dimanche 5 février 2012

Ils sont où, mes petits violons ?


30 Comms'
Revenons quelques chroniquettes en arrière, à l'instant précis où Joël et moi longions la scène de la salle Pleyel peu avant ce concert de l'Orchestre de Paris, nous interrogeant sur la quantité et la position des contrebasses allongées sur scène. Je trouvais l'effectif réduit, lui, conséquent.

Nous touchions alors du doigt quelques une des Très Grandes Questions d'Orchestre Très Importantes relatives aux instruments à cordes : où, combien, pourquoi ?

LE BAROQUEUX : "Jouer Bach à plus de deux contrebasses, c'est sacrilège ! Bon, trois, à la rigueur."
LE GRAND-CHEF-BRUCKNERIEN-DES-ANNEES-CINQUANTE "Seulement huit contrebasses ?! Apportez-moi cinq ou six contrebasses et quelques dizaines de cordes, cet orchestre est un peu maigrichon
L'ALTISTE CHOQUE : "Ils jouent Mendelssohn avec neuf contrebasses ? 11 violoncelles ?? Mais ils se mettent à combien pour jouer du Bruckner ? Bourrins!"

En souvenir de l'époque pas si lointaine où, en répé d'orchestre, perdue dans ce labyrinthe de chaises et de pupitres, je demandais discrètement de l'aide à un confrère ("dis, euh, on s’assoit où?"), voici une chroniquette sur les chaises de violons. Commençons par le commencement :
Combien ?
Parfois, au lieu de mentionner l'effectif total de cordes, on se contente de mentionner le nombre de contrebasses (x), plus faciles à compter, le nombre Total de cordes présentes sur scène (T) se déduisant à l'aide d'une formule magique : T = (x+4)*5  (avec x>0, bien sûr) qui n'est pas sans rappeler la tarification des rickshaws indiens, qui marche pratiquement à chaque fois. Avec :
nombre de violoncelles = x+2
nombre d'altos = x+4
nombre de seconds violons = x+6
nombre de premiers violons = x+8

Tab. 1 : Nombre d'instruments en fonction du nombre de contrebasses


Le "combien" dépend du répertoire

Fig.1: Effectif (approximatif) de l'Orchestre de Paris pour le concert du 25/01
 
Le concert de l'orchestre de Paris était particulièrement intéressant d'un point de vue des effectifs, d'autant plus qu'il donne un mini-aperçu de l'évolution de l'orchestre de la fin du XVIIIè au milieu du XIXè, avant qu'on n'entre dans les grands délires wagnéro-strausso-mahleriens.
  • La Poule : effectif raisonnable et économique. Une trente-cinquaine de cordes, une poignée de vents. Point n'est besoin de démultiplier les moyens.
  • le Concerto pour violon de Brahms : l'effectif a grossi. Mozart, Beethoven, Schubert sont passés par là. L'orchestre s'est un peu empâté entre temps. Certes, certes, les deux oeuvres de Brahms au programme (le concerto et la symphonie) sont pratiquement du même âge - et devraient être jouées avec des effectifs comparables, mais un concerto est souvent joué dans un effectif plus raisonnable qu'une symphonie, afin que le soliste n'ait pas à hurler. Vous remarquerez par ailleurs que seuls les cuivres les plus discrets ont été conviés pour le concerto (trompettes et cors) .
  • la Symphonie n°2 de Brahms. Arrivée des Cuivres-Très-Bruyants : trombones et tuba, renforcement des cordes. Soit dit en passant, alors qu'avant la Poule et le concerto l'orchestre s'était sagement accordé sans piper mot sur le la du hautbois, les cuivres se sont subitement mis à jouer des mini-bouts de gammes montants et descendantes pendant que le malheureux hautbois s'égosillait avec son la.Ce qui prouve que les trombones et les tubas sont les mauvais élèves de l'orchestre, mais vous vous en doutiez déjà.
Attention! Le cas particulier des orchestres amateurs
Mais tout ça est bien relatif dès qu'on regarde la question du point de vue des orchestres amateurs. L'orchestre dont j'ai le privilège de faire partie monte actuellement une symphonie de Bruckner. Si en théorie, on joue Bruckner avec environ trois fois plus de monde qu'Haydn, en pratique, on fait avec les moyens du bord.

Déjà, la réponse à la question que je vous entends d'ici vous poser : pourquoi on s'amuse à jouer du Bruckner si on dispose d'effectifs plus réduits ?
Primo, on ne peut pas jouer de Haydn, les copains clarinettistes seraient terriblement vexés de ne pas participer (il leur faudrait attendre le prochain concert, c'est-à-dire au moins six mois avant d'avoir l'occasion de jouer en orchestre à nouveau). Les trombonistes aussi. Les trompettes itou. Pour les mêmes raisons, on ne peut pas jouer de Bach, de Mozart ni de Haydn. Rien avant Beethoven, en gros. Deuxio, on ne peut pas jouer de machins postérieurs à 1900~1920 :
  • si la partition d'une oeuvre n'est pas libre de droites et a fortiori disponible gratuitement sur imslp (la e-caverne d'Ali Baba pour les partitions), l'orchestre amateur ne la jouera pas (cela coûtera trop cher de la louer/commander..)
  • les partitions des choses écrites à partir du XXè siècle souffrent d'une fâcheuse tendance à être non seulement illisibles (bordel, des mesures en 5/4? en 7/12 quoi !?) mais aussi injouables (hiiiik, cinq bémols et huit dièses dans une seule mesure, ca va pas la tête?) Ouste. 
  • de plus, il s'y trouve souvent des instruments exotiques. Des percussions étranges, des vents dépaysants (des mini-clarinettes, des maxi-clarinettes..). Cela présuppose de trouver quelqu'un qui sache en jouer (tu veux venir jouer de la flûte octobasse/du contrebasson avec nous? Tu veux être rémunéré? ah.) parfois même de louer la chose en question. 
Notre terrain de jeu est donc le XIXè siècle. Germanique de préférence. Bruckner, typiquement : les partitions sont gratuites, les trompettes et les trombones sont contents d'avoir quelque chose à se mettre dans l'embouchure, les notes ne sont pas complètement injouables (ça se discute), l'écriture est relativement carrée et logique, et on ne trouve pas d'instruments farfelus ni de concerto pour triangle inséré dans la partition.
Mais cela ne règle toutefois l'épineux problème des effectifs chez les amateurs : Si le schéma ci-dessous correspond à peu près à l'effectif nécessaire pour la 4è de Bruckner (je dis bien à peu près, le schéma est un peu juste en cors, je dirais, et j'ai oublié de photoshopper un sax'), voilà ce qu'il devient passé par la moulinette de l'amateurisme:

Fig. 2: Effectif théoriquement nécessaire pour la 4è de Bruckner (approximation)


Fig.3: Effectifs amateur pour une Symphonie n°4 de Bruckner 

A:LES VIOLONS on fait aller avec 5 premiers violons, 5 seconds (l'idéal serait 10 et 12) mais c'est un effectif que j’appellerais costaud - pour des amateurs. 2 et 2, ça s'est déjà vu. Pourquoi pas plus de violons ? Le souci avec les violonistes est que :
  • les très très très bons violonistes amateurs sont devenus pros ou sont en passe de le devenir. Ils sont occupés.
  • les très très bons violonistes restés amateurs sont passés à l'alto. Chez nous, les altos sont aussi si ce n'est plus nombreux que les premiers violons. Ils ont compris, dans leur grande sagesse, que leur partie serait tout aussi intéressante que celle des violons, moins difficile, et, soyons réalistes, le son de l'alto est autrement plus beau que celui du violon,
  • reste les bons : partagés entre la névrose (leurs années de conservatoire leur ont inculqué un sentiment de nullité abyssale dont ils n'arrivent à se dépêtrer ("j'ai encore du mal avec mes quintuples croches en double cordes en 7,5è position, je suis une sous-défection-de-caribou") et la timidité. C'est ainsi la croix et la bannière de leur faire comprendre que sisisi, en orchestre amateur, savoir lire et savoir à peu près tenir son archet sont considérés comme d'excellentes bases de travail et qu'après 5, 10, années de violon (wouah!), il n'y a aucune raison que ça ne se passe pas bien (j'ai depuis longtemps renoncé à propagandifier des violonistes amateurs)
  • les Pas-Exactement-Très-Bons-Mais-Très-Motivés-et-Très-Contents-d'Etre-Là : ils jouent entre 15 et 75% des notes, ont une étonnante capacité à ignorer les bémols, parlent peut-être un peu trop chaussures/déjeuner/chaussures pendant les répétitions, mais en contrepartie, ont développé des techniques de Sioux pour ne jamais se perdre, même dans une symphonie de 20 pages. Ou jouer discrètement la partie d'alto quand la partie de seconds violons est insurmontable. Sans nous, je veux dire, sans eux, la pratique amateur ne serait pas ce qu'elle est.

B: LES ALTOS : si quelques orchestres sont bénis par les dieux de l'alto (cf. supra), il arrive très très souvent qu'un orchestre amateur n'ait pas d'altos du tout. On travaille donc l'oeuvre sans les voix du milieu, ça permet de garder le plaisir de la découverte pour le concert,

C: LES VIOLONCELLISTES aiment tant le son rond et chaleureux de leur instrument qu'il n'abandonnent jamais la pratique de leur instrument. Ca vaut aussi pour les flûtes. On rencontre fréquemment des orchestres amateurs où les violoncelles et/ou les flûtes sont deux fois plus nombreux que les premiers violons,

F: l'orchestre amateur n'a quasiment jamais de CONTREBASSES. Essayez un jour de prendre le métro/ le bus avec une contrebasse et vous saurez pourquoi (là encore, on conserve le plaisir de la découverte de la partie de basses pour le concert),

E: Bizarrement, chez les cuivres,j'ai l'impression qu'il n'existe que des trompettes amateurs. Je croise plus rarement des cornistes/trombonistes/tubistes amateurs (soit l'orchestre symphonique ne les intéresse pas outre mesure, soit ils ont rejoint une fanfare, soit l'idée de trimbaler leur tuba dans le métro les déprime),

Tout ça pour dire que je pousse un soupir d'envie quand je vois le nombre de chaises préparées pour le mini-orchestre-de-Paris-format-Haydn. C'est qu'on pourrait donner un maxi-Bruckner de compétition, avec des effectifs pareils ! Quatre contrebasses ! Dix seconds violons !! Douze premiers ! Quelle abondance vertigineuse !

Et donc ? Le format idéal ?
Si j'étais chef d'orchestre (ahem), voici les effectifs que je choisirais pour jouer des œuvres symphoniques des compositeurs suivants (oui, oui, oui, y'a rien avant Bach, rien après Schoenberg et Strauss, restons dans le domaine de l'à-peu-près comparable)

Tab. 2 : Nombre de cordes pour une œuvre symphonique d'un compositeur suivant

Mais les graphiques, c'est plus parlant (admirez-moi cette croissance (quasi-exponentielle) des effectifs de cordes de 1650 à 1880, au fur et à mesure qu'on passe de symphonies fraîches et agiles à d'emphatiques machins-choses pâteux et surmunddrangiens:


Fig. 4 : Nbe de contrebasses en fonction du compositeur
Mais, mais, mais, ce n'est que la théorie, en pratique, ça ne marche pas toujours. Si j'ai une préférence marquée pour les effectifs réduits, il n'empêche que j'ai beaucoup aimé certaines des symphonies de Beethoven jouées par le Gewandhausorchester Leipzig, en effectif rondelet (entre 6 et 8 contrebasses), beaucoup moins la 7è de Beethoven jouée par le Chambre Philharmonique pourtant en mini-effectif, et que j'ai adoré les mini-symphonies de Beethoven dirigées par Haitink (2-3 contrebasses), ainsi que la 5è dirigée par Harnoncourt (5 contrebasses).
(à une ou deux contrebasses près, je ne suis plus très sûre de mes chiffres).

Bref, ça dépend du chef plus que du nombre de contrebasses, en fait.

Où ?

Passons à la question subsidiaire : où assoit-on tous ces musiciens ? Chez les musiciens amateurs, la réponse est simple : "là où on peut" (essayez de jouer dans des petites églises !), chez les autres, cette question donne lieu à de grands débats idéologiques houleux encore plus animés que dans le cas du "combien".

Pour simplifier, le monde se divise en deux parties : ceux qui installent les graves à gauche versus ceux qui installent leur graves à droite . Il y a quelques petits rigolos, comme Jurowski avec le London Philharmonic, ou Ivan Fischer avec le Budapest Festival Orchestra, qui disposent les basses en ligne, au fond de l'orchestre. Evidemment, tout l'orchestre profite ainsi d'entendre les basses, mais pourquoi sont-ils si peu nombreux à adopter cette disposition, je n'en sais rien.

Droite ou gauche, nous disions :

Fig.5: les basses (violoncelles et contrebasses) à droite


Et si on installait les "cellos" (je n'avais sous la main qu'un schéma en anglais, désolée) à la place des "second violins" et les "basses" à la place du machin marron clair derrière les "second violins", les basses sont désormais à gauche.

Et maintenant, les conséquences (ce n'est que mon avis, hein)

Entendre les basses, c'est utile (pour jouer ensemble, par exemple), or à droite...:

Fig. 6 : les basses à droite...



Alors que si les basses sont confortablement blotties au milieu de l'orchestre, entre les premiers et les seconds violons, tout le monde en profite. Et cela peut, au passage, j'ose espérer, contribuer à combler le fossé interculturel qui sépare les basses des aigus "Y sont nuls, ces violons, ils pressent tout le temps!" "Qué limaces, ces basses".
(on peut toujours arguer que même un premier violon tout au fond du pupitre entend les basses depuis l'autre bout de la scène, j'ai mes sérieux doutes sur la question. D'autant plus que l'info est périmée depuis longtemps : avec une salle d'une vingtaine de mètres de large, le ploum de contrebasse met presque un dizième de seconde à arriver aux oreilles du violoniste du fond de pupitre. Bref, à mon avis, soit les violons 1 n'entendent pas les basses, soit ils les entendent trop tard)


Fig. 7 : Installons donc les basses au milieu ! Et voici le résultat :

Mais ça peut être rigolo musicalement aussi. Deux solutions : soit vous visionnez la vidéo où Herbert Blomstedt explique pourquoi les violons 1 et les violons 2 du Gewandhausorchester Leizig sont assis de part et d'autre du chef, soit vous vous contentez de lire le schéma ci-dessous :

Fig. 8: le ping-pong musical entre premiers et seconds violons
En fait, allez dans tous les cas visionner la video de Blomstedt. Il y en a pour 5 minutes à peine, ce chef a l'air adorable, mon schéma n'est pas clair, et j'ai le flemme d'en refaire un autre.
Et vous voyez le dialogue des premiers et des seconds violons se mettre en place, comme par magie, comme s'ils jouaient une partie de ping-pong musicale, le chef et les altos faisant office de filet.

Et le souci d'espace :
Quand un orchestre est un peu à l'étroit, et les seconds violons nombreux, ces derniers se retrouvent un peu à l'étroit dans cette zone au nord-ouest du chef, pris en étau entre un troupeau de premiers violons et les vents. Il arrive ainsi que les seconds violons du fond soient déconnectés de leur petits camarades de devant par un infranchissable barrage de premiers et de vents. L'impression visuelle que cela procure est déplorable : quatre ou six seconds violons qui s'amusent comme des petits fous à l'avant du pupitre, le reste du pupitre abandonné à lui-même, agitant leur archet comme une âme en peine (d'expérience ce qui est visuellement inquiétant est rarement intéressant musicalement).

Fig. 9 : le mur des seconds

On peut ainsi installer à la place des seconds violons les violoncelles, qui sont moins nombreux, et laisser les seconds violons s'installer dans un espace suffisamment grand pour leur survie, à l'ex-place des violoncelles. Ainsi, tout le monde est content et les seconds violons restent groupir.

Par acquis de conscience, j'ai toutefois demandé à l'expert quels étaient les avantages à installer les basses à gauche. J'ai obtenu la réponse suivante : "hummm. Les cordes sont bien ordonnées, des plus petits instruments aux plus grands, c'est propre et logique".

Les Dalton, en somme. Joe, premier violon, Averell, contrebasse ? (aïe).

30 Comms':

Hugo at: 5 février 2012 à 03:15 a dit…

Hmm, si je me souviens bien, pour ce concert Haydn-Brahms, l'orchestre de Paris était justement organisé avec les violoncelles à coté des premiers violons, non ?

Je me rappelle en avoir discuté avec Serendipity en sortant, en émettant l'hypothèse que peut-être Jarvi avait adopté cette disposition après avoir été convaincu par Blomstedt, voire même que ce soient les musiciens qui aient demandé à réessayer après avoir été dirigés par Blomstedt deux semaines plus tôt...

Anonyme at: 5 février 2012 à 13:03 a dit…

... il se dit que lorsque Haydn est venu à Londres faire jouer ses symphonies par l'orchestre de JP Salomon, il a été enthousiasmé par l'effectif et la disposition : une dizaine de contrebasses (à trois cordes à l'époque, encore, j'imagine - un peu moins sonores que de nos jours), et celli en conséquence, au centre, et les cordes aiguës réparties autour ...

Léone at: 5 février 2012 à 15:11 a dit…

Nous dans notre orchestre très amateur d'antenne de conservatoire, on met les vents à gauche, les cordes à droite et les choeurs au milieu avec les percus derrière, comme ça personne n'entend personne. Et comme on veut vraiment faire jouer tout le monde, si on a de la chance, on peut être coincée avec sa flûte entre un trombone et un flaviol, voire une bombarde, ce qui est excellent pour la concentration.

Anonyme at: 5 février 2012 à 17:22 a dit…

et les cordes syndiquées ? devant ou derrière ?

Chedef

{ DavidLeMarrec } at: 5 février 2012 à 21:37 a dit…

Encore une fois réjouissant et très bien vu.

Ca reste tout de même un système inutilement dispendieux : un instrument par ligne sur la partition, ce serait plus pragmatique. Si on veut vraiment un fondu de cordes, cinq premiers violons, trois deuxièmes, trois altos, trois violoncelles et une contrebasse suffisent pour le créer.

C'est _réellement_ mon opinion, mais si on veut être plus sérieux, je n'entends franchement pas une différence considérable entre quarante et soixante-quinze cordes (sauf que dans le second cas on n'entend plus du tout les bois, bien sûr).

J'ai quand même entendu les Pasdeloup jouer (très bien) la Symphonie de chambre de Schreker avec soixante cordes ! (Schreker permet explicitement dans la nomenclature, et il avait déjà tort, d'augmenter le nombre de cordes, mais pas à ce point...) Conclusion, malgré la beauté de l'interprétation, un vrai déséquilibre entre les cordes écrasantes et la timide coloration du reste.


"(on peut toujours arguer que même un premier violon tout au fond du pupitre entend les basses depuis l'autre bout de la scène, j'ai mes sérieux doutes sur la question. D'autant plus que l'info est périmée depuis longtemps : avec une salle d'une vingtaine de mètres de large, le ploum de contrebasse met presque un dizième de seconde à arriver aux oreilles du violoniste du fond de pupitre. Bref, à mon avis, soit les violons 1 n'entendent pas les basses, soit ils les entendent trop tard)"

Je vais te donner un scoop, mais chut, ça reste entre nous. Un ami très informé me souffle à l'instant que le chef d'orchestre servirait précisément à réguler ce type de problème. Si, si, en fait il n'est pas simplement là pour réconforter les seconds violons ("mais non, vous jouiez tout à fait juste") ou les contrebassistes ("au contraire, tu étais presque en avance"), ni à dire aux trompettes de bramer moins fort, ni même à faire du concert-classique une oeuvre d'art total en ajoutant le ballet-sémaphore à la belle-musique.

En réalité, les pros anticipent ce genre de difficulté : les contrebasses, vu la propagation plus lente et diffuse du son grave, ont l'habitude d'attaquer légèrement en avance, par exemple.

{ Klari } at: 6 février 2012 à 00:50 a dit…

@Hugo : voui, les violoncelles étaient bien en sandwich entre les premiers et les altos, à 11h du chef. (flûte, je ne me rendais pas compte que ma chroniquette était confuse).

Hum, d'après mes souvenirs, les seconds violons étaient déjà à droite pour la 4è de Beethoven qu'ils ont joué en avril dernier, ainsi que pour la 5è de Beethoven de septembre (je ne me souviens plus de l'emplacement des basses). Je crois donc que Järvi est déjà acquis à la cause des "seconds à droite", pour certains répertoires du moins.

Par contre, mettre les seconds à droite pour du Brahms, c'est peut-être une nouveauté. Peut-être faut-il prendre en compte l'influence Blomsted ?

@Anonyme : pourquoi pas, après tout ! Plus de variétés dans les effectifs et leur disposition ne me déplairait pas. Sur certaines oeuvres, j'aimerais bien plus d'altos et moins de violons. Par contre, je n'ai jamais entendu d'explication satisfaisantes expliquant pourquoi on ne dérogeait jamais à la règle du violon 1= violon 2+ 2, violons2 = alto+2, etc..

{ Klari } at: 6 février 2012 à 01:03 a dit…

@Léone : Bonjour et bienvenue ! Jouer à côté d'une bombarde ? d'un flaviol !? (du coup, j'ai appris un nouveau mot: merci).

Respect. Absolu.

@Chedef : coucou ! (ca faisait longtemps). Les cordes syndiquées? Fastoche : derrière le pupitre où à la place des partitions, il y a un tract Sud Second Violons (où le manifeste de la Ligue Anti-Puccini ;-) )

@DavidLeMarrec : Hello ! C'est plus sympa plusieurs par pupitre de cordes, quand même. Evitons les nombres impairs : tout seul par pupitre (dans le sens machin-porte-partition), c'est un peu triste aussi, et ultra-chiant pour les tournes. Les vents ont quand même plus de pauses que nous, pour respirer et/ou tourner des pages !

Moi non plus, je n'entends pas la différence entre 40 et 75 cordes. J'aimerais, pour en avoir le coeur net, avoir l'occasion d'entendre tous choses (chef, salle, n° de fauteuil, oeuvre) égales par ailleurs, la différence entre un gros et un petit effectif de cordes, mais aucun orchestre n'a accepté de réaliser mon souhait.
(je n'ai pas assez d'amis musiciens, snif)

Retard-avance de certains pupitres: bah, nous autres amateurs, sommes tellement proches les uns des autres que nous n'avons pas à prendre la vitesse de propagation du son en compte (ouf).

Merci de me confier ce scoop(craché-juré, je garderai le secret)!

Hum sinon, ta remarque m'étonne :
"les contrebasses, vu la propagation plus lente et diffuse du son grave, ont l'habitude d'attaquer légèrement en avance". Que les contrebasses se mettent à jouer légèrement en avance pour que le son, ayant plus de chemin à parcourir, arrive en même temps que celui des violons aux oreilles de l'auditeur, ok.
Mais le son d'une contrebasse se propage à la même vitesse (le fameux 340m/s) que celui d'un violon, quand même (tu réduis à néant toutes mes croyances inculquées par 8 ans de physique!), non ?

Anonyme at: 6 février 2012 à 11:43 a dit…

En principe, l'air est faiblement dispersif, et les sons d'un violon et d'une basse y voyagent à peu près à la même vitesse ... SI LA TEMPERATURE EST HOMOGENE. C'est sûrement là que le bât blesse, car le dégagement de chaleur au voisinage de 8 malheureuses basses étant très largement inférieur à celui résultant de l'activité, musicalement plus engagée (c'est connu !), de quelques 30 violons crée nécessairement une inhomogénéité - que l'on peut sinon supprimer, du moins limiter en mettant les basses au centre et les violons de part et d'autre, afin d'accélérer l'équilibrage thermique. Comme le faisait justement JP Salomon, patronyme oblige ...
Bise !

Pierre

{ Joël } at: 6 février 2012 à 12:55 a dit…

Un gradient de 1% de vitesse pour 5 degrés (source http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitesse_du_son#Table_des_propri.C3.A9t.C3.A9s_de_l.27air_en_fonction_de_la_temp.C3.A9rature ) je pense que c'est négligeable...

{ Joël } at: 6 février 2012 à 12:58 a dit…

Mais j'admets que l'hypothèse était séduisante (surtout de la part d'un violoniste !).

{ Klari } at: 6 février 2012 à 16:28 a dit…

Eurêka !

Pour résumer :

- le chef agite les bras pour réchauffer l'air, ce qui permet accélérer les instruments dont le son se propage lentement ! (ou pour réveiller les contrebasses, qui dorment. Au frais, si j'ai bien compris)

- installer les violons autour des contrebasses permet de surveiller ces dernières, et de limiter la propagation de la vague de froid qui pourrait se propager jusqu'au public,

- voilà pourquoi l'Escogriffe met le chauffage à fond quand il bosse son instrument : c'est pour donner l'impression qu'il joue plus vite.

(bon, j'efface cette chroniquette et je viens en reposter une avec corrections, hein)

{ Klari } at: 6 février 2012 à 16:29 a dit…

En même temps, n'importe quel contrebassiste te dira qu'un ploum de basse dégage plus de chaleur qu'un ploum de violon.

(chu perplexe)

{ Joël } at: 6 février 2012 à 17:07 a dit…

Mézalor comment se peut-il que le COE joue diaboliquement bien sans chef ? Ils ont une machine à vent cachée sous la scène ? Ah non, zut, ça s'entendrait, ça doit pas être ça.

Anonyme at: 6 février 2012 à 17:14 a dit…

Article génial ! Un grand merci !

{ Klari } at: 6 février 2012 à 17:28 a dit…

@Joël : ils viennent de pays tropicaux.

@Anonyme : mais c'est moi qui te remercie d'avoir lu jusqu'au bout!

Sax at: 6 février 2012 à 21:20 a dit…

Habitué aux orchestres jazzistiques, je suis toujours étonné d'entendre qualifier la trompette de cuivre discret.

{ Klari } at: 6 février 2012 à 23:44 a dit…

Disons qu'ils ont su se tenir à carreau dans le Brahms ! :-)

Hugo at: 8 février 2012 à 11:00 a dit…

Alors sinon, on peut aussi mettre la petite harmonie à la place des premiers violons, les cuivres tout à gauche, et les cordes (dans l'ordre, violons I, altos, violoncelles, violons II) dans le tiers de scène restant.

Le chef peut aussi utiliser deux pupitres, un à gauche pour se tourner complètement vers les vents dans le premier mouvement, puis prendre son livre de partitions pour le reposer droit devant quand les cordes se joignent à l'ouvrage.

http://bun.nies.fr/files/IMG_20120207_210422.jpg

Ils font jamais rien comme les autres ces américains.

(Oups, comme le prouve twitter, des gens de la cité de la musique lisent ton blog, "Nous vous rappelons qu'il est interdit d'enregistrer, filmer ou photographier le concert", je vais me faire gronder...)

{ Klari } at: 8 février 2012 à 16:54 a dit…

Comme dirait Obéklarix : "ils sont fous ces américains!"
(ou bien, "ils sont fous ces Hongrois!" pour le Bartok)
(ceci dit, c'est génial, non ? Enfin un peu de variété et de créativité dans la disposition de l'orchestre - d'autant plus que ça me parait cohérent, dans le cadre de ce concerto bizarrement, pardon, génialement orchestré)
(c'était bien, le concert du mardi ? j'ai cru comprendre que vous avez eu du Bernstein en bis, bande de veinards !)

(D'expérience, quand j'ai pris des photos pendant les saluts, je me suis fait gronder, mais gentiment, sur Internet. IRL, un peu moins gentiment, il y a un ouvreur en particulier qui me fait un peu peur. (ils ont des consignes étranges, les pauvres ouvreurs, par exemple, ils ne laissent passer qu'une personne sur trois sur l'escalier de gauche qui va à l'arrière-scène. pourquoi, je sais pas)

Hugo at: 8 février 2012 à 17:23 a dit…

Oui, c'était bien le concert de mardi avec le concerto de Bartok :)

On a eu deux bis, une danse hongroise de Brahms et l'ouverture de Candide de Bernstein (merci Serendipity pour l'identification).

{ Klari } at: 8 février 2012 à 17:36 a dit…

Moi, j'aurais pu l'identifier, lalalilalère (mais, bon, du premier rang de l'arr-scène, je pouvais lire les titres des partitions, héhéhé)

Berwald at: 11 février 2012 à 17:28 a dit…

Bonjour Klari et bravo pour votre blog, qui sait allier compétence et humour à des niveaux stratosphériques !! Découvert par hasard en furetant sur le net, je ne regrette jamais de m’y arrêter et me délecter de votre style : ce site sait entretenir le ravissement continu de ses lecteurs par la qualité de vos chroniquettes, et je vous en félicite ! Et n’y voyez nulle flagornerie, je le pense sincèrement !! Cependant ;-) je me permets de passer du statut de simple lecteur à celui de commentateur car je ne puis objectivement vous laisser écrire, je cite :

«Primo, on ne peut pas jouer de Haydn, les copains clarinettistes seraient terriblement vexés de ne pas participer (...). Les trompettes itou.»

En effet, il existe tout de même 5 symphonies (sur 106) de Haydn avec 2 clarinettes (soit 4,7 %) et 35 (soit 33 %) avec trompettes et timbales... Vous en conviendrez, nous sommes loin de la quantité négligeable, a fortiori en prenant en compte la qualité des symphonies concernées :-) !

{ Joël } at: 13 février 2012 à 21:29 a dit…

C'est moins bizarre que les Américains, mais il y avait samedi à Dijon des Anglais qui jouaient une pièce pour double orchestre : http://jriou.org/images/misc/britten-sinfonia.svg

{ Klari } at: 13 février 2012 à 23:16 a dit…

@Berwald : Bonjour et bienvenue !

Euh, merci pour ce déluge de compliments ! Maintenant, euh, comment dire. Je, ahem, ne connais pratiquement pas les symphonies de Haydn. Je découvre donc à l'instant l'existence de symphonies de Haydn où figurent des clarinettes.

(plus sérieusement, Haydn, Mozart, toute cette clique, c'est tellement difficile pour nous autres amateurs. Ce répertoire est impitoyablement exigent en termes de précision, de son, de justesse, pfiou. Autant martyriser ce bon vieux Anton)

@Joël :Très bien! Ca me ravit qu'on s'essaie à des nouveautés de temps en temps. Et c'était bien, sinon, ce concert dijonnais ?

{ Joël } at: 13 février 2012 à 23:49 a dit…

Oui, ce concert dijonnais était chouette (plus de détails chez moi), mais aussi déprimant parce que la salle était très très très vide.

{ DavidLeMarrec } at: 15 février 2012 à 18:34 a dit…

Bonsoir !

Sur la vitesse de propagation, non, ce n'était pas ce que je visais, plutôt sur la précision moindre du son grave (plus difficile à localiser).

Il est vrai que j'ai abusivement parlé de vitesse en voulant évoquer la question de la diffusion, puisque même frottés en même temps, on _perçoit_ le violon avant la contrebasse.

{ Klari } at: 15 février 2012 à 23:23 a dit…

(dans le cadre des commentaires d'une chroniquette pseudo-scientifique, il faut être précis ! :-p )

Et oui, c'est comme la température. Réelle vs perçue. Tout le drame des contrebassistes. L'univers entier s'imagine qu'ils jouent plus lentement, plus faux, plus mal, plus moche que le reste des cordes.

Enfer et damnation.
Eux, ils savent

{ DavidLeMarrec } at: 19 février 2012 à 15:43 a dit…

Bonjour !

[Et merci pour la gentille citation dans l'autre chronique.]

[[Mes stats ont explosé.]]

[[[[C'est ce qu'on nommera désormais effet Klari.]]]]

Effectivement, la vie est injuste avec les contrebassistes. En revanche, pour les altistes, on n'a toujours rien trouvé à leur décharge :
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/01/15/1114-comparaisons-violons-altos .

{ DavidLeMarrec } at: 19 février 2012 à 15:43 a dit…

Bonjour !

[Et merci pour la gentille citation dans l'autre chronique.]

[[Mes stats ont explosé.]]

[[[[C'est ce qu'on nommera désormais effet Klari.]]]]

Effectivement, la vie est injuste avec les contrebassistes. En revanche, pour les altistes, on n'a toujours rien trouvé à leur décharge :
http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2009/01/15/1114-comparaisons-violons-altos .

{ Klari } at: 21 février 2012 à 18:12 a dit…

L'effet Klari ?! Il ne faut pas me le dire deux fois ! (pardon, c'était trop tentant).

C'est horriblement cruel (et drôle), ton exemple d'altitude.

Heureusement que ça a changé, hein !

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