jeudi 7 juillet 2011

Alexandre Nevski - Orchestre de Paris


4 Comms'
Salle Pleyel mercredi 29 juin, 20h
Choeur et Orchestre de Paris, Gianandrea Noseda (direction), Elena Zhidkova (mezzo)
***
Borodine, Prince Igor, ouverture et Danses polovtsiennes (avec chœur),
Sibelius, Concerto pour violon,
Prokofiev, Alexandre Nevski, cantate pour mezzo-soprano, chœur et orchestre (La Russie sous le joug des Mongols/ Alexandre Nevski/ Les Croisés à Pskov/ Lève-toi, peuple russe !/ Bataille sur la glace/ Champ des morts/ L’entrée d’Alexandre Nevski dans Pskov)

***
J'avais longuement tergiversé avant de me décider à assister à ce concert. Tout d'abord, j'avais opté pour le concert du jeudi, avant d'y renoncer : Palpatine me proposait une place pour le Crépuscule des Dieux ! Torturée par l'indécision, j'avais laissé traîner le dossier jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des places plein tarif pour le concert du mercredi.
Dilemme cornélien s'il en est.
Qu'importe, il y aura tout plein d'autres concerts l'année prochaine.
Moui, mais.. Viktoria Mullova ! Alexandre Nevski !
14 concerts en un mois, c'est trop. Beaucoup trop. Il faut contenir l'addiction.
Addiction ? Quelle addiction ?
Et si, et si, et si c'était le concert de l'année ? Le concert de ma vie ?
Bref, j'avais craqué. La tentation est forte, etc, etc.

J'aime, j'admire, je vénère Viktoria Mullova, une des trop rares violonistes à ne pas éprouver le besoin de se déguiser en chou à la crème ou en meringue confite sur scène. Ultra-talentueuse, elle ne travaille qu'avec la crème de la crème : Gardiner ! Salonen ! Elle se fait coacher en musique baroque par Marco Postinghel, le plus attachant et malicieux des bassonistes, qui, dans un mini-bouchon de spectateurs à la fin d'un concert du Chamber Orchestra of Europe, nous avait adressé un "merci" accompagné d'un immense sourire (on lui avait tenu une porte à la Cité de la Musique, oooh) dont je ne suis pas encore complètement remise. Ce serait certainement une marque de jalousie que de contester le goût infaillible dont elle fait preuve dans le choix de ses compagnons successifs.

Pourtant, le calendrier joue contre Viktoria Mullova : quelques jours auparavant, Leonidas Kavakos occupait la même place. En comparaison, elle parait trop fragile. Je passe le concerto dans un état de nervosité fébrile sans me laisser embarquer par la musique : trop hasardeux, incertain, à chaque note vibrée sur la corde de sol je crains qu'elle n'envoie valser son violon à grand coups de poignet plus maladroits que véhéments. Fatigue de fin de saison ? Kavakophilie exacerbée de ma part ? Ceci dit, je retournerai l'écouter dans des conditions plus favorables (avec l'Orchestre de Paris, par exemple, ou en octuor avec Le Grand Bassoniste Taquin)

L'entracte est le moment rêvé pour une sieste, interrompue à peine entamée, par un percussionniste-caisse-claire qui passe les dix minutes suivantes à briser de la glace et/ou massacrer des croisés estoniens. Je renonce avec regrets à un petit somme réparateur.

Alexandre Nevski. Entre le pupitre du chef et un coude de violoncelliste, une minuscule lucarne par laquelle je peux observer mon contrebassiste préféré, il s'amuse comme un petit fou, rit de toutes ses moustaches, bondit deci-delà avec l'ardeur du boyard qui s'en va tailler du chevalier teutonique à grands coups d'archet. Soudain, ma lucarne se ferme, on ne distingue plus que les têtes des instruments s'agiter joyeusement. Entre temps, les altos et les violoncelles assènent sans pitié de terribles coups de brise-glace sur leurs fragiles instruments. Le chœur, trônant au-dessus de la mêlée, chante à pleins poumons.

Je me régale, yeux et oreilles grandes ouvertes. Quand l'orchestre et le chœur ont noyé leurs derniers ennemis dans le lac gelé, Elena Zhidkova, jusqu'alors patiemment assise sur une chaise, à gauche du chef, se lève. J'avais ricané intérieurement à la vue de ce mini-gabarit, vacillant sur ses talons hauts, épaules crispées, engoncées dans une robe-fourreau en velours noir, sur laquelle s'agglutinent de petits essaims de grelots tintinnabulant.
(Je ne l'avais pas encore entendue chanter. Si j'avais su)

L'intervention de la mezzo dans Nevski ne dure que quatre ou cinq minutes. Si vite, trop vite passées. Pétrifiée sur mon fauteuil, je ne respire plus. Elena Zhidkova n'a besoin de rien faire pour transporter son audience. Ni d'exagérer le vibrato, ni d'appuyer un phrasé. Juste de laisser entendre sa voix, une voix bouleversante, d'une puissance irrésistible, avec ces magnifiques voyelles larges, timbrés que seul(e)s des Russes sont capables de produire. Elle est bouleversante, probablement grâce à la sobriété et au dénuement de son chant.
(Il faut l'entendre chanter. Si vous saviez)

Alors que des cordes tout sourire s'apprêtent faire entrer Alexandre Nevski dans Pskov (imaginez une Armée Rouge en noir en liesse), je ne suis guère plus qu'une flaque d'eau salée. J'ai à peine retrouvé forme humaine que les saluts ont déjà commencé. Elena Zhidkova, rayonnante, adorable, arbore un sourire mi-ravi, mi-surpris à la vue de l'immense bouquet qui lui est offert. Elle plonge aussitôt la tête dans les fleurs, seules les oreilles dépassent. Sa joie est si contagieuse que je verse aussitôt les quelques larmes qui m'étaient restées en stock.

(Ce regain d'activité lacrymale est certainement lié à ces hordes de russes qui débarquent en force à Paris ces temps-ci. Il est grand temps de programmer une petite cure de Hindemith, non mais)

***
Bonus : 
Y étaient aussi : Palpatine le bassonophile, la Souris, Concertonet et Zvezdo.

4 Comms':

{ Joël } at: 11 juillet 2011 à 12:49 a dit…

Elena Zhidkova a effectivement l'air adorable sur cette vidéo avec les costumières. J'adore la remarque sur le sang "anglis".

{ Klari } at: 11 juillet 2011 à 15:42 a dit…

Faut pas déconner avec le sang russe ;-)

{ ptilou } at: 25 juillet 2011 à 23:38 a dit…

Quelle belles musiques ! j'aié couté cela tout ma jeunesse ! j'en frémis encore...

{ Klari } at: 26 juillet 2011 à 15:17 a dit…

Eh oui ! Bon, je pense toutefois pas qu'Alexandre Nevski résisterait à 5689 écoutes d'affilée, comme le peuvent (dasn mon cas) le Requiem de Mozart, le Stabat Mater de Pergolèse et d'autres choses, qui me reviendront d'ici une heure ou deux. Mais je vais certainement garder un souvenir mémorable de l'émotion que m'a procuré ce concert !

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