jeudi 24 février 2011

Ravel - Orchestre de Paris


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Salle Pleyel • 23 février 2011, 20h
Orchestre de Paris, Josep Pons (direction), Boris Berezovsky (piano), Nora Gubisch (mezzo-soprano)

Ravel: Alborada del gracioso, pour orchestre
Bartók: Concerto pour piano n° 2, Sz 95
Ravel : Shéhérazade (trois mélodies pour soprano et orchestre), Rhapsodie espagnole, Boléro.
***
C'est un exercice amusant, quoiqu'un peu stérile, de s'amuser à trouver une logique derrière un programme de concert. Quelques possibilités :
  • un clin d'œil aux orchestres associatifs parisiens toujours en activité ? Les orchestres Colonne, Lamoureux et Pasdeloup ont chacun créé une des œuvres données à ce concert. (Ce qui n'explique toujours pas la présence du Bartók au milieu de ce programme, aussi incongru qu'un cheveu dans la proverbiale soupe)
  • un affrontement au sommet entre l'Alliance Franco-Hispanique et le formidable Front Russo-Hongrois ? Si l'Alliance peut se targuer d'effectifs nombreux - un orchestre, un chef, le compositeur de 85% du programme, l'équipe adverse n'est pas négligeable : Berezovsky, Bartók et Nora Gubisch (en tant qu'ancienne élève de Véra Rózsa). Personnellement, j'ai choisi mon camp : Berezovsky- Bartók, évidemment.
L'orchestre et le chef aussi. L'autre. Signalons toutefois la défection des percussions, qui, tout heureux d'être aussi nombreux et aussi sollicités pour ce programme, en profitent pour magnifiquement dialoguer avec le soliste dans les passages les plus percussifs du concerto. Boris Berezovsky est seigneurial : un son précis, presque dur, percussif, idéal pour ce concerto. Si j'ai en horreur les solistes qui font des roulades sur le clavier en bavant, Berezovsky fait preuve d'une retenue et d'une sobriété admirable, qui ne l'empêche en rien de déverser des torrents d'énergie sur le malheureux piano de la salle Pleyel. Un bis, virtuose et espiègle, qu'il annonce en français - avec un accent prononcé. Je suppose que le bis n'est donc pas "Gueule de Bois à Hong-Kong".

Si l'accompagnement du Bartok est par ailleurs saccagé, le reste du concert est magnifique. Certainement ce que j'ai entendu de mieux avec l'Orchestre de Paris depuis que je les fréquente (trois ans déjà. Schéhérazade au programme, aussi, déjà). L'orchestre et le chef semblent fabuleusement à l'aise dans ce répertoire : bridés par aucune sordide problématique logistique à base de plans sonores, de mise en place, d'équilibre, ils s'en donnent à cœur joie dans les œuvres de Ravel, comme taillées sur mesure pour eux. Quelques instants de régalade, en vrac : le solo de flûte dans Schéhérazade, les duos de clarinette - les deux clarinettistes inclinant délicatement la tête l'un vers l'autre comme pour mieux se concerter, les magistrales interventions du bassoniste.

Le Boléro, (provoquant un instant-madeleine - ça m'évoque irrésistiblement la désormais lointaine époque où la prof de musique au collègue nous faisait écouter de force des 33-tours, pour nous inculquer un semblant de culture musicale) donne l'occasion à certains vents, d'ordinaire plus taiseux, de briller : entre autres, le cor anglais, le premier trombone, diverses sortes de saxophones, etc. Les cordes ne sont pas un reste, jouant avec un niveau d'engagement follement londiniosymphonique.

Tout aussi motivées sont les deux turbulentes mamies à ma gauche, qui après avoir énergiquement fripé leur programme, ouvert-fermé-ouvert leur sac à main (à glissière) pour y ranger ledit programme, déballé des bonbons, décident de passer à la vitesse supérieure : le bavardage à haute voix. Mon voisin et moi échangeons un regard mi-interloqué, mi-admiratif : à ce niveau, c'est de l'art.

Quelques bêtises : le Boléro vu par Patrice Leconte, vu par André Rieu. Bartók vu par l'OdP.
A lire aussi : ConcertoNet, Palp, B#5 (c/o Palpatine), Laurent. Quelques fouilles archéologiques me permettent de remettre la main sur une ancienne chroniquette de Zvezdo, où il apparaît déjà que l'association Bartok-OdP-Pons est hasardeuse, mais qu'ils s'amusent comme des petits fous sur des choses franco-ibérico-latino-américaines.

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