lundi 6 juin 2011

Vous reprendrez bien un peu de Bolchoï ?


3 Comms'
Opéra Garnier • dimanche 15 mai, 14h30
Orchestre de l'Opéra de Paris, dir. Pavel Sorokin
Natalia Osipova, Ivan Vasiliev, Artem Ovcharenko, etc, etc..
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Flammes de Paris
***
Le Don Quichotte du Bolchoï m'avait éblouie, c'était évident : je ne pouvais pas laisser repartir ces danseurs à Moscou sans les revoir. Il ne leur restait plus qu'un ou deux Don Quichotte à danser, complets, et un Flammes de Paris, pour lequel il restait une poignée de places. Ce sera donc Flammes de Paris. Sitôt dit, sitôt fait, tirelire cassée,hop, me voici munue d'un billet pour la dernière des Flammes de Paris (me procurant un excellent prétexte pour manquer une répétition Schumanneuse avec les Concerts Gais).

De ma place au deuxième rang (quand je dis "casser la tirelire", ce n'est pas un vain mot), je guette l'éventuelle entrée de Natalia Osipova : sa jambe souffrante s'est-elle entre temps rétablie ? Remplacée, pas remplacée ? Elle est là ! Quel traitement de cheval s'est-elle infligée pour être d'attaque ? Quel bonheur, d'ailleurs, cette place de luxe : voir les expressions sur les visages des danseurs (et des musiciens) ! Voir les danseurs s'envoler lors des sauts ! Se gorger des détails des décors, des mimiques des seconds rôles !

Commençons par les mauvaises nouvelles : dans le genre du ballet de propagande, autant j'avais savouré le Grand Détachement Féminin Rouge (et tiens, un coup de chaussons dans les côtes du méchant petit-bourgeois, ouille ! ) et ses exagérations délicieusement hollywoodiennes, Flammes de Paris me déçoit un tantinet par sa structure très classique, sans le charme ou la densité de Don Quichotte. Globalement, c'est un ballet un brin couillon, impression renforcée par la partition, jolie mais parsemée de clichés romantico-révolutionnaires (une Carmagnole par-ci, une Marseillaise par-là) qui font d'ailleurs glousser quelques musiciens.

Magnifique orchestre, d'ailleurs, que je peux examiner de très très près (je n'ai pas du écouter beaucoup d'orchestres d'aussi près (ah si, Leipzig, tiens)) où, malgré la proximité, le son des cordes est parfaitement homogène, sans que quoi que ce soit ne dépasse de la masse. On m'avait vanté l'incroyable capacité des vents de l'Orchestre de l'Opéra de fusionner, produisant un son parfaitement ajusté, homogène, comme d'un seul instrument. Je peux confirmer qu'il n'y a pas un unique musicien actionnant un clariboiflûsson, mais qu'ils sont bel et bien aussi nombreux qu'une mini-équipe de foot, et mille fois mieux coordonnés. Du coup, j'ai hâte d'avoir l'occasion de les réécouter au calme l'année prochaine.

Restée à mon fauteuil (un fauteuil avec tout le confort moderne ! il y a même de la place pour les genoux !) pendant l'entracte, je rêvasse, bercée par le magnifique solo que l'alto-en-chef potasse en fosse. Quelques instants plus tard, alors que le spectacle a repris, je me réjouis d'écouter à nouveau ce passage (un soupçon plus nerveux) qui illustre le moment le plus poétique et mélancolique du ballet - les derniers instants de tranquillité de la jeune et jolie aristocrate, amoureuse d'un sans-culotte, avant qu'elle ne finit sous la guillotine.

Un ballet de Bolchoï ne va pas sans au moins un instant magiqueTM : quelques secondes, sans musique, dans un silence total, personne ne moufte ni ne tousse, alors que Vasiliev, tranquille, hiératique, tout à fait conscient de son emprise sur le public, se dirige vers le fond du plateau avant de se lancer dans une série de diagonales que l'on pressent majestueuses, improbables.
Par exemple.
Diagonales sanglantes, en effet : pendant les saluts, une tache rouge est très nettement visible sur le pantalon d'Ivan Vasiliev.

Pour prolonger un peu l'euphorie "Bolchoï", je m'attarde en compagnie de Joël à la boutique de l'Opéra : Osipova et Vasiliev vont dédicacer le DVD des Flammes de Paris. Quelques 10 très grosses minutes plus tard, alors que je m'attends à des colosses augustes et terrifiants(ils font paraître le scène de l'Opéra toute petite) , je vois arriver un jeune homme tout sourire, presque un peu pataud, accompagné de Natalia Osipova, si menue et frêle que je doute que ce soit bien elle qui ait bondi, sauté, tourné pendant les deux heures précédentes.

Le gri-gri souvenir :

Sans surprise, il m'en faut encore. Prochaine ration, Roméo et Juliet en juillet. Du Prokofiev !

3 Comms':

{ bladsurb } at: 7 juin 2011 à 19:24 a dit…

La série de diagonales me fait penser à cet extrait : http://www.youtube.com/watch?v=NNuSIK9KEak

{ la souris } at: 7 juin 2011 à 20:32 a dit…

Klari au concert : elle observe.
Klari à la danse : elle écoute.

Pour la jambe souffrante... On la voyait dans un documentaire sur l'école Vaganova, pour le spectacle de fin d'études : au moment où elle sort de la scène où elle vient de danser l'adage à la rose de la Belle au bois dormant, on lui tend derechef un gobelet en métal dans lequel on a versé un peu de poudre de perlimpinpin, choisie parmi une mallette entière de poudres magiques. Quand on lui demande ce que c'est : "un médicament... c'est pour le coeur, pour les palpitations". Reste à espérer que ces artistes puissent faire de vieux os.

{ klari } at: 8 juin 2011 à 00:01 a dit…

@bladsurb : je crois que la phrase est à l'envers, non ? "Cet extrait est censé te faire penser une bonne vieille série de diagonales". En tout cas, la filiation est lointaine, mais indéniable !

@la souris : bon, heureusement que je ne vais que très peu au théâtre, qu'y ferais-je ? Si ça peut te rassurer, au resto je mange, à la piscine je nage, au ciné je dors etc, etc.

(parlant d'écouter, les pieds des danseurs russes ne font que très peu de "broum!" "ploc" "flup" sur le praticable. Ca m'intrigue)

C'est terrifiant, ce que tu racontes. e me doutais qu'ils avaient des soucis articulaires, musculaires, mais cardiaques ?! A peine sortis de l'adolescence ?
Plus généralement, il me semble bien que toute discipline poussée à haut, voire très très haut niveau comporte quelque chose de dangereux, destructeur. Même les musiciens, tiens, il me semble que Gentil-Prof s'est fait des cochonneries aux tendons des mains, plus jeune.

En cela, l'Amateurisme (au sens le plus noble du terme) est plus respectueux de l'organisme. Vive les amateurs !

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