lundi 23 avril 2012

Manon


7 Comms'
Samedi 21 avril, 19h30 - Opéra Garnier
L'Histoire de Manon (musique : Jules Massenet ; chorégraphie : Kenneth Macmillan)

Clairemarie Osta (Manon), Nicolas Le Riche (Des Grieux), Stéphane Bullion (Lescaut), Alice Renavand (la Maîtresse de Lescaut)

Encore une fois, je dois à la sagacité de Joël d'avoir pu bénéficier d'une place Eco (moins chère qu'un ciné!), avec bonne visibilité garantie. Moi, je me suis contenté de veiller aux victuailles, pour meubler les entractes. Pain d'épices: check ; confiture de lait : check (au beurré salé et caramel!)

Passons rapidement en revue les personnages principaux :

* le corps de ballet, bien sûr, dans leurs costumes chatoyants de prince(sse)s (que j'ai pu fantasmer, gamine, sur des robes de ce genre), qui virevoltent, froufroutent quand les danseurs bondissent, tournoient et gambadent de ci-de là sur scène. Mais qui était ce jeune homme en costume pastel vert céladonâtre-opalino-turquoise qui, à chaque bond, reste suspendu en l'air une demi-éternité ? La mendiante-prostituée toute ébouriffée ? J'aurais du demander à l'experte rencontrée après le spectacle, étourdie que je suis.

* la musique. La chose n'était pas gagnée - les grands tuttis d'orchestre peinent à me convaincre : Massenet est trop friand de triangle pour trouver grâce à mes yeux. Ce grelin-grelin à haute dose fait siffler mes oreilles. Mais les très jolies interventions qu'il a réservées pour le violoncelle et le violon solo pardonnent bien des bévues d'orchestration. Et surtout, il aime le hautbois, qui le lui rend bien en retour. Le hautbois solo - qui aurait mérité d'être nommé étoile à l'issue du ballet, pardi - vole régulièrement la vedette aux danseurs, tranformant des pas de deux en pas de trois pour danseurs et hautbois, des pas de trois en pas de quatre et des pas de cinq en .. (etc).

* Lescaut, surtout pompette. Stéphane Bullion danse phénoménalement drôle et juste. On perçoit la concentration extrême du saoulographe qui s'applique pour marcher danser droit et plaf! s'emberlificote dans ses pieds ou dans ceux de sa partenaire, qui continue héroïquement de danser, pendant que son cavalier tremblote, trébuche, (on craint le pire pour le tutu de la danseuse, mais qu'on lui apporte vite un seau et une bavette !) puis s'effondre lamentablement. On se surprend à froncer le nez, c'est qu'on percevrait presque du fond de loge l'haleine envinée du danseur.

* Clairemarie Osta : il était grand temps que je la voie danser, elle part incessamment à la retraite du haut de ses quarante-deux ans et demie ! Je l'ai peut-être vue sans la regarder une fois ou deux (la Maison de Bernarda ? Oneguine ?). Ce soir, elle crève l'écran. Le rideau, la scène. Fascinée, j'observe son petit pied cambré, qui semble prendre une respiration, exactement comme les musiciens en fosse, puis s'approcher doucement du sol, comme ces mains dans l'ombre qui planent un instant au dessus des cordes des instruments, et enfin : ploum! l'extrémité de son chausson se pose sur le sol au moment où le ploum retentit. Il faudrait les voir, ses gestes diaphanes, parfaitement raccord avec la délicatesse du tapis de cordes d'en-dessous, où la voir augmenter l'intensiomètre de ses mouvements quand la masse orchestrale se met à rugir. La regarder danser embellit la musique (je n'irai pas jusqu'à dire que Massenet est génial, n'exagérons rien) et ouvrir grand les oreilles permet de mieux profiter de sa danse.

* et le personnage-invité-invisible : la mystérieuse alchimie entre des Grieux et Manon. Ça devrait être un peu absurde, cette romance-minute à peine trente secondes après leur rencontre, bien au contraire, elle coule de source. Quasi-palpable, leur complicité espiègle dans le premier acte, ou à l'acte III, la sollicitude attendrie de Des Grieux qui prend Manon par le coude, à bout de forces, une épave de tutu sur le dos, et la soutient alors qu'elle amorce quelques petits pas fatigués. Je ne verse pas des tonneaux de larmes, comme j'ai pu le faire pendant Onéguine, mais l'intensité discrète de cette relation est extrêmement touchante. A la fin du ballet, si les carottes sont cuites pour Manon et Des Grieux, on est soulagé d'apprendre (ah, ces expertes) que Nicolas Le Riche et Clairemarie Osta ont (on leur souhaite) encore tout plein de beaux moments à partager devant eux à la ville. Ouf, tout va bien.

(A l'issue du ballet, deux Japonaises en grand kimono de soirée sortent du Palais Garnier puis traversent en trottinant, toutes geta claquetantes, le carrefour de l'opéra. Tenue manifestement peu ergonomique, mais que c'est beau !)

Aussi : Le Petit Rat, A Petits Pas, Joël

7 Comms':

{ Pink Lady } at: 24 avril 2012 à 12:32 a dit…

Entièrement d'accord sur l'alliance danse-musique, à ceci près que pour moi c'est la musique qui embellit la danse (sauf dans le cas de Stravinski, là il faut le voir pour le comprendre). Il faut entendre ce ballet au Royal Opera House...

J'aime aussi beaucoup l'utilisation des cordes pour les scènes un peu érotiques, et j'avais effectivement pensé à toi en écoutant le hautbois ;)

Beaucoup de gens n'aiment pas la musique de ballet, censée être "de seconde classe" (comme la musique de film), mais personnellement c'est celle qui me touche le plus justement parce qu'elle raconte des histoires. Il y en a certaines qu'on peut écouter les yeux fermés en visualisant chaque pas de la chorégraphie (je me souviens d'avoir entendu une jeune spectatrice dire après le premier acte de Giselle au ROH : "It’s very obvious whats’s going on, I can basically hear the dialogues!" et j'avais eu exactement la même impression) (la scène en question : http://youtu.be/_TcDzWRrk9I, avec le mime à 4’35).

{ Klari } at: 24 avril 2012 à 21:44 a dit…

"Entièrement d'accord sur l'alliance danse-musique, à ceci près que pour moi c'est la musique qui embellit la danse"
hé oui ! c'est fabuleux de pouvoir approcher (regarder, écouter) la musique - ou la danse - de tant de manières différentes, et toutes aussi valables et enrichissantes les unes que les autres ! On peut aborder des Lieder de Schubert par le texte, mais aussi par le timbre du chanteur, ou pourquoi pas même les sourires du pianiste.

"pour moi c'est la musique qui embellit la danse"
Chacune son bifteck à défendre !

Il y en a certaines qu'on peut écouter les yeux fermés
Ca me rappelle les émotions pendant le dernier Lied que Mathias Goerne a chanté il y a une dizaine de jours à Pleyel : le texte n'était pas imprimé dans le programme, et j'ai pourtant eu l'impression de tout comprendre. Certes, la qualité de la diction de Goerne est phénoménale, mais surtout l'intention musicale mise dnas chaque syllabe, chaque mot, rendait le texte étonnamment limpide.

Là où nos opinions divergent, c'est qu'à mon avis, la qualité de la musique écrite est nécessaire, mais non suffisante. Un interprète (peu importe le niveau, d'ailleurs, il est plus question d'intelligence musicale pour moi) peut transcender le texte par son engagement, sa sincérité, ou à l'inverse, rendre la plus belle partition passionnante comme le bottin téléphonique s'il n'a rien à en dire (j'ai un exemple de violoncelliste à brushing en tête, tiens, héhé).

(pour rester un peu dans le domaine de la danse, McKie qui danse Onéguine vs les loustics vus quelques jours plus tard qui ont rendu le ballet à mes yeux, soit fade, soit incompréhensible. Ah, je vous jure)

{ Klari } at: 24 avril 2012 à 21:44 a dit…

j'avais effectivement pensé à toi en écoutant le hautbois
merci, ça me fait très plaisir :-)

{ Pink Lady } at: 26 avril 2012 à 00:29 a dit…

Mais je suis tout à fait d'accord sur l'interprétation, d'ailleurs j'ai beaucoup de mal à réentendre les musiques de ballet que j'ai trouvées sublimes au ROH (Onéguine, Manon, sans doute prochainement Giselle) sans âme et sans engagement une fois passées à l'abattage par les orchestres qui se partagent la fosse de l'Opéra de Paris. C'est à peine si j'ai reconnu Massenet mardi... (pas plus Macmillan d'ailleurs, mais c'est un autre débat ;-) )

{ Klari } at: 26 avril 2012 à 12:45 a dit…

Klari-angelot : oh, bouh, la cynique, la vilaine ! Nos orchestres parisiens sont bons, très bons, comment oses-tu en parler en des termes aussi dur !

Klari-diablotin : à qui le dis-tu, je songes à faire voter une loi qui interdirait aux orchestres non-hongrois de jouer du Bartók !

Commment ça, je ne sais pas ce que je veux ?

{ Pink Lady } at: 27 avril 2012 à 01:42 a dit…

Je n'ai rien contre les orchestres parisiens, mais depuis mon passage à Londres j'en ai beaucoup contre ceux qui jouent de la musique de ballet à l'Opéra... question d'engagement plus que de technique en fait (ce soir j'en suis venue à me demander s'ils avaient la moindre idée de ce qui se tramait au dessus de leurs têtes !)

{ Klari } at: 27 avril 2012 à 11:22 a dit…

Ah oui, l'engagement..

Je n'ai aucun mal (mais c'est peut-être un préjugé de ma part) à imaginer nos amis anglais plus enclins à jouer avec engagement des comédies musicales, des ballets, bref, des histoires où la musique est un des personnages principaux et non le personnage principal.

De même que je trouve les acteurs anglais plus facilement polyvalents que par chez nous, où Machin se cantonne au théâtre, Bidule au ciné, Truc de la Chouette à la télé. Peut-être feraient-ils moins la distinction entre les activités soit disant plus nobles que d'autres ? Va savoir..

ce soir j'en suis venue à me demander s'ils avaient la moindre idée de ce qui se tramait au dessus de leurs têtes !
C'est affreux, d'avoir cette impression ! Je sais quand même que ceci ne s'applique pas au haubtoïste de samedi dernier ;-)

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