mercredi 2 février 2011

Dudamel / Mahler / le Déjeuner (2/2)


5 Comms'
Salle Pleyel, Paris • 31.01.11 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel (direction).


Mahler, Symphonie n°9
***
Pleyel, c'est comparable à un pub accueillant, en fin d'après-midi. On y trouve toujours des amis, des têtes connues. J'ai le plaisir de retrouver d'authentiques Dudamelomanes, rencontrés la veille dans le métro, qui sillonnent l'Europe pour ne manquer aucune de ses apparitions. Ils sont ressortis enchantés du concert de la veille, d'ailleurs. Tant mieux.

Alors qu'il reste encore un bon quart d'heure avant le lever de rideau, un bon 80% de l'orchestre est déjà installé, travaillant - à plein volume - la partition. A mon avis, c'est une tradition américaine, le Chicago Symphony a la même marotte.

Résultat des courses ? Un tantinet décevant. Le "Etwas täppisch und sehr derb" le mouvement "un peu pataud et très frustre", est joué frustre au point qu'il prend des accents johannstraussiens. Là où j'aimerais visualiser des montagnes, des marais, des sous-bois inquiétants et des écureuils gambadant dans une clairière verdoyante, il ne me vient guère que des visions de tanks à décibels fonçant sur des autoroutes bétonnées. Mes voisins, de jeunes étudiants en musique, ont pris un des cornistes (efficace mais assez manichéen dans sa conception du son) en grippe et menacent malicieusement de boucher son pavillon à l'aide d'une chaussure bien placée. Ils me confirment que le gros son est également une tradition américaine, même si la situation se serait nettement améliorée depuis les années 70.

Passons. Attardons-nous plutôt sur la problématique d'une partition de Mahler. Mahler, c'est compliqué. Formellement interdit aux orchestres amateurs (même si les Concerts Gais et Beaux risquent de braver l'interdit plus tôt qu'on ne le pense) et vivement déconseillé aux chefs d'orchestre de moins de 50 ans.

Pourquoi ? Revenons un peu en arrière. Imaginez-vous au bureau, vers midi, le ventre creux. Subitement, votre collègue un peu grande gueule (ou le Dir'Comm de votre boîte) se met à jodler "Coucou, mon estomac fait glou-glou, allons manger du saindoux et de la potée aux choux" Il a le thème, dans l'aigu. Un véritable premier violon. Le comptable, qui passait par là, avec l'abnégation et la discrétion d'un contrebassiste, marque les temps "badoum, badoum", avec sérieux et précision. Un altiste déguisé en contrôleur de gestion fredonne "Miam-miam-miam-miam-miam", en triolets, pourquoi pas. L'hystérique de service pousse des "youpi" d'orfraie. Une piccoliste qui s'ignore.
Cà, s'était du Mozart. Ou du Beethoven (dans le cas où les basses s'amusent à trioler les miam).

Tant que le contrôleur de gestion et le comptable ne cherchent pas à voler la vedette au premier violon, tout se passe bien. Les miam-miam en retrait, les youpi bien timbrés, en place. Le risque de catastrophe musicale est circonscrit.

Une partition de Mahler, ça ressemble au schéma ci-dessous, mais sans les couleurs pour s'y repérer. Les couleurs sont mises par le chef (quand il en est capable).

Evidemment, ce genre de puzzle musical requiert quelques qualités d'orchestre pour que le public puisse percevoir le message. Dans un monde idéal (i.e. chez les orchestres suivants : LSO, Concertgebouw, l'Orchestre de Paris et les Concerts Gais et Beaux), les pupitres sont parfaitement à l'écoute les uns des autres. Voire capables de se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. Très sérieusement, les trombonistes du LSO sont capables de sonner comme des violons. Ainsi, l'auditeur ne doit pas s'apercevoir que deux personnes différentes ont commencé puis fini la phrase. Plaisir suprême, il devrait ressentir avec force l'appel du déjeuner, aussi.

Les musiciens du LA Phil ne sont pas des manchots, bien sûr, les morceaux du puzzle sont magnifiquement joués, mais il manque un petit soupçon de béchamel. Quelque chose de sensuel, gras. Décadent et ultra-calorique.

Je suis très surprise d'être assise juste à coté d'une prise électrique (sans cache-prise!), j'aurais hypothétiquement pu commencer à rédiger ma chroniquette pendant la soirée. Et si un marmot turbulent enfonçait les doigts dedans ?! Il faut que l'Autorité Suprême de la Cité de la Musique/Salle Pleyel, qui, perché sur une marche au fond du parterre, semble surveiller ses ouailles d'un regard noir, agisse.

Aussi : Palpatine, Laurent, Théo Belaud.

5 Comms':

Sax at: 5 février 2011 à 18:36 a dit…

Y a un Miam qui a disparu, c'est la faute à Mahler ?

{ lavinie } at: 5 février 2011 à 23:10 a dit…

Ils sont venus à Vienne aussi, un ami y était hier pour Mahler et a adoré (mais il avait aussi adoré Pogorelich dans le 2ème concerto de Rachmaninov, donc bref.) Et moi, je reviens tout juste du second concert avec LA et Dudamel, Adams, Bernstein et la 7ème de Beethoven. L'orchestre joue bien. Et sinon, je suis contente d'être entrée en fraude sans payer ma place (debout)(pas par avarice mais parce qu'il n'en restait plus) et d'avoir entendu une 7ème wahou avec les wiener Phil./Thielemann l'hiver passé.

{ Klari } at: 6 février 2011 à 19:39 a dit…

@Sax : nan, je suis juste une piètre orchestratrice ! (Et puis, c'est fichtrement complexe, les partitions de Mahler). D'ailleurs, je me demande si je n'ai pas oublié deux miam !

@Lavinie : Coucou! Ca faisait longtemps dis donc. Ravie de voir que tu écris à nouveau sur ton blog.
Ah oui, les goûts et les couleurs (musicales).. Surtout à partir du moment (récent en ce qui me concerne) où on a identifié les quelques orchestres/chefs/interprètes qui nous conviennent.
Il n'y a pas de quoi rougir d'être entrée sans payer. Si je pouvais le faire, je le ferais sans hésiter ! Plus sérieusement, j'ai entendu dire qu'il y avait un service d'ordre pas piqué des vers à l'entrée des artistes de Pleyel les deux soirs où le LA Phil a joué. On m'aurait raconté que des petits habitués, fin connaisseurs des escaliers et des recoins de cet auguste bâtiment, se seraient fait courser par des vigiles particulièrement patibulaires. Soit dit en passant, c'est dommage qu'il n'y ait pas de places debout à Pleyel. Ou plus de places à 10€ - j'arrive de temps en temps, quand Ste-Cécile est avec moi, à en attraper une au vol..

A bientôt !

{ la souris } at: 18 juin 2011 à 18:01 a dit…

J'ai cliqué à cause du "miam miam" en vignette et je dois dire que j'ai adoré le menu Mahler : c'est tellement l'impression de bordel organisé déstabilisant qu'on a en l'écoutant !...

{ Klari } at: 18 juin 2011 à 23:53 a dit…

Mais c'est aussi l'impression qu'on a en le jouant !

Blague à part, je n'en ai quasiment jamais joué - c'est trop compliqué pour des amateurs, Mahler ne supporte pas l'à peu près. Je n'ai joué que le Ich bin der Welt etc, étrangement dépouillé, épuré pour du Mahler, quel splendeur, ce Lied !

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