mardi 18 octobre 2011

Ring de poche


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Vendredi 7 octobre - Dimanche 9 octobre 2011
Cité de la Musique
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Wagner : Ring
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Quel magnifique week-end en perspective, en immersion totale chez les géants, les nains, les Gibichung, bien loin des contingences du quotidien. Aux oubliettes, les corvées habituelles du week-end ! Il règne dans le hall de la Cité de la Musique une agréable ambiance de kermesse musicale, on papote, on rit, le gratin des wagnéreux parisiens a répondu à l'appel : Palpatine, Joël, Laurent et Laurent sont là. On se plonge tête baissée dans l'univers merveilleux du Ring, certains plus énergiquement que d'autres - Joël l’Infatigable a assisté à l'intégrale des opéras et aux conférences autour du Ring, pour lesquelles j'ai déclaré forfait à la dernière minute.

Le parti pris de ce Ring est de présenter une version de poche :

- Mini-mise en scène : débrouillarde et efficace. Elle joue d'un plateau incliné coupé en deux par une fente qui permet de faire apparaitre selon les besoins du moment, un nain lubrique, des dragons affamés, une déesse omnisciente.. Le plateau surélevé permet aussi d'en faire dégringoler d'un coup de pied bien assené les personnages dont l'heure du trépas à sonné (c'est le sort qui attent Fasolt le géant, Hunding aussi décedera d'une chute fort peu auguste). Les costumes de Star Trek des géants ainsi que les combinaisons de ski de fond des dieux me laissent un instant perplexe, mais elles s'accordent bien avec l'humour délicieusement absurde qui empreint la mise en scène - j'ai un faible pour la bouteille d'eau avec tuyau souple dont se sert Sieglinde pour abreuver Siegmund.

- Mini-orchestration : je la redoutais, cette orchestration. Wagner en 19 musiciens, c'est un magnifique concept oxymorique du même calibre que le Marathon sur Cailloux en tongs. Pourtant, cela fonctionnne globalement très bien. En effet, les effectifs de cuivres et de vents ont été divisés par deux ou trois : trois cors, une trompette, un trombone, un tuba. Les bois sont quatre, la plupart jonglant entre deux instruments : le hautboïste alternera cor anglais et hautbois tout le long du spectacle. On retrouve déjà avec cet effectif de vents conséquent toute la richesse et la variété de couleurs de l'orchestre wagnérien. Ca se gâte pour les cordes, réduites à la portion congrue : une contrebasse et deux violoncelles, passe encore, mais des pupitres de premier violon, second violon et alto d'un musicien chacun, non ! Dès lors, les malheureuses cordes, pourtant de très bon niveau sont soumises à un choix cornélien : soigner le son et se noyer sous les vents, ou privilégier le volume par rapport au son, ce qui n'empêche pas réellement les timbres larges des vents d'engloutir celui, plus fin, des cordes, en laissant toutefois dépasser quelques couinements dans les aigus. La plupart des passages où les cordes devraient occuper le devant de la scène, le Prélude de l'Or du Rhin par exemple, sont dès lors un peu faiblichons, ce genre de motifs n'étant absolument pas fait pour être joué en mini-pupitre.. Deux altos, quatre violons de plus et ce Ring de Poche était irréprochable. Diviser les cuivres par deux, les cordes par quinze, mathématiquement, ça ne pouvait pas marcher.

- Maxi-voix pour ce Mini-Ring : les voix sont globalement excellentes, allant du hum-je-n'aime-pas-trop pour Loge (je trouve qu'il chante faux, Laurent lui trouve une "souplesse" attachante) et Siegfried, un peu falot, au mmmmm-très-bien pour Wotan/Wanderer, particulièrement touchant dans les passages introspectifs. L'apparition d'Erda dans l'Or du Rhin m'arrache une larme - Laurent glousse : un personnage énigmatique apparaissant dans la pénombre pour annoncer la fin du monde avant de disparaître dans une lumière tamisée, l'effet est garanti, assure-'il. Je marche, je cours, qu'y puis-je ?
Passage au palier supérieur "oh-mon-dieu-ils-sont-fabuleux" pour les géants, magnifiques, quelque soit leur rôle (dragon, géant, Hunding, Hagen). Je regrette ainsi un peu d'avoir séché le Crépuscule des Dieux au profit des sirènes Polliniennes, manquant par là le "Hoho" (mon "Hoho" est un de mes passages préférés du Crépuscule, après la Marche Funèbre). Incroyable mini-Brunnhilde, une blondinette toute menue, à la voix d'une beauté et d'une puissance sidérante, immédiatement perceptible dès le premier Hojohojo, sans que le suraigussissime "jo" final n'évoque le marcassin sur la queue duquel on a posé le pied. Magnifique de bout en bout, sublime sur certains passages (l'Eveil de Brunnhilde), où sa voix prend des caractéristiques surnaturelles : elle semble se fondre dans les couleurs de l'orchestre comme pour en tirer plus de puissance encore, et devenir plus qu'un simple son, une irrésistible onde de force tétanisante.

- Mini-salle (en comparaison avec les deux mille place d'une salle d'opéra du moins) qui permet de savourer la proximité avec les chanteurs et les musiciens et se laisser emporter par l'histoire, passionnante, par le charme de la musique de Wagner et ces musiciens, indéniablement attachants.

Quitter la Cité de la Musique et renoncer au Crépuscule est une décision bien difficile. Qu'est ce qui va me manquer le plus : la musique ? Laurent et Joël chantonnant à tour de rôle leur leitmotiv favoris ? Les pauses-café-coca avec les Wagnéreux pendant les entractes ?
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Distribution :
Ivan Ludlow : Wotan, Wanderer; Fabrice Dalis, Loge, Mime ; Nora Petročenko, Fricka, Helmwige ; Donatienne Michel-Dansac, Freia, Gutrune ; Alexander Knop, Donner, Gunther ; Lionel Peintre, Alberich ; Johannes Schmidt, Fafner, Hagen ; Martin Blasius, Fasolt, Hunding ; Mélody Louledjian, Woglinde, Gerhilde, Waldvogel ; Jihye Son, Wellgunde, Sieglinde ; Louise Callinan, Flosshilde, Erda, Waltraute ; Marc Haffner, Siegmund ; Cécile De Boever, Brünnhilde ; Jeff Martin, Siegfried


Peter Rundel, direction musicale ; Antoine Gindt, mise en scène ; Remix Ensemble Casa da Música ; Élodie Brémaud, collaboration à la mise en scène ; Janick Moisan, assistanat à la mise en scène ; Aleksi Barrière, Laurent Prost, dramaturgie, traduction, surtitres ; Élise Capdenat, assistée de Piia de Compiègne, scénographie ; Daniel Levy, lumière ; Tomek Jarolim, création numérique ; Fanny Brouste, assistée de Peggy Sturm, costumes ; Véronique Nguyen, assistée d'Alexandre Bacquet, maquillage et coiffure ; Martin Gautron, accessoires ; Léo Warynski, conseiller musical et assistant du directeur musical ; Fabrice Goubin, copie, corrections et adaptation ; Nicolas Chesneau, Christophe Manien, Nicolas Fehrenbach, pianistes répétiteurs


Ring Saga : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung, Wagner (version de Jonathan Dove et Graham Vick, 1990)

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