vendredi 1 avril 2011

Mahler 9 par le LSO & Gergiev à Pleyel


2 Comms'
Salle Pleyel - 28 mars 2011 20h
London Symphony Orchestra (LSO), Valeri Gergiev (direction)

Mahler, Symphonie n°9 et n°10 (Adagio)
***
Ce soir-là, j'ai pris le temps, avant le concert et pendant l'entracte, de me plonger dans l'expo-photo organisée dans le hall de la Salle Pleyel. La beauté des photos d'Alexandra Khomassouridze (aka Mme Kremer) m'avait touchée, mais je n'avais pas remarqué le délicieux humour absurde qui se dégage de ses photographies. Le gros plan sur les mocassins avachis de Gidon Kremer me fait glousser, tout comme les yeux exorbités de Nikolaus Harnoncourt, qui vient de croiser un fantôme. L'air réjoui de Daniel Barenboim dans son habit de lumière, allumant un cigare géant dans un restaurant chicagoan. D'autres photos, présentées en binômes, font s'opposer un aspect public avec une facette domestique de la vie de musicien : sur une photo, Vadim Repin en mode concerto, visible derrière une forêt d'archets, sur la suivante, il récure avec bonhommie le manche de son violon.

Écouter le LSO, cet orchestre que j'aime tant (quelle magnifique brochette de cornistes ! cet alto solo ! ) me procure toujours autant de bonheur. Voir Gergiev diriger est un spectacle valant à lui seul le détour. Sa gestuelle si particulière est particulièrement déroutante - il ne bouge qu'à partir des coudes, les dernières phalanges de ses doigts frétillent, il rajuste frénétiquement toutes les 4 ou 5 mesures sa mèche de cheveux. Quand la musique le requiert, il fait le lapin. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il grogne ! Des grognements sauvages le rendent encore plus terrifiant. Comment on peut suivre ses improbables papillonnages digitaux et ses grognements ? Même les musiciens du LSO sont incapables de répondre à cette question. Mais ça fonctionne.

Cependant, je m'ennuie un peu. Je trouve tout ça un peu grandiloquent, beaucoup trop bruyant (on peut très bien donner une impression de puissance dévastatrice sans vriller les oreilles de ses spectateurs, à l'inverse, on peut émettre un nombre invraisemblable de décibels sans éveiller la moindre émotion chez l'auditeur - seulement de l'inconfort. Pourquoi et comment, mystère): bref, pas de frissons.

Irrésistiblement, mon oeil est attiré par un contrebassiste dissimulé dans un recoin, un jeune homme tout fringuant, d'une énergie et d'un enthousiasme (fut-ce pour le moindre ploum) communicatifs. Inconsciemment, la mise au point des oreilles se fait sur les basses, je fais désormais à peu près abstraction du barouf que fait le reste de l'orchestre. pour mieux voir et écouter les fondations d'un bâtiment. La partie de contrebasse est étonnamment calme, par comparaison à l'excitation qui règne chez les autres pupitres, pourtant tout, du moins les accents, la base de l'harmonie sont potentiellement présentes dans la partie de basse. Quand les contrebasses se taisent, je savoure la direction d'orchestre officieuse du jeune contrebassiste, plus lisible que celle de Gergiev. Je saurai infiniment gré à l'orchestre parisien qui recrutera ce contrebassiste, avant que le LSO ne mette définitivement le grappin dessus.

Sachez que lors de ce concert, aucun cor anglais n'a été maltraité, et qu'à peine rentrés à Londres, les musiciens du LSO ont abondonné leur casquette de grands-artistes-sérieux-qui-jouent-Mahler pour accompagner une ex-Spice Girl (ce n'est pas un poisson d'avril) et Shirley Bassey. Les 80 ans de Gorbi le valent bien, remarquez.

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Le concert, qui m'a paru un tantinet décevant en 'vrai', est extrêmement agréable à regarder en vidéo.

2 Comms':

{ la souris } at: 6 avril 2011 à 19:13 a dit…

De toutes les photos, ma préférée est celle que l'on voit en premier (je crois), depuis l'entrée, à droite : cadrage sur le cou d'une violoniste (altiste ?), avec un tendon saillant dans la même direction que son archet, qui fond la frontière entre la musicienne et son instrument.

(ton anti-spam est désobligeant : il insinue que je suis en train de "divagg"(uer)

{ klari } at: 7 avril 2011 à 10:48 a dit…

Mince alors, je l'ai complètement loupée, cette photo-ci. J'espère avoir une dernière occasion de voir la photo en question avant que l'expo ne s'achève.

(j'aime bcp celle de Gergiev dirigeant, la main en avant, surplombé par une main blafarde sortie d'on ne sait où).

Je vais illico engueuler mon anti-spam, c'est très vilain, ce qu'il fait.

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