lundi 7 mars 2011

Dvorak - Gewandhausorchester Leipzig


0 Comms'
Salle Pleyel • 28 février 2011, 20h
Gewandhausorchester Leipzig, Riccardo Chailly (dir.), Leonidas Kavakos (violon)

Dvořák : ouverture Carnaval, Concerto pour violon, Symphonie n° 7. En bis : Andante de la Deuxième Sonate ( Bach), Danses slaves n°2 & 7.
***
Ce concert parisien du Gewandhausorchester est la première étape de la tournée asiatique de l'orchestre, qui débarque avec un barda monumental : 6 tonnes d'instruments, de partitions, de timbales (140 kg), de triangles, la maxi-estrade avec rail anti-chute de Riccardo Chailly, et bien sur, des Frackkisten - boîtes à frac (?), nécessité vitale pour un orchestre dont on peut approximativement traduire le nom par 'Orchestre de la Halle aux Vêtements'.

(ils cachent un inavouable passé d'orchestre amateur, un peu comme les Concerts Gais : ils ont été un temps obligés d'occuper des tavernes enfumées, qu'ils ont du abandonner en faveur du Gewandhaus / Maison du Drap (?), suite aux râleries de grincheux voisins qui ne supportaient guère leur musique)

Pour l'occasion - et surtout pour admirer de près Leonidas Kavakos, je me suis offert le luxe d'une place près des chaussettes en tire-bouchon des seconds violons, à jet de gravillon de Chailly. Évidemment, la perception d'un orchestre y est tronquée - on a beaucoup de seconds violons (youpi), de violoncelles, de cordes en général, pratiquement pas de cuivres (bah), et les bois sont un tantinet étouffés. Une place idéale pour voir si, de près, rien ne dépasse (information au demeurant totalement inutile, un orchestre peut générer un son rugueux de près mais nickel-chrome quelques minuscules mètres plus loin, à l'inverse, le son peut s'avérer magnifique de près pour lamentablement s'affadir deux rangées derrière) mais surtout, se laisser entraîner par l'engagement des musiciens.

Des quelques orchestres que j'ai eu l'occasion d'écouter de si près (le National, l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique, l'OdP), Leipzig est peut-être celui où le plus de petits bouts dépassent : de près, le son des cordes n'est pas parfaitement homogène, il y a des petits crachouillis d'archet, qui ne doivent pas dépasser le rang A, j'imagine, mais compensés par un son de cordes généreux et engagé ! A 13 heures, un M. Bilboquet monté sur ressorts, à 11 heures, Riccardo Chailly, l'œil malicieux, dirige sans se départir d'un gigantesque sourire (j'adore les chefs qui dirigent en souriant) et juste devant moi, une jeune blondinette, l'air sérieux, les  joues délicatement rosies, mignonne comme une figurine en porcelaine de Saxe, dont on voit les pieds s'agiter frénétiquement sous une jupe ample. Pas de clipiclipiclop, ils sont trop pros pour cela. On bouge, on gigote, mais sans faire de bruit.

C'est une expérience assez troublante d'écouter un concerto pour violon si près du soliste. Pour orienter son violon vers la salle, Kavakos se tourne légèrement côté cour (hiiiii, vers moi). Je peux certes admirer l'aisance avec laquelle sa main trottine sur le manche de l'instrument, la précision décontractée de la main droite (mes aîeux, il est trop grand pour jouer du violon, il a un format d'altiste), mais je ressens une sensation de gêne, difficile à exprimer, comme si j'assistais de trop près à quelque chose par trop intime.

Alors qu'on voit souvent des associations solistes-orchestres improbables voire douteuses, le Gewandhaus, Chailly et Kavakos se complètent parfaitement : tous éminemment sympathiques, un réel engagement chez les musiciens de l'orchestre et le soliste, des sonorités riches, généreuses, qui n'ont pas peur d'aller chercher un son un peu plus rugueux quand la musique le requiert.

Kavakos ne montre aucun signe extérieur de tension - impression toutefois contredite par de gros soupirs et des petits bonds sur place à la fin des phrases. Toute son énergie et son époustouflante panoplie d'outils violonistiques sont mises au service de la musique. Il serait réellement difficile de ne pas se laisser captiver, tant son engagement est contagieux.

Il est à la fois impressionnant par ses qualités techniques, sonores (il va chercher des sons vaporeux et flûtés, ou des couleurs de bois de chauffage fendu à coups d'archet bien aiguisé sur la corde de sol, ou encore des sons aigrelets un peu tsiganisants, cependant il est aussi capable se fondre incognito dans le son d'orchestre) mais surtout par sa musicalité - des quelques violonistes que j'ai écouté ces derniers temps, c'est celui qui me donne l'impression de s'être le plus approprié le concerto, et d'avoir le plus envie, voire besoin, de le partager.

Toutefois, il reste attentif à son environnement : on peut souvent le voir jeter des coups d'oeil attentifs au chef, partager un grand sourire malicieux avec le premier violon, lors d'un question-réponse rondement mené (qui fait gentiment écho aux risettes réjouies des seconds et des altos, concentrés mais contents).

Dans un style bien différent, l'Andate de la Sonate n°2, donné en bis, qu'il joue avec une majestueuse sobriété, avec un son à la fois dépouillé et imposant, sans le moindre soupçon de vibrato (peut-être une note ou deux, en cherchant bien) qui met splendidement en valeur la musique.

L'entracte fait office de conseil de guerre : nous nous interrogeons sur la saison 2011/2012. On sait déjà qu'il y aura du Chamber Orchestra of Europe à foison (hourrah!), que Leipzig revient (youpi), l'Orchestre de Paris a annoncé sur facebook la venue de Riccardo Chailly pour deux, oui, DEUX séries de concerts (je songe vaguement à y aller le mercredi à l'arrière-scène et le jeudi du "bon" côté), il semblerait que l'un de nous soit détenteur d'une version samizdat de La Brochure 2011/12, mais il est soumis à la loi du silence.

Alors que la cloche sonne la fin de l'entracte, je m'interroge : m'éloigne-je de l'orchestre pour mieux profiter de la symphonie ou poursuis-je ma mission d'infiltration du Gewandhausorchester ? J'opte pour la deuxième solution. A l'orchestre, un chef un peu ambitieux souhaiterait nous faire jouer cette oeuvre, j'aimerais en vérifier a priori la jouabilité.

Verdict : injouable. Trop haut, trop rapide, trop de notes. Mais je nage dans le bonheur, lorgnant avec ma discrétion coutumière les partitions des seconds violons, savourant leurs interventions, leurs traits, leur ploums et leur plic avec un enthousiasme comparable au leur, mais avec la sérénité de celle qui n'a pas à travailler sa partie.

Lors des saluts, mon voisin et moi tendons le cou : manifestement les violons préparent les partitions du (des?) bis, mais, flûte, le titre est écrit trop petit. Riccardo Chailly ne fait pas s'éterniser l'attente, et annonce, avec le sourire radieux qui le caractérise, la Danse Slave n°2 (spotify), saluée par des hurlements de joie, voire un retentissant "merci!" alors que Chailly annonce, en prime, la Danse slave n°7 (spotify), qui fait glousser les seconds violons.

Bon. Il ne me reste plus qu'à réserver tous les concerts 2011/12 à PLeyel où interviennent soit Leonidas Kavakos, soit Chailly, soit le pupitre de seconds violons du Gewandhausorchester.
---
Mais aussi : Un Carnaval coruscant d'après ConcertoNet, Dvorak et Dovrak pour Palp', un Kavakos pas assez extraverti et expansif (oh!!) pour Altamusica alors que Laurent, agacé, trouve qu'il s'agit d'un jour sans pour Kavakos (peuh), à qui ce concerto va comme un gant, d'après OperaCake. Le Gewandhaus est ravi (photos à l'appui), tiens eux aussi ont du mal à épeler Gewandhauskapellmeister - ça se comprend sans peine. Quant aux lecteurs du Figaro, ils ont su avant tout le monde que Dvorak détenait désormais la nationalité moldave.
---
Et surtout : Le Tchaikovsky, Kavakos avec le Concertgebouworkest, pour patienter avant l'hiver (la même chose par les Concerts Gais et Beaux, à Paris, en décembre, touchons du bois). Et on a encore une semaine pour écouter Kavakos et le Gewandhausorchester sur ce programme Dvorak.

0 Comms':

Enregistrer un commentaire

 

Mentions légales - Copyright © 2007-2012 Le klariscope. Tous droits sur les chroniquettes patati, patata.
RSS Feed. Ce blog est fièrement propulsé par Blogger. La template est signée dzignine d'après le modèle Minima-White