mercredi 9 mai 2012

Archéochroniquette: Lugansky & le National de Russie


13 Comms'
Salle Pleyel - Lundi 17 octobre 2011, 20h
Orchestre National de Russie, Nikolaï Luganski (piano), MIkhail Pletnev (direction)

Sibelius, Pelléas et Mélisande
Rachmaninov, Concerto pour piano n° 3
Tchaïkovski, Suite du Lac des cygnes (arr. M. Pletnev)
***
C'est en tremblotant de honte que j'écris la date de ce concert en haut de la chroniquette. 17 octobre. Six (sept?) mois de retard. Bon.

De mon fauteuil à l'arrière-scène de la salle Pleyel, j'avais trouvé le Pelléas et Mélisande trop. Trop imposant, trop charnu, trop sonore, trop conquérant. Là où j'attendais d'énigmatiques elfes dans de délicates forêts de conifères embrumées, on me propose un (flamboyant, certes) bataillon de tanks indestructibles, sur le passage desquels des chênes centenaires plient comme de frêles allumettes.

Par contre, je doute qu'il y ait pianiste et orchestre plus appropriés pour jouer le concerto n°3 de Rachmaninov. S'il arrive qu'on perde un peu du son du piano à l'arrière-scène, je ne n'aurais pas été étonnée qu'on entende le pianiste depuis le carrefour de l’Étoile. Il ne manque pas une demi-note depuis l'arrière-scène. Quelle vigueur, quelle présence. Ce qui ne l'empêche pas de colorer certains passages de couleurs plus mélancoliques, doucement rêveuses.
Lugansky est en outre accompagné d'un des rares orchestres capables de l'accompagner d'égal à égal - sans se laisser écrabouiller par la présence inouïe du soliste - et le concerto, porté par des interprètes qui manifestement vendraient allègrement père, mère et grand-parents pour le droit de jouer cette partition, est une de ces sublimités sans nom, qu'on écoute bouche bée, sans oser respirer, heureux d'être au bon endroit au bon moment.

Si feuilleter le programme, en particulier parcourir la liste des musiciens - provoque une émotion proche du respect idolâtre chez moi (Ciel, le papa - ou l'oncle ? - du hautboïste de l'orchestre du Concertgebouw ! Oh, une Rozhdestvenska chez les violoncellistes. De la famille ?), mon voisin de banquette, lui, se marre :
"Vous avez vu Le Concert, mademoiselle ? C'est à propos d'un orchestre russe ! Qu'est-ce que j'ai ri !"

Et c'est vrai que chaque venue de l'Orchestre National de Russie se solde par un gag. La dernière fois, les instruments et les partitions avaient été bloqués en banlieue parisienne par quelques malheureux centimètres de neige. Cette fois-ci, le gag est moins attendu : l'arrangement de la suite du Lac des Cygnes de Pletnev a, entre autres, consisté à photocopier des extraits de la partition à tout va, les relier avec ces fameuses spirales qui font scrouitch-scrouitch, et les jouer dans un ordre différent de celui dans lequel ils ont été reliés.
C'est ainsi que la sublime suite du Lac des Cygnes - somptueusement interprétée - il n'y a que des musiciens russes pour jouer Tchaïkovski aussi sérieusement et passionnément, est constamment émaillée de petit scrouitch-flourtch-scrouitch.

Soit dit en passant, l'humour de tractopelle du Concert m'avait ulcérée. Et vous ?

Aussi :  Laurent, Rick et Pick,

13 Comms':

Andanteconanima at: 9 mai 2012 à 23:50 a dit…

Ben, je n'avais pas souvenir d'avoir passé un mauvais moment en allant voir "Le Concert" (c'est bon la honte, comme disait une pub du siècle dernier). Jusqu'à ce que je ne tombe sur le lancement du film sur Canal+...

"Et là c'est le drame".

Les gros plans sur ces regards trop pleins de ces secrets cachés au fond du petit coeur sensible des personnages s'enchaînent. Ma mémoire fait illico resurgir quelques souvenirs que mon surmoi avait vaillamment encaissé : Lionel Abelanski et François Berléand prêts à s'embrasser fougueusement, l'ancien rigoriste du Parti qui braille "Trou normand !" toutes les cinq minutes... Mais ma préférence va tout de même à ces scènes d'émotion fignolées à la pioche : la scène du tête-à-tête au resto, le souvenir (forcément en noir et blanc) de la Sibérie...

Sans parler du traitement du miracle de la musique (rimmels non-waterproof s'abstenir).

Bojemoi, bojemoi.

Une chance que l'oeuvre emblématique du film n'ait pas été le Concerto pour violon de Schumann.

Toute réserve sur ce film mise à part, je regrette néanmoins de pas avoir pu voir ce beau concert pletnievo-luganskien (et encore davantage de ne pas avoir pris le temps de le réécouter sur France Mu - vergogna).

Pour la peine je file regarder la BA du film de Mihaleanu ! Bien fait !

Ugolino le Profond at: 10 mai 2012 à 00:59 a dit…

Et j'ai encore été oublié alors que c'est, genre, ma publication la plus célèbre.

Pour la peine, je pars écouter Abbado à Berlin ! (et m'y ennuyer, probablement)

{ Klari } at: 10 mai 2012 à 01:19 a dit…

@Andante:
Ne t'inquiète pas, je ne juge pas les amis qui ont apprécié le film, et je continue de leur adresser la parole (je me contente de désobéir à les suggestions de sorties ciné).
C'est dramatique, je ne me rappelle d'aucune des scènes que tu mentionnes. Ceci dit, j'ai du tenir le coup une grosse demi-heure (je crois avoir vu la fête tsigane avant le décollage de l'avion, pas beaucoup plus loin) avant de m'exclamer "chiort vozmi" et de refermer l'ordi portable d'un coup sec.

Une chance que l'oeuvre emblématique du film n'ait pas été le Concerto pour violon de Schumann.
Gargl.

Par contre, dans la série films de l'est qui m'ont vraiment fait rire, je nomme "Vodka Lemon" (2003), un de mes chouchoux, et "California Dreamin" (qui se passe dans une ville, quelque part,"qui n'est pas sur la carte. Elle est dans le pli, là")

C'était amusant; de le réécouter sur France Mu'. Le concert m'a tout autant plu, mais pour des raisons toutes autres.

@Ugolino : ahah.
Je ne vois pas de chroniquette qui googloie,
Ni de critiquettes qui critiquoie.

(un lien ?, non ? )

Si tu crains de trouver le temps long, je me ferai un plaisir de te délester de tes billets d'avion et de concert !

Ugolino le Profond at: 16 mai 2012 à 11:24 a dit…

C'est la première qui sort sur google pourtant... quel manque de volonté évident que voilà !

Pour la peine, je dirai du mal de l'Orchestre de Paris - enfin, après ce que j'ai entendu à Berlin, j'ai un passe-droit maintenant.

{ Klari } at: 16 mai 2012 à 12:20 a dit…

Un défi ! Tu utilises quels mots clés ?

en googlant (sur google.com, sans définir d'options particulières) "lugansky pleyel compte rendu", Concertclassic remonte en premier.

Avec les mots-clés "lugansky pleyel critique", c'est.. Rick & Pick !

Si je google "lugansky pleyel chroniquette", c'est moi. Hé oui.

Et si je google - en désespoir de cause : "Où est la chroniquette d'Ugolino sur Lugansky ?" je tombe sur ma chroniquette des Stile Antico.

Et si je google "lugansky est fabuleux, l'orchestre de paris est mauvais" je tombe sur Le Petit Concertorialiste". Voilà qui te ressemble plus, mais tu avais dit quelque part ne pas écrire sur un blog.

Tu parles d'un moteur de recherche !

{ Klari } at: 16 mai 2012 à 12:21 a dit…

ps:
Pour la peine, je dirai du mal de l'Orchestre de Paris - enfin, après ce que j'ai entendu à Berlin, j'ai un passe-droit maintenant.
Je ne te jetterai pas de pierre. Pas cette fois-ci, en tout cas. Après mon premier concert berlinois, j'ai eu quelques temps envie de dire du mal de la terre entière.

{ Joël } at: 16 mai 2012 à 14:41 a dit…

En tapant "Lugansky Pletnev", je tombe là-dessus : http://classiqueinfo.com/Lugansky-Pletnev-et-l-Orchestre.html
(Je ne suis pas sûr d'avoir le temps de tout lire avant de rejoindre mes étudiants...)

{ Klari } at: 16 mai 2012 à 17:48 a dit…

Quel fin limier !

Ugolino le Profond at: 17 mai 2012 à 20:06 a dit…

"Après mon premier concert berlinois, j'ai eu quelques temps envie de dire du mal de la terre entière."
Pas de la terre entière, juste de la France, qui m'apparaît de plus en plus comme un pays de ploucs arrogants et fiers de leur vacuité. Ca tombe bien, l'Orchestre de Paris ne s'est pas amélioré depuis la dernière fois que je l'ai entendu (quelle petite harmonie calamiteuse...).

Encore, si c'était seulement le Philharmonique de Berlin qui était impressionnant...

{ Klari } at: 20 mai 2012 à 21:46 a dit…

Ugolino. Is. Back.

Je t'avoue ne plus avoir la force de réagir quand je lis "quelle petite harmonie calamiteuse". Qu'en déduire ? Que les Berlinois avaient du coton dans les oreilles le jour où ils ont recruté V.L. en flûte 2 ? Qu'Untel et Bidule, dans tel ou tel répertoire, patati et patata, mais je ne pense pas pouvoir faire évoluer ton opinion.

Alors avec un gros soupir résigné, je baisse les bras et murmure tristement "quel dommage!" Et me remets à rédiger la chroniquette du quintette av cl. de Mozart (avec Philippe Berrod, royal).

"Pas de la terre entière, juste de la France, qui m'apparaît de plus en plus comme un pays de ploucs arrogants et fiers de leur vacuité"
Tous à Berlin !

Ugolino le Profond at: 21 mai 2012 à 01:36 a dit…

Mais on peut être un excellent musicien et être dans une petite harmonie calamiteuse, ce n'est pas contradictoire. Ce sont deux choses différentes. Même dans les quelques bons concerts de l'an dernier, la petite harmonie était le point faible de l'orchestre.
A part des arguments d'autorité et une bonne com', il y a quoi pour défendre cet orchestre ? La particularité française, qui veut que tous les critères qui qualifient un bon orchestre dans le monde, et en particulier les bois, ne s'appliquent pas en France ?

Et Berlin a choisi Rattle comme chef principal, ce qui est une preuve que leur bon sens n'est pas forcément toujours au top (je le note à cause de l'horrible deuxième de Borodine qui est présentement diffusée sur Arte).

Après, pourquoi "quel dommage" ? Ce n'est pas comme si je passais à côté de quoi que ce soit, ou que l'OP défendait un répertoire qu'eux seul joue. D'autant que j'y retourne, et que je trouve toujours ça autant traversé par l'esprit de médiocrité, ce qui est sans doute ce qu'il y a de plus détestable en art.

{ Klari } at: 21 mai 2012 à 12:38 a dit…

Ah mais tu soulèves plein de questions à la fois, Ugolino ! Bon, je vais rédiger un brouillon sous word et je reviens le copier-coller.

Nous disions donc.

Sujet n°1 : « excellent musicien », quoi-qui-comment
Mais on peut être un excellent musicien et être dans une petite harmonie calamiteuse, ce n'est pas contradictoire. Ce sont deux choses différentes.
J'imagine que nous avons des définitions , ou plutôt des attentes différentes en ce qui concerne les musiciens. A vent, donc, pour réduire un peu le champ de la discussion.

Pour moi, un bon musicien (à vent) possède idéalement les casquettes suivantes :
- bon musicien orchestre : discret-mais-présent-juste-ce-qu’il-faut dans les tutti, à l’écoute des autres pupitres qui font du bruit, adaptation, esprit d’équipe, parfait maîtrise des outils word excel, connaissances de l’italien et de l’allemand un plus. (pardon)
- bon musicien en demi-solo : il existe sûrement un nom savant pour désigner ceci. Pour moi, cela représente la capacité à se fondre dans le son de leur confrères-vents, la justesse collective du pupitre, gérer sans coutures apparentes le passage d’un solo de flûte à un de hautbois (par exemple), être d’accord sur les phrasés, les nuances pour ne pas avoir l’impression d’écouter un soliste A + un soliste B + soliste C, mais un vrai pupitre de vents, etc (petit aparté : c’est là ou RF me déçoit, en général)
- bon soliste : là, je ne te fais pas de dessin.

Du coup, de bons musiciens, a fortiori d’excellents musiciens, ne peuvent pas constituer une petite harmonie « calamiteuse ». Quand bien même ils ne seraient pas tous excellents, la présence de quelques « excellents » ne peut que tirer la petite harmonie vers le haut, notamment sur les questions de justesse, d’homogénéité, etc.

Sujet n°2. le choix d’un chef
Et Berlin a choisi Rattle comme chef principal, ce qui est une preuve que leur bon sens n'est pas forcément toujours au top
Sous-sujet n°2.1 : ah oui, mais les raisons qui motivent le choix d’un chef ne sont pas les mêmes que celles qui sous-tendent le choix d’un flûtiste.
Autant – si j’étais un orchestre, je choisirais idéalement mon flûtiste selon les critères sus-cités (remarque, ça exigerait de changer les modalités de concours, car il y aurait des épreuves de musique de chambre avec des vents de l’harmonie de l’orchestre en question, mais je m’égare), en m’assurant toutefois que ça « passe bien » humainement avec le reste de l’équipe, autant je choisirais différemment le chef dudit orchestre : qualités humaines , compétences musicales (il/elle sait agiter les bras, a qq idées sur comment diriger tel ou telle œuvre, existence d’un projet), réseau (et oui), dynamisme (action culturelle, tout ce genre de bidule).
Le bon sens du choix de flutiste n’est pas tout à fait le même que le bon sens du choix de chef, quand même. Allons bon.

Sous-sujet n°2.2 : "Rattle ne serait pas un super-chef"
D’une, je n’en sais rien. Ce que j’ai écouté sur le DCH m’a bien plu jusqu’ici.

Mais admettons pour le plaisir de la discussion qu’en termes de compétences musicales (agitage de bras, vision de l’œuvre,etc, etc….), Rattle ne soit pas la crème de la crème. Admettons (tu remarqueras l’utilisation répétée du terme « admettons », hein ?
Pourquoi les Berliner (qui ont toujours raison) ne feraient pas preuve de bon sens en choisissant un chef irréprochable sous tout les autres aspects ? Je n’ai entendu que des éloges à propos de son engagement dans l’action culturelle. Me rappelle aussi avoir lu dans un bouquin des exemples assez marquants de ses compétences managériales (faudrait que je fouine, je ne me rappelle plus des détails).
Du coup, comme berlin peut se payer le luxe d’un chef (bof-bof) – en admettant qu’il soit bof-bof, hein, on peut se dire qu’ils ont raison de s’offrir un chef qui contribue à former le public-génération-suivante.

(de toute façon, les Berliner ont toujours raison)
(na !)

Ugolino le Profond at: 21 mai 2012 à 23:42 a dit…

Je ne suis pas sûr que je soulevais ces questions, mais bon.
Quand je disais "bon musicien", je ne parlais que de qualités individuelles. Si on intègre l'idée qu'un bon musicien est nécessairement un bon musicien d'orchestre, la question ne se pose plus, mais dans ce cas, tu peux considérer que je pense effectivement que les bois de l'OP sont des musiciens médiocres, et la question est réglée.
On aura tendance à penser qu'un bon musicien est bon dans tous les environnements, mais je ne crois pas que cela soit vrai pour tous et dans tous les cas.

Sur les critères du bon musicien d'orchestre, j'en rajouterais qui ne sont pas dans ta liste qui me parait insuffisante (parce que la plupart de ces critères sont remplis de facto par les petites harmonies des orchestres de niveau international (un bois faux, c'est difficile à trouver)), mais je ne souhaite pas polémiquer plus avant ;-).

Le bon sens du choix de flutiste n’est pas tout à fait le même que le bon sens du choix de chef, quand même. Allons bon.

Certes, et alors ?

Il est évident que Rattle a été choisi pour ses qualités de manager, pour son investissement dans les à-côtés du concert, et pour son répertoire, Berlin étant demandeur sur ce plan-là. Mais pour répondre à la question :

Pourquoi les Berliner (qui ont toujours raison) ne feraient pas preuve de bon sens en choisissant un chef irréprochable sous tout les autres aspects ?
Quitte à passer pour l'affreux puriste que je suis, la seule chose qui compte en musique c'est ce qu'on fait sur la scène dans le concert, et le reste est contingent voire parasite, et n'a rien à voir avec la musique, ni avec l'art. C'est d'autant plus vrai quand on est le meilleur orchestre du monde. Karajan pouvait être Karajan en dehors de la scène parce qu'il était d'abord Karajan sur scène. Rattle n'est malheureusement que Rattle sur scène.

Quand on se met à parler d'action culturelle, c'est qu'on a abdiqué face à l'art. C'est peut être très bien, mais on parle d'autre chose.

Après, oui, j'ai du mal à comprendre que Berlin, qui est capable de tenir des phrases de 40 mesures, joue avec un type qui est incapable de penser au-delà d'une mesure (sa symphonie de Borodine, dans laquelle il n'y a pas une seule phrase qui mérite ce nom, fait office de preuve accablante ici - je n'ai jamais entendu ça dans cette oeuvre). Je n'ai pas de réponse à cette question autre que le fait qu'il entre dans la gestion d'un rochestre des considérations politiques, économiques et humaines qui n'ont rien à voir avec la musique mais qui au final la détermine.
Dans le même ordre d'idées, quand on voit la saison prochaine, les chefs qu'ils invitent et les choix de répertoire, je ne suis pas certain que leur "comité d'orchestre" soit très performant ces temps-ci.

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