jeudi 10 février 2011

Cors et âmes


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Maison des pratiques artistiques amateurs • 07.02.11 à 19h30
David Guerrier (cor naturel / à pistons), Musiciens de l'Orchestre National d'Ile-de-France, Camille Vier et David Guerrier (présentation)

Beethoven, Quintette en mi bémol majeur Hess 19 (hb, basson, 3 cors)
Mozart, Quintette pour cor et cordes en mi bémol majeur K 40
Toru Takemitsu, And then I knew Twas wind
Henri Tomasi, Printemps pour sextuor à vent, Concert champêtre pour trio d'anches
***
Certains de mes confrères actifs sur la Toile ont déjà souligné le talent de David Guerrier :
David Guerrier devant le pupitre de cors du WP, c’est en quelque sorte Dieu qui rencontre Dieu
d'autres se sont attardé(e)s sur son agréable physionomie :
l'excellent (et beau!) trompettiste David Guerrier

Mais quid de ses talents de pédagogue ? Il lui est demandé de dire quelques mots sur son instrument. Je crains le pire - d'ordinaire, les cornistes partent vite dans des considérations absconses pour le commun des mortels. Or, nous avons affaire à un fin pédagogue :
" Le cor naturel, ce n'est pas très intéressant. Après tout, on ne peut guère faire que des harmoniques. (démonstration à l'appui, cor au bec)"
Pas terrible (sic). Heureusement pour nous, poursuit-il, un corniste très très célèbre du XVIIIè, dont le nom m'échappe (il aimerait que l'un des autres cornistes lui souffle la réponse - or l'un fixe d'un air dégagé le plafond, l'autre a la tête enfoncée jusqu'aux oreilles dans le pavillon de son instrument) a inventé ce qu'on appelle la 'technique de main', qui permet de modifier la hauteur et le timbre de la note en enfonçant plus ou main la main dans le pavillon. Quand une note sonne bizarrement, c'est qu'on ne peut tout simplement pas faire autrement (hop, une petite gamme au débotté, la main droite s'agitant dans le pavillon)."

Enfin le voile est levé sur le mystère des notes étranges du cor naturel. Ces explications introductives s'achèvent avec une sordide histoire de quintette de Beethoven inachevé. Un compositeur plus tardif se serait chargé de le fignoler, de manière toutefois insatisfaisante. Ainsi, les musiciens ont travaillé d'arrache-pied la veille : la moitié du quintette est revue et corrigée, un trio de menuet manquant est remplacé par un duo (!), et j'en passe. Bref, David Guerrier, en plus d'être corniste et trompettiste, compose du Beethoven. Quel homme.

Balzac, Le Père Goriot
Le public (on y reconnaît amis et famille, ainsi qu'une représentation non négligeable de l'intelligentsia cornique parisienne) semble apprécier ce concert. Il y a de quoi - mention spéciale à la présentatrice, qui introduit chaque œuvre : ses interventions sont consistantes sans longueurs, mêlant adroitement quelques anecdotes fromagères à des explications fournies. Je lève également mon chapeau à l'attention du rédacteur (trice?) du programme, qui a choisi de citer de savoureux extraits d'essais et de romans adaptés à chaque œuvre* plutôt que de s'étendre sur l'apport de la cosmogonie blakienne chez Haydn.

Les musiciens défendent avec conviction un programme parfois un peu austère (j'ai un peu de mal à rentrer dans l'univers de Takemitsu et Tomasi), et s'en donnent à cœur joie, notamment dans le quintette de Mozart, où le jeu sans affectation et présent de la violoniste et philosophe, Isabelle Durin, fait magnifiquement écho au cor.

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* Bachelard, Balzac, Giono...
Lectures supplémentaires : le cor naturel et sa techniquel'histoire du cor.

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