mardi 24 avril 2012

Dudamel, Brahms et le Philhar'


33 Comms'
Salle Pleyel - Vendredi 13 avril 2012, 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Gustavo Dudamel (direction)

Brahms, Symphonies n°3 et 1

Je n'avais pas prévu d'assister à ce concert : voyez-vous, les deux dernières fois que j'ai écouté Dudamel diriger, en janvier dernier, je me suis ennuyée comme un rat mort ; quant au Philharmonique de Radio-France, c'est un orchestre qui me laisse parfois sur ma faim, me donnant l'impression de ronronner doucement, sans se fatiguer.

Mais il restait une place pas trop chère, au milieu du premier rang d'arrière-scène, miam ! Bien m'a pris de mettre le grappin dessus : dès les toutes premières mesures de la symphonie n°3, il est manifeste qu'il se passe quelque chose. Les cordes mettent un point d'honneur à produire le son le plus dense et le plus chaleureux possible, produire les accents les plus virulents du monde, les pianissimo les plus veloutés est devenu une question de vie ou de mort pour cet orchestre en incandescence.

Quis, quam, quomodo, je n'en sais rien. Pas l'effet Brahms, je les ai déjà entendu jouer Brahms, mais pas comme ça. L'effet Dudamel ? Probablement, mais il dirige étonnamment peu. Oh certes, il agite sa célèbre tignasse, mais il parait plus inviter à jouer, taquiner les musiciens que les diriger. "Hep, vous leur montrez à accent à décorner les bœufs?" leur susurre-t'il d'un coup de sourcil levé. "On fait sangloter les chalands ? Chiche !" les défie-t'il d'un petit sourire en coin.

Galvanisés, ils sont. Les cordes sont irrésistibles et radieuses. Le timbalier (quelle expérience d'être assise à côté des timbales au début de la 1ère de Brahms ! A refaire !), somptueux. Les solos des vents, hypnotiques* (oh, ce hautbois). Dans des conditions pareilles, la 1ère est un régal : à chaque instant, on est encore un peu plus happé par l'énergie débridée qui se dégage de l'orchestre. On en oublie de respirer, et à l'issue de la symphonie, on peut enfin reprendre sons souffle pour hurler des bravos. Quelques instants plus tard, les bravos et les applaudissements, pourtant tonitruants, sont couverts par un inquiétant Klon-klonk. Klon-klonk ? Des problèmes structurels de toiture ? Un tremblement de terre ? Non, une centaine de musiciens radieux qui, non contents d'agiter les archets, tapent simultanément du talon : klon-klonk !

Et s'ils le gardaient, ce chef ?

Aussi : Laurent,

* s'il y avait une chose à critiquer, ce serait les "solos collectifs" (ahem. des solos à deux ou trois vents, disons) un peu désordonnés, malgré leur niveau individuel stratosphérique.

33 Comms':

Ugolino le Profond at: 24 avril 2012 à 22:37 a dit…

Bravo, tu viens juste de découvrir le niveau normal du Philhar' quand ils jouent avec un chef qu'ils apprécient...

C'est rien de neuf ni de surprenant pour les habitués, et on les a entendu meilleurs encore ;-).
Enfin, là, ce qui était surprenant c'était surtout leur manière de dompter les défauts habituel de Dudamel... mais ce n'est pas neuf non plus, on a entendu la même chose avec d'autres chefs douteux. Pas sûr que la semaine prochaine Dudamel soit aussi respectable avec Berlin.

Les Klon-klonk, pareil : ils le font avec certains chefs.

"Et s'ils le gardaient, ce chef ?"

Grand dieu, non ! Pour qu'il nous fasse des intégrales de Brahms non merci. Il vaut mieux qu'ils prennent un chef avec qui ils jouent aussi bien voire mieux mais avec qui ils pourront travailler sur autre chose que le grand répertoire - puisque Salonen, c'est apparemment fichu, Saraste serait très bien à mon avis (ce n'est pas un voeu pieu : il est dans les noms considérés depuis un moment, et il a deux concerts à leur tête la saison prochaine ce qui est je l'espère un bon signe d'entente entre le chef et l'orchestre...).

{ DavidLeMarrec } at: 25 avril 2012 à 20:42 a dit…

Oh oui, Saraste, donnez-nous Saraste !

Quel changement (heureux !) tout de même, ces dernières années, où l'on troque Conlon pour Jordan et Eschenbach pour Järvi...

{ Klari } at: 26 avril 2012 à 12:47 a dit…

Ah tiens, je ne connais pas Saraste, il a quoi de particulier, ce monsieur ? Donnez moi envie d'aller l'écouter !

(je reviens ce soir papoter plus longuement)

{ DavidLeMarrec } at: 26 avril 2012 à 21:43 a dit…

1) Il fait des programmes originaux : non seulement il enregistre des choses un peu inhabituelles, mais surtout il les JOUE en concert ! Plutôt spécialiste du premier vingtième, disons. Je ne l'ai pas vu jouer souvent de musique romantique, mais ce serait justement en plein dans les statuts et les compétences du Philhar !

2) Il dirige bien. C'est très lyrique comme façon de faire, souvent très lumineux aussi (vraiment à rebours du chef "structurel" et tellurique), mais toujours très réussi.

En gros, il est excellent et il joue un peu autre chose que du Beethoven, du Schumann, du Brahms et du Mahler (je crois que je ne l'ai jamais entendu dans ces trois-là !).

[Autrement dit, et sans vouloir déterrer la hache de guerre : c'est un peu plus palpitant que Haitink ou Dudamel...]

{|:o)

{ Klari } at: 26 avril 2012 à 22:18 a dit…

Bravo, tu viens juste de découvrir le niveau normal du Philhar' quand ils jouent avec un chef qu'ils apprécient..."
Tant mieux ! Dommage que certains d'entre eux affichent à d'autres occasions un peu trop ouvertement leur ennui ou leur fatigue (ceci dit, je conçois très bien qu'on puisse être épuisé/préoccupé/etc, mais pourquoi ne pas se réfugier à l'intérieur des terres plutôt qu'en faire profiter le public ?)

dompter les défauts habituel de Dudamel...Dudamel soit aussi respectable avec Berlin
Ah, tu vois ça comme ça ? Hmmm. pas vraiment d'accord. Dudamel restera Dudamel Berlin restera Berlin, à mon avis.

Pour moi, un chef, tout comme un orchestre, est un organisme imparfait, avec défaut et qualités, qui a le plus grand intéret à trouver un partenaire avec les défauts et qualités complémentaires. Pour le coup, c'est raté avec Los Angeles, je trouve, du haut des 2 concerts auxquels j'ai assisté. Ils n'ont pas vraiment besoin d'être réveillés, il faudrait plutôt arrondir les angles et les retenir un petit peu. Mais avec Radio-France, mmmm !

Pour qu'il nous fasse des intégrales de Brahms non merci Ca doit être une phase... Moi, j'aimerais bien écouter le Korngold joué en ce moment avec les Berlinois (et un certain grand grec, héhé), qu'il dirige. Enfin, on vient de me dire que je n'ai pas gagné de ticket pour regarder le concert sur le Digital COncert Hall, peut-être me délesterai-je donc de 10€.

(mais pas de 160€ pour aller les écouter à Pleyel. Ni même 10€)

puisque Salonen, c'est apparemment fichu C'était en pourparlers ? C'est fichu ? Pourquoi ? Y'a qui d'autre, sur La Liste ?

{ Klari } at: 26 avril 2012 à 22:22 a dit…

Il fait des programmes originaux
Youpi !

Il dirige bien.
Youpi again. Je ne sais pas ce que ça signifie, une direction tellurique. Mais ce n'est pas grave. S'il dirige bien, youpi. Et puis, il y a tant de manières de bien diriger.


il joue un peu autre chose que (...)du Schumann
ULTRA-YOUPI

c'est un peu plus palpitant que Haitink
Blasphème ! Tu choisiras donc entre 15 coups de fouet ou 3 heures de Kreisleriana ininterrompues (sur un piano désaccordé)

{ DavidLeMarrec } at: 26 avril 2012 à 22:49 a dit…

Si la souffrance, c'est Kreisleriana sur un méchant piano, je m'inscris tout de suite à l'Amicale Masochiste du coin ! :)

Oui, "tellurique" c'est du charabia, mais difficile de caractériser une direction en deux mots. Disons qu'il ne tire pas les oeuvres vers quelque chose de très ancré "dans le sol", de type Furtwängler ou Barenboim, qui gèrent (très bien) des masses. Lui, il est plutôt intéressé par la ligne mélodique et la clarté d'ensemble.

C'est assez rare, d'habitude les grands chefs (ou considérés tels) sont ceux qui rendent les oeuvres plus extrêmes, ou qui exaltent la structure. Chez lui, c'est plus l'allant et l'évidence qui sont premiers.

Voilà, si ça explique un peu mieux mon adjectif malheureux...

Ugolino le Profond at: 27 avril 2012 à 00:14 a dit…

"Tant mieux ! Dommage que certains d'entre eux affichent à d'autres occasions un peu trop ouvertement leur ennui ou leur fatigue (ceci dit, je conçois très bien qu'on puisse être épuisé/préoccupé/etc, mais pourquoi ne pas se réfugier à l'intérieur des terres plutôt qu'en faire profiter le public ?)"

Ca je ne comprends pas. J'ai vu des cordes à la ramasse dans des concerts (souvent des membres de l'académie, ou bien des suppléants), mais rarement (jamais?) des instrumentistes de l'OPRF montrer leur ennui. Par contre, à l'OP, oui, des bâillements ostensibles j'en ai vu, à pratiquement tous les concerts. On dira qu'on a le regard sélectif, mais chez les habitués le discours consiste à dire que l'OPRF est beaucoup plus concerné que la majorité des autres orchestres.
Enfin je pense que tu te trompes, même s'il y a des instrumentistes peu concernés certains soirs comme partout : c'est très connu que ce n'est vraiment pas la même mentalité générale que l'ONF ou l'OP.
Enfin la vraie différence, c'est que pas concernés ils jouent encore bien. A l'OP, "pas concerné", c'est trois pains par mesure et des décalages partout (même chose à l'ONF).

"Pour moi, un chef, tout comme un orchestre, est un organisme imparfait, avec défaut et qualités, qui a le plus grand intéret à trouver un partenaire avec les défauts et qualités complémentaires."

Ce n'est pas vraiment ce qui s'est passé ici : les défauts habituels de Dudamel n'était pas là. Avec Gilbert c'était la même chose : les défauts que Gilbert a avec NY étaient atténués. Ce n'est pas juste la confrontation de deux "personnalités", c'est aussi une rencontre qui se passe "au milieu". Et avec le Philhar', on perd au milieu souvent les côtés les plus vulgaires des chefs, au prix parfois d'une certaine froideur (d'où aussi certains chefs qui sonnent encore plus froid qu'avec d'autres).

De plus, la complémentarité, ce n'est pas vraiment ce qui se passe avec les grands chefs. Un grand chef va "faire son oeuvre" avec n'importe quel orchestre, sauf si l'orchestre est vraiment mauvais ou contraignant (du type COE, à priori l'exemple typique de l'orchestre castrateur de chef). Dudamel n'étant pas un grand chef, le concert n'a pas sonné comme "du Dudamel", mais surtout comme du Philhar' bien dirigé. On aurait pu remplacer Dudamel, on aurait eu un résultat à peu près similaire, tout du moins en grande partie.

Ugolino le Profond at: 27 avril 2012 à 00:14 a dit…

Sur Saraste :
Il faut rajouter que c'est un élève de Jorma Panula qui forma Salonen, Vanskä, deux camarades de classe de Saraste, mais aussi Orama et Mikko Franck, autrement dit il est allé à la meilleure école de direction d'orchestre actuelle.
Saraste est resté dans l'ombre de Salonen dont il est proche en répertoire et en style, le génie en moins. Je mets une réserve sur ce que dis David : c'est lyrique oui, mais il ne faut pas entendre par là "sentimental". Sa direction est très pensée, anti-spectaculaire, tès attentive à la forme, sans superficialité.

Sans être Salonen, ça reste un grand chef, et sa huitième de Chostakovitch avec l'OPRF en début de saison était brillante (très beau Britten aussi). Et il est évidemment plus palpitant qu'Haitink ou Dudamel, autant par son répertoire que par sa direction.

"En gros, il est excellent et il joue un peu autre chose que du Beethoven, du Schumann, du Brahms et du Mahler (je crois que je ne l'ai jamais entendu dans ces trois-là !)."

Il joue aussi ceux-là, enfin Beethoven et Mahler c'est sûr - cf. une sixième de Mahler avec l'OPRF il y a 2 ou 3 ans, pas exceptionnelle mais très solide, et plus élégante que beaucoup des choses jouées durant "l'année Mahler".

Je vois néanmoins qu'il a pris la saison dernière la direction du WDR Cologne, tout en finissant son contrat à Oslo la saison prochaine. J'imagine que ca rend peu probable une prise de fonction en 2013 à l'OPRF.

{ Joël } at: 27 avril 2012 à 01:15 a dit…

sa huitième de Chostakovitch avec l'OPRF en début de saison était brillante (très beau Britten aussi)
Oui ! ce qui manquait au Britten, c'est une chanteuse sachant manier la langue de Rimbaud...

{ DavidLeMarrec } at: 27 avril 2012 à 09:06 a dit…

Sur les remarques d'Ugo :

trois pains par mesure et des décalages partout
Comment veux-tu qu'on te prenne tout à fait au sérieux, ensuite ? :)

Je mets une réserve sur ce que dis David : c'est lyrique oui, mais il ne faut pas entendre par là "sentimental". Sa direction est très pensée, anti-spectaculaire, tès attentive à la forme, sans superficialité.
Je disais lyrique de façon purement "technique" : il exalte la poussée mélodique (alors que d'autres s'appuient davantage sur l'harmonie ou la macrostructure). Emotionnellement, comme je le précisais, c'est plutôt lumineux, souvent une vision "positive" d'oeuvres même sombres. C'est vraiment patent dans ses Nielsen et ses Bartók, par exemple.

Ugolino le Profond at: 27 avril 2012 à 11:08 a dit…

"Comment veux-tu qu'on te prenne tout à fait au sérieux, ensuite ? :)"
Avec Järvi ils sont un minimum concernés hein... Non mais j'exagère évidemment, mais si peu...

{ Klari } at: 27 avril 2012 à 11:40 a dit…

@Joël : une chanteuse sachant manier la langue de Rimbaud...
une chanteuse sachant chanter français, une chanteuse sachant chanter franchais, une chanteuse chachant chanter chranchais, (12 fois très vite)

@Ugolino :
mais rarement (jamais?) des instrumentistes de l'OPRF montrer leur ennui
Tu as eu plus de chance (je pense que j'ai subi le facteur poisse en me retrouvant à côté de cex qui n'étaient pas d'humeur ce jour-là)

Par contre, à l'OP, oui, des bâillements ostensibles j'en ai vu, à pratiquement tous les concerts.
Moi non... En même temps, j'ai le regard tiré vers mes chouchoux..

On dira qu'on a le regard sélectif, : manifestement !

chez les habitués le discours consiste à dire que l'OPRF est beaucoup plus concerné que la majorité des autres orchestres
Un discours, c'est fait pour être remis en cause, et allégrement contredit.
je contredis !

Ce n'est pas juste la confrontation de deux "personnalités", c'est aussi une rencontre qui se passe "au milieu".
je ne pourrais pas être plus d'accord avec toi. je ne connais pas Gilbert, pour pouvoir rebondir sur ce que tu dis. j'ai écouté le programme Wagner, qui ne m'a laissé que de vagues souvenirs, ainsi que le concert du NYPhil de janvier, qui ne m'a pas marquée vraiment. A part les bêtises des cuivres en bis :-) (j'étais juste à côté, je me suis régalée).
(et puis je crois que je n'aime vraiment pas le gros Ravel symphonique)

@DavidLeTellurique :
Oui, "tellurique" c'est du charabia, mais difficile de caractériser une direction en deux mots. (..) Voilà, si ça explique un peu mieux mon adjectif malheureux...
Quand j'écouterai un truc tellurique, je m'exclamerai certainement "ah bon sang mais c'est bien sûr!" en me tapant la tête. Je te rejoins sur la difficulté de décrire les émotions dégagées par une rencontre œuvre-chef-orchestre par des mots. J'imagine qu'en revenant d'un concert tellurique, je serai la première à utiliser ce terme sans me rappeler avoir jamais été troublée par celui-ci :-)
merci pour tes précisions, en tout cas.

C'est pour ça, que je préfère avoir recours à des métaphoriques animalières (des petits lapins qui gambadent dans les vallées pastorales). Ca ne parle qu'à moi, je crains, mais se comprendre déjà soi-même, c'est un bon début :-)

@Ugolino et David :
trois pains par mesure et des décalages partout
Comment veux-tu qu'on te prenne tout à fait au sérieux, ensuite ? :)

Si tout est décalé, c'est en effet ensemble :-)

(je rappelle pour les sceptiques que cet orchestre rassemble un de mes flûtistes préférés (V.L.), un de mes clarinettistes préférés (Ph.B.), un tubiste adorablissime, Ze Best Alto Solo of ze World, et le plus souriant des contrebassistes - du monde. Moi, je ne peux pas être aussi sévère qu'Ugolino. Même si je veux bien admettre qu'ils donnent aussi, parfois, des sous-concerts. Ca arrive, c'est humain, un orchestre.

{ Les pieds dans la gadoue } at: 27 avril 2012 à 11:55 a dit…

Je te rejoins sur la difficulté de décrire les émotions dégagées par une rencontre œuvre-chef-orchestre par des mots.

Oh, on peut faire plus simple sinon :

raretés jouées de façon lyrique => Saraste
scies jouées en gros paysan => Barenboim

C'est peut-être plus clair, mais je trouve ça moins sympa.

{ Joël } at: 27 avril 2012 à 12:09 a dit…

Ze Best Alto Solo of ze World
Tu veux parler d'Ana Bela Chavez ou de David Gaillard ?!

{ Klari } at: 27 avril 2012 à 14:15 a dit…

mais je trouve ça moins sympa
En effet.

Puis il y a tant de gros paysans différents. je suis sûre de pouvoir être charmée par un gros paysan A, et de ne pas apprécier le gros paysan B.

par contre, qu'appelles-tu une scie ? Un truc moche et célèbre ?. Un truc joli et célèbre ? Un truc dans l'aigu ? Un truc avec beaucoup de sciure d'archet sur le violon ?

Ze Best Alto Solo of ze World
Question qui ne souffre pas le moindre doute (malgré tt le respect que je porte à celui/celle qui n'est donc pas ze Best Alto Solo of ze World)

Ugolino le Profond at: 27 avril 2012 à 16:37 a dit…

"raretés jouées de façon lyrique => Saraste
scies jouées en gros paysan => Barenboim"

Un gros paysan qui dirige des orchestres, je trouve ça très bien, et trop rare. La mode est plutôt aux nouveaux riches. Gilbert, par exemple, a plus sa place dans une salle de bourse que dans une salle de concert.
Et puis Barenboim, c'est pas un gros paysan, c'est un gigolo qui drague dans les soirées bourgeoises. Et c'est parfois bien, et même raffiné de temps en temps.

Après, Klari, c'est beau d'aimer des musiciens musicalement handicapés, c'est une preuve de bon cœur.

{ zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz } at: 28 avril 2012 à 00:32 a dit…

"Scie" n'a pas de valeur péjorative dans ma bouche (enfin, pas trop...) : ça désigne simplement une oeuvre qu'on joue très souvent - indépendamment de sa qualité.

Ainsi : les symphonies de Beethoven et de Mahler, le Sacre du Printemps, la Mer sont des scies.

Contrairement aux symphonies de Glass, par exemple (même si on les entend toujours trop).

--

J'admets que si on voulait être rigoureux, il faudrait que ce soit dépréciatif, mais c'est un raccourci qui permet de partager ma (petite) frustration de voir sans cesse les mêmes choses programmées alors que je voudrais entendre tant de choses, rien qu'une fois...

Cela dit, la frustration n'est plus vraie en IDF, il y a bien plus de raretés intéressantes qu'on n'en peut voir, du moins si l'on veut conserver un semblant de compte bancaire et de vie sociale.
Mais dans la plupart des autres villes de France, si l'unique salle qui propose du classique s'enferme dans du Beethoven-Mahler à longueur de siècle, on est vraiment piégé.

Heureusement, Dieu donna le disque aux provinciaux. Et dans Son immense mansuétude, il laisse les parigots en profiter un peu aussi.

{ Klari } at: 29 avril 2012 à 16:06 a dit…

@Ugolino :
Après, Klari, c'est beau d'aimer des musiciens musicalement handicapés, c'est une preuve de bon cœur.

Ami, entends-tu le scrouitch-scrouitch du disqueuh qui se rayeuh ?
Ami, entends-tu les cris sourds de l'OP qu'on massacreuh ?

Que tu n'aimes pas un son de cordes, pourquoi pas ? Que tu reproches quelque chose, de l'ordre de phrasé, du son, aux vents, pourquoi pas ? Qu'il y ait des têtes qui ne te reviennet pas dans l'orchestre, pourquoi pas (à la rigueur)?

Mais que tu les considères "musicalement handicapés", c'est tellement gros que ça ne veut plus rien dire. Je commence à te soupçonner de t'être séparé d'un(e) des musiciens de l'OP dans des circonstances troubles, ou d'être payé en sous-main par la direction de Radio-France pour assassiner en règle ce malheureux orchestre.

"Musicalement handicapé". Sérieusement.

{ Klari } at: 29 avril 2012 à 16:08 a dit…

@David : en effet, il faudrait distinguer deux sortes de scies.

En tout cas, voilà qui explique ta consommation imposante de musique enregistrée !

Tu me diras, je me mettrai sûrement aux disques le jour maudit où Kavakos mettra son archet au placard (ouiiiin)

{ DavidLeMarrec } at: 30 avril 2012 à 23:37 a dit…

Non, parce que Leo n'est pas particulièrement phonogénique, presque banal au disque - alors qu'en vrai... !


En tout cas, voilà qui explique ta consommation imposante de musique enregistrée !
Pas complètement : j'écoute aussi beaucoup de scies au disque... La nécessité de choisir n'est pas aussi pressante que pour le concert...

{ Klari } at: 2 mai 2012 à 14:35 a dit…

Ah, le vrai Leo !

(tu sais qu'il va jouer et diriger un concerto de Mozart, fin septembre 2012, à Dijon ? hiii )

Tu écouterais des 'scies' chez toi ? Amusant, j'aurais plutôt le réflexe inverse : pour contrecarrer l'effet "je-connais-et-je-sais-ce-qui-va-nous-tomber-au-coin-de-la-mesure-suivante", je favoriserais l'impact du "vrai", avec les vrais instruments, les vraies petites bêtises l'orchestre à regarder, et tout et tout.

Action ou vérité : tu écoutes quoi comme scies, chez toi ? des noms !

Anonyme at: 3 mai 2012 à 12:17 a dit…

youpi

{ DavidLeMarrec } at: 3 mai 2012 à 21:16 a dit…

(tu sais qu'il va jouer et diriger un concerto de Mozart, fin septembre 2012, à Dijon ? hiii )
Ouibon, j'avoue que je vois d'autres choses plus tentantes dans la saison prochaine. Entre admettre la valeur de Leo et sombrer la fanitude la plus éhontée, il y a un pas que ma dignité ne franchit pas.

[en public du moins]


Tu écouterais des 'scies' chez toi ? Amusant, j'aurais plutôt le réflexe inverse : pour contrecarrer l'effet "je-connais-et-je-sais-ce-qui-va-nous-tomber-au-coin-de-la-mesure-suivante", je favoriserais l'impact du "vrai", avec les vrais instruments, les vraies petites bêtises l'orchestre à regarder, et tout et tout.
Disons qu'être enfermé à écouter quelque chose qu'on a déjà trop écouté, ça peut produire l'impression (honteuse, j'en conviens) de "perdre son temps".

Mais plus simplement : on peut écouter plus de disques qu'on ne va au concert... et donc je vais d'abord voir ce que je ne pourrai pas voir deux fois (et qui est souvent _au moins_ aussi intéressant que ce que l'on voit quatre fois par saison).


tu écoutes quoi comme scies, chez toi ? des noms !
Si j'essaie de prendre ce qu'on peut trouver de plus banal : les Quatre Saisons de Vivaldi, les opéras célèbres de Verdi et Wagner, les symphonies de Mendelssohn et Brahms (et Schumann...), les derniers quatuors de Schubert, le mouvement lent de celui de Barber... Du vraiment tubesque-scie, il n'y a finalement que Johann Strauss que j'écoute très rarement... (alors que j'aime bien ça)

{ Klari } at: 4 mai 2012 à 22:24 a dit…

@David : Entre admettre la valeur de Leo et sombrer la fanitude la plus éhontée, il y a un pas

Je ne vois pas de quoi tu parles. Pas du tout.

ça peut produire l'impression (honteuse, j'en conviens) de "perdre son temps"
Oh non, n'en conviens surtout pas. Contrairement à ce que mon ton taquin pourrait laisser penser, l'idée n'était pas du tout de juger la pertinence de l'écoutage de scies chez soi, plutôt de comprendre tes motivtions et de voir en quoi elles sont différentes des miennes.

on peut écouter plus de disques qu'on ne va au concert...
Euh, pas moi. Autant je n'ai aucun mal à dégager une heure pour regarder une série tv (temps optimisé avec le repassage en multi-tasking), autant j'ai du mal à dégager une plage de temps pour écouter concentrée un disque. Il y a tellement de distractions à la maison : changer la litière du chat, aller mettre de l'eau dans la bouilloire, râler en sortant du boulot, regarder le plafond, mettre du thé dans la théière, culpabiliser de ne pas travailler mon coin-coin, etc.. etc..)

Par contre, les quelques dizaines de minutes en allant / revenant du boulot... (mais ça fait toujours moins qu'un concert!)

Aaaaaah, pouaaah, tu écoutes du Schumann chez toi ?!

{ DavidLeMarrec } at: 4 mai 2012 à 23:13 a dit…

Ce qui est honteux, c'est de s'ennuyer (même si le mot est très exagéré évidemment) pendant une symphonie de Beethoven, un (bon) quatuor de Schubert, un opéra de Verdi, un ballet de Stravinski... Dans l'absolu, ça ne devrait pas arriver, jamais.

Ce n'est donc pas en rapport avec ton regard - crois bien que je n'hésiterais pas à te braver si j'étais sûr de mon (mauvais) goût. :)


culpabiliser de ne pas travailler mon coin-coin

Ah tiens, finalement tu es devenue hautboïste ?


Par contre, les quelques dizaines de minutes en allant / revenant du boulot...

Ah non, beurk. Je ne suis pas du genre à sacraliser la musique, mais tout de même, dans les crissements du métro ou les vapeurs sonores des embouteillages, très peu pour moi.


Aaaaaah, pouaaah, tu écoutes du Schumann chez toi ?!

Et souvent, en plus. Et avec délices par-dessus le marché. Mais je me décontamine avant de sortir dans la rue.

{ Klari } at: 6 mai 2012 à 14:42 a dit…

c'est de s'ennuyer (même si le mot est très exagéré évidemment) pendant une symphonie de Beethoven, un (bon) quatuor de Schubert, un opéra de Verdi, un ballet de Stravinski... Dans l'absolu, ça ne devrait pas arriver, jamais.
Ouaip.
Par contre, dans la pratique, ça arrive. Et je peine à m'expliquer pourquoi. Mais ça arrive, j'ai des noms !

devenue hautboïste
Je continue le violon (sans grande conviction ces derniers temps, mais ce n'est pas la première fois que je souffre d'une baisse de motivation. En général, au bout de qq mois, je me botte les fesses et ça repart. Faut que ça se passe, c'est tout), je fais du coincoin depuis un peu plus d'un an, et du koâh-koâh (du chant classique indien) depuis bientôt deux ans. Heureusement, j'ai peu de voisins !

dans les crissements du métro ou les vapeurs sonores des embouteillages, très peu pour moi
Certes. Mais à pied, dans les rues tranquilles au petit matin ? (en plus, je me concentre mieux en marchant !)

Et souvent, en plus. Et avec délices par-dessus le marché. Mais je me décontamine avant de sortir dans la rue.
...... !

{ DavidLeMarrec } at: 8 mai 2012 à 14:24 a dit…

Tubes :
En ce qui me concerne, ça n'arrive pas vraiment à cause des interprètes (sauf s'ils sont dans un très grand soir ou éventuellement, ce qui est plus rare vu la programmation parisienne, dans un très mauvais).

Coin-coin :
Nous avons donc un demoiselle-orchestre ! Contrairement au chant & clavecin, ou à clarinette & pédalier d'orgue, ou encore à contrebasse en pizz & cor naturel, ce doit être assez compliqué à faire simultanément, mais enfin, le principe est là.

A pied :
Evidemment, tu es logée dans le kiosque du parc Montsouris, c'est possible. Mais je parlais des gens normaux de la région qui vivent dans des endroits un peu peuplés, quoi.

Il faut vraiment aller dans de petites villes pour que ce soit possible : dès qu'une voiture passe, on perd l'essentiel du spectre sonore, sans parler du bus ou du métro...

{ Klari } at: 9 mai 2012 à 22:40 a dit…

"tu es logée dans le kiosque du parc Montsouris". Ah, si seulement..
Tu sais, je crois que certaines des petites maisons des Buttes-Chaumont sont habitées ? Ahlala. Avec leur propre domaine de ski de fond en hiver, donc.

Ceci dit, j'ai le privilège d'habiter à une demi-douzaine de stations de métro du boulot - c'est quasiment aussi long en métro qu'à pied, et si je ruse, je peux prendre des rues pas trop encombrées. Au pire, je perds quelques mesures quand une voiture me double. Soit. Elles ne sont pas trop nombreuses.

Tubes :
Yup, mais je te soupçonne de sagement t'économiser avant de retourner écouter une même 'tubo-scie'. De laisser le temps aux oreilles de rafraîchir, de retrouver un enthousiasme juvénile.. (tu vois l'idée).

Je pense en effet que nous n'avons que peu de risques de nous trouver face à face avec des interprètes mauvais (quoiqu'en disent certains. Coucou!). A la rigueur, des interprètes avec une conception de l'oeuvre complètement opposée à des attentes avec lesquelles on arrive au concert, pourquoi pas. "mauvais", ça reste de l'ordre du peu probable.

{ Kiosque à lutins } at: 9 mai 2012 à 23:57 a dit…

Ah, si seulement..
Bof, on m'a dit que c'était compliqué à chauffer l'hiver.

Ceci dit, j'ai le privilège d'habiter à une demi-douzaine de stations de métro du boulot - c'est quasiment aussi long en métro qu'à pied, et si je ruse, je peux prendre des rues pas trop encombrées.
Au pire, je perds quelques mesures quand une voiture me double. Soit. Elles ne sont pas trop nombreuses.

Ah oui, moi, une demi-douzaine de stations, c'est sans le RER + le bus. |:-o

Mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas l'interruption de quelques mesures qui me gêne, plutôt le fait que des fréquences entières disparaissent. Ca peut fonctionner si on écoute du piano bien capté, mais sur du clavecin ou de l'orchestre, je ne peux pas...

Sauf à marcher dans un coin du genre allée Darius Milhaud, là j'achète tout de suite ta solution !

(tu vois l'idée).
Très bien. :)


Je pense en effet que nous n'avons que peu de risques de nous trouver face à face avec des interprètes mauvais (quoiqu'en disent certains. Coucou!). A la rigueur, des interprètes avec une conception de l'oeuvre complètement opposée à des attentes avec lesquelles on arrive au concert, pourquoi pas. "mauvais", ça reste de l'ordre du peu probable.
Dans un mauvais soir ou dans une configuration qui ne fonctionne pas, ça arrive. Mais intrinsèquement mauvais, dans les grandes maisons, même en province, c'est rare. Ca arrive plus facilement dans des domaines fluctuants comme le chant où le goût sur le timbre et la forme de l'artiste changent considérablement l'appréciation, mais pour un orchestre entier, décevant oui, affreusement mauvais... vraiment rare.

Tout ça est une histoire de "contrat" implicite passé avec les artistes de toute façon. Si on juge que par rapport à la renommée de telle salle on ne doit pas avoir moins que tel interprète, oui, on peut être mécontent.

{ Klari } at: 10 mai 2012 à 01:06 a dit…

@Les lutins du RER :
Mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas l'interruption de quelques mesures qui me gêne, plutôt le fait que des fréquences entières disparaissent
Euh. Ahum. J'ai l'oreille un peu bourrine :-)

Sinon, on peut aussi se procurer un lecteur mp3 étanche et faire des longueurs dans un piscine déserte (certaines le sont dans la plage horaire 7-8h30). Cela reste une solution logistiquement coûteuse.

Et je suis certaine de pouvoir m'électrocuter. M'hydrocuter. Me noyer avec un des ces engins diabloqiues.

Sinon, quant au 'contrat implicite', je suis bien d'accord. Je reste coite - il est trop tard pour réagir, on verra demain.

{ Lutins dévots } at: 12 mai 2012 à 20:07 a dit…

Mais ça dépend aussi de ce que tu écoutes (et avec quoi) : si ce ne sont pas des opéras inédits en hongrois sans livret imprimé, captés sur les genoux, compressés à 32 kbps et lus sur un phonographe portatif à 20€, ce doit être possible lorsque l'environnement n'est pas trop bruyant.

Pour une symphonie de Mozart sur du bon matériel (et avec un casque très-fermé), par exemple, ce doit être possible. Pas forcément pour les mouvements lents, mais pour le reste...

De toute façon, ce n'est pas le même type d'écoute religieuse qu'en concert !

Ite missa est.

{ Klari } at: 14 mai 2012 à 16:53 a dit…

"des opéras inédits en hongrois sans livret imprimé, captés sur les genoux, compressés à 32 kbps et lus sur un phonographe portatif à 20€" Quelle image poétique ! Il ne manque plus que quelques chars soviétiques et le compte est bon.

"ce n'est pas le même type d'écoute religieuse qu'en concert ! Ite missa est".
Amen.

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