mercredi 4 avril 2012

Martinů puis Doráti puis Dvořák


9 Comms'

Théâtre des Champs-Elysées -Vendredi 30 mars, 20h
Orchestre de Chambre de Paris, Lawrence Foster (direction), François Leleux (hautbois), Iddo Bar-Shaï (piano)

Schubert, Symphonie n°1
Martinů, Concerto pour hautbois (bis: Antal Doráti, La Cigale et la Fourmi)
Mozart, Concerto pour piano n°23, K.488
Dvořák : Suite tchèque
***
Arrivée lamentablement en presque-retard malgré mes bonnes résolutions (j'avais même prévu d'assister à 18h, à la présentation de la saison de l'Ensemble Orchestral qui n'est plus l'Ensemble Orchestral mais l'Orchestre de Chambre Leleuphile de Paris), je n'ai pas le temps de feuilleter le programme-papier.

Quelle adorable et rafraîchissante symphoniniette de Mozart, pépie-je gaiement, à la fin de la première oeuvre. Le programme, enfin ouvert, me rabroue : c'était du Schubert. Me voyant rougir de honte, il me tire de mon embarras, magnanime, me précisant que les influences mozartiennes, voire beethoveniennes sont indéniables.

Martinů est un compositeur que j'aime beaucoup sans vraiment le connaître. Certainement parce qu'il ne manque jamais de m'émouvoir, que ce soit pour me faire glousser avec Mirandolina, ou sangloter avec le Memorial to Lidice. Le concerto pour hautbois va comme un gant à François Leleux, que je trouve phénoménal dans ce répertoire jazzy-cinématographico-strausso-pastoralo-mélancolico-bucolique, où sa virtuosité surnaturelle vient renforcer l'œuvre.

François Leleux me donne toujours cette sensation déroutante de ne pas jouer du hautbois, instrument dont le son est pourtant des plus reconnaissables (coin! coin!), tant son son est protéiforme. Rocailleux comme un trombone mal embouché, diaphane comme un piccolo -bien joué -, rond et généreux comme une clarinette par endroits. Je ressens cette impression en particulier dans le mouvement central du concerto : François Leleux semble évider le son de son hautbois, et ce n'est plus qu'un filet de son exsangue, blafard, tendu à l'extrême qui dessine une ligne mélodique hypnotique. A part gratter des anches magiques, je ne vois pas comment cela est possible....

Choix de bis inoubliable avec une mise en musique de La Cigale et la Fourmi d'Antal Doráti, pour hautbois seul. François Leleux s'amuse à chanter une cigale contrite et affamée, quémandant quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle "couiiiincouiiincouwouwouwouhiiin ?" puis une fourmi sérieuse, un brin acariâtre "KOUÎN!", avec une telle expressivité qu'on oublie que ce n'est pas une fourmi, mais un hautboïste qui tape du pied avec véhémence en refusant son grain à une insouciante petite cigale.

Le concerto de Mozart est tout aussi convaincant dans un registre bien différent. Le soliste est sobre, presque timide: il met superbement en valeur les échanges orchestre-soliste, se fait tout petit quand l'orchestre tient le rôle principal et joue sa partie soliste avec, plus que par-dessus, l'orchestre. Devoir légèrement tendre l'oreille décuple ma concentration, je me retrouve happée dans ce très beau concerto. Pianiste à réécouter absolument.

C'était aussi l'occasion de découvrir l'Orchestre de Chambre de Paris, que j'écoutais pour la première fois (oups). Que dire ? Je suis charmée, en particulier éblouie par la flûte (oooh) et un pupitre de violoncelles de compétition, où joue même un habitué du Chamber Orchestra of Europe (hiiii). Ayant entre temps épluché le programme 2012-13, je fonds : politique tarifaire sympathique, programmation irréprochable : plein de Mozart, de Haydn, de Bach (je pourrai me désintoxiquer de Wagner et Bruckner, enfin), une alléchante contre-saison de musique de chambre à Cortot, en prime, un Leleustival de sonates et de concertos pour hautbois! Et ce n'est pas tout ! Un concert avec le Rundfunkchor Berlin, LE chœur qui fait paraître les séraphins sphéromusicaux pour un ramassis de petit rigolos sans oreille.

Zou, on s'abonne.

9 Comms':

{ Joël } at: 4 avril 2012 à 12:37 a dit…

couiiiincouiiincouwouwouwouhiiin, sphéromusicaux
Je me demande combien de nouveaux mots tu as fait apparaître dans les bases de données de Google !
(Je me moque, mais cela dit, j'ai déjà fait travailler des étudiant(e)s sur la « musique des sphères »...)
Le Leleustival sera aussi l'occasion de voir Deborah Nemtanu diriger !..

{ Klari } at: 4 avril 2012 à 14:19 a dit…

Parlant de néologismes, il parait que l'Orchestre de Chambre de Paris songe déjà à changer de nom pour adopter la désignation Orchestre de Chambre Leleuphile de Paris ;-)

Il va falloir que tu m'expliques le rapport entre les mathématiques et la musique des sphères. En langage-bébé, s'il-te-plaît.

l'occasion de voir Deborah Nemtanu diriger !
et de l'entendre jouer !

{ Joël } at: 4 avril 2012 à 15:35 a dit…

Le cas classique, ce serait la sphère de dimension 1, plus communément appelée « cercle ». Ça permet de modéliser des phénomènes périodiques : quand tu as fait un tour du cercle, tu es revenu à ton point de départ et si tu continues, ça recommence. L'exemple typique de bidule périodique, c'est la sinusoïde, bref, musicalement un son pur à une certaine hauteur. On peut imaginer des fonctions périodiques plus biscornues... La théorie de Fourier dit qu'elles peuvent se décomposer en une somme (infinie) de sinusoïdes qui courent plus vite que celle de départ (2x, 3x, 4x, etc.), ce sont ses harmoniques.
Il y a des matheux fous qui font une théorie analogue en dimension plus grande (sur la sphère usuelle, de dimension 2, et en dimension encore plus grande) ; ce n'est pas mon domaine d'expertise, ça peut quand même se voir au niveau maîtrise (M1).

{ Klari } at: 5 avril 2012 à 00:56 a dit…

On avait dit en langage-bébé !

(on reprend la conversation avec papier et crayon un de ces jours)

{ Joël } at: 5 avril 2012 à 01:21 a dit…

Pfiou, j'avais fait un effort, pourtant !

{ Klari } at: 5 avril 2012 à 09:38 a dit…

Hou ! Pourtant, j'ai lâché vers "hauteur" :-)

{ Mozart-Masqué } at: 7 avril 2012 à 11:21 a dit…

Pas de quoi rougir, même avec le disque sous les yeux, les premières symphonies de Schubert (1,2,3,5) sont furieusement mozartiennes, un peu plus "motoriques" peut-être (et avec une construction thématique plus romantique), mais avec sensiblement les mêmes couleurs harmoniques.

A l'aveugle, on se dit "mais quelle est cette symphonie majeure de Mozart que je n'ai pas écoutée" ?

Voilà, donc je suis d'accord avec ton erreur, tu as tout mon soutien.

[En revanche, arriver presque-en-retard, c'est mal.]

Anonyme at: 7 avril 2012 à 13:01 a dit…

Bonjour desole de m immisce dans votre conversation mais je me nomme klari farid et je m adresse tout particulierement a "klari" car j'aimerais en savoir plus sur l origine du nom tout en sachant qu il ne vient pas de la langue arabe donc si vous avez une reponse voila mon adresse mail:merci d'avance! farid151@hotmail.fr

{ Klari } at: 7 avril 2012 à 19:43 a dit…

@Mozart Masqué : ouf ! (quel farceur, ce Schubert, entre cette 1ère et sa 9è qui commence à taquiner Bruckner..)

@Klari Farid : Immiscez-vous, c'est fait pour ça, les commentaires. Par contre, je suis désolée de ne pas pouvoir vous éclairer.

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