jeudi 15 décembre 2011

Debussy, Barber, Poulenc - Orchestre de Paris


10 Comms'
Salle Pleyel - mercredi 14 décembre, 20h
Chœur et Orchestre de Paris, Gil Shaham (violon), Patricia Petibon (soprano), James Conlon (direction)

Barber, The School for Scandal Ouverture op.5, Concerto pour violon op. 14
Debussy, Nocturnes (Nuages, Fêtes, Sirènes)
Poulenc, Gloria
***
Quand l'Orchestre de Paris donne un concert, je ne me formalise désormais plus de voir une paire de baskets dépasser d'un côté de l'orgue ou un caméraman traverser à quatre pattes la scène de la salle Pleyel pendant l'accord des musiciens pour tendre à un collègue une jupette à caméra noire. Le tubiste est dissimulé derrière un trépied de caméra, il n'a qu'à tordre le cou pour apercevoir le chef. Une camera(wo?)man se blottit contre des violonistes de fond de pupitre, comme c'est mignon.
Si le concert est ennuyeux, on peut ainsi s'amuser à compter les caméras. On a beau se concentrer, il en reste toujours une dans un recoin de balcon, derrière une banquette de l'arrière-scène. Ou s'exercer au jeu des sept différences : la disposition des caméras évolue d'un morceau à l'autre. Qu'est-ce qu'on rit.

Le programme n'était pas ennuyeux, bien au contraire, l'orchestre proposait un enthousiasmant programme de très jolies œuvres rarement entendues, probablement pour des raisons à la fois logistico-budgétaires (il faut une soliste et un chœur pour le Gloria, un demi-chœur pour Sirènes et un autre soliste pour le concerto pour violon) et marketing (à quoi bon programmer le concerto de Barber quand on a Tchaïkovsky ? Ou Mendelssohn, hein ?). En prime, une entrée au répertoire - The School for Scandal, avant le concerto du même auteur. Gil Shaham n'a perdu ni son grand sourire, ni son enthousiasme bondissant depuis son dernier concert avec l'Orchestre de Paris en avril dernier. Genoux fléchis, il sautille, gambade, bondit comme un petit lutin sous substances illicites, se blottissant auprès du chef ou du premier violon, pour mieux partager le plaisir de jouer ensemble. Quand la partition lui ordonne de rester coi, il admire bouche bée les gestes du chef. Ça change - très agréablement, de nombreux solistes qui, l'air inspiré, la bajoue frétillante, se donnent l'impression de dialoguer intérieurement avec le compositeur. De plus, son interprétation du concerto est à la fois solide et superbe, en particulier le mouvement lent, recueilli et émouvant.

S'il fait preuve d'originalité en programmant un cycle autour des concerto des années 30 en partenariat avec l'Orchestre de Paris, il reste dans des sentiers plus que battus avec, en bis, pour le troisième concert du cycle, une ... troisième Gavotte en Rondeau (j'entends encore un violoniste la donner en bis, je l'étrangle), après avoir demandé l'autorisation au violon solo d'un petit geste de l'archet. Peut-être s'en est-il lui aussi lassé, car il semble vouloir s'en débarasser vite vite vite, s'emmêlant les pinceaux dans la précipitation. Quel dommage, car son très joli son, peu vibré et dense, aurait du faire de cette Gavotte un moment exceptionnel.

Ce concert a du donner des cheveux blancs au régisseur de l'orchestre, car il faut vite pendant les pauses ranger le piano qui a rejoint l'orchestre pendant le concerto, rapatrier les chaises de violons qui avaient été exilées pendant le concerto moins gourmand en effectif orchestral que les œuvres qui l'entourent, organiser l'entrée du demi-choeur qui accompagne l'orchestre dans Sirènes, celle de l'autre moitié du choeur, qui ne rejoint l'arrière-scène que pour le Poulenc, gérer les mouvements de troupes du premier demi-choeur qui doit se repositionner lors de l'arriver du deuxième, veiller à l'absence ou à la présence d'un pupitre pour le chef, qui, pour faire simple, dirige tour à tour avec ou sans partitions, le tout sans gêner les caméraman, évidemment.

Mais ça valait la peine de jongler avec les demi-choeurs : ni le Gloria ni les Nocturnes ne sont jouées aussi souvent qu'elles le méritent. Quel plaisir d'écouter les Nocturnes : je ne me plaindrai jamais de devoir écouter des solos de cor anglais, surtout chez Debussy. Mais les Nocturnes me laissent toutefois un peu sur ma faim. Elles sont nettement moins mignonnes que les Fêtes que Laurent Petitgirard s'était amusé à faire diriger par des bout-de-choux hauts comme trois pommes ("Prends l'air méchant et agite ta baguette. Un peu plus régulièrement"), moins éblouissantes que ne le seront celles-ci, j'imagine. Mais ces Nocturnes sont pâlichonnes en comparaison avec l'éblouissante Mer que ce même orchestre avait joué sous la direction de Salonen en juin dernier.  J'ai ainsi vaguement l'impression frustrante, de n'avoir droit qu'à 80% de mon concert - ce concert n'est que bon, alors qu'il pourrait, devrait être inoubliable.


J'appréhendais un peu l'intervention de Patricia Petibon : en récital à Pleyel, en 2010, déguisée en sapin de Noël, cheveux rouges au vent, je l'avais vue avec consternation aboyer, déshabiller le chef, se rouler par terre entre deux airs, avant de finir sur les genoux d'un vieux monsieur dans le public. Ce soir, James Conlon reste décemment vêtu, les genoux du public sont indemnes (même si un blondinet du deuxième rang serait assurément ravi de l'observer de plus près), elle est sobrement vêtue d'une robe noire impeccablement coupée, sa chevelure flamboyante discrètement arrangée en chignon. Et elle chante magnifiquement, avec une facilité déconcertante, sans le moindre soupçon de cabotinage, ce Gloria adorablement farfelu, qui semble souffrir de troubles de la personnalité. Suis-je une B.O. de polar ? De dessin animé ? Oups, je suis de la musique sacrée, pardon, youplaboumprosper.


En somme, un très agréable concert-découverte-de-raretés, pour ce premier concert parisien de l'Orchestre de Paris depuis quelques semaines. Partir en tournée semble réussir aux cordes, tout aussi impliquées des premiers aux derniers pupitres, les vents par contre auraient un peu plus de mal à se remettre des effets néfastes du décalage horaire - les solos à proprement parler sont superbes, certes, les petits motifs à deux-trois instruements et les contributions aux tutti sont quant à eux approximatifs, voire franchement moches pour certains. C'est qu'ils m'ont habituée à mieux..

10 Comms':

{ Joël } at: 16 décembre 2011 à 01:55 a dit…

Ah, c'est bien « tubiste » qu'on dit. Je suis rassuré ; je me posais justement la question avec Hugo il y a quelques jours !

{ Klari } at: 16 décembre 2011 à 02:16 a dit…

Oui, je peux te confirmer pour 'tubiste'. Par contre, le monsieur du triangle, je ne sais pas comment il s'appelle. Triangoliste ? Trianglier ? Triangulateur ? Va savoir..

{ Joël } at: 16 décembre 2011 à 02:25 a dit…

Je crois que j'ai déjà dû dire « trianguliste » et cela semble être le mot utilisé le plus souvent d'après Google. J'aime bien « trianglier » aussi.

{ Klari } at: 16 décembre 2011 à 16:04 a dit…

Va pour trianguliste ! Sinon, as-tu déjà réservé pour le concert de X. Phillips aux Bouffes du Nord ? Si non, souhiates-tu que je fasses une résa pour 2 ?

{ Joël } at: 16 décembre 2011 à 18:27 a dit…

Non, je n'ai pas de place, donc je veux bien que tu en réserves deux !

Un blondinet at: 16 décembre 2011 à 23:48 a dit…

Le joueur de triangle est aussi appelé, dans certaines symphonies autrichiennes, le soliste.


(Tiens c'est marrant, il y a pile-poil 2 mois entre les concerts de tes deux dernières chroniquettes. Mais ne crois pas que tu vas t'en tirer avec ce honteux fast-forward. Nous réclamons la rédaction des chroniquettes manquantes !)

{ Klari } at: 17 décembre 2011 à 01:41 a dit…

@Joël : ok. tu as une préférence (corbeille, balcon, orchestre ?). Je viserai bien une place d'orchestre, tout près, encore plus près, voire sur les genoux de Xavier Philliiiiips, qu'en dis-tu ?

@Blondinet : suis-je bête, le soliste, évidemment. Et si je te disais que je n'avais assisté à *aucun* concert dans ce deux mois ? :-p

{ Joël } at: 17 décembre 2011 à 12:11 a dit…

L'orchestre, ça me paraît mieux, même de côté. (Si c'est complet de chez complet aux Bouffes du Nord, il arrive qu'ils installent des rangées de coussins devant le premier rang, plus facile à atteindre si on au parterre même de côté que tout en haut...)

{ Klari } at: 17 décembre 2011 à 15:51 a dit…

Ok. Banco pour l'orchestre.

Anonyme at: 31 décembre 2014 à 15:18 a dit…

Moi j'appellerais un joueur de triangle : "Un triangliste" . Vu que pratiquement toutes les appellations de tous les instrumentistes se termine en "iste" pourquoi ne pas dire : un vielliste pour la vielle, un cornemiste pour la cornemuse, un bombardiste pour la bombarde, un hukuliste pour l'hukulélé, un mandoliste pour la mandoline, un bugliste pour le bugle, un claironiste pour le clairon, un cornetiste pour le cornet, un coriste pour le cor et du coup un choraliste pour un chanteur de chorale, un bandoniste pour le bandonéon, un harmoniquiste pour l'harmonica, un batteuriste pour la batterie ect...

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