mardi 12 avril 2011

Nelson Freire, Pleyel


10 Comms'
Lundi 11 avril 2011, 20h
Nelson Freire, piano
***
Nelson Freire fait partie de ces quelques artistes (Leleux, Kavakos, Freire) pour qui j'achèterais yeux fermés un billet, y compris quand du Schumann figure au programme. Certains m'intimident : Maurizio Pollini est sans conteste l'Autorité Suprême en matière de Chopin, mais il me fait un peu peur, je crois. Trop imposant, impressionnant de savoir, de maîtrise. Leonidas Kavakos et Nelson Freire me donnent envie de leur sauter au cou et de coller sur leurs joues rebondies des bisoux admiratifs et reconnaissants pour les remercier de partager avec nous une chose si émouvante, humaine, lumineuse..

Au tout premier rang, à quelques mètres à peine derrière le pianiste, je peux contempler ses mains qui s'ébrouent sur le clavier. Si son buste ne bouge que le strict nécessaire, ses mains semblent se métamorphoser en fonction des timbres et couleurs différents qu'il exige de l'instrument. Parfois on jurerait que des lapereaux gambadent sur le clavier. Parfois ses mains évoquent des petits fantômes, n'appuyant qu'impalpablement sur les touches. Quelques mesures virtuoses achèvent de transformer ses mains en bébé-poulpes surexcités, rebondissant frénétiquement sur le clavier. Dans d'autres passages, il caresse l'instrument avec la délicatesse du chat qui pose avec précaution une patte sur la neige fraîchement tombée.

Les couleurs, parfois improbables, toujours pertinentes, jamais exagérées, rendent le Schumann quasi-supportable, le reste, magnifique, presque surprenant. Chez Liszt, il évite de s'attarder sur le caractère fougueux et virtuose de la chose pour mettre en valeur la lumière, la poésie de la partition.

On réclame encore et encore du bis - et on l'obtient. Après un bis éthéré, entièrement joué pppp, sans que qui que ce soit dans la salle ne pipe mot (ou éternuement), c'est avec une vraie standing ovation que Nelson Freire est remercié. Pas une demi-standing ovation où la moitié du parterre file prendre son métro pendant que l'autre moitié applaudie. Une vraie, généralisée.
***
Robert Schumann, Arabesque, op. 18, Fantaisie en Ut Majeur, opus 17
Sergueï Prokofiev, Visions fugitives 8 visions
Enrique Granados, La maja y el ruiseñor
Franz Liszt, Etude de concert : Waldesrauschen, Rhapsodie hongroise n°3, Valse oubliée n°1, Ballade n° 2

10 Comms':

{ 巴黎的花 } at: 12 avril 2011 à 10:41 a dit…

Merci pour ce superbe article. Connaisseriez-vous le titre du premier encore qu'il a joué? un morceau très simple très doux. Merci d'avance!

GDM at: 12 avril 2011 à 10:58 a dit…

Très beau concert hier soir. Quels sont les 3 morceaux joués en rappel hier soir? je crois que le premier est une variation de Bach sur "Jésus que ma joie demeure", mais je n'ai pas identifié les deux autres.

{ Klari } at: 12 avril 2011 à 11:02 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
{ Klari } at: 12 avril 2011 à 11:23 a dit…

Magnifique, ce concert, en effet. D'après mon confrère Palpatine, il s'agit des bis suivants : "Collines d'Anacapri", 5e des 24 préludes de Debussy, puis un (je cite), "remix d'Orphée et Eurydice de Gluck".

{ bladsurb } at: 12 avril 2011 à 22:50 a dit…

Demandez le programme : http://concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=7360 (Simon Corley Rulz):
- "Jésus, que ma joie demeure" arrangé par Myra Hess
- "Les Collines d’Anacapri", extrait du Premier livre (1910) des Préludes de Debussy
- l’arrangement par Giovanni Sgambati (1841-1914) de la «Plainte d’Orphée» extraite du «Ballet des esprits bienheureux» du deuxième acte d’Orphée et Eurydice

{ Klari } at: 13 avril 2011 à 00:00 a dit…

Quelle réactivité, Bladsurb ! A ma décharge, Concertonet n'avait pas encore publié sa chroniquette quand j'ai pondu la mienne, je n'ai ainsi pas pu lui chiper l'info.

Le mystère demeure : comment il sait tout ça ?! Il n'est pas humainement possible de connaître tout le répertoire, si ?

{ la souris } at: 13 avril 2011 à 11:44 a dit…

Ah, des bébés poulpes surexcités, j'adore ! Tes chroniquettes se dégustent même en dehors des repas concertés...

{ Klari } at: 14 avril 2011 à 23:27 a dit…

Merci ! J'ai surtout savouré le privilège de contempler les mains de Nelson Freire en contre-plongée. C'est surnaturellement beau.

Par contre, pour continuer sur le sujet des applaudissements (commencé où, déjà?) et j'ai préféré ne pas le mentionner dans la chroniquette, j'ai été éffarée par le nombre d'applaudissements inter-mouvements, voire inter-oeuvres. D'ordinaire, les applaudissements ne me gênent pas, voire me touchent, mais N. Freire restait obstinément assis, le front penché vers le clavier, ce qui pour moi, revenait à hurler silencieusement "pas d'applaudissements!". C'est un peu comme entre dans un bureau et se mettre à parler à l'occupant alors que celui-ci est au téléphone, le regard ailleurs. C'est impoli, non ?

{ la souris } at: 15 avril 2011 à 18:09 a dit…

Effectivement. Parfois, on dirait que les gens applaudissent très fort pour ne plus rien entendre. Ils diront que c'était "très beau", mais ils ont peut-être pensé "trop" et se sont fait un plaisir de raturer cette beauté qui leur échappe avec beaucoup de bruit.

{ Klari } at: 16 avril 2011 à 18:24 a dit…

Peut-être.. Ou alors, c'est une maladresse née d'un certain embarras, de la peur de commettre ce qui pourrait être perçu comme un impair ?

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