samizdat-souterrain ?
Puisse les lutins célestes me permettre d'y jeter un jour une oreille !

Sauf qu'à Bayreuth, Kaune n'a pas les premiers rôles jusqu'à présent et Franz n'est plus très présent
...et Salminen est en fin de carrière (ouin) et Theorin fonce droit vers les grands rôles (elle a déjà chanté un ou plusieurs seconds roles à Bayreuth).
En somme, c'est comme à Bayreuth, mais sur plusieurs années différentes.
(c'est du Bayreuth qui voyage dans le temps et eplore le futur !!)
(bon.)

Là, ça reste cher pour du Wagner dont on nous gave (à juste titre au demeurant) à longueur d'année à Paris.
C'est pas faux. Mais aucune des propositions parisiennes ne m'a autant emballée que ce Ring budapestois, en ce sens, cela valait donc le déplacement - pour moi, du moins (ni le Philhar' dans des extraits avec A. Gilbert, ni l'OP (avec Irene THeorin, tiens, déjà), ni l'Orchestre de l'Opéra, ni l'Orchestre Colonne, malgré tout l'attachement que je porte à cette formation).
D'autant plus que j'avais enfin un prétexte pour passer quelques jours à Budapest !!

Les soirées Wagner qui m'ont laissé le meilleur souvenir, sont :
- le Budapest Festival avec Ivan Fischer (probablement cause de l'addiction qui s'ensuivit)
- et dans leur genre bien particulier, le mini-Ring de l'automne dernier à la Cité. Super initiative que de le coupler à un Collège-Ring dans les lieux de la Cité, d'ailleurs.

Pour un Schoeck, un Schreker ou un Stephan, OK, j'aurais été très jaloux.
Ah ben oui, quand on a des goûts très exclusifs...

Philippe[s] de l'Escalier at: 25 juin 2012 à 07:38 a dit…

Theorin chante Isolde depuis plusieurs années à Bayreuth déjà (après Stemme), et elle y est remarquable.
Kaune chantait Eva des Maitres-Chanteurs jusqu'à l'année dernière (et je ne l'y ai pas trouvé transcendante)

{ Klari } at: 25 juin 2012 à 10:36 a dit…

Merci pour tes précisions, Philippe[s] !

Irene Theorin nous a bien bluffés en Brünnhilde, en effet ! (par contre, j'ai un souvenir mitigé de son Isolde à Pleyel. En même temps, difficile de se sentir concerné au second balcon de Pleyel)

Philippe[s] de l'Escalier at: 25 juin 2012 à 11:45 a dit…

L'acoustique de Bayreuth est très spéciale, et favorable aux chanteurs (Dean-Smith par exemple en Tristan y est magnifique, mais probablement assez in-entendable dans un théâtre "normal").
Je ne sais plus trop où j'en suis avec les Ring 2013, mais je crois bien que je vais voir Theorin en Brünnhilde dans celui du Staatsoper de Berlin.

{ Klari } at: 25 juin 2012 à 11:54 a dit…

"Je ne sais plus trop où j'en suis avec les Ring 2013"
Je te déteste.

{ Joël } at: 25 juin 2012 à 16:51 a dit…

Un post-doctorant (ancien thésard du matheux hongrois auquel je suis allé faire coucou) me disait ce matin qu'il faudrait absolument que j'aille voir un concert d'orgue dans cette salle. Il me disait aussi qu'ils ont/avaient des tarifs très intéressants pour les jeunes/étudiants. Bref, la salle de spectacle idéale.
Je repense encore à ces nombreux moments où j'avais l'impression d'halluciner en regardant et en écoutant l'orchestre...
(Et je vais bientôt entamer ma troisième boîte de Pickwick...)

{ Gnome à anneaux } at: 25 juin 2012 à 20:18 a dit…

@ Klari :

Ooooh. J'ai rapidement regardé sur diverses officines de ventes de disques en ligne, et n'ai rien trouvé : j'imagine qu'il s'agit manifestement d'un enregistrement-bas-de-laine-samizdat-souterrain ?
C'est très prosaïquement une captation de la radiodiffusion (même pas sur la NRK ou sur Latvia 3, c'était France Mu). Ce n'est pas commercialisé (et la prise de son était assez terne), j'ai dû laisser ça à Bordeaux, mais dès que je remets la main dessus, je t'en donne des nouvelles pour te faire écouter dans le cadre du cercle familial (sinon, tintin !).

Je suis même certain que ça doit se trouver chez les wagnériens fous des communautés en ligne qui détiennent jusqu'à 90% des Ring représentés dans le monde depuis l'ère de l'enregistrement (voire avant)... et bien sûr 100% des Bayreuth radiodiffusés ou piratés.


...et Salminen est en fin de carrière (ouin) et Theorin fonce droit vers les grands rôles (elle a déjà chanté un ou plusieurs seconds roles à Bayreuth).
Quand on a chanté Brünnhilde à Copenhague et Elektra à Salzbourg, on peut considérer qu'elle y est déjà. A Bayreuth, ça fait trois ou quatre ans qu'elle a donné sa première Isolde !


En somme, c'est comme à Bayreuth, mais sur plusieurs années différentes.
Voilà, avec des chanteurs pour certains passés de mode et d'autres en passe d'entrer en grâce. :)
De toute façon, contrairement à tous les autres répertoires, les wagnériens d'envergure internationale sont assez peu nombreux pour les Brünnhilde et Siegfried, même si la récolte en voix féminines est peut-être meilleure qu'elle ne l'a jamais été ces dernières années.


C'est pas faux. Mais aucune des propositions parisiennes ne m'a autant emballée que ce Ring budapestois, en ce sens, cela valait donc le déplacement -
Je taquinais, hein. Moi, ça ne me fait pas déplacer pour tout un tas de raisons (à commencer par mon peu de goût pour les voyages à but musical), mais ça fait furieusement envie ! A part le Parsifal de Nagano, il n'y avait pas grand'chose de cette envergure à Paris cette saison.


D'autant plus que j'avais enfin un prétexte pour passer quelques jours à Budapest !!
Et là, je t'accorde bien volontiers qu'on voit moins souvent Budapest à Paris que Wagner.


- et dans leur genre bien particulier, le mini-Ring de l'automne dernier à la Cité.
Qui m'a assez déçu personnellement, si bien que je n'ai pas pris de place après avoir entendu les filages publics et vu les vidéos de Strasbourg...

Ah ben oui, quand on a des goûts très exclusifs...
Au contraire, au contraire, très vaste... ce qui fait que je vais d'abord voir ce que je n'ai pas beaucoup d'hypothèses de réentendre. :)

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@ Philippe :
Eva doit être un peu central pour elle, à mon avis. Comme sa voix n'a pas de couleurs particulièrement chatoyantes, elle a besoin de lignes plus amples (ou, à l'inverse, plus déclamatoires) pour prendre sa mesure.
En tout cas son Eva n'est pas ce qui me fait le plus rêver chez elle (mais je ne l'ai pas entendue).

Philippe[s] de l'escalier at: 26 juin 2012 à 17:53 a dit…

Tempus fugit : le Parsifal de Nagano c'était la saison dernière. Cette année, c'était la Walkyrie de Nagano, ou le Parsifal de Gatti (je dois dire que j'ai préféré sa direction à celle de Nagano, nonobstant les différences de qualité de l'orchestre et des chanteurs).
Pour ma part, j'ai vu Ring Saga à Reims dans une salle idéale pour ce spectacle (ce que ne sont pas à mon avis la Cité de la musique ou le Palais des fêtes), et j'ai trouvé cela remarquable.

{ Klari } at: 26 juin 2012 à 20:38 a dit…

@Joël : juste histoire de faire l'avocat du diable, même chez nous, il y a de chouettes choses pour les étudiants (Orchestre de Paris, par exemple)

Je repense encore à ces nombreux moments où j'avais l'impression d'halluciner en regardant et en écoutant l'orchestre...
(gros soupir nostalgique)
(ceci dit, je craque, je vais y retourner en février, na!)

(Et je vais bientôt entamer ma troisième boîte de Pickwick...)
On aurait du en acheter encore plus !!

@A gyűrű gnomja :
dès que je remets la main dessus, je t'en donne des nouvelles pour te faire écouter dans le cadre du cercle familial (sinon, tintin !).
Avec joie (dans la grande famille des blogomélomanes, le trafic d'enregistrement est communément toléré)



@Philippe[s] et Le Carnettiste : veuillez m'excuser, je me suis auto-persuadée que Theorin était au seuil des big-big-rôles. Merci pour vos relectures attentives qui ne laissent rien passer.

Quant au Mini-Ring, même à la Cité, je me suis régalée (plus par la mise en scène et le chant que par la musique - non-chantée, ceci dit). Maintenant que j'ai un 'vrai' Ring dans les pattes, je me demande si j'aimerais autant ?

En quoi la salle de Reims se prêtait mieux au mini-ring, Philippe[s] ?

Ugolino le Profond at: 26 juin 2012 à 23:53 a dit…

Se faire l'avocat du diable et prendre pour exemple l'Orchestre de Paris : l'expression a été particulièrement bien utilisée ici !

{ Joël } at: 27 juin 2012 à 00:31 a dit…

Pour une fois qu'il y avait quelque chose d'objectivement positif à dire sur l'Orchestre de Paris ! (Et pour les aspects subjectifs, cet orchestre m'a plus souvent épaté que d'autres censément meilleurs, comme celui de l'Opéra ; mais enfin, ne relançons pas l'éternel débat...)

Ugolino le Profond at: 27 juin 2012 à 00:44 a dit…

Se faire l'avocat du diable et prendre pour exemple l'Orchestre de Paris : l'expression est particulièrement bien choisie.

Ugolino le Profond at: 27 juin 2012 à 00:45 a dit…

Pourquoi est-ce j'ai écrit deux fois le même message ou presque ?

{ Klari } at: 27 juin 2012 à 00:49 a dit…

Tu as de la suite dans les idées. Ou tu es un bot programmé à écrire du mal de l'Orchestre de Paris toutes les 51 minutes.

@Joël : chûûût ! (tu vois, tu as détraqué Ugolino, le pauvre ;-)

Philippe[s] de l'Escalier at: 27 juin 2012 à 07:53 a dit…

@Klari Reims, c'est une petite salle traditionnelle avec un rapport orchestre/voix/salle/scène qui correspond mieux que la Cité à la conception de Ring Saga (je reconnais que c'est assez subjectif)

{ DavidLeMarrec } at: 27 juin 2012 à 20:43 a dit…

Avec joie (dans la grande famille des blogomélomanes, le trafic d'enregistrement est communément toléré)
La diffusion dans le cercle familial est une entorse tout à fait exceptionnelle au droit d'auteur. Je ne suis même pas sûr que faire écouter un disque à une étrangère soit légal.
Agente secrète de l'Hadopi, tu as manqué ton guet-apens, j'ai trop lu le CPI pour tomber dans tes pièges.

(Un rire sardonique fait vibrer les travées du Művészetek Palotája.)

Quant au Mini-Ring, même à la Cité, je me suis régalée (plus par la mise en scène et le chant que par la musique - non-chantée, ceci dit). Maintenant que j'ai un 'vrai' Ring dans les pattes, je me demande si j'aimerais autant ?
Je crois que tu ne parles pas de la même chose, Ring Saga était chanté.

{ Klari } at: 27 juin 2012 à 21:06 a dit…

Je crois que tu ne parles pas de la même chose, Ring Saga était chanté.
Les chanteurs chantaient, mais les (peu nombreux) violonistes et altistes avaient bel et bien un truc en bois dans les mains qui faisait crin-crin.

(implicitement, je cherchais à dire ne pas avoir adoré la partie non-chantée de la musique, par rapport à ce que fredonnaient leur collègues chanteurs sur scène)

Je ne suis même pas sûr que faire écouter un disque à une étrangère soit légal.
C'est bien possible, en effet. Heureusement, ils ont de plus gros tigres à fouetter que de se pencher sur les prêts de disques, et l'écoute clandestine d'enregistrements sur bande magnétique de vieux Ring-s historiques, ouf !

{ DavidLeMarrec } at: 27 juin 2012 à 22:06 a dit…

Oui, l'orchestre était très tiède, c'était assez étonnant, d'habitude les musiciens d'orchestre adorent jouer du Wagner, et précisément, ceux-ci qui ne jouaient pas souvent des oeuvres aussi prestigieuses auraient dû être exaltés de jouer des solos du Ring... Qu'un musicien s'ennuie avec des accompagnements de Donizetti, je veux bien, mais avec du Wagner, en plus réduit donc plus pesant sur leurs épaules ? Ou alors ils étaient tétanisés. Mais ils ne semblent pas avoir beauoup évolué.
Ca ne rehausse pas l'image de la musique contemporaine qu'ils servent d'ordinaire...

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Bon, on verra alors. Si quelque chose arrive, je dirai que tu m'as volé, menacé ou corrompu.

{ Klari } at: 27 juin 2012 à 23:03 a dit…

Hum, tu y as été quand et où ?

{ DavidLeMarrec } at: 2 juillet 2012 à 22:24 a dit…

J'ai vu un filage (avec piano) à Saint-Quentin et la vidéo de Strasbourg. Peut-être qu'ils avaient gagné en engagement à Paris, mais ce n'était pas tant une question de sûreté technique que d'investissement personnel, et sur une oeuvre aussi longue que le Ring, ce serait bizarre que ce soient simplement des bras ankylosés dus à la première.

{ Klari } at: 3 juillet 2012 à 11:26 a dit…

Ah, ceci pourrait expliquer cela. A Paris, aucun manque d'engagement. Vu de ma place, en tout cas.

Il m'a juste manqué, allez, pas grand chose, disons deux ou trois violons de plus, un deuxième alto, pour que je me régale sur tous les plans.

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