vendredi 23 septembre 2011

Hilary Hahn, Philharmonique de Radio-France


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Salle Pleyel - vendredi 16 septembre 2011
Philharmonique de Radio-France, Mikko Frank (direction), Hilary Hahn (violon)
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Meyer, Concerto
Prokofiev, Symphonie n°5
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Plus je fréquente Pleyel, moins je comprends ce qui fait que la salle est remplie ou non. Ce soir-là, un orchestre de luxe - le Philharmonique de Radio-France, une soliste de très très grand luxe, une adorable cinquième de Prokofiev et la salle n'est pleine qu'aux deux tiers. Allez comprendre. Une CSP d'ordinaire absente du public pleyelois fait toutefois une apparition : le musicien d'orchestre. Un des violons solo du Philharmonique est dans le public, ainsi qu'un contingent non-négligeable de l'Orchestre de Paris venu applaudir les débuts d'un ex-collègue/employé au sein de la concurrence.

Gentil-Prof ne jure que par Hilary Hahn et Leonidas Kavakos. En ce qui concerne ce dernier, j'adhère totalement. Quant à Hilary Hahn, j'étais perplexe. Or, c'est l'évidence : les détails de sa position, minutieusement calibrée pour jouer de l'instrument, sa conduite d'archet parfaitement maîtrisée, réfléchie, ne peuvent que séduire Gentil-Prof, qui, dans sa grande sagesse, sait que seule l'arme ultime peut venir à bout de cet instrument horriblement cruel et exigeant qu'est le violon: la Logique.

Là où qui que ce soit d'autre me dirait :
"- Assouplis ! T'es toute raide !! Souple, le pouce, souple! Et attention à la justesse"
(ce qui est, vous l'admettrez sans peine, tout aussi utile que de conseiller à un chauffard ivre de conduire prudemment - assouplir quoi ? comment ? où ? pour quoi faire ?),
Gentil-Prof démontre, avec une logique implacable le pourquoi du comment :
"- Attention à ton pouce. Si tu maintiens un angle supếrieur à 165° entre le métacarpe du pouce et P1, tu vas solliciter les muscles extrinsèques, en particulier le long abducteur du pouce. Par conséquent, ton coude, complètement crispé, ne pourra plus pivoter pour te permettre d'aller sur la corde juste à côté (se luxer l'épaule n'est pas recommandé). Et ton sol# sera immanquablement faux !"*.
J'adore. Pas d'affect, ni de remarques fumeuses et fondamentalement inutiles ("tiens, c'est faux" (sérieusement, on paie des gens pour dire que vous jouez faux?? Mon chat peut le faire)). Des process, des solutions ap-pli-ca-bles.

Après avoir lu cette interview d'Hilary Hahn, je n'ai aucun mal à l'imaginer cosigner avec Gentil-Prof une thèse de biomécanique appliquée au vibrato. En plus d'un intellect aiguisé, ils partagent un humour pince-sans-rire délicieusement décalé (il faut avoir lu les billets d'humeur de la boîte à violon d'Hilary Hahn, parfois un peu triste d'être ignorée l'été, ou qui dénonce sans vergnogne aucune les déboires de sa maîtresse avec le fer à repasser de son hôtel quelques minutes avant le début d'un concert - j'avoue un faible pour l'interview du petit poisson rouge) et un amour immodéré pour le concerto de Schoenberg.

J'imagine que cette personnalité complexe, cet intellect et ce délicieux sens de l'humour jouent pour beaucoup à rendre son jeu, extraordinairement maîtrisé et abouti, fascinant, plutôt que froidement parfait. Chaque note revêt une tension ahurissante. Elle habite ce concerto au point qu'on en oublie, qu'il est, à vrai dire un peu couillon. On devrait sourire des petits ploum-ploum-ploum que les violoncelles jouent en se dandinant doucement, ou des cancanements de basson et contrebasson qui accompagnent un passage où le Vuillaume de Hilary Hahn adopte des airs de fiddle en goguette.

Pendant les saluts, je panique de la voir se dépêtrer, un violon sous le coude, un archet sous l'autre, un bouquet de fleurs dans une main, qu'elle dépiaute sans rien faire chuter, pour offrir une fleur au chef ainsi qu'au premier violon. Elle ne joue "qu" 'un Vuillaume, certes, mais je serre les dents, la catastrophe n'est pas loin.

A nouveau l'entracte voit un mouvement migratoire du public depuis le parterre vers l'arrière-scène, remplie à craquer pour la deuxième partie, pour savourer de plus près la 5è de Prokofiev. Joël et moi jetons notre dévolu sur deux fauteuils dnas le "virage", derrière les percussionnistes. Quel régal, cette symphonie. Quelques petites imprécisions sans importance, certes, et Mikko Frank, je crains, s'emballe un peu trop dans le premier mouvement : il cherche à insuffler trop d'élan, trop de tension, ce qui amène, à mon sens, au résultat inverse. Mais les mouvement pairs sont splendides, engagés, les cordes magnifiques, chauffées à blanc. Les sourires des altos montrent leur plaisir jubilatoire de jouer cette symphonie (je ne vois pas les violons que de dos, mais, à les entendre, ils sourient aussi).

Nous avons l'occasion d'examiner de près le joueur de Pavé-de-Bois et les différentes techniques de jeu de cet instrument : épongé (posé un petit plateau, un petit tapis entre le bois et le métal du plateau), porté (le bois dans la main gauche, une mini-mailloche dans la droite) puis les sourires réjouis de toute l'équipe de percussionnistes, qui se retournent en douce vers l'arrière-scène pendant les saluts, pour réclamer les applaudissements qui leur sont dus.

A la sortie, Hilary Hahn est dans le hall. Personnalité indubitablement attachante que des questions farfelues ne démontent pas ("quelle est la marque de votre robe" ose demander le pire polisson qui ait jamais fréquenté Pleyel). Violincase est là, aussi, discrète, dans l'ombre de son auguste propriétaire. En somme, un concert-régal grâce à un orchestre qui veille à n'inviter que des solistes à mon goût : Leonidas Kavakos en juin dernier, Hilary Hahn et demain, François Leleux (hiii) !

Aussi : ClassiqueinfoConcertonet, Joël,
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* Amis médecins: ne hurlez pas, j'ai inventé ce paragraphe. Si quelque chose s'avérait juste, ce n'est que pure coincidence.

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