dimanche 12 juin 2011

Mozart, Bach, Prokofiev - Chamber Orchestra of Europe


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Cite de la Musique • Mardi 24 mai, 20h
Chamber Orchestra of Europe (COE), Eric Le Sage (piano), Marieke Blankestijn et Lorenza Borrani (violon)
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Mozart, Symphonie n° 29 et Concerto pour piano n° 17
Schumann : Extrait Kinderszenen Op. 15
Bach : Concerto pour deux violons
Prokofiev : Symphonie classique
Mozart : Les Noces de Figaro - Ouverture
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Il faisait un temps de rêve ce 24 mai. Un temps à grignoter des cafés-gourmands en terrasse en attendant mes compagnons de concert. Quelques musiciens du COE profitaient aussi des derniers rayons de soleil de l'après-midi avant le concert.

Je n'aime guère initier des sorties-concert, je crains toujours de passer deux heures à me dandiner nerveusement, bombardée par les ondes de mécontentement émises par mes voisins. Avec le COE, je savais minimiser les risques. J'avais sans vergogne recouru au chantage affectif pour convaincre quelques amis de m'accompagner.  Du beau monde : Djac, Zvezdo, ma Co-Pupitre préférée, J.-J. (à qui je dois un de mes meilleurs souvenirs de concert), C. (qui s'était déjà illustré sur ce blog en arrivant au concert de Ravi Shankar une minute et demie avant le début - avec les billets), et d'autres, avec qui je me réjouissais de partager un concert du COE. Seule ombre au tableau, l'absence de ♥ François Leleux ♥, parti faire des fredaines avec l'Ensemble Orchestral, abandonnant son poste de hautbois solo de l'orchestre.

Il faut trouver les épithètes les plus élogieux possible pour qualifier la symphonie et le concerto : précis, jamais affecté, transparent, impliqué, émouvant etc...(oh, ces contretemps si délicieusement chaloupés), mais il manque encore le petit quelque chose qui rend les concerts du COE magiques, qui fait léviter le spectateur dix centimètres au-dessus de son siège. Quelques signes de bon augure me laissent penser que la deuxième partie sera d'anthologie : quelques instants avant la fin du concerto, de grands sourires s'allument ici et là dans l'orchestre, les yeux de l'alto solo brillent d'une lueur taquine. Oh que j'aime ça.

Je piétine d'impatience pendant l'entracte. Une inconnue nous reproche d'attribuer le bis d'Eric le Sage à Schuman. "Mais ça ne peut pas être du Schumann, ne dites-pas n'importe quoi, ce n'est pas assez subtil !" Subtil ? Mais depuis quand reconnaît-on du Schumann à sa subtilité ?

Retour à nos fauteuils pour le Double Concerto de Bach, interprété par les très attachantes violons solo de l'orchestre. Le talent et l'expérience de chambristes des membres du COE rendent leurs concerts inoubliables, mais quand les solistes sont issus de l'orchestre, l'évènement prend une dimension supplémentaire La question de savoir qui accompagne qui ne se pose pas, solistes et orchestre sont aussi importants l'un que l'autre, dans le même caractère, à l'écoute des autres parfaitement en harmonie. A quoi bon mettre un chef devant ces musiciens ? Ca tombe bien, il n'y a pas de chef. (Marc K. avouera plus tard avoir eu quelques difficultés à se retenir d'aller diriger)

J'essuie discrètement une larme dans le deuxième mouvement, alors que les deux violons entament une conversation, instaurant progressivement, insensiblement une tension croissante qui culmine dans un étourdissant dialogue dans l'aigu.

"- Fabuleux !, me souffle mon voisin de droite, je n'ai jamais entendu un orchestre aussi clair, aussi limpide. On entend tout. Jusqu'aux entrées de contrebasses.
- Je suis amoureux, m'annonce mon voisin de gauche, dévorant du regard la très jolie violon solo du COE.

J'avais déjà croisé la Symphonie Classique de Prokofiev, qui m'avait laissé un souvenir grisâtre. J'avais alors écrit "La symphonie classique de Prokofiev m'agace un peu. Classique sans être du Mozart - déficient par essence, j'aurais aimé qu'on ne se contente pas de la jouer proprement, au tempo canonique. J'aurais voulu de la fantaisie, du second degré, qu'on me montre où sont les prokofieveries dans cette musique un peu terne et convenable."(c'est le comble du narcissisme, de s'auto-citer ? bon)

Souhait mille fois exaucé par le COE, dont les musiciens prennent un plaisir évident (leurs yeux brillents, l'alto solo envoie clin d'oeil sur clin d'oeil à qui en veut, mon violoncelle préféré envoie des regards radieux tout azimuts), à souligner les riens là où on attendrait un vigoureux scrontch, à administrer d'étourdissants accents malicieux. Ils s'amusent comme des petits fous, et le résultat n'en est que meilleur. Cette symphonie - jouée comme ça, intègre illico le club de mes oeuvres préférées.

Euphorie prolongée par une ouverture des Noces de Figaro impeccable, enlevée et fougueuse, qui donne une trompeuse impression de facilité.
"-Sisisi, je t'assure, c'est injouable, c'est d'ailleurs donné aux concours d'entrée en orchestre.
- T'es sûre ? Ils avaient l'air de le jouer les doigts dans le nez.
- Ils le jouent effectivement les doigts dans les orifices nasaux. Mais ils sont indécemment bons techniquement."

Nous prolongeons un peu le concert au Café de la Musique, admirant de loin quelques musiciens attardés autour d'une bière. Je suis bombardée de questions "Quand rejouent-ils ! Tu as son numéro de téléphone ? Mais pourquoi je n'en avais jamais entendu parler ?!" Non, je n'ai pas le numéro de téléphone de qui que ce soit dans l'orchestre, je n'ai que quelques théories fumeuses pour expliquer leur déficit de notoriété en France (tant mieux pour nous autres spectateurs, les tarifs de leurs concerts parisiens restent à peu près raisonnables) mais je peux très bien répondre à la question "quand rejouent-ils" : en novembre, la 9è de Schubert ! Puis en mars 2012, du Beethoven à profusion. Faut-il le répéter, il reste des places à 10€ pour leur 4è et 7è de Beethoven !

Mais qu'on se rassure, ils sont humains. Comme dans tout orchestre normalement constitué, les trombones et les percussionnistes font les zouaves pendant que les cordes triment.

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Aussi : Zvezdo (ça y est, il est converti à la COE-tologie). Et le COE par lui-même, en vidéo. Happy 30th birthday, COE (le même concert, à Londres)

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