dimanche 19 juin 2011

Brahms, Dvorak - Orchestre de Paris


2 Comms'
Salle Pleyel - Mercredi 25 mai 2011, 20h
Orchestre de Paris, direction Paavo Järvi, Leif Ove Andsnes (piano)

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Brahms, Concerto pour piano n°2
Dvorak, Symphonie n°7
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L'Orchestre de Paris s'est posé un double défi. Donner un concert le lendemain d'un concert parisien du MEILLEUR-ORCHESTRE-DE-L'UNIVERS, au programme duquel la 7è de Dvorak, dont la version par l'AUTRE-MEILLEUR-ORCHESTRE-DU-MONDE m'a laissé un souvenir impérissable. La critique est donc exigeante, et ne se satisfera de rien moins que d'étincelles. De rire, de larmes. D'étoiles filantes et de levers de soleil enchanteurs.

On a commencé par du rire, teinté de jaune. Le bataillon de caméramen en noir, habitué des concerts du mercredi de l'OP, n'aiment pas les spectateurs de l'arrière-scène. Avec malice, ils ont positionné une des caméras dans les confins du quartier des cuivres, au beau milieu de mon champ de vision. Elle est idéalement placée pour soustraire à ma vue les hautbois et une bonne partie des seconds violons, m'offrant en compensation une vue imprenable sur l'arrière-train de son opérateur. Le seul postérieur au monde que j'accepte d'avoir dans mon champ de vision pendant deux heures - au spectacle - est celui d'Ivan Vasiliev. Aucun autre.
(J'aurais du rester à la maison regarder la retransmission)

Malgré des techniques avancées d'évitement (loucher, fermer l'oeil droit, le gauche, nier l'existence de la caméra), mon regard est irrésistiblement attiré par le caméraman qui s'empêtre dans le trépied, se dandine pour soulager des pieds engourdis, trébuche (oooh, danger d'éboulement dans les bassons). Alors qu'enfin je commence à me concentrer sur le concerto, il imprime à son engin diabolique de brusques mouvements giratoires qui réduisent mes efforts à néant. Je loupe ainsi le solo 'Star Wars' de la flûte et du hautbois (vers 8'21), un superbe dialogue cor-piano (vers 15'21)... tout manqué sauf l'intervention indescriptiblement poignante du violoncelliste solo, qui me laisse tétanisée sur mon bout de banquette pendant la moitié de l'Andante.

A l'entracte, vexée comme un pou, je pars en quête de quelqu'un auprès de qui exprimer mes récriminations. On m'assure que la caméra sera reléguée vers le mur du fond de scène. Youpi ! Youpisme précoce, car en revenant de l'entracte, il apparaît que la caméra s'est non pas reculée, mais avancée, désormais fièrement campée devant le troisième trombone. Chacun sait que les trombones somnolent en concert, entre deux pons! mais, qui sait, peut-être lui serait-il utile de voir le réveille-matin à baguette. La camera se blottit obligeamment tout contre le flanc jardin du pupitre de contrebasses. Configuration problématique dans le cas où son voisin contrebassiste jouerait des notes dans le Dvorak. Vite délogée, la caméra prend ses quartiers définitifs dans le trou béant créé par l'absence de cor anglais. Apparemment les hautbois n'y trouvent rien à redire, moi non plus, j'ai enfin des musiciens et non un postérieur de caméraman au milieu de mon champ de vision.

L'arrivée de Paavo Järvi a eu un impact manifeste sur le quotidien de l'orchestre. Ca s'entend, se voit, se savoure. S'explique-ce? J'ai essayé d'obtenir des informations, en vain : de troisième main, inexploitables en l'état.
"Il est vachement bien, Järvi". En quoi. Pourquoi. Comment.
"Il nous fait bien bosser". Par opposition à des répétitions-siestes ?
On ne peut qu'émettre des conjectures :
a) sur le modèle des légions de César, le menu de la cantine aurait été remanié (on ne leur souhaite pas),

b) on organiserait des distributions gratuites d'anches qui ne couaquent jamais, d'oreillers en duvet pour les trombones, de garnerius garantis authentiques pour les seconds violons ?
c) Paavo Järvi est génial.
A quelle auter cause rattacher ces si nombreux symptômes d'euphorie d'orchestrale ?

A propos de symptômes, voici quelques indicateurs (auxquels j'ai lôôônguement réfléchi) qui permettent de départager une oeuvre parfaitement-bien jouée-sans-plus d'une interprétation mémorablement-émouvante. Indicateurs dont les objectifs sont plus qu'atteints dans le Dvorak.
  • vitesse perçue de passage du temps. Comparez la durée officielle "Do" du morceau écoutée avec la durée perçue "Dp" après écoute.  Si Do>Dp => Concert très bien ; si Do< Dp => bof. Un des corollaires est que souvent, on a plus de bêtises à raconter sur un concert mitigé que sur un concert fabuleux (exemple ici),
  • les petits mouvements des archets. Méfiez-vous si, globalement, la trajectoire des archets vous semble prosaïquement utilitaire, calculée pour ne faire qu'un scrountch/ploum syndical. Même un bête tougoudou d'alto ne vient pas de Nulle Part pour finir dans le Grand Rien. Des mouvements plus ou moins amples, plus ou moins conscients accompagnent la production, révélent l'intention, la respiration, qui précède le tougoudou et prouvent qu'on ne tombe pas dans un confortable coma légér en attendant la prochaine note à jouer. Passionant à observer, et symptôme d'un réel engagement musical.(méfiez-vous comme la peste des orchestres-glaçon)
  • le souriromètre. La palme du grand sourire est remportée haut-la-main par l'alto solo, dont le sourire s'élargit au cours de la symphonie. Il se retourne à moité, risquant le torticolis, pour partager un instant d'euphorie avec ses collègues de derrière. Voici un alto heureux. Signe d'excellent augure, un alto qui s'eµµ€$£e ne fait pas de belle musique.

(Evidemment, ça vaut essentiellement pour les cordes. En ce qui concerne bois et cuivres, fiez vous à vos oreilles)

Que c'est beau, mais que c'est beau. Le contentement du public se manifeste par des vigoureux applaudissements à l'unisson, lents, sonores, le dernier maillon avant la standing ovation. Quelques musiciens tournent subrepticement des pages de partition : un bis ! Branle-bas de combat chez les contrebasses, papatras, les partitions s'éparpillent. Paavo Järvi attend patiemment - avec un petit sourire narquois - que son contrebassiste retrouve ses petits. Rien de plus capricieux et insaisissable qu'une partition qui a décidé de se faire la malle. Sans transition, on passe du gag au "moment magique" : un impalpable ploum de contrebasse, qu'on perçoit plus qu'on n'entend, aussi tendre et léger qu'une brise printanière. Avant que les jolies motifs de la Valse Triste ne se fassent entendre. Me pensant à l'abri de mon programme, j'écrase discrètement une larme, sans réussir à tromper le regard de lynx de Laurent, de l'autre côté de l'orchestre.


Ni gag ni ploum miraculeux dans la vidéo du concert, évidemment. J'ai bien fait de venir, tout compte fait.
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Aussi : ConcertoNet (attention, la vidéo du concert se lance automatiquement ! baissez le son si vous êtes au bureau), Petit ConcertorialisteLaurent, Palpatine.

2 Comms':

{ la souris } at: 26 juin 2011 à 13:46 a dit…

J'ai bien ri pour le postérieur du cameraman versus celui d'Ivan Vassiliev, la nouvelle cantine du chef et les critères d'appréciation de concert. Je ne suis pas certaine, pourtant, qu'on raconte plus de bêtises sur un concert moyen, quoique ce soit un bon moyen de "rentabiliser" la soirée (ou comment chercher un titre d'article bien foireux pendant le spectacle même). Certes, les épisodes graalesques laissent sans voix, mais l'enthousiasme peut aussi conduire à raconter des choses délirantes.

{ Klari } at: 27 juin 2011 à 00:27 a dit…

Merci !

(personnellement, je suis très mal à l'aise en me relisant actuellement, je n'arrive pas à trouver un ton qui me paraisse juste. je souffre de terribles maux d'écran blanc.. je fais donc une relecture minimale pour enlever les pires fautes de frappe, on verra à la rentrée si j'arrive à trouver un ton qui me satisfasse. Humpf ;-) )

Tu as raison, on peut délirer sur un excellent concert. Mais le Concert-Graal-Ultime, il est inchroniquettable ! (d'ailleurs, il y avait eu une mini-polémique autour de la non-critique dans les médias du dernier concert d'Abbado à Pleyel : ils s'étaient en gros tous bornés à mentionner la longueur du silence qui avait précédé les applaudissements finaux, et basta. D'aucuns avaient été fort choqués ! A lire Laurent, je pense qu'il n'y avait rien de plus futé à écrire sur le sujet de toute façon ;-)

A bientôt !
(pour la meringue glacée, cette fois!)

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