samedi 31 mars 2012

Bruckner, Bernard Haitink


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Il m'aura fallu des mois et des mois avant de retomber du petit nuage sur lequel ce concert m'a propulsée. Aucun des nombreux brouillons de chroniquette que j'ai rédigés ne m'a paru rendre justice à ce concert, certainement un des plus beaux que j'ai entendus. Celui-ci pas plus que les autres, mais je ne conçois pas de ne pas lui laisser une petite place parmi mes chroniquettes.
(d'où la publication de cette paléochroniquette)

Salle Pleyel • samedi 18 juin 2011, 20h
London Symphony Orchestra (LSO), Bernard Haitink (direction), Maria João Pires (piano)
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Mozart, Concerto pour piano n° 27
Bruckner, Symphonie n°4 "Romantique"
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Tous les ingrédients étaient rassemblés pour un concert mémorable : un concerto de Schumann in extremis remplacé par un de Mozart, mon Bernard Haitink bien-aimé à la baguette, l'agréable compagnie d'un ami flûtiste-acousticien (qui teste et approuve sans réserves le fond du second balcon), le London Symphony Orchestra, l'un de mes orchestres favoris - même si certaines mauvaises langues m'accusent, à tort, de changer d'orchestre préféré comme de chemise.

C'est un bonheur sans pareil d'assister à un concert du LSO dirigé par Bernard Haitink, tempéré toutefois par la quasi-impossibilité de le chroniquetter correctement. Il se dégage une telle intensité que je néglige de scruter les bêtises des contrebassistes, les petites gestes rigolos des musiciens que j'aime tant relater ici. Quant à la musique, que dire. Je ne suis manifestement pas la seule à perdre mon latin dès que Bernard Haitink officie : Emmanuel Pahud, du Philharmonique de Berlin, peine à expliquer le mystère Haitink : "C'est une sorte de chamane", conclut-il, sibyllin. A la sortie du concert, j'entends le bassonniste du LSO, en grande discussion avec des amis, résumer "Playing with Bernard Haitink is very special". Special, c'est tout ? Même la plume alerte de Gareth Davies, flûtiste et bloggeur au LSO, semble trébucher : "The sound of the LSO has changed in 3 minutes and not a word has been said. This is a master at work".

Il est plus facile de lister ce qu'il ne fait pas de la musique qu'il dirige. Il préserve la musique d'effets de manches, de grandiloquence. Semblable à un certain petit bonhomme vert (regard malicieux, touffes de cheveux blancs ébouriffés..), il élague, ôte les fanfreluches, jusqu'à ce qu'il ne reste que l'essentiel. Sans se départir de l'étincelle d'intelligence et d'humour qui illumine son regard. Que fait-il, donc ?

A la rigueur, on pourrait tenter de décrire ses gestes; à ce propos, on lit ici que c'était un chef à la direction minimaliste, affirmation avec laquelle je ne suis que moyennement d'accord. Si sa direction n'a pas un caractère "moulin-à-vent", il donne néanmoins énormément d'indications : un poing qui se serre discrètement déclenche un terrible orage de cuivres, un léger haussement de sourcils fait chanter les cordes, un petit sourire en coin annonce une lumineuse accalmie dans le fracas brucknérien.

Quelle était belle, cette 4è de Bruckner. Rétrospectivement, après en avoir écouté d'autres entre temps, elle me parait si apaisée et contemplative, loin du gros barouf tonitruant qu'en font d'autres. Apaisée, peut-être, mais ni molle ni avachie : comment expliquer autrement que je n'ai pas respiré de la première note à la dernière note ? Et maintenant, à chaque fois qu'on répète la 4è à l'orchestre, c'est celle-ci que j'entends.

Aussi : Palpatine, Concertorialiste , Resmusica,

PS: A l'entracte, une ambiance de départ en vacances règne parmi les musiciens du LSO, nettement plus dissipés qu'à l'ordinaire (une premier violon va chercher un courant un Monsieur Pupitre pour l'aider à régler son pupitre, un Monsieur Partitions s'amuse à échanger les partitions de deux pupitres d'alto, les examine de plus près, les feuillette, avant de les poser sur les pupitres d'origine, les vents jacassent comme des pies. Sauront-ils se reconcentrer avant la symphonie de Bruckner, autrement plus exigeante physiquement que le concerto de Mozart (22 pages, la partie de second violons ! - comparez moi ça aux huit ou neuf pages de la 5è de Beethoven).

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