jeudi 19 mai 2011

Wagner - Orchestre Colonne


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Salle Pleyel • Lundi 16 mai 2011, 20h
Orchestre Colonne, Cécile Perrin (soprano), Jean-Philippe Lafont (baryton), Laurent Petitgirard (direction)
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Wagner : Tannhäuser, Wesendoncklieder (Im Treibhaus, Schmerze, Träume), Ballade du Hollandais Volant
Kremski : Melancolia - Hommage à Wagner,
Wagner : Prélude et mort d'Yseult (Isolde ? Iseult ?!), Adieux de Wotan.
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Ministres, chefs d'orchestre et blogueurs s'étaient donnés le mot pour assister à un concert 100% Wagner. Cette petite dose tombe à point pour remplir une dent creuse avant que les dieux ne crépusculisent en juin à l'Opéra de Paris.

Manifestement, j'ai un souci avec l'ouverture de Tannhäuser : déjà écoutée en avril avec le Budapest Festival Orchestra, quelques jours après l'avoir écoutée, je n'en avais déjà aucun souvenir . Il en est de même aujourd'hui. Ce doit être une de ces oeuvres destinées à n'entrent par mon oreille droite que pour ressortir par la gauche. Quelle frustration.

Mais ceci ne m'a pas empêchée de savourer avec bonheur le reste du programme, à commencer par les extraits des Wesendoncklieder, chantés par une soprano, à la voix riche et puissante, mais avec un petit-je-ne-sais-quoi un brin fragile, presque enroué, qui ne la rend que plus touchante. Le chant est magnifiquement accompagné, parfois par des pon! de cor, attaqués méchants, cuivrés, avant de disparaître tout doucement, imperceptiblement.

Un jeune alto promu pour l'occasion au poste de chef de pupitre prend en charge les deux solos d'Im Treibhaus avec assurance, émettant un beau son rond et chaleureux projeté jusqu'au deuxième balcon.



(Ceux qui se mordraient les doigts d'avoir manqué ce solo historique sont sommés de se procurer illico des billets pour le concert de l'Orchestre des Concerts Gais des 27 et 28 mai 2011, où le même altiste jouera la Romance pour alto et orchestre de Bruch)

A l'entracte, replacement-express au promontoire de l'arrière-scène, dans le "virage", pour savourer de plus près Melancolia, d'Alain Kremski. Le premier rôle est tenu par les percussionnistes, parqués dans un enclos de tam-tam, de penderies-à-gong et de grosses caisses, en charge de l'émission d'un tapis percussif animé d'une pulsation sourde et obsédante, parfois égayé par des gazouillis de cordes, un superbe trio de flûtes et enfin, une très belle intervention de cor anglais.
Pendant les embrassades fraternelles sur scène (le chef et le compositeur sont frères !), Joël et moi nous interrogeons sur le lien logique entre Wagner et Melancolia, qui se veut un hommage à Wagner, sans trouver de réponse satisfaisante.

Prélude et mort d'Isolde - quelques minutes passées à frissonner. Les redoutables manipulations harmoniques de Wagner, qui alterne des passages noirs, oppressants avec des moments lumineux font se serrer la gorge et s'humidifier la cornée. Magnifiques cors (même si j'aurais aimé que le pavillon soit orienté ailleurs que droit vers mes petits tympans délicats et fragiles), qui sont sollicité pour une succession de solos, d'interventions et de traits rondement exécutés (c'est que Wagner est très exigeant vis-à-vis des cors. Et dieu sait que le cor est exigeant vis-à-vis de son musicien) sans le moindre soupçon de craquements ni d'aboiements disgracieux.


Magnifique instrument que le cor, mais il ne faut pas rester trop longtemps, trop près d'un pupitre de cinq cors qui joue du Wagner. Joël et moi dévalons avec une discrétion toute relative l'escalier de l'arrière-scène, manquant renverser une soprano en larmes,  pour assister aux Adieux de Wotan.

Si je n'avais pas jeté un œil à la partition de premier violon (une accumulation à la Prévert de triples-croches, d'altérations, qui de loin, ressemble à un gros serpent ondulant sur le papier), je n'y aurais vu que du feu, tellement l'orchestre semble se jouer des difficultés de la partition avec allégresse et facilité, manifestement radieux d'avoir abandonné Minkus au profit de vraie musique. Les petits chromatismes de Loge sont malicieux à souhait, le ta-ga-da! des violoncelles percutant, vilain, incisif, et les trombones ! Ils réalisent certainement un rêve de gosse quand, enfin, dominant tout l'orchestre, ils entonnent le leitmotiv de la Lance. Les murs de la salle Pleyel ont vacillé, je le jurerais.

Il s'agit très certainement d'un des plus beaux passages de la Walkyrie, trrrrès exigeant vis-à-vis des musiciens, mais qui le leur rend bien. Quand, à la sortie des artistes, je récupère la faction Concerts Gais des Colonneux, il me faut patienter quelques instants avant d'en tirer quelque chose : des étoiles dans les yeux, ils planent très haut, probablement à un jet de pierre du Walhalla.

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Aussi : Joël, satisfait et ému.

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