jeudi 22 mars 2012

Kavakos chez Sibelius


19 Comms'
Salle Pleyel - Samedi 17 mars 2012, 20h
Orchestre Royal du Concertgebouw, Leonidas Kavakos (hiii) (violon), Valery Gergiev (direction)


Henri Dutilleux, Métaboles
Jean Sibelius, Concerto pour violon
Sergei Prokofiev, Symphonie n°5


L'unique, l'inimitable Leonidas Kavakos de retour à Paris ! Joie, flonflons et feux d'artifice ! Venu jouer le Concerto de Sibelius : j'étais bigrement intriguée  - ce concerto, qu'il me semble avoir entendu deux-trois fois en concert, demeure insaisissable et fuyant, à mes oreilles du moins. J'ai beau me concentrer de toutes mes forces, dix minutes après l'accord final,  je constate, mortifiée, qu'il est entré par une oreille pour sortir par l'autre, sans rien me laisser en mémoire (mémoire que je prétends bonne).

Faut-il rendre grâce à cette otite providentielle qui m'a bouché une oreille, ou plus probablement à Leonidas Kavakos ? j'ai enfin pu écouter ce concerto, sans décrocher, de la première à la dernière note. Leonidas Kavakos est très différent de ce à quoi il m'a habituée : sur les bons gros concertos décidément romantiques que je l'ai entendu auparavant jouer (Brahms, Dvorak, Tchaikovsky), il m'avait surtout frappée par un son puissant et acéré, sa présence quasi-animale, et un refus de l'élégance à vide, n'hésitant pas à faire grogner son violon quand le concerto l'exige.

or c'est un Kavakos différent, crépusculaire et mélancolique, avec un son lointain, comme voilé d'avoir traversé une forêts de bouleaux et survolé un lac gelé, qui nous emmène chez Sibelius. L'écart de perception entre mes yeux, qui se contentent de localiser un soliste à deux-trois mètres de distance, et mes oreilles, remplies d'images enneigées, de brume et qui percoivent la complainte d'un violon dans le lointain ne manque pas de me perturber. 

Certains détails demeurent, immuables : les reniflouillis, la désormais célèbre chemise noire à motifs en reliefs que Melle Grignotages avait si justement caractérisée :
le jeu de Leonidas Kavakos est comme sa chemise noire à ronds noirs,doublée de rouge : sobre et élégant à l'extérieur, ardent à l'intérieur,
mais surtout l'intensité de la fascination dans laquelle n'importe quelle œuvre jouée par Kavakos me plonge : j'emboîte le pas au soliste sans me faire prier, dans la promenade qu'il nous propose, d'humeur contemplative dans le mouvement 2, guillerette dans le mouvement 3, où soliste et orchestre se réchauffent en caracolant sur les joyeux grelin-grelins des traîneaux dans la neige.

Comment, pourquoi, quels sont les mécanismes de l'effet Kavakos, je n'en sais pas plus que lors de ma dernière chroniquette à son sujet : en commentaire, David me dit qu'il représente "une forme de perfection dans l'équilibre de tous les paramètres", et il est vrai que, quand si on se détache momentanément de la musique pour l'observer avec détachement, des petites indices deviennent apparents : le contrôle permanent du phrasé, l'impression, réelle ou imaginée, qu'il se joue du temps, semblant le ralentir au l'accélérer, la maîtrise de la justesse, au point que je le soupçonne d'en user au micro-pouillème près, pour colorer ou illuminer une note par-ci par-là (à mon avis, il a étudié de la musique indienne, je ne vois pas comment expliquer autrement ce niveau de maîtrise). Et son vibrato, toujours justifié, toujours différent, que je vois plus que je ne l'entends, tant il s'intègre sans coutures apparentes dans un flux musical cohérent.

Alors que je mets à profit l'entracte pour recouvrer mes esprits suite à cette séance d'hypnôse sibélienne, je retrouve Gentil-Prof et l'Escogriffe, estomaqués, qui s'interrogent : par quel miracle, par quel improbable mélange de détente et de contrôle, notre Soliste Adoré a pu tenir l'interminable note filée, pianississississimo qui clôt le second mouvement, qu'on imagine plus qu'on ne l'entend, sans trembloter. Et sur un seul archet ! soulignent-ils, éberlués.
(Note filée qui semble par ailleurs disposer de miraculeuses propriétés anti-tussives. Personne, personne n'a osé esquisser le moindre début soupçon de toussoutement à la fin du second mouvement)
Mais le naturel revient au galop chez nos deux instrumentistes à cordes préférés, qui se mettent bien vite à critiquer Gergiev, qui, selon eux, n'aurait pas fait de son mieux pour faciliter la tâche de notre Soliste Préféré, patati, patata. Tout va bien, les voilà revenus de leurs émotions kavakiennes.


Et l'orchestre ? Replacement à l'arrière-scène pour la symphonie de Prokofiev. Nous y gagnons une vue imprenable sur le Meilleur Violoniste du Monde, qui a rejoint le rang E, celui des dignitaires, se faisant tout petit pour ne pas déranger ses voisins de derrière. "Regaarde, c'est Leoniiiiidas", glapis-je à l'attention de mon compagnon de concert, à grand renforts de coups de coude.

Ca devait être ma troisième occasion d'écouter le Concertgebouw en 'vrai'. A chaque fois, je ressors avec des impressions contrastées. Il y a de quoi se pâmer, évidemment : ce flûtiste improbable qu'on ovationne sans retenue, les mains en porte-voix, le merveilleux hautboïste, qui me fait regretter d'avoir laissé mes sels à la maison. Le son des cordes, rond et voluptueux à souhait. Les cuivres, infaillibles. Pourtant, il me manque un petit quelque chose pour me transporter dans cet état de félicité mi-hystérique mi-béate que j'atteins sans difficultés en concert : des cuivres plus cruels que polis, des cordes rentre-dedans, qui s'abstiendraient de demander gentiment la permission de rentrer et préféreraient ruer dans les brancards avec l'envie de casser de l'archet. Ma foi, je vais laisser le dossier Concertgebouw de côté, peut-être aurais-je un jour l'occasion de les écouter dans leur salle, qui, parait-il,  met énormément en valeur leur qualités.

En raison de l'absence de ma consœur Souris, je me vois dans l'obligation de compiler la liste des musiciens à inclure dans le gotha de ses (nos) musiciens préférés : elle ne se serait pas attardée sur les pupitres de violons, dont la concentration et l'engagement, très intérieurs, ne se reflètent pas sur le visage. Elle aurait ri sous cape avec moi, quand une des alto esquisse une petite danse d'épaules en rythme avec les applaudissements post-kavakiens. Comme toujours, nous nous serions tournées vers la valeur-refuge : le pupitre des contrebasses, en particulier l'adorable contrebassiste ébouriffé (note:étudier un jour les ressorts de notre fascination à l'égard des contrebassistes ébouriffés) dont les petits coups de menton et les mouvements de tignasse révèlent une joie de jouer contagieuse.

L'applaudissement en concert est un sujet touchy. Applaudir, oui, mais pas trop tôt, ni trop tard, ni trop souvent, ni trop fort, déjouer les pièges-à-clap de compositeurs malicieux.. A l'occasion de ce concert, un petit fascicule détaillant l'horaire et la cible de l'applaudissement à dispenser n'eut pas été du luxe.
  1. 20h00 : applaudir l'entrée de l'orchestre
  2.  20h03 : se joindre à une deuxième vague d'applaudissements (je tords le cou pour obtenir un visuel sur la situation. Les ouvreurs, en rang d'oignon, sont nombreux et tendus, les ninjas du rang A sont envoyés s'asseoir ailleurs, un banc de photographes (?) occupe l'espace entre les 3è et 4è rangs du parterre, derrière lequel je crois deviner l'arrivée des dignitaires au rang E)
  3. 20h04 : "bouh" . Bouh ? Il me semble qu'une partie du public s'offusque des flashs des photographes.
  4. 20h05 : "Claps" + "bouh". Le ministre de la culture, s'extirpant de son fauteuil au rang E, est vigoureusement conspué. Pourquoi ? L'histoire de ne le dit pas. Serait-ce au sujet de la subvention de l'ONDIF ? Pour avoir manqué écraser Gentil-Prof en lisant au volant (oh!) une quinzaine d'années auparavant ? Un message subliminal pour lui faire savoir, que, non, son président ne sera pas réélu ? On ne le sait pas. Les musiciens s'échangent des regards mi-interloqués mi-consternés. Je me tortille de gêne. 
  5. 20h06 : Le court discours rendant hommage au double deuil de la princesse des Pays-Bas, marraine de l'orchestre, elle aussi assise au rang E, est applaudi. 
  6. 20h07 : entrée du chef, Valeri Gergiev. Applaudissements.
  7. 20h08 : applaudissements ex-machinae. Ah, cette salve était destinée à Henri Dutilleux, lui aussi assis au rang E. 
  8. 20h25 : A l'issue de Métaboles, que Valeri Gergiev a dirigé avec un cure-dents (!?), on se prépare à applaudir, mais...
  9. 20h25 : ...Valeri Gergiev, vite rejoint par les musiciens, se retourne pour applaudir en direction du public, pour précisément du rang E. : Henri Dutilleux, soutenu par ses dignitaires de voisins, se lève et à son tour, applaudit l'orchestre. Perdue, j'applaudis dans le vague, vers la scène ? vers les fauteuils du rang E ?
Par ailleurs, après l'entracte, la situation est complexifiée par la présence du soliste dans le public, qui lui-même applaudit généreusement avec ses grandes paluches de violoniste l'orchestre qui tout à l'heure, l'a applaudi ...oh puis zut, vous voyez l'idée.

Pour l'anecdote, j'ai presque obtenu un autographe de Leonidas Kavakos : revenant de l'arrière-scène, nous l'observons avec ravissement qui gambade deci-delà entre les rangées de fauteuils, papote avec une princesse, signe affablement un programme, embrasse un copain violoncelliste, débriefe un ministre, adresse un grand sourire à un spectateur en émoi. Pour rejoindre les coulisses, il s'engage dans une rangée de sièges vides ! Il fonce droit vers nous .....!
Qu'est ce que je lui dis est-ce que j'ai un crayon viiiiite donne-moi ton crayon ah non je n'ose pas faudrait le demander en quelle langue l'autographe engrecenfrançaisenanglais Hugo me dit qu'il parle français mais ce serait discourtois en anglais alors mais qu'est ce que je lui dis et s'il ne comprend pas mon accent ...

... et il était déjà loin. Mais un presque-autographe de Leonidas Kavakos constitue déjà un beau butin, non ?

Aussi : Andante con Anima, Laurent,

(et j'ai pris une photo moche et floue, hinhinhinhin, ayant profité sans vergogne du fait que les ouvreurs avaient des sujets plus brûlants à traiter que le Kavakophotographage sauvage pendant les saluts ! hourrah ) 

19 Comms':

Hugo at: 23 mars 2012 à 01:03 a dit…

Hiiiii.
http://gohu.org/kavakotographe.jpg

{ Klari } at: 23 mars 2012 à 01:37 a dit…

ooooh. de la kavakographie.

Ah, il manie l'archet de manière plus lisible que le crayon.
Best ? le point au dessus du zigouigoui dénoterait-il la présence d'un i ? Best wishes ? Bosse ton violon ?
Mystère.

Je m'en vais imprimer le kavakotographe et le mettre sous verre :-)

{ Joël } at: 23 mars 2012 à 03:16 a dit…

Tiens, il y a un blog Wordpress (vide pour l'instant) autour de l'adresse donnée par Hugo...

{ Klari } at: 23 mars 2012 à 09:13 a dit…

chûûût, pas trop fort ! Il va s'effaroucher, sinon, et cacher son blog.

Il ne faudrait pas, j'ai si hâte de lire les compte-rengohu de concerts.

Hugo at: 23 mars 2012 à 11:43 a dit…

Oh les fouines, j'hallucine !

{ Klari } at: 23 mars 2012 à 14:03 a dit…

Hé! je n'ai rien fait, moi ! (j'ai même d'ores et déjà oublié l'url de ton futur blog)

Andanteconanima at: 24 mars 2012 à 16:29 a dit…

Très très belle enquête kavakologique !

J'aimerais bien rebondir sur ce que tu as dit sur ce magnifique Sibelius mais comme chacune de tes remarques est pile poil juste et se suffit à elle-même, je me tiendrai coi, tel la salle Pleyel toute entière à la fin du II...


Mais quand on y pense... Museler Pleyel d'une seule note... Rha, quel homme.

{ Klari } at: 24 mars 2012 à 20:27 a dit…

"J'aimerais bien rebondir sur ce que tu as dit sur ce magnifique Sibelius"
mais si, mais si, rebondis, voyons ! j'adore ces dialogues d'enthousiastes, où, parfaitement d'accord, on se contente de renchérir de "moi aussi!" et de "tout à fait" semi-hystériques.

Qui plus est, cela permet de se replonger un peu dans l'ambiance du concert !

D'ailleurs, ça me fait penser à mes deux voisins en deuxième partie. Qui se sont ennuyés comme des rats morts (angry birds, textotage intensif), puis se sont réveiller au moment des saluts, pour se mettre à ovationner bruyamment le chef, avec un enthousiasme non feint.

Un "davai, poshli" éclaire ma lanterne ! mais oui, ils sont russes ! L'applaudissement chauvin, c'est pas un concept rigolo, ça ?

Andanteconanima at: 25 mars 2012 à 23:17 a dit…

S'il est permis de rebondir, alors rebondissons !

Je me reconnais aussi dans les échanges type :

- Et tu te souviens de la façon dont il a abordé la cadence du I ?
- Ce petit coup d'accélérateur juste avant le retour de l'orchestre ?
- Mais ouiiiii ! Et après, dans le II, pareil !
- Ah là là là, cette finesse, cette élégance...
- Ce toucher, cette sensibilité...
- Haaaaaa !
- Hiiiiii !

Etc.

Ah voilà, une chose qui me turlupine : tu n'as pas l'air d'être fan du concerto en lui-même. De mon côté, je ne suis pas loin d'en faire mon favori. D'ailleurs, je me demande si je n'ai pas assisté à un Concerto-de-Ma-Vie, sur le modèle que tu as si bien décrit.

Il m'a tout de même fallu du temps pour avoir le déclic. J'étais complètement passé à côté avec Hilary Hahn mais l'année suivante j'ai vu un film extraordinaire ("Il Divo", de Paolo Sorrentino) qui utilisait le III pour une scène d'élection au Parlement italien et depuis, je ne m'en passe plus !

En tous les cas, il faudra creuser cette idée d'applaudissement chauvin. À l'approche des JO, ça risque de faire des émules !

{ Klari } at: 26 mars 2012 à 15:14 a dit…

les échanges type:
- Et tu te souviens de la façon dont il a abordé la cadence du I ?
- Ce petit coup d'accélérateur juste avant le retour de l'orchestre ?
- Mais ouiiiii ! Et après, dans le II, pareil !
- Ah là là là, cette finesse, cette élégance...
- Ce toucher, cette sensibilité...
- Haaaaaa !
- Hiiiiii !

Arf, je n'ai pas le bagage nécessaire, ni une écoute suffisamment analytique pour repérer des coups d'accélérateurs, ou les détails interprétatifs.. Ca viendra (ou pas!).
Par contre, je me reconnais tout à fait dans les "haaaa", les "hiiiii", il m'arrive petit à pettit de remarquer de petits détails techniques, comme cette mystérieuse note filée à la fin du mvt 2. Tu me diras, il aurait fallu être sourd pour ne pas la remarquer !

Tu veux que je te dise ? Kavakos s'entrainant à jouer des cordes à vide en buvant son café du matin, ce serait passionnant.

(c'est amusant, car c'est un des exercices fondamentaux du dhrupad (la discipline de chant indien que Joël et moi étudions) : une note tenue, de préférence la fondamentale, sans vibrato, serrée, sur 10-15 minutes. l'idée étant d'arriver à quand même en faire de la musique: tu vois, c'est un exemple-type de kavakerie)

Ah voilà, une chose qui me turlupine : tu n'as pas l'air d'être fan du concerto en lui-même. De mon côté, je ne suis pas loin d'en faire mon favori. D'ailleurs, je me demande si je n'ai pas assisté à un Concerto-de-Ma-Vie, sur le modèle que tu as si bien décrit.
Il y a des œuvres, et des compositeurs, sur lesquels je dois insister un peu avant de les apprécier. Typiquement, Mozart me garantit le coup de cœur à première écoute. Beethoven, Brahms, Sibelius, aussi, j'ai besoin d'insister avant de les trouver à mon goût. Le déclic se fait à force de jouer, jouer jouer et rejouer le truc (comme la 5è de Sibelius (ou la 5è de LvB) qu'on a jouée à l'orchestre il y a qq années).
Le déclic peut aussi se faire en concert : paf! l'œuvre en pleine gueule. Ça a été le cas pour le concerto de Brahms (pour violon) que je n'ai jamais réussi à écouter jusqu'au bout avant de l'écouter par .....
par ....
...ouiii, tu as deviné !

En tous les cas, il faudra creuser cette idée d'applaudissement chauvin. À l'approche des J.O., ça risque de faire des émules !
je crois en entendre régulièrement, à Pleyel, surtout en cas de chef invité ou d'orchestre étranger. Qd les petits jeunes de Dudamel sont venus jouer, on a même eu droit aux banderolles et aux feux d'artifices chauvins ! Quel beau souvenir !

{ Joël } at: 26 mars 2012 à 16:33 a dit…

Ma théorie générale est que les compositeurs que je n'aime pas, ce sont le plus souvent des compositeurs que je n'ai pas assez écoutés ou compris.
J'ai commencé à apprécier Puccini à partir du moment où j'ai commencé à savoir reconnaître intuitivement son style (je suis sûr qu'on va me dire qu'il n'est pas indispensable d'aimer Puccini !), Wagner quand j'ai commencé à essayer de démêler le fourbi motivique.
Il y a les compositeurs coup-de-foudre, aussi, comme Haydn (Herreweghe dirigeant la symphonie La Surprise à Pleyel en 2008), Janáček (oh la la, la musique de chambre d'icelui...) ou encore Mahler.
J'ai un peu plus de méfiance envers Mozart et Strauss. J'aime ou je n'aime pas, ça dépend !
Reste l'énigme Schumann...

{ Klari } at: 27 mars 2012 à 00:21 a dit…

(je suis sûr qu'on va me dire qu'il n'est pas indispensable d'aimer Puccini !
Sans commentaires !

Entièrement d'accord : il y a le coup de foudre, l'amour qui se développe petit à petit, mais aussi le désamour : je suis typiquement en train de désaimer Mahler à vitesse grand v. Je ne sais pas très bien pourquoi, d'ailleurs, j'ai beaucoup aimé à une époque... Hum ?

Andanteconanima at: 27 mars 2012 à 11:19 a dit…

"Le bagage nécessaire" et "l'écoute analytique" :

Voilà un truc qui me manque pour vraiment apprécier les oeuvres au concert. J'essaie de procéder de façon empirique/artisanale en comparant les différentes versions de ma CDthèque (bonjour l'exercice de jonglage - autant faire des cordes à vide en buvant son café). En l'occurrence, j'ai eu comme l'impression que le Kav' avait un chouïlle accéléré les dernières mesures de sa première mini-cadence du I, comme pour préparer une rampe de lancement pour l'orchestre, et entretenir le suspens avant de passer au chapitre suivant de sa palpitante histoire ! (Heureusement que nos émotions sont un guide quasi-infaillible)

J'aime aussi beaucoup la théorie de Joël. Il faudrait même en faire une petite typologie avec (personnellement) :

- l'Evidence-même (Schubert)
- le Coup-de-Foudre (Mendelssohn)
- le Très-très-intimidant (Mahler)
- l'Enigmatique (Wagner)
- Celui-de-derrière-les-fagots (Glazounov)
- Celui-qu'il-faut-consommer-avec-modération (Richard Strauss)
- le Jamais-même-sous-la-torture (Berg)
- l'Avec-boussole-obligatoire (Bach/Bruckner/Janacek - la liste est longue en fait)

Etc.

{ Joël } at: 27 mars 2012 à 15:10 a dit…

- l'Avec-boussole-obligatoire (Bach/Bruckner/Janacek - la liste est longue en fait)
Jamais pratiqué Bruckner, Bach si, intensément. Je ne suis pas sûr de comprendre la notion. On peut apprécier différemment Janáček. J'ai eu hier l'occasion de le faire deux fois de façons très différentes. La première en suivant en même temps sur la partition (enfin, en essayant de suivre). On se rend compte que ç'a l'air très très compliqué à jouer, plein d'accents bizarres. On entend parfois les musiciens jouer presque faux exprès pour créer un petit effet (Klari, je te pique là une idée lancée avant-hier). On remarque aussi des choses avant de les entendre (ah, ils vont reprendre le thème du début, deux fois plus vite, etc.) C'est une façon de rentrer dans l'œuvre, mais j'ai trouvé l'expérience un peu trop « analytique » pour être concomitamment autant ému que je ne l'avais été lors du concert. Par contre, cela m'a fait apprécier des œuvres auxquelles j'avais un peu moins accroché en vrai.
Et puis, j'ai tout réécouté en mode intuitif et comme lors du concert, cela a été un insoutenable déluge d'émotions...
Bref, j'aime bien être déboussolé, de temps en temps...

{ Klari } at: 27 mars 2012 à 23:09 a dit…

Je continue :

- Dieu : Bach
- le Grand-Farceur-Que-Tout-Le-Monde-Croit-Très-Sérieux : Beethoven
- le Forcené : Schumann (rentre aussi dans la catégorie Jamais même sous la torture !)

Que veux-tu dire par boussole obligatoire, je ne suis pas sûre de comprendre ?

@Joël : il se passe un truc étrnage dans la deuxième moitié du XIXè siècle, la moindre partition devient illisible. Quand j'ai émis l'hypothèse que l'écriture n'était plus appropriée à ce type de répertoire, Djac m'a envoyée paître, par contre mon Nikonet dit qq chose à ce sujet dans son Discours musical.. Chépa.

Contrairement à toi (mais à chacun la stratégie qui lui convient le mieux selon le moment, l'oeuvre, etc...), en vacances comme en musique, j'aime bien me balader nez-au-vent, sans guide ni carte michelin, et si je passe à côté des principaux monuments, pas grave, ce sera pour une autre fois, en attendant je profiterai du délicieux café au lait du petit boui boui dans l'impasse derrière la mairie. Stratégie qui permet les plus beaux ratages mais aussi de belles découvertes fortuites..

(c'est d'ailleurs la stratégie qu'on a adoptée à Berlin. On a visité un marché bio, 15 cafés et 3 Frühstück. 0 magasins (je n'ai pas eu le droit), un château d'eau, un zoo, et une 5è de Beethoven dirigée par Harnoncourt (hiiii)). Mais pas de Unter den Linden ni de Ku-Damm, oups. Ni de musée.

Vous êtes plutôt flânerie ou visitage intensif de musées, en vacances, vous deux ?

{ Joël } at: 28 mars 2012 à 00:09 a dit…

« En vacances », pour moi, en général, cela veut dire « en Inde », donc je dois quand même préparer un minimum les grandes étapes du voyage (acheter les billets de trains). Sinon, installé dans une ville pour quelques jours, je n'ai pas de plan fixé. J'aime bien me ballader dans la ville pour voir justement des choses que je n'aurais certainement pas vues si j'avais prévu un planning précis. Je me souviens avoir été horrifié quand dans un bateau pour Elephanta Island une Française en voyage avec son mari et un autre couple me disait que pour leur séjour de 5 semaines, elle avait prévu de visiter *48* villes (ce que je ferais en 4 ou 5 voyages...). Bref, j'aime bien marcher, grimper au sommet des petites collines (m'enfin quand même pas de trekking, c'est trop de sport !). Cela dit, j'aime bien avoir un plan de la ville et une boussole, aussi. Un musée de temps en temps, oui, mais pas trop non plus ; le but des vacances, c'est aussi un peu de se reposer, je trouve...

{ Klari } at: 28 mars 2012 à 11:21 a dit…

@AndanteconAnima :
J'essaie de procéder de façon empirique/artisanale en comparant les différentes versions de ma CD-thèque (bonjour l'exercice de jonglage - autant faire des cordes à vide en buvant son café)
Oui, c'est bien notre avantage, nous autres mélomanes amateurs, c'est qu'on peut s'y prendre n'importe comment, quitte à réinventer la roue ou jongler avec des œufs brouillés.
On se prend sûrement de temps en temps les pieds dans des nids-de-poule musicaux, à n'être pas guidés correctement, mais que le parcours est agréable quand on gambade nez-au vent

(par opposition à un parcours plus académique)

Ecouter des CD, voilà qui est astucieux. Un jour (peut-être devrais-je me mettre au yoga), je serai capable d'écouter un CD avec concentration sans me mêttre à rêvasser béatement au bout de trois minutes.
Ou pas ?

@Joël : tu serais donc un touriste-mélomane analytico-intuitif. Tu prépares le cadre, dans lequel tu explores nez-au-vent.

48 villes en 5 semaines ?!? Gargl ! Mais ça ne laisse à peine le temps de savourer un bon petit repas dans une ville (avec un planning pareil, ça doit être sandwich obligatoire (et va trouver un sandwich en Inde))
C'est comme quelqu'un qui irait au concert une fois ou deux par jour. Ah oups, c'est nous, ça.

Andanteconanima at: 28 mars 2012 à 14:36 a dit…

Un passo indietro...

En fait de boussole, je pensais surtout à une espèce d'écoute guidée pour mieux me repérer dans une oeuvre :

- Bruckner m'échappe sans doute à cause de ça : je peine à repérer la structure globale d'un mouvement. J'ai pu commencer à vraiment apprécier Mahler une fois que j'ai repéré les thèmes, l'exposition, le développement... (On retrouve un peu ce que Joël a fait avec les leitmotive de "Tristan")

- Pour Bach, c'est la magie du contrepoint qui m'échappe. J'ai l'impression que JSB a été le premier musicien oulipien de l'Histoire, à force de se donner tout un tas de contraintes d'écriture => "La Vie mode d'emploi" et "L'Art de la fugue", même combat...

- Quant à Janacek, il condense ces deux aspects. Mais la seule lecture de ton compte-rendu sur le concert des Bouffes du Nord m'a suffit à en comprendre beaucoup plus sur l'art du maître tchèque. Une vraie boussole pour l'imagination !

Bref j'espère moi aussi devenir un touriste-mélomane analytico-intuitif et partir à l'aventure dans toutes ces contrées encore inconnues...

{ Klari } at: 28 mars 2012 à 17:30 a dit…

"Un passo indietro è una canzone dei Negramaro, quinto singolo estratto dall'album La finestra pubblicato nel 2007."

lit-on sur Wikipedia. Comme je n'ai pas acheté les singolo de ce monsieur Negramaro, me voilà bien avancée.

Un pas en arrière, me dit Google translate.

D'accord, je comprends mieux, sur ces trois compositeurs, tu as besoin de boussoles. Finalement, c'est comme un musée, parfois on a besoin d'un guide pour nous expliquer les tenants et aboutissants de ce qu'on a sous les yeux (les oreilles).

Bach l'Oulipien ? J'adore. Ne le répétons pas, mais je passe à côté aussi de Bach-le-Contrapuntiste. Je suis surtout envoûtée par la pureté de la mélodie dans les trucs pour violon (violoncelle) solo. Il me semblerait presque que chaque intervalle est spécialement calculé pour mettre en valeur la note qui suit, lui permettre de scintiller quelques instants avant de passer à la suivante

(surtout quand c'est joué par MachinChose).

Un jour, peut-être, je demanderai à quelqu'un de me tenir par la main pour plonger dans l'aspect contrepoint, mais je profite du luxe de pouvoir lambiner et m'attarder un peu dans la période "découverte extasiée" - qu'on ne peut par définition pas revivre..

Quant à Bruckner, j'ai surtout été frappé par la caractère hypnotique de certaines de ses œuvres symphoniques, notamment quand j'ai écouté la 4è symphonie dirigée par Haitink. Passer une heure dans un état de ferveur, proche de la transe, ne m'a pas laissé indifférente
(maintenant, se plonger dans la £}~% de seconds violons n'éveille pas tout à fait les mêmes sentiments chez moi, je t'avoue)
(faut l'aimer de loin, la musique)
(pfiou)

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