mercredi 21 décembre 2011

Oneguine (McKie - Dupont)


19 Comms'
Lundi 19 octobre 2011, 19h30 - Opéra Garnier
Evan McKie -Principal, Ballet de Stuttgart (Onegin), Aurélie Dupont (Tatiana), Myriam Ould-Braham (Olga), Josua Hoffalt (Lenski), Corps de ballet de l'Opéra de Paris. Orchestre Colonne, James Tuggle (direction)

Onegin - Cranko, Tchaïkovski (d'après Eugene Oneguine, roman en vers de Pushkin)

***
Si j'étais sur la pointe des pieds (chaussures préalablement ôtées) sur une chaise en fond de loge à Garnier, je le devais à la prévenance de Joël, qui m'avait ramené, précieux butin, une place à 9€ lors d'une de ses expéditions aux caisses de l'Opéra. Malgré la fatigue, un mal de dos sournois, je me tortillais sur ma chaise, tordant le cou pour apercevoir la scène de mon fond de loge.

Ce devait être un de ces soirs où les planètes qui président à la destinée du Palais Garnier étaient parfaitement alignées. La musique, somptueuse. Le poème de Pushkin, émouvant, magnifique. Décors et éclairages, pertinents et splendides, mais jamais au point d'éclipser l'histoire. Et le jeu de ces acteurs-danseurs, fin et subtil, capables d'exprimer avec une justesse redoutable les infimes évolutions de leurs  personnages, cruciales pour la compréhension de l'histoire. Que c'est beau quand la danse est au service d'une histoire et non l'inverse - l'histoire un bête prétexte pour bondir, tournoyer, trottiner deci-delà sur scène.

Dès les premières minutes, la soirée s'annonce exceptionnelle. Les deux tourtereaux, Olga et Lenski, bondissent, s'ébrouent avec un entrain et une naïveté touchante. A les regarder danser, on sourit avec indulgence de se rappeler d'éventuels émois amoureux adolescents, un brin superficiels, peut-être, mais sincères dans leur élan juvénile. Envoûtante Tatiana/Aurélie Dupont, d'une présence et d'une justesse de jeu rare, au visage de madone et à la silhouette d'une beauté frappante. Elle est à mes yeux, une des rares danseuses de l'Opéra à ne pas arborer cette silhouette d'écolière pré-pubère, typique aux danseuses, clavicules saillantes, genoux et coudes pointus, assez inquiétante d'une part, et peu crédible par ailleurs dans le rôle d'une femme si désespérement, si passionnément amoureuse. Quelle actrice, capable de transmettre un mélange de détresse, de reproche et d'affection en un seul regard à la fin de l'acte II, juste après le duel.

Onéguine. Un rôle injouable par excellence. Surjoué, ce ne serait qu'un ours mal léché. Sous-joué, aussi intéressant qu'une huître mal rincée, comment Tatiana pourrait donc en tomber amoureuse ? Onéguine n'est ni cruel, ni hautain, ni exagérement orgueilleux. Allez traduire cet intraduisible concept (qui n'aurait pu être inventé que par des Russes) de «лишний человек», d'"homme de trop" (les anglais ont trouvé une traduction plus heureuse avec "superfluous man"). L'anti-héros qu'on aime détester (tout en étant attiré) n'est pas un concept inconnu de la littérature française, mais cet improbable mélange de culture, d'éducation, d'indifférence aristocratique pas réellement symptôme d'une vanité déplacée, mais une protection vis-à-vis d'un monde dans lequel il ne se reconnait pas est une authentique spécialité russe.

Oneguine est distant. Par conséquent, intrigant. Il est attirant : il peut être beau, ou non, peu importe, sa prestance suffit. Oneguine est abîmé, éteint. Le petit coeur tendre d'une Tatiana ne pourrait résister à ce défi : réparer cet homme fragilisé, abîmé, sous la surface duquel se cache un coeur d'or.  C'est le genre de rôle à propos duquel j'aurais volontiers affirmé que seul un Russe peut le jouer, mais ce grand maigrichon canadien au visage d'angelot, expatrié à Stuttgart, formé à la technique russe aux Etats-Unis, domine le rôle.

Dès son entrée, le personnage est posé. Il traverse d'un pas lent le praticable. Je me demande si marcher n'est pas une des pires difficultés techniques de la danse classique. Sauter, galoper, enchaîner les pas inenchaînables : tous, à partir d'un certain niveau, le font excessivement bien. Mais marcher ? Définir un personnage par la simple action de poser un pied devant l'autre ? Beaucoup de danseurs, je trouve, me paraissent désespérement appliqués, comme s'ils se récitaient intérieurement les étapes du processus (hanche en avant-tendre le mollet-tendre le pied-poser les orteils-puis le talon-recommencer), bien d'autres m'ont l'air empruntés. Evan McKie traverse la scène de cette improbable démarche de danseur, mais il se l'est complètement appropriée. Ce n'est plus un pas de danse, c'est une des composantes du caractère d'Onéguine, cette démarche qui reflète sa langueur aristocratique, son éducation. (il fait de très belles cabrioles aussi, mais faire beaucoup à partir de peu, voilà qui m'épate). Même assis dans un coin de la scène, immobile, tuant le temps avec une réussite, McKie exige l'attention et l'obtient, alors même un demi-corps de ballet s'agite non loin.


Comme le poème de Pouchkine, la chorégraphie de Cranko est éminemment humaine, expressive, sans tomber dans la virtuosité ni l'esbrouffe, ce qui n'est pas sans rappeler le ton amical, intimiste du texte. Les pas de deux sont éloquents, poignants ( beaux, aussi, mais leur beauté ne saute pas aux yeux, comme si elle n'était qu'accessoire au récit). Que ce soit le premier, frais et pétillant, entre Olga et Lenski, le deuxième, glacial, entre Tatiana et Oneguine qui passe le plus clair du pas de deux à tourner le dos à Tatiana, plus par indifférence que par réelle impolitesse, certainement. Les choses s'enflamment un peu plus tard, dans le pas de deux du rêve de Tatiana, où, déjà, la fougue de certains portés laisse pressentir la puissance de leur attachement (potentiellement?) mutuel. Et les petits papillons dans l'estomac s'agitent avec excitation, ils ne demandent qu'à mettre fin à leur hibernation.

Les pas de deux de Cranko peuvent aussi se montrer perversement malicieux - alors qu'Oneguine, agacé, conte fleurette à Olga,(peut-être pense-t'il aussi que Lenski mérite mieux) il colore ses pas d'un peu d'humour burlesque et de second degré. Pour ceux qui n'auraient pas compris, l'orchestre renchérit depuis la fosse avec un motif rustique aux cuivres et aux percussions.

On est d'ores-et-déjà captivé, le ballet prend une tournure encore plus sombre : le duel. Une lumière froide baigne la scène, dépouillée, quelques bouleaux dans les coins. De la fosse provient un sublime solo de cor anglais, fantômatique, un peu inquiétant, présent sans ostentation, qui accompagne les derniers instants de Lenski. Le cor anglais est rejoint par l'alto, autre instrument du registre medium on ne peut plus approprié pour cette atmosphère dramatique. Ce solo très joli, très propre, aurait pu être sublime s'il n'était pas joué trois ou quatre nuances trop fort, devenant agressif plus que présent et s'il avait cherché à jouer avec le cor anglais plutôt qu'à le couvrir. Pendant ce temps, sur scène, Lenski ignore les tentatives d'Oneguine de désamorcer le duel. Mais qu'ont ces russes à chercher leur malheur par tous les moyens ? Lenski aurait tout pour être heureux, s'il n'était pas si honorable, si droit (jeune crétin adorable, grommele-je). Lenski s'effondre. Le temps semble s'arrêter alors que Tatiana dirige un regard lourd de reproche, de compassion, de désespoir, vers Oneguine, qui figé, prend conscience de ce qu'il perd en un instant : l'ami, l'amour de Tatiana (ou si ce n'est l'amour de Tatiana, la possibilité de la concrétisation de cet amour) et ce qu'il lui reste d'amour-propre.

(à ce stade, la gorge est irrémédiablement nouée)

Le troisième acte, 10 ans plus tard, met en scène une Tatiana mariée, résignée, assumant avec dignité son rôle dans la société aristocratique russe. Onegin a mûri, a retrouvé son humanité, ses tempes grisonnantes lui confèrent une vulnérabilité touchante. Enfin, après un pas de deux noble et peu expansif entre Tatiana et son mari, les retrouvailles d'Onegin et Tatiana prennent place. Depuis une heure et demie, ces fabuleux danseurs ont adroitement laissé une tension quasi-insoutenable s'installer, on retient son souffle alors que le ballet s'approche de son dénouement. Le pas de deux final est d'une intensité inimaginable. J'ai depuis longtemps oublié jusqu'à l'existence de mes lombaires endolories et de mes plantes de pieds, échaudées à force de rester debout. Je n'avais pas pensé à emporter des mouchoirs en papiers, c'est donc la manche de mon pullover qui a du remplir cet office alors que je me mets à sangloter. Oneguine s'approche de Tatiana, s'agenouille timidement devant elle, effleure l'ourlet de sa robe avec une ferveur bouleversante. D'abord implorant et vulnérable, Oneguine devient tendrement insistant, alors qu'il enlace les épaules de Tatiana.

Bouleversée, Tatiana prend spontanément la main que lui tend Oneguine, laissant enfin s'exprimer ses sentiments, encore puissants. Mes larmes d'émotion font place à des larmes de joie alors que leur pas de deux passe de la tendresse respectueuse à la fougue, évocatrice de leur sentiments, sincères et enfin partagés. On serait presque gêné de regarder les derniers portés, féroces, animals (je ne vois pas comment décrire celui où Onéguine empoigne vigoureusement Tatiana, assise au sol, pour lui faire une sorte de grand jeté explosif autrement qu'avec l'adjectif "orgasmique"). La musique enfle encore, Oneguine exulte, le bonheur, la rédemption est à portée de main de cet homme qui le mérite désormais. Un sourire timide pointe au travers des larmes. Et si, contre toute attente, cette histoire tragique se finissait bien ? Tatiana, brutalement, déchire la lettre qu'Oneguine lui avait écrite, lui rend, elle a choisi de rester fidèle à son mari. Anéanti, Oneguine fuit. Tatiana reste figée au milieu de la scène, irradiant de désespoir. Rideau.

Il me faut quelques minutes avant de pouvoir aligner à nouveau quelques mots sans chevroter, et pour me convaincre du caractère fictif des personnages, non, E. McKie et Aurélie Dupont ne sont pas, accablés de désespoir, en train de se pendre à une poutre dnas un recoin du Palais Garnier. Encore qu'on me dit, que depuis la fosse d'orchestre, le visage d'Aurélie Dupont paraissait bien humide, sans qu'on puisse me rpéciser s'il s'agissait de transpiration ou de larmes.

(étrangement, quelques jours plus tard, même endroit, même chorégraphie, même musique, j'ai assisté au ballet le plus ennuyeux que j'ai jamais vu. mais ce sera pour une autre chroniquette)

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Lectures conseillées : Grignotages, JoëlDanses avec la plume, Concertonet, la critique du FT, et une interview passionnante du héros de la soirée


Vidéos obligatoires : Pas de deux de l'acte I, une moitié du pas de deux de l'acte III,

Photo chipée sur Iternet, il me fallait un souvenir, veuillez excuser mon larcin. 

19 Comms':

{ mimylasouris } at: 23 décembre 2011 12:33 a dit…

Ceci est la plus belle chroniquette qui soit sur Onéguine. Tu es officiellement et irrémédiablement une balletomane.

Faire beaucoup à partir de peu... moi aussi cela me fascine. Certains artistes font davantage d'effet en une simple marche que d'autres avec d'ébouriffantes prouesses techniques. On parle souvent de "présence" pour résumer ça mais c'est très en-dessous de ce mystère... Qu'une silhouette noire en fond de scène suffise à caractériser un personnage, c'est tout de même quelque chose. Je me demande si mes moments préférés ne seraient pas paradoxalement ceux où l'on ne danse pas (mais auxquels la danse a donné une signification), notamment le regard de Tatiana sur Onéguine juste après le duel.

{ Klari } at: 24 décembre 2011 00:06 a dit…

Tu es trop indulgente en ce qui concerne mes chroniquettes ! Mais je suis très touchée, et sache que je lis avec dévotion les tiennes :-)

Yep, le beaucoup à partir du peu est une des constantes chez les artistes que je respecte le plus, toutes catégories confondues. Chez notre Kavakikounet adoré, par exemple, cf. son Bach en bis après le concerto de Brahms. Haitink aussi, qui n'ajoute rrrrrien de superflu à une partition, au contraire, semble l'écremer jusqu'à ce qu'il n'en reste que la substantifique moëlle.
Je pense que c'est ce goût vers le rien qui m'a amenée vers le dhrupad (je t'en parlerai plus longuement à l'occasion - disons pr faire court et très réducteur, que c'est une discipline vocale d'Inde du Nord, basée sur le système des ragas, qui exige une réelle musicalité même dans les phrases les plus simples, dans la mesure où la virtuosité, la vitesse n'a oas sa place dans cette discipline). Bref, et donc, j'ai suivi un stage récemment avec la prof de ma prof (elle est href="http://www.codarts.nl/NL/muziek/AWM/content/info/indiase_muziek/AWM-INFO-080114-im-docenten.php">responsable des enseignements de sarangi et de dhrupad au conservatoire de Rotterdam, ze conservatoire en urope qui propose des enseignements de musique indienne à haut niveau.

Et donc (j'y viens), dans le cours, elle nous dit, théoriquement, chaque matin, vous devriez pendre vos tampura, chanter la fondamentale pendant une heure sur la voyelle "a". Pourquoi, nous demande-t'elle d'un air taquin, curieuse de nos réactions (c'est d'autant plus perplexant, cet exercice faussement facile, qu'il y a des choses très difficile à bosser en dhrupad, bon)
Ca du poncif
- pour être en harmonie avec le monde ! (hnngg)
- pour se détendre !
au prosaïque :
- pour augmenter la capacité pulmonaire.


NI l'un et l'autre :
- d'une, quand tu chantes une même note si longtemps, ta voix trouve quasi-naturellement le placement le plus efficace,
- deuxio, ca t'oblige à faire de la musique avec ta note solitaire. ne serait-ce que pour préserver ta santé mentale, tu es donc quasi obligée de mettre une intention musicale, une densité, un machin, quoi, dans ton "aaaaaaaaaaaaaaaaa" interminable.

Et donc, tout ça, c'était pour dire qu'il se passe à mon avis quelque chose d'équivalent chez les danseurs qui, comme McKie, savent faire beaucoup à partir de peu. De la présence, je veux bien, mais je pense aussi qu'il y a beaucoup de travail derrière, surtout chez eux qui sont suffisamment intelligents pour travailler ces choses apparemment si faciles.

(même mes commentaires se mettent à faire des tartines...)

{ Klari } at: 24 décembre 2011 00:07 a dit…

ps : oh oui, le regard à la fin du duel ... !

{ Joël } at: 24 décembre 2011 01:51 a dit…

Mais elles sont très bien tes tartines !!!
Fais attention chère souris : si Klari arrive à te convaincre d'aller à un concert de dhrupad, après, tu risques d'avoir envie d'y retourner...

{ Klari } at: 26 décembre 2011 00:24 a dit…

Mais pourquoi faudrait-il faire attention ? :-)

(La souris : en fait, c'est à un stage de dhrupad que je t'embarquerais volontiers (c'est pire !))

{ mimylasouris } at: 26 décembre 2011 10:34 a dit…

Je refuse d'émettre en public le moindre son qui ne soit pas strictement assimilable à une parole.

{ Klari } at: 26 décembre 2011 11:06 a dit…

Ach so. Bon, concert pour toi, alors. Tu ne le regretteras pas !

(je suis en train de lire avec ferveur des interviews et des articles sur le phénomène McKie, il parle beaucoup de l'importance de la musique, et d'un de ses professeurs, qui justement, l'aurai beaucoup fait bosser sur les mini-gestes, les fondamentaux, et tout ça. Tout s'explique. En tt cas, ça commence à expliquer pq j'y ai été si réceptive, il reste évidemment un part de mystère)

{ mimylasouris } at: 27 décembre 2011 08:07 a dit…

Cela a l'air passionnant mais les liens ne fonctionnent pas...

{ Klari } at: 27 décembre 2011 16:43 a dit…

Crotte !

Deuxième essai : article 1, article 2 .

{ DavidLeMarrec } at: 18 janvier 2012 23:17 a dit…

Droit de suite.

Je suis finalement allé voir ce qu'on trouvait en ligne, et j'ai pu accéder à l'Onéguine de McKie (avec Myriam Simon) suite à notre conversation.

Effectivement, il est impressionnant sans commune mesure, il semble glisser plus que se déplacer, comme une apparition - ce qui était fort à propos, puisque j'ai regardé la scène du miroir.

Myriam Simon qui l'y accompagne danse sur le même registre, ce qui produit un effet irréel vraiment étonnant.

{ Klari } at: 19 janvier 2012 00:48 a dit…

"droit de suite" : tu réponds au message que tu souhaites quand tu souhaites et où tu souhaites :-)

"impressionnant sans commune mesure" et oui! C'est pour ça que je ne me suis pas donné la peine d'argumenter en sa faveur, car il suffit d'attendre patiemment que l'interlocuteur ait l'occasion de le voir, en vrai, ou sur Youtube. Je n'ai alors plus qu'à afficher un petit sourire entendu et penser très fort "je te l'avais bien dit".

Imagine-toi avec délices qu'Evan McKie IRL, ou "on real stage", c'est ce que tu vois à l'écran puissance 10. Voilà pourquoi j'ai passé la deuxième moitié d'Oneguine en larmes.
(oh que c'était bon)
(le plus impressionnant, pour moi, c'est cette justesse absolue de jeu, encore plus frappante, quand il ne danse pas. Quand il marche ou se tient tout bonnement dans un coin de plateau pour des raisons x, y. Rarement vu un danseur (ou un acteur, un musicien) rayonner à ce point (il justifie à lui tout seul l'usage d'épithètes que je trouve d'habitude pathétique : rayonnant, incandescent, lumineux, stellaire, etc, etc)

Tu comprendras aisément que je sois en train d'envisager de passer le week-end du 14 juillet à Stuttgart ? ;-)

{ DavidLeMarrec } at: 19 janvier 2012 23:26 a dit…

Vu que la première partie de la discussion avait eu lieu chez moi, je trouvais plus sympa de la relancer ici (surtout que j'avais lu ta chronique juste après avoir assisté au spectacle...) .

Concernant McKie lui-même, ça rend quand même pas la musique ou l'orchestration meilleures, mais il est vrai que lorsque la situation paraît pertinente dramatiquement, on n'y regarde plus de si près. Dans cet extrait de soirée de Stuttgart, on a réellement l'impression de spectres dans la chambre, ce qui compense toutes les réserves qu'on pourrait avoir (je n'en ai pas, au demeurant, sur ce tableau, mais l'effet en est beaucoup plus exaltant).

Pour ce qui est de marcher, je ne suis pas particulièrement impressionné, en fait, parce que de même qu'à l'opéra je suis avant tout intéressé par le récitatif, au ballet les pas simples me touchent bien plus que les variations les plus sophistiquées.

C'est aussi parce que j'ai vu très peu de son interprétation. Je ne suis pas sûr d'aller à Stuttgart, mais cette fascination me paraît tout d'un coup beaucoup moins exotique, je le confesse. :)

Bonne (fin de) soirée !

{ Klari } at: 20 janvier 2012 00:14 a dit…

Bienvenue par ici pour la suite, alors !

"Concernant McKie lui-même, ça rend quand même pas la musique ou l'orchestration meilleures". Hum. Oui et non. Oui, évidemment, l'orchestration reste la même.
Mais je ne suis pas d'accord pour autant. Pour rester dans le domaine spécifique du ballet (et de mon expérience magistrale d'une dizaine de spectacles vus au total au cours de mon existence...), je trouve cependant que quand les différents ingrédients d'un ballet (lumière, danse, décors, jeu, musique, le "bidule" qui se dégage de l'orchestre") sont cohérents, connectés, chacun magnifie l'autre, le rend indispensable, sublime.

J'ai eu cette impression pendant le Don Quichotte dansé par le Bolchoi en mai dernier. Un instant magique*TM* : en fosse, le chef (dont j'ai entendu beaucoup de bien par ailleurs) étire la pulsation. Corps de ballet au taquet sur les côtés. Et paf! Ivan Vasiliev saute, plane une mini-éternité, en parfaite synchronisation avec le O-temps-suspend-ton-vol qui sort de la fosse. La musique a t'elle rendu le saut du danseur plus impressionnant ? Vi (et pourtant, la chorégraphie était la même, pourrais-tu me rétorquer). L'exploitation über-pertinente de la musique par la chorégraphie à ce moment rend-elle la musique plus belle ? A mon sens, vi, elle lui confère, une légimité (de surcroît ça dénunuchise Minkus qui en a parfois bien besoin). Résultat, quand encore aujourd'hui, j'entends ce petit bout de musique, ma gorge se serre. Certes, la musique est toujours de Minkus-gargl, mais mon cerveau a réussi à s'aveugler (s'assourdir?) et l'a rangée dans le casier des musiques splendides-émouvantes-kleenex nécessaires...
(même pas honte)

Quant à Stuttgart, et bien, il y a un Platée aussi au même moment (youpi). Et quand je réalise que je n'aurais vu danser Nicolas Le Riche que 15 minutes au total, avant qu'il ne prenne sa retraite, je n'ai aucun scrupule à me déplacer un petit peu pour mes artistes préférés (mais seulement pour les préférés, et uniquement dans des coins où j'irais en week-end et/ou en vacances, spectacles ou non. Quand même!) Le raisonnement s'applique aussi pour Harnoncourt, par exemple. Haitink, non, car, milles grâces lui en soient rendues, il vient souvent à Paris.

{ DavidLeMarrec } at: 23 janvier 2012 23:36 a dit…

Bonsoir Klari !

Je veux bien convenir qu'une interprétation extraordinaire peut transfigurer une oeuvre, mais je reste dubitatif, je le confesse, sur la possibilité de transfigurer les assez mornes premiers tableaux du I et du III...

De même que les plus grands interprètes ne rendraient pas forcément Ketèlbey sobre, Philip Glass profond ou Olga Neuwirth avenante...


"Et paf! Ivan Vasiliev"

Oui mais non, ça compte pas. Ivan Vasiliev, c'est pas pareil, c'est tellement hors des normes qu'il y a une exaltation spécifique, déconnectée de la situation et de la musique, à le voir danser. Une sorte de miracle permanent, au sens le plus physique du terme.

Mais une fois qu'on a cité le meilleur danseur vivant, on n'a quand même pas tout à fait démontré la théorie. Et même avec lui en Onéguine, il danse de toute façon trop peu au I,1 pour suffire à rendre la musique bonne...


"Certes, la musique est toujours de Minkus-gargl, mais mon cerveau a réussi à s'aveugler (s'assourdir?) et l'a rangée dans le casier des musiques splendides-émouvantes-kleenex nécessaires..."

Ce n'est pas l'amateur d'opéra qui dira le contraire, il existe une réelle contamination réciproque des qualités des différentes composantes. Néanmoins, je ne suis pas tout à fait certain que moi (puisque c'est de cela qu'il est question), j'aurais complètement changé d'avis sur les limites du ballet de Cranko en voyant McKie, même si j'aurais probablement été plus séduit partout où c'était possible. :)


"Haitink, non, car, milles grâces lui en soient rendues, il vient souvent à Paris."

Haitink, vraiment ? Il est si impressionnant que cela en "vrai" ? Parce qu'il a quand même un côté "bien rangé" assez souvent audible, en tout cas pas une personnalité ravageuse qui me ferait franchir les frontières.

Evidemment, tout dépend du répertoire et de l'orchestre, il peut vraiment s'animer remarquablement (sans que j'aie vraiment trouvé de constante explicable comme on le peut avec la plupart des chefs...).

{ Klari } at: 27 janvier 2012 00:31 a dit…

Je reprends (thème par thème, hein)

Fil de discussion n°1 : la transfiguration par l'interprétation.
Je pense que nous sommes irrémédiablement en désaccord (et ce n'est pas grave du tout, hein). Je te soupçonne d'être plus cartésien que moi, et de juger des œuvres relativement objectivement ("relativement* car je suis convaincue que les goûts et les couleurs entrent en ligne de compte) à l'aune de critères intellectuellement justifiables : construction, complexité mélodique, harmonique, etc (je ne sais pas ce qui est important pour toi).

De mon côté, je parle à l'émociôônomèrte (aussi appelé kleenexomètre, frissonomètre, vibromètre, etc). Aucun jugement de valeur là-dedans, il s'agit simplement de mon mode de fonctionnement, c'est probablement du - je pense - à mon absence de formation musicale en bonne et due forme.

Selon ma "logique", si Kavakos me jouait Au Clair de la LUne (ce serait sublime, non ?) je serai par la suite capable de déclamer le plus sérieusement du monde qu'Au Clair de la Lune est l'alpha et l'oméga du répertoire pour violon seul.

(je ne rallierais peut-être pa grand monde à ma théorie. mais c'est pas grave. moi, je sais :-)

Fil n°2 : Ivan Vasiliev. Oui. J'aime beaucoup la manière dont tu résumes le personnage.

Fil n°3 Haitink.
Ah, Haitink.

C'est LE chef qui m'impressionne le plus en vrai. De manière très subtile, car je ne mets pas le doigt sur les symptômes, il dirige très discrètement, de puis, mais chaque fois, je passe le concert en apnée, puis me gratte la tête en me demandant comment j'ai pu passer si longtemps à côté de l'oeuvre qu'il vient de diriger.
Ca m'a fait le coup pour la 8è de Beethoven avec le COE, sa 4è de Bruckner avec le LSO, etc, etc.

Je suis toujours surprise de voir que des différentes combinaisons chef-orchestre peuvent me montrer une facette différente de la magie du concert : ceux qui tendent vers le beau son, d'autres vers le trop-plein d'émotion (vive les russes!), ceux qui rendent une oeuvre magique (le LSO *soupir* (tu sais que j'ai vu passer des lutins sur scène pendant leur Ecossaise ?)), ceux qui confèrent à une oeuvre tout l'énergie qu'elle méritent (les Hongrois, les Hongrois !), ceux qui montrent tout le plaisir qu'on peut avoir à jouer en orchestre (Järvi et l'OP y arrivent. pas à chaque fois, mais ils y arrivent (genre hier)).
Haitink, lui, me démontre à chaque fois la beauté, l'intelligence surnaturelle de l’œuvre.
(mais avec un petit quelque chose plus terrestre, plus "gniak" qu'Abbado. hum)

(Maintenant, le plaisir ultime est de répéter la 4 de Bruckner en effectif chambriste à l'orchestre (Bruckner en format mini-Haydn, c'est assez rigolo, j'avoue) mais d'entendre dans ma tête celle de Haitink avec son LSO.

(ps: oui, mais McKie peut-être là même sans être sur scène. Il ne danse pas, mais on l'attend, c'est tout aussi frissonifère)

{ Joël } at: 29 janvier 2012 02:06 a dit…

Dis, Klari, est-ce qu'un jour on pourrait avoir un fil RSS ou Atom des commentaires ? Sinon, pour retrouver des bouts de discussions intéressants (comme plus haut), il faut se souvenir du nombre de commentaires à chacun des derniers billets, et rarement on ne pense à remonter à la deuxième page, et sans des gros coups de chance, on ne retrouverait jamais certains commentaires uniques, comme un certain commentaire à moitié écrit avec la touche Caps Lock bloquée, si tu vois duquel je veux parler ;-)
Sinon, à propos de Nicolas Le Riche (qui fête aujourd'hui ses 40 ans si j'en crois sa page Wikipedia), il devrait danser encore un peu... S'il se remet de sa blessure, il n'est pas exclu qu'il soit distribué dans Appartement (Mats Ek).

{ Klari } at: 29 janvier 2012 22:38 a dit…

Mais oui ! le voili. J'ai rangé toutes ces babioles technologiques sur la page 'Contact'.

Un commentaire en Caps Lock ? Euh, ça ne me dit rien ?

Le Riche avec trois i, s'il-te-plait. Tu iras voitr Appartement ? (sinon,j'ai une place pour la sauterie Guillem-LeRiiiche au TCE en mars!!!)

{ Joël } at: 29 janvier 2012 23:25 a dit…

Le commentaire en Caps Lock : http://www.klariscope.com/2011/07/wasifuddin-dagar-institut-des-cultures.html
J'irai voir Appartement (pour le moment, j'ai une place pour la première du 13 mars, mais reste à savoir qui dansera quel jour...) et aussi le spectacle avec Sylvie Guillem (mais je n'ai pas eu de chance au tirage au sort entre les deux solistes...).

{ Klari } at: 29 janvier 2012 23:52 a dit…

Ah oui ! J'avais oublié que ce commentaire était à moitié en majuscule. J'ai été très touchée de lire ce commentaire, je t'avoue.

"pas eu de chance". Bah, tu vas voir Sylvie Guillem, c'est déjà énorme ! (on devient difficiles, je crois)

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