lundi 12 septembre 2011

Haydn, Mozart & Bach - Perahia


6 Comms'
Salle Pleyel - Jeudi 7 septembre 2011, 20h
Academy of Saint-Martin in the Fields, Murray Perahia (piano & direction)
***
Haendel, Ouverture d'Alcina
Mozart, Concerto pour piano n° 27
Bach, Concerto pour piano n°5 BWV 1056
Haydn, Symphonie n°101 "L'Horloge"
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A peine installée, je me relève pour me lancer à la rescousse de deux apprentis-mélomanes en quête de leur fauteuil, qui ont fait preuve d'un discernement admirable en choisissant ce concert, même si je m'étonne que les prix prohibitifs pratiqués par Piano****, le co-producteur, ne les aient pas rebutés : payer entre 30 et 140€ un billet de concert*, c'est du racket organisé. Pour le même concert, la veille, à Francfort, les prix s'échelonnaient entre 36 et 83€, deux jours plus tard, le spectateur bucarestois était sommé de s'acquitter de 65 ou 75 lei, soit une quinzaine d'Euros. J'aurais certes envie de me lancer dans une diatribe enflammée contre l'inflation permanente des prix des tickets de concert, je me contenterai de vous envoyer lire le billet bien senti de Musicasola.


Laissons de côté ces sombres ruminations pécuniaires, savourons sans amertume ces quelques instants de félicité : Haydn ! Mozart ! Bach** ! La très sainte trinité de la période classique dirigée et/ou jouée par le Grand Maître du Mozart, Murray Perahia. Dès les premières mesures, le contraste entre l'Academy de Saint-Martin in the Fields et le dernier orchestre que j'ai écouté en concert, le Chicago Symphony, est saisissant. Les américains étaient une centaine sur scène, les anglais une trentaine. Les trente Académiciens ne peuvent songer à émuler la puissance du CSO qu'ils remplacent par une intensité sonore et un engagement quasi-tangible. On entend également une différence de niveau chez les musiciens : de petits couacs fantomatiques hantent certains traits des cordes, les solos des vents sont un peu moins stratosphériquement sidérants que ceux de leur collègues chicagoans. Peut-être auraient-ils été recalés au concours d'entrée de l'orchestre de Chicago, de toute façon, ils auraient très certainement été très malheureux dans une grosse machine comme le CSO. Ces minuscules imperfections, loin d'être un défaut, je trouve, leur confèrent une simplicité, une vulnérabilité très touchantes, particulièrement bienvenues pour ce programme. De surcroît, il se dégage de l'ensemble une joie de jouer-ensemble et un engagement contagieux. Le son d'orchestre est lumineux, agile : en somme, la formation idéale pour jouer du Mozart.

Il m'est particulièrement difficile de décrire le jeu de Murray Perahia, et plus largement, la qualité de l'alchimie entre l'orchestre et son chef-soliste.. Lister toutes ses qualités ne suffira pas ; Murray Perahia est pourvu de toutes les qualités des plus grands solistes : un son cristallin d'une beauté surnaturelle, un formidable instinct musical qui se manifeste dans les phrasés ou dans la manière dont il fait ressortir une note un peu incongrue dans un accord, la qualité des interactions orchestre-piano... Mais ces qualités semblent d'abord et avant tout mises au service de la musique plus qu'elles n'attirent l'attention sur le talent du pianiste.
Il y a quelques années, mon chef (de bureau, pas d'orchestre), apiculteur amateur, avait coutume de me dire que seuls les honnêtes hommes faisaient de bons apiculteurs. (je ne me rappelle plus très bien du raisonnement, en résumé les essaims fuiraient les voyous). Le Mozart de Perahia possède cette même saveur d'honnêté, de simplicité totalement dépourvue d'égo. Ni clinquant, ni fade. Doux sans mollesse. Ni bravache, ni timoré. La voie du milieu appliquée à Mozart.


J'ai quelques secondes d'appréhension alors que Murray Perahia s'apprête à diriger l'Horloge. Beaucoup de solistes s'improvisent chef d'orchestre, malgré la meilleure volonté au monde, le résultat n'est pas toujours très heureux. Après deux concertos si miraculeux, ce serait un crève-cœur de voir Perahia en moulin-à-vent superfétatoire. En quelques instants, preuve est faite : Perahia est un grand, voire un très grand chef : une jolie direction claire, utile sans étouffer l'orchestre, qui ne donne pas que des informations chiffrées, mais surtout, du caractère et des intentions. Le tout avec une bonne seconde et demie d'avance (comment peut-on gigoter alors qu'un orchestre entier joue autre chose que ce que vous avez en tête, ça me dépasse. Il faudra qu'un chef m'explique comment on peut déconnecter les bras des oreilles, un jour). Rassurée, je me concentre sur la symphonie. Ardente, lumineuse, empreinte du même naturel, de la même simplicité qui avait caractérisé les deux concertos.

En bis, annoncé en allemand par cet américain à Paris, un mouvement de la "Haydn Achtundshnmmmmiste". 28 ? 38 ? 48 ? Raté, 92, me dit Palpatine. J'aurais aimé rentrer à la maison avec le programme (que Piano**** facture 10€ aux spectateurs), je préfère abandonner ma menue monnaie à la boutique Harmonia Mundi, en échange d'un très joli enregistrement Perahia / Chamber Orchestra of Europe (hiiiii), obtenu à la suite d'un virulent argument avec le disquaire :
"-Je prends lequel, dites ? Perahia+Chamber Orchestra of Europe ou Perahia avec l'English Chamber Orchestra ?
- Sans hésitation, l'English Chamber. Ils sont meilleurs.
- Quoi ?!?
- Oui. L'English Chamber Orchestra.
- Vous me faites marcher !?
- Vous savez très bien ce que vous voulez, pourquoi me demandez-vous mon avis ?"

Humpf. Sans surprise, j'ai opté pour le coffret Perahia - Chamber Orchestra of Europe (hiii).

* dans un souci d'exactitude, il me faudrait préciser à la décharge de la Salle Pleyel, qu'il y a des places à 10€, peu nombreuses: je n'ai quasiment jamais réussi à m'en procurer. Seuls les initiés savent comment s'y prendre. 
** disons la période classique au sens large. Je vais me faire enguirlander si j'affirme que Bach est classique. Mais il est quand même un peu classique, non ?

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Et aussi : Palpatine "l'ordre de l'univers en action" (comme il a raison), Concertonet, et tout spécialement pour mes lecteurs multipolyglottes, une chroniquette en roumain (googletraduite)

6 Comms':

{ Joël } at: 13 septembre 2011 à 00:30 a dit…

> dans un souci d'exactitude, il me faudrait préciser à la décharge de la Salle Pleyel, qu'il y a des places à 10€, peu nombreuses: je n'ai quasiment jamais réussi à m'en procurer.
C'est simple. Il y en a plein qui ont essayé (le jour de la mise en vente). Moi, j'ai réussi. Il paraît que j'ai eu de la chance.

{ Klari } at: 13 septembre 2011 à 10:13 a dit…

Tu as réussi ?! Félicitations ! Pour quel(s) concert(s) ? En ce qui me concerne, je dois avouer avoir réussi à dégoter quelques places à 10e, mais toujours via orchestredeparis.com, jamais via le site de vente en ligne de Pleyel - je considère donc que ce sont des places OP et non Pleyel. Blague à part, ces petits strapontins du fond et les derniers rang de balcon, je les trouve géniaux :-)

{ Joël } at: 13 septembre 2011 à 23:28 a dit…

J'ai le récital de Nina Stemme (6 mars), un philhar. de RF (L'Oiseau de feu, 16 mars), un OP avec Radu Lupu (4 avril), le récital d'Angela Gheorghiu (qui a déjà commencé à faire sa diva en changeant la date du concert, la présentation du concert sur http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=11954 est assez spéciale...). Bref, que du raisonnable...

{ Klari } at: 13 septembre 2011 à 23:48 a dit…

Pu-nai-se ! Impressionnant. Tu es un véritable Jedi du 5è côté de la Force, ma parole. Tu les as achetées en ligne ? Par téléphone ? Tu t'es déplacé ?(d'un ton intéressé: tu n'as pris qu'une place de chaque, je suppose ?)

Le laïus sur Angela Gheorghiu est en effet assez rigolo :-)

{ Joël } at: 14 septembre 2011 à 21:01 a dit…

> Tu es un véritable Jedi du 5è côté de la Force, ma parole. Tu les as achetées en ligne ? Par téléphone ?
Comme ça ne marchait pas sur Internet, j'ai dégainé mon téléphone et au bout de quelques essais, ç'a marché ! À chaque fois, je n'ai qu'une place...

{ klari } at: 15 septembre 2011 à 11:30 a dit…

Cher Joël. Que dire. Ta tenacité (appuyée d'un brin de chance) m'émerveille. A mon avis, tu feras partie des heureux élus qui attendront moins de 10 ans avant de fouler le saint des saint bayreuthien, croisons les doigts !

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