mardi 13 septembre 2011

Chronivrac de juin 2011


10 Comms'
Il faut se résigner à l'évidence, je ne chroniquerai jamais les derniers concerts de juin 2011, tombés aux oubliettes. Expérimentons un nouveau concept : la mini-chroniquette de concert.
  • Wasifuddin Dagar - (ICI/21 juin 2011) : magnifique concert, sublime, tout comme le concert de Wasifuddin Dagar du 5 juin. Moins intimiste, le concert lutte contre le blouuuuuuarrrrgghhhhh ininterrompu des scènes éphémères éparpillées dans les rues du quartier. Le gratin du dhrupad parisien est présent: la moitié des élèves de ma prof de dhrupad, l'oncle de Wasifuddin également, des visages que je ne saurais remettre mais qu'il me semble avoir aperçus régulièrement à des concerts de musique indienne. Wasifuddin présente deux ragas particulièrement intrigants : dans l'un coexistent deux  'Ma', (un Ma "dièse" et un ma inaltéré, qui d'ordinaire s'évitent soigneusement) créant tour-à-tour tension et soulagement au fur et à mesure qu'il choisit de favoriser l'un ou l'autre. Dans un autre raga, Wasifuddin choisit de chanter toutes les notes sauf la plus importante, qui, à force de n'être pas chantée,de n'être qu'évoquer devient irrésistiblement présente - comme ce scandaleux secret de famille que personne n'ose évoquer, mais que personne ne peut se sortir de l'esprit.

  • Le fameux concert 75% Schumann de l'Orchestre de Paris, sous la direction de Paavo Järvi (Pleyel/23 juin 2011) : superbe concert, malgré la prédominance de Schumann dans le programme. J'ai enfin réussi à me perdre dans les escaliers de Pleyel à l'entracte "tiens, une porte 'Direction des publics', oups, me voilà rue Daru à l'extérieur du bâtiment, je veux rentrer ?!". Un agent de sécurité compatissant m'indique comment regagner le hall d'entrée - il suffisait bien sûr d'emprunter la porte accès cuisine, hop, me voici dans le foyer, nez-à-nez avec mon Tout Premier Chef d'Orchestre (qui dispose d'une deuxième place de luxe au quatrième ou cinquième rang que j'accepte sans me faire prier). Nous savourons le Konzertstück, lui en tant que chef et moi en tant que secondviolonquivientdelejouer, les tougoudou!, les départs, la magnifique transition entre les 2è et 3è mouvement : les cuivres trépignent, les cordes s'attardent encore un peu dans le mouvement lent. Elles ont bien raison, un infâmissime trait les attend. J'essaie d'ignorer le regard narquois du chef à qui j'avais dit, un peu rapidement, que c'est injouable, même eux, ils ne le jouent pas de manière bibliquement exacte, je t'assure, ce n'est qu'un effet. Hum. Kscop du plus beau départ d'orchestre pour P. Järvi qui, plutôt que d'agiter vaguement un coude pour lancer la Rhénane, traverse la scène au petit trop, bondit sur l'estrade, et, avant d’atterrir, donne un départ irrésistible. L'orchestre démarre au grand galop, le premier mouvement est un régal.

  • Le lendemain soir, à Pleyel toujours, Leonidas Kavakos (hiiii) joue le concerto de Brahms avec le Philharmonique de Radio-France. Replacement illégal mais nécessaire au deuxième rang, à un petit mètre et demi de mon dieu grec. Grignotages et Palpatine m'y rejoignent. Une demi-heure de Brahms, intense, hypnotique. Si j'avais été un peu moins subjuguée, j'aurais pu m'émerveiller des solos de hautbois, ou de l'irréprochable technique du premier violon solo que je n'ai découvert qu'à la maison, en vidéo, mais ni les yeux ni les oreilles n'acceptent de se détacher, ne serait-ce qu'un instant, de mon Grand Violoniste Préféré. En bis, du Bach, comme à son habitude. Non pas un mais deux bis, peut-être parce que l'orchestre est venu gonfler les applaudissement du public. Palpatine, Grignotages et moi, tout sourire, échangeons quelques regards ravis. Le temps que nous regagnions nos esprits, la salle est quasiment vide, il nous faut vider les lieux. Le plaisir est prolongé autour d'une tarte au chocolat. (réflexion faite, il me faudra rechroniquer ce concert en bonne et due forme, il y aurait tant de choses à en dire)

  • Retour à Pleyel le lendemain pour un historique Gurre-Lieder. Historique, puisque donné qu'une fois tous les dix ans à Paris. Une fois n'est pas coutume, ma guigne habituelle m'a abandonné le temps de gagner deux places grâce à un petit concours en ligne organisé par la Cité de la Musique/Pleyel (merci!), me retrouve alors que l'enveloppe récupérée au contrôle ne contient qu'un unique billet. Damned! Heureusement, mon accompagnateur s'est désisté. Deux heures de musique somptueuses, mes oreilles se régalent des improbables couleurs créés par un orchestre pléthorique, mais infiniment subtil : auriez-vous cru qu'un bourdon de quatre piccolos pouvait toucher au divin ? La magnifique prestation d'Anna Larsson/ Colombe est doublement saluée : d'abord par des applaudissements mêlés à des sifflets enthousiastes, puis par les respectueux sourires des spectateurs installés en terrasse du Do-Ré-Mi devant lesquels, peu après la fin du concert, elle remonte l'avenue Hoche. Diriger assoiffe, Marc Albrecht rejoint des collègues s'attablés au Do-Ré-Mi, sa partition géante (peut-être) sous le bras.

  • Crépuscule des Dieux à Bastille. Comment mieux terminer la saison que par le Crépuscule ? Assise à côté d'un chenapan de compétition, je bouillonne et fulmine alors qu'il commente à voix haute la mise en scène, toussote, renifle, agite les mains avec condescendance en direction de la scène. Cinq heures durant. Je fais appel à ma Méduse intérieure et lui lance de terrifiants regards meutriers. J'ai la satisfaction de le voir jeter des regards vaguement inquiets dans ma direction. Entre temps, Philippe Jordan transforme les deux premiers actes en insipide aubergine lymphatique, avant de reprendre ses esprits dès les premières mesures de la marche funèbre de Siegried -  l'immolation de Brünnhilde s'avère dûment apothéotique, frissonifère. Le texte de Hagen-l'Über-méchant, limité certes, "Ho ! Ho !", n'empêche pas Hans-Peter König de faire preuve d'un talent impérial.

  • Anatomie de la Sensation (ballet de Wayne McGregor) : jolis décors, jolis éclairages, jolis costumes, jolis tableaux, qui ne suffisent pas à compenser une impression de vide intersidéral (pourtant, j'avais adoré Genus, le ballet de McGregor dansé à Garnier un ou deux ans auparavant).

10 Comms':

{ mimylasouris } at: 14 septembre 2011 à 15:02 a dit…

Même aussi mini que leur suffixe, tes chroniquettes sont réjouissantes...
Schumann serait-il comme du chocolat, douceur jusqu'à un certain pourcentage, amertume au-delà ?
Et le départ du chef au galop ! Je suis souvent surprise, il est vrai, par l'abrupte des entrées en matière : ça chuchote encore dans la salle et la résonance des instruments qui s'accordent est à peine dissipée que déjà la leçon commence. Moyen de prendre de vitesse les bavards ? de couper court au trac ?
Enfin, je tiens à souligner dans un souci d'exactitude d'estomac sur pattes que la pizza post-Leonidas et pré-tarte au chocolat (quelle belle boucle !) ne peut être passée sous ellipse qu'en vertu de la mini-chroniquette et devrait être mentionnée si chroniquette tout court (toute longue) il y a. Ce qui signifie : merci !

{ Klari } at: 14 septembre 2011 à 16:25 a dit…

Schumann, pour moi, s'apparenterait plutôt à une plaquette de chocolat blanc de 200g. Alléchant au premier regard puis gras, nocif, répétitif (au quinzième carré, tu connais la chanson), bourrin, trop copieux (50g auraient suffi). Et quand tu as englouti les 200g de chocolat blanc, tu n'as aucun souvenir de ce que tu as mangé, plus qu'une sensation d'écoeurement.

Mozart ? Chocolat d'origine 80% cacao ! Epuré, racé, fin, subtil, tu redécouvres le concept de "chocolat" à chaque carré, et toute ta vie, tu pourras déguster du chocolat noir sans jamais te lasser..

En ce moment je suis plutôt chocolat au lait aux noisettes (ça doit être la musique russe, ça)... Mais ce n'est qu'une phase.

En somme, nous nous sommes régalées, ce soir-là, n'es-ce-pas ?

Hugo at: 15 septembre 2011 à 00:44 a dit…

J'étais encore plus près de Leonidas que vous trois, tralalère.
Ce soir là, j'étais venu avec une amie... qui est elle aussi tombée amoureuse de Leo (et je dois dire que de mon côté je remets un peu en question mon hétérosexualité...)
Elle a tenu à ce qu'on aille le voir après le concerto. Donc voilà, j'ai serré la main de Leonidas, et échangé quelques mots doux (il parle français !)

On devrait fonder un fan-club.

BTW, je vends un billet (5e cat) pour le jeudi 13 octobre, qui n'en veut ? (http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=11590)

{ klari } at: 15 septembre 2011 à 11:28 a dit…

Hiiiiii, tu as serré sa main. Hiiiii, il parle français. Oui, mais comme j'étais en diagonale, j'étais pile au milieu de son champ de vision, gnagnaproutprouttsouin.
(moi, mon prof, il a accompagné Kavakos, un jour. Na)

Le fan-club, c'est une excellente idée. Avec autocollants, agendas illustrés, et tout le toutim. Nous pouvons d'ores et déjà songer à développer une ligne de produits dérivés : le violon au dos duquel est gravé le portrait de Leo, la méthode de violon annotée par Leonichou, les banderolles de concert, etc, etc.
Plus question de créer le fan-club, je crois que nous l'avons de facto créé tous les quatre en juin dernier, non ?

Malheureusement, je suis déjà plus qu'équipée en termes de billets pour ses concerts d'octobre, je ne vais pas reprendre ton billet - Grignotages, si tu nous lis, je te recommande vivement de mettre une option dessus, le Tchaikovski est une somptuosité !

{ mimylasouris } at: 15 septembre 2011 à 15:03 a dit…

Jeudi 13 octobre, j'ai ! Un violoniste en chocolat, pas besoin de me le dire deux fois.
(Et le chocolat praliné, c'est quelle musique ? - tchèque ?)

{ Klari } at: 15 septembre 2011 à 16:04 a dit…

Hourrah ! Date est prise. Hugo, tu as vu que ta place a trouvé (on ne peut plus digne) preneur ?

Dans la mesure où le chocolat praliné est une aberration nutritionnelle et gastronomique (même si j'adore ça), je me demande si ce ne serait pas de la musique de film, à la Hans Zimmer ou John Williams. Un peu pompeux, épais et exagéré, cousu de fil blanc mais rudement efficace (et tu en redemandes, ensuite !!).

{ mimylasouris } at: 16 septembre 2011 à 15:30 a dit…

Vite taper sur le museau du quiproquo : j'ai (déjà) une place pour le jeudi 13 octobre. Désolée, Hugo.

{ Klari } at: 19 septembre 2011 à 00:11 a dit…

Flûte alors. Elle va être dure à recaser, cette place. En même temps, j'ai du mal à trouver les mots pour dire à quel point je suis ravie que tous ceux dont j'estime l'opinion musicale ont déjà une place. Je suis fière de faire partie de cette blogosphère ;-)

Hugo at: 19 septembre 2011 à 02:05 a dit…

Non ça va, ma prof de violon est intéressée... Je crois que c'est une fan de Kavakos aussi !

{ Klari } at: 19 septembre 2011 à 13:46 a dit…

Super ! En même temps, il me reste à croiser un violoniste digne de ce nom dont les yeux ne s'allument pas à la mention du mot magique :-)

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