mardi 29 mars 2011

Françoix Leleux & COE, Dijon


0 Comms'
Auditorium de Dijon • Samedi 26 mars 2011, 20h
Chamber Orchestra of Europe - COE, Vladimir Ashkenazy (dir.), François Leleux (hautbois)

Dmitri Chostakovitch, Symphonie de chambre op.110a (aka Quatuor n°8)
Richard Strauss, Concerto pour hautbois
Robert Schumann, Ouverture Herman und Dorothea, Symphonie n° 4 en ré mineur op. 120
***
Dijon : son Conservatoire ! Le Momie-Mangas ! Le café gourmand du salon de thé La Chouette ! Les tombeaux des ducs de Bourgogne ! Son Pizza Hut ! Son auditorium ! François Leleux & le concerto pour hautbois de Strauss ! La myriade d'accueillantes petites boutiques où on peut se procurer lapins et carottes en porcelaine, des petits pots de moutarde au cassis et tant d'autres nécessités !

L'Auditorium - un immense paquebot futuriste échoué au milieu d'un carrefour surplombe un dédale de rues en travaux. En guise de passerelle, un escalier en colimaçon un peu caché. J'ai l'impression de passer une douane d'aéroport en traversant les cages de verre où se font le contrôle des billets. Cet environnement de verre et de marbre, un peu froid, est réchauffé par la convivialité du staff du vestiaire et du café. Heureusement, dans la salle de concerts les tons chauds du bois employé pour tapisser les murs prévalent, les fauteuils sont douillets et spacieux, on y écouterait une Tétralogie d'une traite, sans entracte.

Le COE est un orchestre-caméléon, capable de se faire passer pour un quatuor à cordes à peine enveloppé pour le Chostakovitch, un gros-orchestre-épanoui pour une symphonie de Schumann, voire de se grimer en quasi-baroqueux pour du Bach. Évidemment, le soliste est du même acabit. D'ordinaire, je reconnais sans difficulté le son du hautbois - grâce à une méthode imparable (cf. infra), qui fonctionne de manière satisfaisante dans 90% des cas.

(pour tout savoir sur le basson, c'est là)
Impossible d'appliquer cette méthode au leleuxphone de François Leleux, qui se plaît à brouiller les pistes et ne daigne qu'occasionnellement émettre un son de hautbois. Il est capable de produire un filet de son voilé, des notes au timbre pétaradant comme du cor bien cuivré, ensoleillé comme une clarinette, ou impérieux comme un pon! de trombone. Et le phrasé, le phrasé !

Je me tortille de douleur sur mon siège : je vois les joues de F. Leleux rosir puis rougir avant d'adopter définitivement une teinte violacée. Son cou triple de volume, la peau des joues et du front se plisse, je n'ose imaginer combien d'années d'espérance de vie s'envolent après avoir joué un concerto pour hautbois en général, celui-ci en particulier. Et pourtant, c'est avec une évidente décontraction que F. Leleux gambade, sautille, se dandine sur scène. Et rien dans le son ne reflète de gêne ni de tension.

François Leleux fait partie à mon sens de ces très rares artistes capables de transcender le matériau qu'on leur donne - comme Nicolas Le Riiiiiche, qui dans une autre discipline, donne une telle densité au moindre de ses gestes, une présence qui ferait passer la Danse des Canards pour le meilleur opus de Wayne McGregor. Il en est de même pour M.Leleux, en présence duquel j'oublie complètement la présence de Mon Orchestre Préféré, j'oublie de prêter ne serait-ce qu'un brin d'attention à l'œuvre ou à l'accompagnement, pour me laisser transporter par un son et un phrasé qui exigent toute l'attention par leur intensité. Certes, j'ai passé un moment inoubliable, fascinée, en sortant je n'ai cependant aucune idée à quoi ressemble le concerto de Strauss (Quelle bonne excuse pour acheter l'enregistrement !).
Ceci étant, n'allez pas raconter partout que je considère le Concerto de Strauss l'équivalent hautboïstique de la Danse des Canards, je n'ai pas dit ça !

Après les saluts d'usage, Françoix Leleux revient sur le plateau, tout fringuant (alors que je peine à reprendre mon souffle - inconsciemment, j'ai écouté le concerto en apnée, ne respirant qu'en même temps que le soliste : pratiquement jamais). Le bis, un extrait pour hautbois et orchestre d'une cantate de Bach est dédié aux victimes du tremblement de terre et du tsunami.

Un concerto et demi plus tard, le soliste est toujours opérationnel, il rempile d'ailleurs pour la deuxième mi-temps, mais en tant que musicien d'orchestre. Mes deux voisins et moi - tous trois hautboïphiles, laissons échapper un grognement incrédule - comment est-ce humainement possible ? La symphonie est magnifiquement bien jouée (quelles cordes ! quels altos ! quels cuivres ! quels vents ! quel son !), mais c'est du Schumann. Ainsi, quand pour la quinzième fois, l'orchestre gravit une montagne de Sturm&Drang à grand coups de trémolos nerveux avant d'inéluctablement revenir se lamenter dans la paisible vallée où quelques vaches broutent des marguerites germano-romantique sous les acacias, je commence à en avoir sérieusement marre. J'abandonne à tout jamais l'espoir d'apprécier Schumann : si le COE ne peut pas m'amener à aimer Schumann, qui le peut ? Qui ??
---
On m'avait chanté les louanges de l'acoustique de la salle, que j'étais ainsi particulièrement impatiente de découvrir. 
Alors : joie ! miracle ! Quelle transparence, quelle limpîdité ! Tous les pupitres sont audibles, même les altos. Malheureux altos, dont le rôle dans une salle comme Pleyel est parfois purement décoratif. On entend toutes leurs interventions, y compris quand le reste de l'orchestre s'affaire autour. Mais, mais, mais :
Horreur et damnation : peut-être ai-je mal choisi mon fauteuil.. Un écho malicieux rôde dans cette salle. Un onch! étouffé répond aux Scronch! de cordes. Pendant tout le concerto, j'ai l'impression d'écouter 1.2 hautboïstes - un François Leleux me suffirait amplement, je ne suis pas gourmande à ce point. Renseignement pris, il pourrait s'agir d'un problème d'écho flottant, pas impossible dans cette salle où les deux murs latéraux sont rigoureusement parallèles.

0 Comms':

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White