jeudi 10 mai 2012

Grmblblbmbl


14 Comms'
Jeudi 10 mai 2012, 20h - Salle Pleyel,
Joshua Bell (violon), Jeremy Denk (Piano)
***
Je compte beaucoup sur les concerts pour faire passer le léger état d'énervement qui parfois est le mien en fin de journée. Hélas, cette stratégie n'obtient pas toujours l'effet escompté.

"Grmblbl",
marmonne ma voisine de table, fort mécontente, dans un troquet non loin de la salle Pleyel, à l'adresse de son compagnon. "Tout ça pour aller voir un violoniste, pffff".
Comment ça ? Ce n'est pas une corvée, que diable !

"drrrring ! drrrring !"
gazouille un téléphone, ravi d'être le centre de l'attention, alors que Joshua Bell et Jeremy Denk entrent sur scène.
Agacée, je suis.
(Soulignons l'élégance de Bell, qui, entendant le téléphone fautif, se contente de punir le coupable d'un petit sourire ironique)

27°C dehors. La canicule. Pourtant, à l'intérieur de la salle Pleyel, le sanatorium : un inter-mouvement ? Un silence ? "Kheûûargh ! Rhhhhrhrhrhûrg !" rugit l'assistance.
(je soupçonne la plupart de ne pas être réellement malades mais de tousser nerveusement. Ca, c'est impardonnable)
Irritée, je suis.

Frrouitch. Frrrrouiiiitch. Schffffruitchk.
Un de mes voisins de rangée s'est équipé d'un exemplaire de chaque publication distribuée gratuitement à l'entrée de la salle. Un 'Cadences', une 'Terrasse', quelques brochures, ainsi qu'un échantillonnage de flyers de tout poil. Un quotidien pour faire bonne mesure. Le tout en équilibre instable sur ses genoux. Il faut donc rajuster régulièrement la pile. Auriez-vous cru qu'un tas de papiers pût faire plus de raffut qu'un violon d'âge vénérable ?
Courroucée ? Crispée ? J'hésite.

Klik! Klik! Joshua Bell tourne les pages de sa partition lui-même, parfois un peu précipitamment, cognant ainsi son archet contre le pupitre en fonte posé devant lui. Il coûte combien, son archet ? 10k€ ? 100k€ ? Ça m'agace de voir des gens maltraiter leur outil de travail.
Agacée. Mieux : hérissée, je suis !

D'ailleurs, c'est un quoi, l'archet de Joshua Bell ? Un Tourte (cocorico!) ? On devrait trouver cette information dans le programme, qui est ... payant ! Les radins doivent se contenter des panneaux disposés dans le hall, sur lesquels est indiqué le nom des œuvres jouées.
Contrariant, ne trouvez-vous pas ?

J'avais urgemment besoin d'un petit miracle thérapeutico-musical, et le voici : la sonate n°2 de Grieg. Deuxième fois de la journée que Grieg vole à mon secours, ce ne peut être une simple coïncidence. Subitement, oubliés, ces vilains tousseurs, renifleurs, froisseurs de papier, je suis happée par l'intensité du jeu des deux comparses, lyrique, mais pas trop, sobre (mais pas trop), extraordinairement juste, tout simplement.

Et je profite de mon petit nuage pour m'esquiver à l'anglaise, avant que la sonate de Franck (elle m'agace avec son petit côté musique répétitive) ne vienne anéantir mon euphorie chèrement acquise.

14 Comms':

Ugolino Le Profond at: 11 mai 2012 à 21:23 a dit…

Pendant ce temps, à la Philharmonie de Berlin : pas un téléphone qui sonne, pas une personne qui tousse, pas un programme qui n'est lu ni froissé, et des gens qui paraissent avoir honte de tousser entre les mouvements.

(quoi, je suis cruel ?)

{ Césariste sur sol } at: 12 mai 2012 à 20:02 a dit…

Lancinante, sans doute, mais tout de même, "musique répétitive" pour Franck. :(

Ton choix est sans doute le bon vu les circonstances que tu décris, mais pour quelqu'un qui n'a jamais quitté un concert avant son terme, ça paraît assez exotique... :)

Et puis en tant que violoniste, ne pas aimer ça, c'est mal.

{ Klari } at: 14 mai 2012 à 16:30 a dit…

@Ugolino : nan. Ce qui serait cruel, ce serait de mentionner les bretzel et la bière fraîche qu'on peut y consommer.

Là, tu es juste taquin.

@Césariste : oui, je le maintiens. Musique répétitive. Répépétitive, même.

Je crois que je suis partie surtout à cause de la fatigue. je préfère ne pas avoir de souvenir du tout d'une moitié de concert que de me le gâcher toute seule comme une grande par fatigue et/ou mauvaise humeur !

Bah, je ne suis pas une vraie violoniste, j'ai le droit d'aimer ou non ce que je veux, heinehinehin

{ Joël } at: 14 mai 2012 à 17:41 a dit…

@Césariste : oui, je le maintiens. Musique répétitive. Répépétitive, même.
Je plussoie. Je ne connais pas cette sonate, mais la souris, à l'époque où il lui arrivait de me vouvoyer dans les commentaires, avait écrit chez moi « Je ne vous ai pas vu, mais je retrouve les mêmes impressions, de la joie de Haydn, à la symphonie de Franck, saturée, qui tourne un peu en rond. ».

{ Klari } at: 14 mai 2012 à 17:49 a dit…

je pense que cette structure (où ce que je perçois comme absence de structure) de cette musique fait appel à des modes de raisonnement chez l'auditeur.

je sais que j'aime bien réfléchir, ou me faire expliquer des choses de manière assez linéaire, carrée, et logique : si l'objectif est A, il faut entreprendre l'action B, qui a pour conséquence C, qui implique A.

J'en connais d'autre, qui réfléchissent (pas nécessairement moins efficacement, bien au contraireà en zig-zag, ou en rond concentriques qui vont en s'élargissant (ah, ces esprits empiriques!). Ce mode de raisonnement m'est commlètement étranger, mais ça peut expliquer pourquoi je n'aime pas cette sonate de Franck.

Allez, c'était ma Théorie Fumeuse (TM) du jour :-)

Ugolino le Profond at: 14 mai 2012 à 22:43 a dit…

Je pensais que tu ne vivais que de musique et d'eau fraîche. Quelle déception.

{ mimylasouris } at: 15 mai 2012 à 12:00 a dit…

@Joël > Cela ressemble à quoi, à votre avis, un être hybride entre la souris et le poisson rouge ? Parce que si je me souviens du Haydn, en revanche, la symphonie de Franck et plus encore, ce que j'ai écris à son propos, ont dû tomber dans une faille spatio-temporelle de ma mémoire...

{ Mo } at: 15 mai 2012 à 15:39 a dit…

J'ai été absolument enthousiasmée par "Rain" en partie parce que j'y ai vu mon mode de raisonnement.
Donc: soit la théorie fumeuse ne l'est pas du tout. Soit on est deux à fumer pareil. Ce qui, dans le fond, est assez rassurant.

{ Klari } at: 15 mai 2012 à 16:19 a dit…

@Ugolino : oh le cliché ! (qui s'applique, je suppose, plus aux blogueuses-fringues qu'à moi)

@Mimy: une souris à écailles ? Un poisson rouge gruyèrivore ? Joël est terrible pour ça, il n'oublie rien. En l'occurrence, ce jour-là, nous papotions de notre contrebassiste préféré - et de son départ à la retraitre, déjà redouté.

@Mo: oh mon dieu, je n'ai pas tilté tout de suite quand tu as parlé de Rain (il y a un film néo-zélandais un peu douteux du même nom, oups).

On doit avoir la même marque de marguerites :-)

(sinon, on m'a déjà expliqué que j'aimais particulièrement Beethoven du fait de la coexistence "rigueur classique" avec "youpli-youpla romantique", ce qui pourrait rappeler certains de mes traits de caractère. Enfin, ce n'est que du oui-dire)

{ DavidLeMarrec } at: 16 mai 2012 à 14:08 a dit…

Mais même en l'écoutant de façon cursive, Franck fonctionne très bien. La symphonie, il faut qu'elle soit bien jouée (c'est affreux quand c'est à la façon fausse-choucroute-d'outre-Rhin), sans opacité ni lourdeur.

Mais la sonate, pourtant, jouée telle qu'elle est, même avec une écoute qui serait uniquement mélodique, je lui trouve un charme très réel. Ok, pas autant que Huré ou Koechlin (/frime), mais quand même.

{ Klari } at: 17 mai 2012 à 16:03 a dit…

Mais même en l'écoutant de façon cursive, Franck fonctionne très bien
Hum. Je crois que là, on touche aux "goûts et aux couleurs" dont on ne discute pas. Ou dont on discute, mais très prudemment :-)

En tout cas, promis, je ne te charrierai pas à propos de ton affection pour la sonate. Seulement pour le charme que tu trouves à Schumann, je ne peux pas résister à ce plaisir !

(Huré et Koechlin, eh bien, je ne connais pas .. je vais consacrer une page dans mon carnet à chroniquettes aux recommandations LeMarreciennes. PLusieurs, peut-être, la liste s'allonge très vite)

Anonyme at: 17 mai 2012 à 16:27 a dit…

C'est insensé d'avoir quitté ce concert avant la fin.
Non que l'épidémie d'H1N1 entre chaque morceau ne soit pas agaçante, ni que la sonate de Franck ne vaille le coup (au demeurant très bien interprétée), mais les deux morceaux que Bell et Denk en guise "d'encore" ont été fabuleux. A un niveau très au delà du reste du concert.
C'était Tzigane et Chopin pour info

{ Mo } at: 17 mai 2012 à 16:28 a dit…

Oh, pardon, c'est ma faute, je suis replongée dedans en ce moment, j'ai tendance à oublier que ce n'est pas le cas de tout le monde. En cherchant le film néozélandais, j'en ai trouvé d'autres, dont un basé sur une nouvelle de Virginia C. Andrews... dont la prose douteuse figura un jour parmi mes romans préférés. Je pars en quête.

{ Klari } at: 17 mai 2012 à 22:16 a dit…

@Anonyme : "insensé", non. Dommage, ballot, pourquoi pas. La prochaine fois que les deux reviendront, je serai probablement moins irascible et moins fatiguée et ne profiterai mieux.
Je préfère partir au miliue d'un concert plutôt que de ronchonner dans ma barbe pendant tout le concert !

@Mo : pas de souci. Il y a en effet de quoi faire, avec "Rain". Je ne connais pas Virginia Andrews, mais on peut se refaire une dignité en se disant que c'est d'abord une nouvelle de Somerset Maugham :-)

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