mercredi 1 février 2012

Cerisaie


12 Comms'
Opéra Garnier, lundi 30 janvier 2012, 19h30
La Cerisaie, Philippe Fénelon

Deux heures catapultées dans ces planches du Chaudron d'Astérix, où, pour se remettre à flot, Astérix et Obélix s'essayent au théâtre contemporain. Comment a été écrit le livret ? Probablement en agitant un dictionnaire au-dessus d'une feuille blanche après avoir ingurgité des champignons hallucinogènes.


Dans une cerisaie de bouleaux (gougniaffiers !), des chanteurs chantent. De quoi au juste, je n'en sais rien, il est question de cerisiers, de vodka, des règles du billard, de danser en promenade par paire, manger, mourir, dormir. De l'état de propreté des rideaux. Chaque non-sequitur me déleste d'un ou deux neurones, au fur et à mesure que je comprends de moins en moins de quoi il se retourne.


 Mon compagnon de concert est terrassé par l'insupportabilité de la vérité sortant de la bouche de nos héros post-néo-tchékhoviens : il plonge dans un profond sommeil, qui lui fait manquer les va-et-vients en fond de scène (non pas de légions romaines à la poursuite de nos deux Gaulois, mais elles n'auraient pas détoné)  d'un contingent de serviteurs en camouflage-bouleau-argenté, d'une danseuse en tutu munie d'un nounours et d'un joueur de tuba.

S'il m'était resté des neurones en état de marche (un cerisier m'est tombé sur le crâne), il me semble bien que j'aurais aimé la musique.

Aussi : Paris-Broadway, le Monde (La Cerisaie 'Tchernobyl'), Huffington Post, L'Oeil et l'Oreille, Concertonet.

12 Comms':

Genoveva at: 1 février 2012 à 12:23 a dit…

Ah bon ! moi j'ai bien aimé !

{ Klari } at: 1 février 2012 à 12:28 a dit…

Tant mieux ! :-)

Qu'est-ce-qui vous a plus en particulier ?

{ DavidLeMarrec } at: 1 février 2012 à 13:47 a dit…

Au milieu du XXe siècle, les compositeurs ont péché par orgueil en voulant réinventer la musique.

Alors l'Eternel leur a envoyé la onzième plaie, la plus terrible, celle à laquelle les Egyptiens avaient échappé grâce à la soumission de Pharaon : le livret-pourri.

Pas vu la Cerisaie, mais c'est malheureusement une malédiction assez répandue... Entre les compositeurs qui écrivent un opéra sans s'être interrogé une seconde sur la prosodie, et ceux qui embauchent de laborieux pédants pour leurs livrets, il est sûr que les statistiques ne sont pas très encourageantes pour les amateurs de création lyrique...

Pourtant Fénelon, dont je n'adore pas particulièrement la musique, a de bons livrets d'ordinaire.

{ Klari } at: 1 février 2012 à 15:07 a dit…

"la onzième plaie, la plus terrible, celle à laquelle les Egyptiens avaient échappé grâce à la soumission de Pharaon : le livret-pourri".

Oh oui, m'exclamé-je en m'étranglant avec mon café, oh oui !

(tiens, ton commentaire a été publié instantanément, sans passer par la case dossier spam?)

Tu es certain que cette malédiction est récente, après tout, elle existait déjà au premier siècle avant JC, apparemment, le temps n'a t'il pas tout simplement oblitéré les quelques livret-pourris qui sont venus tourmenter les malheureux mélomanes au cours de l'histoire.

(avec mon compagnon de concert, on songeait à mettre en scène une adaptation contemporaine de la Cerisaie, qui s'appelerait Le Périphère. en fond de scène, des voitures, des bus et des camions passeraient sans interruption, pendant, qu'à la terrasse d'un café, deux trois personnage se lamenteraient sur le pouvoir d'achat, la crise, la perte de valeurs chez la jeune génération, etc, etc.. Djac pourrait composer la musique. Tu veux participer à la rédaction du livret ;-) ? )

{ Klari } at: 1 février 2012 à 15:07 a dit…

Le Périphérique, pardon !

{ DavidLeMarrec } at: 4 février 2012 à 18:47 a dit…

(Je n'arrive plus à poster sur le Klariscope du tout, donc j'utilise un autre navigateur, qui apparmment me fait désormais passer pour quelqu'un de respectable...)

Non, non, il existe quantité de livrets médiocres ou sans intérêt dans le répertoire (le choix d'opérant généralement par la musique), en particulier chez les Italiens entre 1700 et 1850 : à la fois la plus grosse concentration en production lyrique de l'histoire européenne et le plus gros pourcentage de nanars (au bas mot autour de 95%).

Mais le livret-pourri, c'est autre chose, ce n'est pas seulement un livret plat, inintéressant, sans action, sans enjeu et mal versifié.

Le livret-pourri, c'est un véritable miracle, ou plus exactement une authentitque malédiction : c'est un livret donc la prétention, le ridicule et la nocivité conjugués détruisent la meilleure musique, et rendent tout simplement impossible de composer quelque chose de conforme prosodiquement ou dramatiquement, d'écrire une mélodie de plus de quatre notes, etc.

Un privilège du second XXe siècle (le phénomène étant actuellement en nette régression).


Je suis tout prêt à contribuer avec quelques pentamètres décasyllabiques, mais à la condition expresse qu'on conserve le titre Le Périphère, d'une puissance évocatrice sans comparaison.

{ Klari } at: 4 février 2012 à 21:55 a dit…

(j'apprécie ta motivation et te remercie avec effusion de te décarcasser ainsi pour continuer d'écrire des commentaires sur mon 'scope)

Je me rends compte maintenant que j'avais confondu les concepts de Livret-bof et de Livret-pourri, merci de tes éclaircissements.

Je vois. Le livret-pourri est le cousin germain du scénar' pourri. Encore que le scénar' pourri, associé à une mise-en-scène-pourrie, un jeu d'acteur pourri, des décors pourris peut donner un chef d'oeuvre humoristique. Pour exemple, la Courtisane (1998), un monument de kitsch premier degré (avec merlans frits, méchants caricaturaux, draps mal peints en guise de décors, petits solos de mandolines et musique à l'avenant) qui m'avait valu un fou rire mémorable.
(il parait que mon voisin et moi avons fait trembler toute la rangée de fauteuil).

Je crains que l'équivalent opératique n'existe pas ?

Va pour Le Périphère. Mais je serai intraitable quant aux camions à ordures, bennes et pots d'échappements.

{ DavidLeMarrec } at: 5 février 2012 à 21:34 a dit…

Vu le rythme plus lent et le caractère peut-être plus intrusif de la musique, oui, je ne vois pas beaucoup d'exemples d'humour involontaire.

Les nanars produits pendant l'ère belcantiste et les opéras de Glass, c'est simplement pénible, mais pas drôle.

{ Klari } at: 6 février 2012 à 00:42 a dit…

Et pourtant, qu'est ce que j'aurais besoin d'un opéra parodique, après certaines journées de travail...

{ DavidLeMarrec } at: 15 février 2012 à 18:40 a dit…

Les opéras parodiques existent en revanche : L'opera seria de Gassmann, Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, Il Turco in Italia de Rossini, Panurge de Massenet, Ariadne auf Naxos de R. Strauss... ont des références dramaturgiques ou musicales qui sont d'ordre parodiques (de même que les chanteurs italiens incontournables chez Strauss).

Sans parler de certains opéras comiques farfelus, ni des réelles parodies de Wagner ou de Pelléas qui ont fleuri au début du vingtième siècle.

Mais des opéras qui provoquent involontairement un fou-rire, non, je n'en ai jamais rencontré à ce jour. Il n'y a pas d'équivalent local de Max Pécas semble-t-il.

{ Klari } at: 15 février 2012 à 23:20 a dit…

Oh, une parodie de Wagner, que ça a l'air savoureux !! (tu me fais signe si l'une d'entre elles est jouée dans le coin?)

Ariadne a certainement beaucoup de qualités, mais elle ne m'a guère fait sourire. Elle doit faire appel à une forme d'humour plus subtile que celle que je pratique.

(si ça n'existe pas, il faut le faire. Un Astérix opératique, avec bardes qui chantent faux, poissonniers acariâtres, et patin-couffin)

{ DavidLeMarrec } at: 19 février 2012 à 15:50 a dit…

Oui, je transmettrai si je remets la main dessus. Ca avait même été donné en concert il y a une dizaine d'années.

Ariadne n'est pas particulièrement subtile, c'est tout simplement une parodie, à plusieurs étages : parodie du monde de l'opéra (avec les "coulisses" du Prologue), hommage-parodie de l'opéra du XVIIIe (récitatifs secs, commedia dell'arte, coloratures...). Mais ce n'est pas à proprement parler hilarant.

Quant à aujourd'hui, malheureusement, c'est plutôt l'esprit de sérieux qui domine en la matière, même lorsqu'on fait de l'humour (Aperghis en fait beaucoup, mais ça reste de l'humour très "avant-gardiste"). Ceux qui y parviennent sont essentiellement ceux qui conservent très rigoureusement la tonalité (Damase ou Aboulker, par exemple).

De toute façon, de la musique atonale drôle, à part Von Heute auf Morgen... Ce ne sont pas les émotions qu'elle favorise prioritairement.

Le musical est beaucoup plus enclin à faire ce genre d'adaptations amusantes, mais il faut dire que c'est un genre beaucoup plus vivace que l'opéra (qui traverse vraiment une période d'incertitudes).

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