mercredi 1 février 2012

Haydn et Brahms, Orchestre de Paris


2 Comms'
Salle Pleyel, mercredi 25 janvier 2012,
Orchestre de Paris, Viktoria Mullova (violon), Paavo Järvi (direction)

Haydn, Symphonie n°83 "La Poule"
Brahms, Concerto pour violon, Symphonie n°2
***
D'après le calendrier klariscopoxe, Noël sera désormais fêté le 25 janvier. Cette journée avait commencé sous d'heureux auspices : une place pour le Concert de Ma Vie n°2 grâce à Laurent, un très très beau compliment, dans la note de programme de ce concert, des pourcentages amusants sur le poids des symphonies de Haydn dans la programmation du Concert Spirituel (vous savez que j'aime ça)  et même un bon mot extrait de l'Evangile selon St Nikolaus Harnoncourt : le chef le plus drôle, le plus intelligent, le plus musicien du monde.

Et pour conclure cette belle journée : un très beau concert de l'Orchestre de Paris. Ce n'était pas tout à fait gagné d'avance, ces derniers temps j'ai surtout râlé que ce soit contre leur système de billetterie, les tentatives de tubicide commises par les équipes de captation vidéo, les grues plantées au milieu de la scène, les iphones mal élevés, etc, etc.

Mais un 25 janvier, tout était possible.

Longeant la scène pour rejoindre nos sièges en arrière-scène, Joël et moi échangeons nos impressions quant au nombre de contrebasses esseulées, qui attendent leur musicien, allongées par terre, adossées à un tabouret :
"Regarde ! Il n'y a que quatre contrebasses ! Au jardin, en plus !
- Quatre contrebasses !? Mais c'est une armada ! Quand je n'écoutais que du baroque, je trouvais ça énorme."
(ça mériterait bien une chroniquette sur la toute relativité du nombre d'instruments à cordes dans un orchestre. Et leur disposition)

Dans la grande famille des Concerts-Mémorables-et-très-Emouvants, je crois pouvoir distinguer plusieurs catégories (il y en a certes beaucoup d'autres)
  • le concert "Oeuvre" : la grande spécialité de Bernard Haitink, qui rend chacune des œuvres qu'il dirige évidente, indispensable. Je sors de chacun des concerts dirigés par Haitink en me grattant la tête : comment ai-je pu passer aussi longtemps à côté de la 4è de Bruckner/ la 2è de Beethoven / la 8è de Beethoven (etc) ?
  • le concert "Larmes" : souvent caractérisés par une intervention russe, que ce soit via les oeuvres (Alexandre Nevski de Prokofiev, par exemple), via les interprètes (Nikolaïïï Luganski, Elena Zhidkova) ou pire, les deux à la fois.
  • le concert "Beau Son" : la grande spécialité du Chicago Symphony Orchestra ou du Concertgebouw (ça m'emmerde un peu, si vous me demandez mon avis)
  • ma catégorie préférée, peut-être parce qu'il s'agit du pré carré des Concerts Gais (et du Chamber Orchestra of Europe (hiii)): la Catégorie "Concert-Youpi", qui montre l'euphorie jubilatoire qui émane, parfois, d'un orchestre en action.
Dès les premières mesures du Haydn, c'est l'évidence : Concert-Youpi. Les symptômes sont criants : une incroyable énergie émane du mini-orchestre-à-4-contrebasses. Elle s'entend, se voit aussi (youpi), quand un pupitre entier se penche légèrement en avant pour asséner un accent (vlan!) ou au regards satisfaits de certains pupitres de cordes après un ploum de basses ou un plouc-plouc-plouc pianissimo de seconds violons particulièrement réjouissant. On pourrait presque reprocher un minuscule trop-plein d'énergie à la symphonie de Haydn, mais ce serait être bien tâtillon (et de mauvaise foi) que de reprocher un léger surdosage en vitamine C à du Berroca.

Cette belle énergie est conservée dans le concerto pour violon, l'orchestre pousse au train la soliste, altière, un peu distante, dont la robe semble avoir été choisie pour décontenancer les chefs de pupitre assis autour d'elle. Mais leur professionnalisme n'est pas pris en défaut et ils continuent d'entraîner des cordes formidablement allantes (quel contraste entre la robe de Viktoria Mullova et le confortable jean-pull à capuche qu'elle a enfilé pour la séance de dédicaces).

Superbe Symphonie n°2 - plutôt symphonie fabuleusement youpique. Elle a peut-être été prise trois fois au-dessus/en-dessous du tempo orthodoxe, peut-être a t'on interverti deux mouvements, inversé les nuances, je n'en sais fichtre rien. Tout simplement une demi-heure passée un gigantesque sourire idiot aux lèvres. Impossible de résister:
- au grand sourire contagieux de Paavo Järvi, dont la direction paraît plus souriante, presque taquine que d'habitude,
- à l'immense sourire de l'alto solo (déjà croisé la même semaine dans un très très beau programme Janáček) qui fait tâche d'huile, contaminant les voisins de droite et de gauche, puis les rangs de derrière. Quel plaisir de voir s'illuminer les visages de certains musiciens d'ordinaire très sérieux et très dignes, de les voir se dandiner en rythme, y compris quand ils se retrouvent temporairement oisifs.

Dans le finale de la symphonie, la casserole de lait qui approchait dangereusement du frémissement dans le Haydn se met franchement à déborder à gros bouillons. Taquin, Paavo Järvi monte encore un peu le thermostat (tant pis, on nettoiera plus tard les plaques chauffantes), il ne reste plus qu'à s'abandonner à l'allégresse : le timbalier fait mine de crever les peaux de ses timbales (on en achètera d'autres), les cordes jouent sans plus aucune considération pour la santé de leurs archets (on les remèchera plus tard) je me retiens d'applaudir au beau milieu du finale, à grand'peine. Il faut encore attendre quelques instants avant de glapir enfin quelques 'youpis' déguisés in extremis en 'bravo'.

Seule chose qui manquait encore à cette journée, un instant-kavakos. Quelques instants avant que mon carrosse ne redevienne citrouille, plup! un sms de Laurent m'annonce que mon rêve est devenue réalité : un orchestre avec une saison Kavakos ? Valeri Gergiev et le London Symphony l'ont fait. Cerise sur le gâteau : un récital Luganskiiii-Kavakooos. Apportez-moi mes sels.

Aussi : Joël, Palpatine, Andante con Anima, Concertonet, le Berlin Phil en action sur la Symphonie n°2, et Zvezdo, qui avait été écouter un des concerts de musique de chambre donnés par Viktoria Mullova. Et le premier violon du Philharmonique de Berlin en soliste dans Brahms (ooooommm!)

2 Comms':

{ Joël } at: 1 février 2012 à 12:35 a dit…

Je repenserai à ce concert la prochaine fois que je préparerai du kulfi (faut trouver des pistaches crues et il n'y en a plus au magasin du coin...). Le lait déborde à chaque fois (et comme en plus il y a du sucre ajouté...).

{ Klari } at: 1 février 2012 à 13:43 a dit…

Et moi en me préparant un chocolat chaud (d'autant plus que le chocolat chaud du troquet où nous avons été ensuite était délicieux)

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