mercredi 21 septembre 2011

Chopin - Beethoven, Orchestre de Paris


4 Comms'
Salle Pleyel - Mercredi 14 septembre 2011, 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi (direction), Jan Lisiecki (piano)
***
Berlioz, Ouverture du Corsaire,
Chopin, Concerto n°1
Beethoven, Symphonie n°5
***
Une fois n'est pas coutume, l'Orchestre de Paris s'était adjoint les services de deux solistes différents et proposait deux programmes quasi-identiques, à un numéro de concerto près, pour ses concerts du mercredi et du jeudi soir. Je n'avais pu choisir entre les deux concerts qu'après d'interminables questionnements existentiels. Je ne voulais ni rater mon cours de chant du jeudi, ni cautionner le choix d'un soliste tout jeunot (est-ce bien raisonnable de soumettre un jeune ado à ce régime avion-hôtel-répétition-sandwich-hôtel-concert-hôtel-avion ?), ni réécouter Khatia Buniatishvili (oui, mais plus tard) ni manquer une symphonie de Beethoven dirigée par P. Järvi.

Ouverture du Corsaire, piécette de quelques minutes tiraillée entre grandiloquence et burlesque (un soupçon de french-cancan ??) avant de passer aux choses sérieuses : le concerto de Chopin n°1 avec un très très très jeune pianiste en soliste, en comparaison duquel Khatia Buniatishvili, du haut de ses 24 printemps, parait d'un âge plus que vénérable.
C'est seulement après avoir minutieusement épluché son site Internet que rassérénée, j'avais acheté un billet : son site donne l'impression d'un jeune homme sympathique et souriant, doté d'un attachant sens de l'humour, plutôt bien dans des baskets apparemment non distendues par l'essor de sa carrière de soliste. Car j'étais embarassée : est-il possible d'apprécier avec sincérité un pianiste si jeune, sans être tentée d'ajouter un "pour son âge" au jugement, quel qu'il soit ? L'utilisation de sa jeunesse en tant qu'argument de vente du concert par la direction de l'orchestre m'avait également mise mal à l'aise. Qu'est ce l'âge du pianiste apporte au concerto de Chopin ?

Le concerto est d'ailleurs un brin décevant : le concerto en soi n'est certainement pas exempt de longueurs, l'orchestre est peut-être un brin engourdi après la trève estivale et Jan Lisiecki n'est pas (encore?) tout à fait capable de capter l'attention de l'auditeur de la première à la dernière mesure de l'oeuvre. Mais il tire un son magnifique de l'instrument - très certainement un des plus beaux sons de piano que j'ai entendu et porte une réelle attention au phrasé, soigné et pertinent, dosant le rubato avec justesse. Contrairement à sa consoeur du lendemain, il ne cède pas à la tentation de noyer sa main gauche sous la pédale. J'attends avec impatience les bis, il devrait être formidable dans des oeuvres courtes.

Premier bis - il est "très content d'être ici, et pour dire merci, il va jouer une Danse (sic) de Chopin," annonce-t'il, dans un français joliment accentué. Très très jolie valse (op. 64 n°2), qui confirme mon impression d'un pianiste avec un énormissime potentiel. Décidément très content d'être ici, il joue l'Aria des Variations Goldberg "pour dire merci deux fois", de manière évidente il possède - et écoute très régulièrement, l'enregistrement de 81 des Variations Goldberg par Glenn Gould (LE disque de mon adolescence). Même pulsation étirée, qui permet à chaque note de résonner, scintiller dans un écrin de silence jusqu'à ce que la suivante devienne indispensable. Bis fortement apprécié, à en juger le silence respectueux et approbateur qui précède les applaudissements.

Pendant l'entracte, alors que Jan Lisiecki est interviewé sur France Musique (les mots "content" et "plaisir" reviennent le plus souvent dans l'interview, comme c'est réjouissant), je louvoie entre les groupes de banquiers-consultants pour rejoindre le quartier général de l'Amicale - récemment fondée - des Violonistes Amateurs fan de Leonidas Kavakos. C'est seulement l'année dernière que j'ai pris conscience de la similarité entre le hall de Pleyel et une cour de récré : les hordes de banquiers-consultants-cadres sup' représentent le gros des troupes - ce seraient eux, les jeunes gens confiants et assurés des familles aisées, équipés d'un cartable de la bonne marque. Dans les coins de la cour de récré, les geeks : les Wagnéreux - dont l'A.G se tiendra quelques jours plus tard, pour organiser les vacances d'été, les clopeurs, dehors rue du Fbg St-Honoré (au lycée, on se cachait derrière le préau à vélos), les blogueurs plus ou moins anonymes... Parfois le proviseur fait une apparition. Les grands absents sont évidemment les auto-proclamés "ninjas", restés à leur place acquise illégalement, observant d'un air soupçonneux quiconque s'approcherait d'un peu trop de leur fauteuil et les musiciens rassemblés dans de mystérieuses salles des profs, où sont-elles, que s'y passe-t-il, personne ne sait.

Si j'avais été honnête avec moi-même, j'aurais réalisé que mes attentes vis-à-vis de cette 5è par l'Orchestre de Paris et P. Järvi étaient irréalistes. J'attendais en effet d'eux :
  • une 5è au moins aussi excitante que leur 4è de Beethoven,
  • le même enthousiasme ébouriffant que celui visible et audible au printemps, grâce auquel ils avaient raflé la moitié des kxcop 2011,
  • léviter 10 cm au-dessus de mon fauteui comme ce jour de janvier 2010 où nous avons joué, avec l'orchestre amateur, le 1er mouvement de la 5è avec notre Chef Génial (avec la meilleure foi du monde, je trouve notre concerto de Beethoven, Gentil-Prof en soliste, Marc à la baguette, dix mille fois meilleur que la version Oistrakh-Cluytens, sans que je ne m'explique pourquoi - après tout, malgré son - immense - talent, Gentil-Prof n'a peut-être pas tout à  fait le niveau d'Oïstrakh, ni nous celui de Radio-France. L'attachement affectif à notre version à nous ? L'incapacité de retrouver ne serait-ce qu'un dizième de l'intensité de l'orchestre-de-l'intérieur en concert ou via un enregistrement ? hum..)
  • ajoutons à cela que ma dernière 5è en concert était celle du Chamber Orchestra of Europe (oooh) dirigée par Haitink (hiiii), magnifique, inouïe, Ma Cinquième Parfaite, en particulier cet interminable crescendo dans le Mvt.3, d'une tension quasi-insoutenable, comme l'avaient attesté a posteriori les traces de griffes sur mes genoux. Et ce hautbois.

Toutes les conditions étaient réunies pour être déçue, sans surprise, je l'ai été. Oh, tout se passe globalement bien, pas de cataclysme majeur à rapporter (un couac géant, un choix de tempo consternant, un pupitre égaré au milieu d'un scherzo, ce genre de choses..). Cependant je m'ennuie. L'orchestre a perdu, temporairement, j'espère, sa vis comica - à part les altos, qui s'amusent comme des petits fous, accentuant ainsi par contraste l'impression d'engourdissement que me donnent les autres pupitres. Premier mouvement à la fois morne et un peu affolé, le deuxième mouvement - que je préfère doux et bucolique, est déjà trop intense, martial à mon goût, ce qui amenuise le choc de l'entrée dans les 3è et 4è mvt. Et il est où, mon crescendo en 'embouchure de trompette', à la fin du 3è ?? Sans lui, le début du 4è mouvement passe quasi-inaperçu, M'enfin ?! Quelle déception d'autant plus que je sais que l'orchestre et Paavo JÄrvi sont tout à fait capables d'en faire quelque chose de ce goût-là.

Il ne reste plus qu'à attendre la prochaine symphonie de Beethoven avec les mêmes. Ils ont joué la 4è la saison dernière, la 5è cette année. Une Pastorale l'année prochaine, peut-être ?
(Youpi !)

Pendant ce temps, Palpatine tombait amoureux de Khatia B.,  Andante con Anima suggèrait de faire fabriquer des T-Shirts Ze Ledgeunde à l'effigie de P. Järvi et a par ailleurs beaucoup aimé, Le Figaro, le JDD. Joël aussi est très content. (bon, je dois être la seule à ne pas avoir aimé, c'est très déstabilisant)

4 Comms':

{ bladsurb } at: 21 septembre 2011 à 16:48 a dit…

Mais non t'es pas toute seule ! Simon Corley non plus n'a pas vraiment aimé ... ConcertoNet

{ Klari } at: 21 septembre 2011 à 17:37 a dit…

Merci Bladsurb ! Oui, en effet, on n'a pas aimé pour des raisons assez similaires. Mais il arrive très finement, lui, à mettre le doigt sur le pourquoi du comment.

Par contre, je n'en reviens pas qu'il se soit enfilé les deux concerts d'affilée !! Tu imagines, deux Corsaire en moins de 24h ? Eurk.

Andanteconanima at: 21 septembre 2011 à 20:28 a dit…

Boh, le Beethoven haydnien de l'ami Paavo n'était pas déplaisant mais c'est vrai qu'au bout du 2ème mouvement, on finissait par se demander ce qui pouvait bien se passer ensuite, vu le palier d'intensité. Et le III et le IV ont un peu déçu, effectivement...

Pour Khatia B., je reste partagé. Une bonne lecture, peut-être un peu trop prévisible par endroits, mais assez maligne. J'attendais une signature plus marquée (façon Cherkassky), et là encore... Bref.

Très belle chroniquette, en tous les cas. (Les souscriptions pour le T-Shirt Paavo Järvi seront bien vite ouvertes...)

ACA

{ Klari } at: 22 septembre 2011 à 10:10 a dit…

Hello ACA !

Ben, justement, je ne l'ai pas trouvé suffisamment haydnienne, sa 5è - entre deux eaux : ni suffisamment "gros son 1950's"à la Haenchen (que je n'ai pas aimée, mais qui était convaincante dans son genre, comme le dit très justement Concertonet), ni suffisamment guillerette, agile, comme l'a pu être la 4è de mars dernier ('me semble bien que les effectifs réduits pour la 4è leur permettaient de prendre des tempo du genre allegro troppo molto troppo sans donner la moindre sensation d'affolement, contrairement à ce qui a été un peu le cas la semaine dernière.

Mais je reste très optimiste quant à la suite des Beethoven de Järvi (plus jy' pense, plus je suis convaincue que la 5è est la plus difficile des symphonies de Beethoven en ce sens qu'elle est très facilement ratable - on ne peut pas rater une Pastorale, elle est trop mignonne en soi, mais la 5è, là c'est une autre paire de manches !)

Haitink, go, Haitink !

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