samedi 11 juin 2011

Debussy, Ravel, Beethoven - Orchestre de Paris


4 Comms'
Jeudi 9 juin 2011, 20H - Salle Pleyel
Orchestre de Paris, dir. Esa-Pekka Salonen, David Fray (piano)
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Debussy, La Mer : "De l'aube à midi sur la mer" - très lent / "Jeux de vagues" - allegro / "Dialogue du vent et de la mer" - animé et tumultueux
Ravel, Concerto en sol
Beethoven, Symphonie n°7
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On a January evening of the early seventies, Christine Nilsson was singing in Faust at the Academy of Music in New York.
Though there was already talk of the erection, in remote metropolitan distances "above the Forties," of a new Opera House which should compete in costliness and splendour with those of the great European capitals, the world of fashion was still content to reassemble every winter in the shabby red and gold boxes of the sociable old Academy. Conservatives cherished it for being small and inconvenient, and thus keeping out the "new people" whom New York was beginning to dread and yet be drawn to; and the sentimental clung to it for its historic associations, and the musical for its excellent acoustics, always so problematic a quality in halls built for the hearing of music.

Cent quarante ans passés, rien n'a changé. Que j'ai hâte d'écouter mes orchestres favoris à la Philharmonie. Où, dit-on, aucun auditeur ne sera exilé loin de l'orchestre, comme au second balcon de Pleyel. On y entend divinement bien certes, mais qu'on y voit mal. Je distingue à peine les silhouettes de quelques percussionnistes affairés autour de leurs instruments, et du contrebassiste, apposant les dernières touches à son espace de travail. Une cale sous le pied de  chaise, quelques vérifications de dernière minute. Le spectacle peut commencer.

Un peu ailleurs, je laisse passer les deux premières esquisses de la Mer avant de me retrouver éblouie par le Dialogue du Vent et de la Mer, rigoureusement animé et tumultueux, qui me laisse entrevoir pourquoi les mélomanes avertis parlent avec béatitude des Stravinsky de Salonen. Une période d'accalmie illuminée par un splendide duo de flûte et hautbois (Instant MagiqueTM), où la flûte colore, par de délicates notes tenues, le solo du hautbois, complétant discrètement le beau son de son collègue. Les deux sont vite rejoint par le cor anglais, qu'on voit d'ailleurs jeter un rapide coup d'oeil à ses voisins avant de démarrer, comme pour mieux se synchroniser avec ses voisins.

Dans une autre vie, j'aurais été cor anglais dans un grand orchestre. Pas de co-pupitres avec qui se chamailler, pas de supérieurs hiérarchiques, du confort, de l'espace (le cor anglais a souvent quelques mètres libres à sa gauche, entre le bloc des vents et celui des contrebasses), un pupitre pour moi toute seule, ni trop près ni trop loin du chef, une quantité modérée de notes à jouer, que des solos indécemment magnifiques ! Comme celui, poignant, superbe, à savourer dans le deuxième mouvement du Concerto en Sol, qui éclipse le piano, même si la caméra préfère rester sur le pianiste. Vous observerez la différence de traitement entre un pianiste et un cor anglais : en deuxième partie de concert, le pianiste va s'installer au rang-VIP, papote avec ses VIP de voisins, alors que le cor anglais est réduit à s'asseoir par terre dans un recoin de l'arrière-scène. Infamie ! Opprobre !

Le pianiste-VIP, David Fray, m'avait auparavant passablement ulcérée à débiter des âneries sur Mozart "Je suis provocateur ! Difficile à comprendre !" (peuh), à s'adresser aux musiciens de la Kammerphilharmonie Bremen comme à des gamins incultes. L'art de redécouvrir des évidences. (Magnifique opération de comm' d'EMI, ces deux vidéos vous dissuadent avec une efficacité redoutable d'acheter les enregistrements incriminés). J'en avais conclu qu'il devait sa belle carrière à Beau-Papa, et avait bien plus besoin de leçons d'anglais et de séances de kiné - il se tient affreusement courbé au piano, il ne va pas tarder à goûter aux joies du lumbago, que d'un engagement à Pleyel. Mais le concerto en sol est réussi : joli son précis, présent sans brutalité, le tout est joué avec goût, sans sentimentalité dégoulinante dans le 2è mouvement, et une saveur leste, jazzy dans les passages qui s'y prêtent. Et une belle cohésion orchestre-soliste, aucun n'écrasant l'autre.

Entracte. Demeuré-je au second balcon, où l'orchestre n'est une masse noire informe d'où émergent quelques objets brillants en forme d'instruments de musique ? L'arrière-scène est pleine à craquer. Il me faut pourtant à tout prix quitter mon triangle des Bermudes, délimité par un couple d'ados loquaces, une dame à la luette dotée d'un majestueux vibrato qui, entre deux siestes se dandine avec moult grincements sur son siège et un papi littéraire très occupé à lire-relire-feuilleter-plier son programme. Ce doit être une des raisons pour lesquelles j'aime tant l'arrière-scène : le silence. Les banquettes, fixes, ne grincent pas ; statistiquement il y a moins de programmes, de luettes, de pharynx encombrés potentiellement bruyants. A cela s'ajoute un brin de superstition : les plus belles symphonies par l'Orchestre de Paris, je les ai écoutées depuis l'arrière-scène. Si je ne vais pas à l'arrière-scène, je réduis forcément la probabilité de magnificence de la symphonie.

Ceux qui aiment leur Beethoven imposant, bourru, majestueux se sont régalés. Dudamel avait tenté l'expérience en janvier avec le L.A. Phil, je n'en ai aucun souvenir. Mariss Jansons avec le Concertgebouw, deux semaines plus tard : magnifique, parfait, un brin froid. Salonen nous en donne une version magistrale et habitée, d'une phénoménale intensité. Je ne vois pas très bien à quoi est dû le petit quelque chose en plus ? Au fait que les musiciens me semblent en dehors de leur zone de confort ? D'immenses ffffffff au-delà du plafond habituel ? Des nuances plus volontaires ? De la magnifique ouvrage, tout reste parfaitement clair et lisible malgré des effectifs pléthoriques, le résultat est admirable.

Ceci dit, j'aime mon Beethoven quand il gambade d'un air plus taquin que martial, plus leste qu'imposant. Cette version m'impressionne, sans m'émouvoir outre mesure. Sur la 7è de Beethoven, le premier mouvement fait se serrer la gorge, préhumidifie la cornée. Le deuxième déchaîne des torrents de larmes, le troisième exige de se dandiner avec joie et malice - sauf pendant le passage Dents de la Mer, bien sûr. Pendant le quatrième, on souffle sur ses paumes, on retrousse ses manches en cavalcadant joyeusement deci-delà sur son fauteuil  - il faut préparer les saluts. Pour ce résultat peut-être aurait-il fallu diviser l'orchestre par deux (il y a 9 contrebasses !!) , quitte à jouer la symphonie deux fois de suite, une fois par chaque moitié de l'orchestre ?
(oh oui)

Si mes oreilles ne sont pas tout à fait rassasiées, visuellement, quel festin. Une révélation : si le pupitre de contrebasses de l'OP nous plaît tant, à la Souris et moi, c'est évidemment parce qu'ils ne sont pas que musiciens, mais aussi danseurs. Peut-être la mécanique de l'instrument l'exige-t'elle, admirez la chorégraphie d'un pizz de contrebasse : si un violoniste peut produire un pizz en n'actionnant à la rigueur que les deux dernières phalanges de l'index (c'est mal), le pizz du contrebassiste commence par une respiration, puis un petit mouvement du poignet pour s'assurer que l'archet ne se retrouvera pas dans le passage, enfin un pizz prolongé par un ample mouvement de bras - si on plisse un peu les yeux, on ne voit que les courbes blanches dessinées par la trajectoire du petit triangle en os qui retient le crin. Parfois, plus fréquemment à l'OP que dans d'autres orchestres, l'un se retourne pour sourire à ses collègues après une note particulièrement délectable. Comment ne pas aimer ce pupitre ?

Mon regard vagabonde aussi vers le chef, que je vois pour la première fois diriger de face. Impression mitigée. Il semble redoutablement efficace : les gestes me sont parfaitement lisibles (c'est dire), les départs impérieux, la qualité du concert est indéniable. Pourtant il me donne l'impression de se regarder diriger. A-t'il besoin de faire face aux premiers violons si longtemps ? Quel message envoie-ce donc aux altos, nez-à-nez avec le postérieur du maestro ? Les altos ne partagent pas mon agacement - à la fin du concert, l'un lâche illico archet et alto pour applaudir à tout rompre le chef, paumes brandies bien au-dessus du pupitre.

Si vous aimez le Beethoven-taquin, je vous conjure, je vous ordonne d'acquérir immédiatement une place pour les 4è et 7è par mon Chamber Orchestra of Europe adoré, dirigé par Bernard Haitiiiink, en mars prochain. A l'heure ou j'écris, il reste des places à 10 Euros ! Ou pourquoi pas une des 5è par l'Orchestre de Paris, dirigée par Paavo Järvi ?

Aussi : Palpatine, Concertonet. The Age of Innocence, Edith Wharton.

4 Comms':

{ la souris } at: 18 juin 2011 à 18:12 a dit…

Je ne sais pas ce qu'est un pizz, mais j'ai bien remarqué la danse de couple des contrebassistes avec leur instrument (j'adore quand ils l'éloignent un peu d'eux, et quand ils descendent l'archet bien bas pour aller grattouiller le ventre de ce gros instrument).
(C'est le poète de Spitzweg qui se retourne sans arrêt pour se réjouir avec ses copaing)

(Mot de circonstance que l'on me propose là en vérification : rions)

{ Klari } at: 18 juin 2011 à 23:33 a dit…

Zut, flûte, je ne me rends pas compte que j'utilise du jargon. Le pizz, c'est le gratouillis de cordes, le ploum, par opposition à la caresse de la corde.

Yep, je ne m'en lasse pas, de les observer.

Voui, voui, c'est lui ! J'ai pensé très très fort à toi mercredi dernier, on me l'a rapidement présenté. J'ai tout juste été capable de balbutier en rougissant que j'étais une grande fan.

Hop, une friandise pour la route ;-)

{ Klari } at: 18 juin 2011 à 23:36 a dit…

PS : pizz, c'est le surnom affectueux de pizzicato, de l'italien pizziquelque chose, qui doit se traduire grossièrement pas gratouiller, j'imagine.

{ la souris } at: 19 juin 2011 à 10:22 a dit…

Oh, avec un nez rouge !

Alors pizz = ploum, d'accord. C'est tout à fait supportable comme jargon, on dirait presque une onomatopée !

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