mercredi 9 février 2011

La Fleur de Contrepoint - Ensemble Non Papa


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Église Notre-Dame d'Espérance (rue de la Roquette) • 06.02.11 à 17h
Ensemble Non Papa, direction musicale Clément Lebrun

Chansons de Pierre Moulu, Claudin de Sermisy, Jacobus Clemens Non Papa, Nicolas Gombert, Jean Richafort, Jean Mouton, Josquin Desprez, Cipriano de Rore, Pierre de Manchicourt, et Jean Guyot. (École franco-flamande)
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L'offre musicale parisienne regorge de pépites nichées dans des mini-salles et des discrètes églises de quartier. Il entre dans mes résolutions 2011/12 de les fréquenter plus souvent. Ceci dit, avec l'augmentation des tarifs qui nous pend au nez, ce sera également une nécessité budgétaire. Les Petites Saisons de la Roquette organisent une alléchante et pointue séries de concerts, un dimanche sur deux, dans une église salledeconcertiforme de la rue de la Roquette.

L'Ensemble Non Papa nous propose un panorama de chansons autour de Jacob Clemens Non Papa. Polyphonie est le maître mot - au minimum deux voix, au maximum huit (!) voix, certaines, comme la Rousée du Moys de Mai (P. Moulu), nous entraînent dans un paysage harmonique des plus farfelus, incroyablement contemporain, d'autres annoncent discrètement l'orée du règne de l'harmonie sagement tonale. Cette musique n'aime pas l'esbrouffe, l'économie de moyens prime : non aux effectifs pléthoriques, aux motifs rythmiques vicieux, à l'alpinisme vocalique, uniquement huit voix qui s'entrelacent, accordant à l'auditeur la liberté d'écouter en globalité les morceaux, ou de s'attarder sur une ou des voix en particulier, ou d'écouter plus 'verticalement'.

Heureusement, le directeur artistique de l'ensemble s'attache à nous éclairer (il n'est pas conférencier à la Cité de la Musique pour rien), par de courtes interventions entre les morceaux :
  • soit il nous aide à s'y retrouver dans ce dédale polyphonique : deux chanteurs de l'ensemble chantent d'abord la Petite Camusette de Josquin (deux voix), juste ensuite, Mon Petit Cueur de Cipirano de Rore, qui s'est amusé à ajouter quatre voix supplémentaires. Effectivement, en tendant attentivement l'oreille - et en sachant où chercher grâce aux indications, on retrouve, par instants, les deux voix de l'original.
  • soit il donne quelques explications quant à la structure des chansons présentées dans le programme. Malgré tout, je perds vite pied :  L'imitation, c'est un sous-genre de contrepoint ? Un ancêtre ou un concurrent du contrepoint ? Un faux double-choeur ? Pourquoi faux ? Un canon de deux chœurs eux-même en contrepoint ? Une expédition wikipedia menée pendant l'entracte achève de me noyer. (Si vous avez un livre à me conseiller qui éclaire un peu le sujet, indiquez-en les références immédiatement en commentaire !) Cependant, les explications et indications données sont précieuses, et donnent envie de creuser le sujet.
Parfois il nous lit les textes des chansons, savoureux, mais difficilement compréhensible, surtout en contrepoint fugué en double imitation fleurie. Les principaux axes d'étude des compositeurs de la Renaissance sont :
  • les histoires d'amour qui se finissent mal : Amour au cueur me poingt (Non Papa), Je prends congié de mes amours (Nicolas Gombert)
  • mais aussi la sociologie :
    Faute d'argent, c'est douleur nompareille,
    Si je le dis, las! je sais bien pour quoi:
    Sans de quibus il se faut tenir coi,
    Femme qui dort pour argent s'éveille
    (j'aime beaucoup l'interprétation qu'en donne le rédacteur de l'article Wikipedia).
  • la pharmacopée :
    Si par trop boire, au lendemain, Vous branslez teste, pied ou main, Prenez bien (...) Du poil du chien qui vous mordit.

Par contre, M. Lebrun se refuse catégoriquement à expliciter ce qu'avait en tête Josquin Deprez quand il prie une doulce plaisant brunette, d'alléger des douleurs localisées dessoubz la boudinette. Ce concert se tient dans une église, ne l'oublions pas.
 
L'ensemble, composé de huit talentueux chanteurs - aux parcours très variés, s'est fait rare ces dernières années, mais on devrait le croiser régulièrement courant 2011. Je vous recommande vivement de courir les écouter toutes affaires cessantes, la performance technique est époustouflante, la musique magnifique, et les textes, délicieusement truculents.

Lecture recommandée : Djac.

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