dimanche 27 février 2011

National de France - Gardiner


2 Comms'
Salle Pleyel • 12 février 2011, 20h
Orchestre National de France, Sir John Eliot Gardiner, dit 'JEG' (direction), Anna Caterina Antonacci (soprano), Chœur de Radio France, Matthias Brauer (chef de chœur)

Berlioz : Le Roi Lear (Ouverture), La Mort de Cléopâtre, Marche funèbre d'Hamlet, extrait de Tristia, Stravinski : Petrouchka
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"-Alors, cette chroniquette du National, ça vient ?! s'inquiétait récemment Joël. Il m'a fallu piteusement admettre que j'avais eu les oreilles un tantinet plus grosses que le ventre : en planifiant 10 concerts entre le 4 et le 14 février, j'avais présumé de mes forces.
A chaque concert parisien de JEG, je suis de corvée-répétition et me retrouve immanquablement à traverser tout Paris en galopant, l'air hagard, le biniou sur le dos. Aux abords de la salle Pleyel, je prends toutefois le temps de me recoiffer, reprendre mon souffle, afficher un air important, après tout, de loin on pourrait me prendre pour une violoniste du National. (héhé)

Pour mieux profiter de l'orchestre et du chef ma voisine et moi avons jeté notre dévolu sur des fauteuils à deux minuscules mètres de JEG . Assurément, nous sommes beaucoup trop près pour savourer dignement la musique, plus que des notes, ce sont des ondes de choc qui s'abattent sur nous mesure après mesure. Si on ne peut juger la qualité d'interprétation des oeuvres au programme, on se délecte avec gourmandise de l'énergie dégagée par l'orchestre. En prime, nous nous régalons des petits détails dont seuls les premiers rangs profitent : nous décelons les premiers symptômes d'une épidémie d'alopécie chez les archets des altos, particulièrement engagés : l'un d'entre eux surveille d'un air inquiet le tas de crins qui grossit à vue d'oeil sur ses genoux, son voisin de devant arrache d'un geste nerveux un crin en perdition dès qu'il peut lâcher quelques instants le manche de son alto. Peu après, on distingue un fou rire discrètement étouffé chez les seconds violons - peut-être sont-ils un peu agacés de l'embargo sur le vibrato imposé par JEG dans le Berlioz* ? En attendant quelques irréductibles gaulois continuent d'agiter le poignet.

Les Berlioz sont fabuleusement bien joués, évidemment, le chef, aux manettes d'un orchestre impressionnant, est dans son élément: JEG adore Berlioz. Anna Caterina Antonacci, en pleine forme, nous montre son timbre magnifique - convenant bien mieux à du Berlioz qu'à Pergolèse, soit dit en passant. Son accent, assez fort, est un peu gênant, toutefois on l'oublie dès qu'on arrête de chercher à identifier des mots pour laisser porter par la musique. Mme Antonacci est une très belle femme - mise en valeur par une improbable pyramide de sequins et de plumes, c'est ainsi que dès que Cléopâtre quitte cette vallée de larmes, une horde d'admirateurs en émoi, d'immenses bouquets dans les bras, accourt vers le plateau en hurlant des bravos.

Si les robes de Mme Antonacci et de certaines autres musiciennes ne dépareraient pas aux Oscars (ou dans un Walt Disney), la tenue de Sarah Nemtanu révèle à mon sens un souci de confort et d'efficacité  - une véritable discipline olympique, ce métier de premier violon : un t-shirt souple et ajusté, qui laisse une grande liberté de mouvement tout en conservant la lisibilité de ses gestes, un col légèrement montant qui protège astucieusement le cou (sachez-le : le violon déclenche de terribles poussées d'acné dans le cou - même à doses homéopathiques), des talons vertigineux, qu contribuent à la stabilité de ses appuis, lui facilitant ainsi toutes les gesticulations exigées par son poste**. En fait, elle a presque la même posture que la première violonne du Chamber Orchestra of Europe. D'ailleurs, je la verrais bien au COE. 

Alors que l'objectif principal de la soirée était de se gargariser de notre vue imprenable sur JEG, nous l'ignorons royalement pour observer, complètement fascinées, la clarté des indications, des départs, des accents qu'elle donne. Son intensité, son engagement me rappellent une répétition passée à côté d'une altiste (d'origine roumaine, aussi), où j'avais été irrésistiblement happée par ce qui ressemblait étrangement au déplacement d'air d'une locomotive tgv et ai dû engranger l'équivalent de cinq ans de pratique en 10 minutes (j'ai joué, oui, moi, des doubles croches dans un allegro avec changements de positions ! Et de cordes !! Certes, je n'ai jamais réitéré l'exploit. Mais quand même !). En plus d'être visuellement fascinante, dans ses solos, elle a un son magnifique, généreux mais qui sait être un peu rugueux, si nécessaire, dans Petrouchka.

Cette soirée a vu mes retrouvailles avec l'Orchestre National de France, que je n'avais pas vu depuis trrrrès longtemps. L'orchestre m'est d'autant plus sympathique que quelques heures à peine avant le concert, l'émission Les Enfants de la Musique avait diffusé un court reportage sur leur projet d'encadrement d'orchestre amateur (youpi!). Je les ajouterais très volontiers à ma longue liste d'orchestres préférés - mais cela ne va pas sans quelques petits problèmes logistiques : primo, ils jouent pratiquement toujours à Mordor***, deuxio : je vais devoir régler de sordides conflits de calendrier : le 31 mars, le National joue au Châtelet, et l'Orchestre de Paris à la fois à la Cité de la Musique et à Pleyel. Je n'ai pas le don d'ubiquité, enfin ?!
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A lire aussi : Joël, Le Gué du Yabboq, Forum Opera,
A écouter : le concert sera rediffusé dès le 28 février sur France Mu'.
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*  je ne suis pas certaine qu'il y ait eu réellement un embargo sur le vibrato, mais je trouve toutefois qu'il y en avait bien peu pour des oeuvres de cette époque. Sans sources dans l'orchestre, je ne peux que subodorer.
** j'avais préparé un petit schéma qui expliquait comment le port de talons de 12' pouvait aider à bien soutenir le bassin en position assise. Mon empilement de petits squelettes, de chaises et de louboutins en jpg s'est toutefois avéré trop laid pour être publié. Je vous laisse faire des tests à la maison, avec et sans talons.
*** mes lombaires grognent à l'idée des mini-sièges des théâtres à l'italienne, mes cervicales gémissent de devoir passer deux heures la tête tournée dans un angle improbable pour apercevoir une portion d'orchestre, et mes fémurs grincent d'être comprimés comme un césar. Si ce n'est pas de la torture...

2 Comms':

{ Joël } at: 28 février 2011 à 02:07 a dit…

Pour l'avoir entendue lors d'une rencontre à Mordor, je trouve que la délicieuse voix parlée « normale » d'ACA présente un accent bien plus marqué que sa voix chantée. (Après, c'est aussi un peu une question de goûts et de niveaux d'exigences, mais dès qu'il s'agit d'ACA, je ne me suis plus très objectif...)

{ Klari } at: 28 février 2011 à 10:15 a dit…

Tiens, j'avais mis un commentaire, qui a manifestement disparu ( le Fantôme du Blog a encore frappé).

Toujours est-il que j'y disais que j'adorais l'accent de Boris Berezovsky (à savourer dans la vidéo de présentation du concerto de Bartok).

Et sinon, bien sûr : ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA ♥ JEG ♥ ACA

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