mardi 6 septembre 2011

Rands, Strauss & Chosta - Chicago Symphony Orchestra


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Salle Pleyel • vendredi 2 septembre 2011
Chicago Symphony Orchestra, Riccardo Muti (direction)
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Bernard Rands : Danza Petrificada (création)
Richard Strauss : Mort et Transfiguration
Dmitri Chostakovitch : Symphonie n° 5
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En général, je n'aime guère les orchestres américains que je considère trop enclins à privilégier un son d'une beauté lisse et somme toute un peu absurde (à l'image de ces acteurs qui se font refaire les dents, lesquelles, étincelantes et métronomiquement alignées sont hors-sujet au mieux, voire ridicules, quand ces acteurs jouent un rôle de Cro-Magnon ou de cow-boy). En bonne française, je souffre également d'une légère forme d'anti-américanisme. Vilains américains pollueurs.

Je fais toutefois une exception pour le Chicago Symphony, d'une part parce qu'un orchestre que des chefs hongrois ont dirigé pendant 32 ans ne peut pas m'être foncièrement antipathique, par ailleurs la seule énonciation du mot 'Chicago' me transporte immédiatement dans un monde parallèle en noir & blanc, un méli-mélo de film de Howard Hawks, de paysages industriel, de prohibition et d'architecture fantaisiste. Saupoudrez le tout d'un brin d'un soupçon de Yes we can, de quelques chansons, un peu de littérature. Quelques gratte-ciels pour faire bonne mesure. Me voilà toute éblouie.


En plus, je reviens de vacances l'oreille toute propre, fraîchement désintoxiquée de concerts et peux ainsi savourer les qualités évidentes de l'orchestre, sans succomber à la tentation de les comparer à mon London Symphony Adoré, ou au Chamber Orchestra of Europe (hiiiii). On s'habituerait vite aux luxueuses qualités du CSO : le son des cordes, somptueux, sans accroc, dans lequel on distingue parfaitement chaque voix, la précision solide des vents et des cuivres, le soin avec lequel le hautbois semble progressivement transformer son instrument en violon pour mieux préparer les entrées du premier violon. Et les fantabulissimes soli du flûtiste, au phrasé fluide, au son époustouflant, le souffle coupé, on espère en serrant les poings que contre toute attente, le solo va durer un peu plus longtemps que la partition ne l'indique.
(le flûtiste, Mathieu Dufour, est français, vous noterez que le marché du flûtiste franco-suisse à l'export continue de bien se porter)

Cependant, le CSO affiche certaines spécificités des orchestres américains : dès 19h32, les deux tiers des musiciens étaient déjà sur le pied de guerre, instruments au bec/à l'épaule, assis derrière leur pupitre. A titre de comparaison, sachez qu'à 19h32, vous trouverez des musiciens des orchestres français au DO-Ré-Mi, en train de finir un sandwich, les hautbois du London Symphony en Franprix d'à côté peut-être, comparant les mérites des marques de cellofrais françaises. Seul le flûtiste du CSO se démarque, il a trop chaud,pour se refraîchir, il agite les plans de sa veste-queue-de-pie comme un petit pingouin échaudé.
Malgré tout, si les qualités techniques de l'orchestre sont indéniables, j'aurais aimé ma symphonie moins proprette : elle fleure bon la sage soumission à l'autorité du chef, alors qu'avec un peu plus de hargne et de rudesse, elle doit empester l'angoisse de la purge stalinienne, mêlé à quelques effluves de censure, de goulag, voire de meurtre.

La symphonie est saluée d'une gigantesque ovation - peut-être comparable à celle qui a eu lieu lors de la création de l’œuvre, une groupie s'élance vers la scène et envoie un gigantesque bouquet de roses blanches vers le chef, qui s'empresse de distribuer les fleurs à ses musiciennes, en commençant, bien évidemment, par une second violon. Je tombe immédiatement sous le charme. Alors que je m'extasie auprès d'un ami sur la stratégie de mécenat des pupitres "mais oui, c'est génial !! Si j'étais riche, je pourrais financer la Klari S. Cope Principal Chair of Bidule d'un orchestre parisien ! Imagine un peu, à chaque fois que le musicien joue, j'aurais un peu l'impression de jouer en concert par procuration !", il ne cache pas son dédain "peuh. ces américains. L'Etat n'a qu'à subventionner correctement ses orchestres". A l'inverse, une collègue (celle qui se scandalisait que le timbalier du LSO gagne autant qu'un violoniste) suggère de peindre des logos d'entreprise sur les timbales. Pourquoi pas des timbales "Lapeyre, y'en a pas deux", ou "Juste joue-le", j'hésite.


Aussi : Laurent (très déçu), Andante con Anima - très content mais en italien, Le Monde (ébloui - mais attention, la critique officielle est certes légitime, ça ne l'empêche pas d'écrire occasionnellement, tout comme nous autres humbles blogueurs, des âneries. Ce n'est pas le musicien, mais son poste, que le mécène finance) et le JDD, ébloui aussi. Concertonet (nuancé), Altamusica (élogieux)

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