lundi 21 mars 2011

Delplace, Haydn - ECHO


4 Comms'
Salle Cortot ¤ Mercredi 16 mars 2010, 20h30
European CHorus & Orchestra, dir. Marc Korovitch

Stéphane Delplace, Concerto à la manière italienne (création mondiale)
Michael Haydn, Requiem
***
ECHO est un ensemble - chœur & orchestre, nouveau-né (il s'agit de leur toute première série de concerts : bienvenue !) au positionnement particulièrement alléchant : l'orchestre regroupe de jeunes pros et des amateurs. Je vous entends déjà me rétorquer que, oui bon, tous les orchestres amateurs dont j'ai parlé sur ces pages supplient une poignée de pros de leur prêter main-forte le jour du concert, en quoi cela change donc de l'ordinaire ?
Ce n'est pas comparable : ici, pros & amateurs montent tous ensemble un programme (alors que dans un orchestre amateur lambda, les pros débarquent le jour de la répétition générale et repartent le soir du concert, bouteille de whisky/ ballotin de chocolats/enveloppe garnie en poche). La configuration ECHO ne change pas grand'chose pour les membres pros de l'ensemble, j'imagine, mais cela change radicalement la donne pour le musicien amateur, caractérisé par une tendance marquée au caméléonisme : l'amateur joue comme son environnement. Par conséquent, plus vous augmentez le niveau de l'environnement, meilleure sera la prestation de l'amateur.

Première œuvre jouée dans l'histoire de l'ensemble : le Concerto à la manière italienne, de et en présence de Stéphane Delplace, invité à présenter son œuvre en quelques mots. Il prétexte une certaine timidité, mais c'est avec beaucoup d'humour qu'il explique la distinction entre l'esthétique moderne (séries, crouics et plounkfs, atonalité..) et l'attitude moderne (ne surtout pas faire comme les prédécesseurs). En rupture avec la génération précédente, il utilise sans vergogne un langage joliment tonal et s'excuse poliment auprès de ceux, qui, à l'instar de Cékouacah le Fakir, habitué aux planches à clous, devront subir l'inconfort d'un coussin (Astérix chez Rahazade).

Le Concerto à la manière italienne met en valeur la qualité de l'orchestre, qui, en mini-effectif (3/3/2/2/1) dans une salle à l'acoustique impitoyable, émet un son superbement rond et chaleureux. Les compétences individuelles des musiciens sont également soulignées :  en particulier les hautboïstes et le violon solo (rhô, quelle aisance de la main droite), qui sont chacun leur tour amenés à jouer un rôle de solistes dans cette oeuvre en directe filiation avec le concerto grosso. Pas grand'chose ne permet de distinguer les pros des amateurs, quelques détails visuels les trahissent : un archet un peu plus timide, une moue perplexe dans les traits trop ébouriffants - quoi qu'il en soit, ça ne s'entend pas !
Le public se met également à l'heure classique (en termes de claps) : les accords finaux de l'Allegro rythmé par un irrésistible petit motif d'alto joué avec un engagement réjouissant, déclenchent une avalanche d'applaudissements à laquelle je me joins bien volontiers. Certes, ce n'est que le pénultième mouvement, mais il faut savoir se faire du bien.
Pour revenir sur notre fakir : il s'agit bien d'un concerto-coussin, de facture et de motifs baroques, mais avec une douillette saveur harmonique résolument moderne.

Petit changement de plateau avant la deuxième partie : l'orchestre est rejoint par un choeur, constitué d'une douzaine de chanteurs, qui alternent également entre rôles de tuttistes et de solistes (c'est bien). On apprend que si Mozart avait pris la peine d'adhérer et de déclarer ses oeuvres à la SACEM, il serait aujourd'hui suffisamment riche pour s'acheter l'Autriche. En cash.

Le Requiem de Haydn est un requiem pétillant et optimiste, où une foison de petits motifs rythmiques et/ mélodiques préfigurent le Requiem de Mozart (si l'un des frères Haydn avait étudié le droit de la propriété intellectuelle...), qui en paraîtrait presque brahmsien après avoir écouté cette version épurée et sage.

S'il fallait toutefois émettre une critique, je dois avouer être mise légèrement mal à l'aise par la foultitude de ® qui ponctuent les textes du programme : ECHO®, European Chorus & Orchestra® etc. Ils ont tout à fait raison de protéger leur projet, évidemment, mais la présence aussi pléthorique du "®" me paraît aller à l'encontre de leur positionnement particulièrement ouvert, que ce soit le parti pris de faire jouer ensemble des amateurs et des professionnels, le choix des oeuvres, ou leur attitude vis-à-vis de la musique classique:
" (...) l'image dont souffre encore trop souvent le milieu de la musique dite "classique" réservée à une élite d'initiés ou à certaines classes. La musique est universelle, rassemble, permet le partage, l'échange, la rencontre et la communication. Il suffit simplement de l'écouter pour l'apprécier" (oh oui!!). 
L'équipe organisatrice risque de passer le plus clair de son temps au tribunal, à batailler contre des entreprises de bricolage, d'aménagement intérieur et pourquoi pas la Commission Européenne ?

4 Comms':

{ Papageno } at: 21 mars 2011 à 21:06 a dit…

Ecrire de la musique (néo)tonale, pourquoi pas ? Personnellement j'en ai écrit et j'en écrirait encore. N'écrire que ça c'est déjà un peu décevant, et se présenter comme un rebelle quand on le fait, c'est carrément du foutage de gueule. Les compositeurs néo-classiques sont légion de nos jours (y compris de très bons musiciens comme Escaich, Bacri, Hersant, Beffa). Et si l'on inclut la musique de film, le jazz, et la musique populaire, je dirais que 99% de la musique déposée à la SACEM chaque année est tonale. De même à la radio: prenez n'importe quelle station au hasard, vous aurez 99% de chance de tomber sur de la musique tonale.

Bref on peut écrire des "concertos à la manière italienne" si on a envie, mais ça n'a rien d'une "rupture".

{ klari } at: 21 mars 2011 à 21:43 a dit…

Du "foutage de gueule" Ma parole, tu as mangé du lion à la moutarde ?

Je voulais surtout retranscrire le délicieux humour mince-sans-rire avec lequel il a fait son discours (arrosé d'une solide dose de 2nd degré). Malgré les petites piques sur "l'attitude et l'esthétique contemporaine (qu'il avoue avoir empruntées à Jérôme Ducros), il ne m'a pas donné l'impression d'être à fond dans les querelles de clocher tonales/atonales/néotonales/automnales/

Personnellement, je suis pour le laisser-vivre, laissez-composer. Tant que c'est fait avec un minimum de sincérité, hein, ça me va ;-)

Anonyme at: 16 avril 2011 à 14:43 a dit…

vous avez bien du temps à perdre pour créer des liens qui n'ont rien à voir avec l'objet du propos.... mdr

{ Klari } at: 16 avril 2011 à 17:41 a dit…

Cher Anonyme, je me réjouis que la manière dont j'emploie mon temps vous fasse sourire, c'est au moins une bonne chose de faite.

J'espère que vous pourrez me consacrer un peu de votre précieux temps pour m'éclairer sur le point suivant : mais quel est l'objet du propos, au juste ?

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